Ecrivains et artistes
Gérard Raynal
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Copyright Aspirateurs | Nous sommes au XIIIème siècle. Le catharisme envahit les provinces du sud à la vitesse d'un cheval lancé au galop. Frustré par l'échec de la quatrème croisade, le pape Innocent III sent se développer un nouveau schisme au sein même de la chrétienté. Déjà, l'autorité des prélats catholiques est contestée. Il est vrai que l'alternative religieuse proposée par l'Eglise cathare a de quoi séduire !
En effet, cette dernière est maintenant structurée, avec ses rites, son dogme et son clergé composé de bons-hommes et de bonnes-femmes, réunissant aussi bien le petit peuple que les nobles et les seigneurs.
Cette contre-Eglise prêche l'amour et la tolérance, la pauvreté et l'abandon de toute chose matérielle. On comprend dès lors l'empressement du pape à la qualifier d'hérétique et à tout mettre en oeuvre pour l'abattre.
En 1209, Béziers brûle encore et Carcassonne voit s'installer l'ost catholique sous ses remparts. Pour les habitants de Dufort, petit village des Corbières, sonne l'heure de l'exode. Ils vont devoir traverser des territoires hostiles, déchirés par la guerre et fuir sans cesse. Amiel Estanhol est l'un d'entre eux. Trente-cinq années plus tard, devenu à son tour cathare, il nous raconte leur dangereux périple, et tandis que sous ses yeux se met en place le siège de Montségur, il nous parle de la vie quotidienne de ces bonnes-femmes et de ces bons-hommes restés, jusqu'au bûcher, fidèles à leur croyance.
Un roman passionnant et extrêmement bien renseigné par l'auteur. En effet, Gérard Raynal met en lumière les dominantes principales de la foi cathare et décrit avec précision le déroulement des faits historiques. Une rigueur descriptive qui permet de ressentir au tréfonds de notre être l'âme de ces damnés de la foi. Ce roman nous transporte littéralement dans une autre époque au côté de personnages attachants que l'on a du mal à quitter. |
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| Extraits
- Une chasse au sanglier
 Ms français 12399, fol.23 V, BNF |
J'ai souvent entendu raconter un courre fameux dont les anciens causent encore. Cela se passait à l'automne mil deux cents, je crois, il y a de cela de nombreuses années ; Amaury et les siens coursaient un vieux sengler, un «quartanier» sans doute, qui se jouait d'eux, se forlongeait à leur approche et chaque fois disparaissait dans les halliers. La bête était belle et forte, la plus forte qu'ils aient jamais connue. Elle étripa sans vergogne plus d'un limier et surtout Maurin, le fidèle alezan, dont le Seigneur Bernard avait fait son indispensable compagnon de vénerie. Plus d'une fois ils perdirent le sengler, mais grâce aux brisées qui marquaient le chemin, aux fumées, au récris de la meute chasseresse, ils ne manquaient jamais de repérer sa voie. Le jeu, car à entendre les piqueux, il s'agissait d'un jeu, se renouvela tant et tant de jours, que tout le pays se mobilisa afin d'abattre l'animal. «Enorme !» disaient les valets de chien de retour au village. «Surnaturel !» ajoutaient les arbalétriers dont la propension à trouver prodigieux tout ce qui sort de l'ordinaire est connue de tous. Les chasseurs inspectèrent les coulées, visitèrent les reposées habituelles où l'animal se remisait, fouillèrent les bauges fangeuses. Le coteau résonnait d'abois, de hourvaris magnifiques, de grognements puissants semblables à des coups de tonnerre, de galops effrénés. Ivre de colère mais prêt à tout tenter pour en rester le maître, le «sauvage» refusait de quitter son domaine. Ça, Amaury le savait, et c'était pour cette raison qu'il le voulait ce «gros groin» du Diable, pour cette seule raison ! Au matin du sixième jour, le sengler se tenait sous un couvert, les longues randonnées l'avaient épuisé ; son heure venait, il le savait, son heure venait. «Va hi, va hi !» criait le jeune seigneur à ses «braques» fatigués. Et ils y allaient les aboyeurs, ils y allaient, fièrement, le museau dans la poussière, le fouet relevé, suivant la voie. Alors l'animal repartait, par défi. «Ça revaut, ça revaut», hurlaient les piqueux. Mais à vespres, harassé, l'animal se remisa, pantelant ; son souffle court faisait frémir la feuillée. Les chiens se préparèrent alors à l'hallali et à la curée qu'inévitablement on leur octroierait. Seulement armé d'un coutelas et de sa légendaire hardiesse, Amaury, le vaillant Amaury, défia la bête. Il en sortit victorieux, malgré de graves blessures aux jambes et au ventre. L'animal se défendit longtemps avec courage, puis, enfin décidé à accepter la mort, il s'affaissa, et dans un râle, expira.
- Danse avec un loup
Soudain, un hurlement traversa les ténèbres. Je reconnus le cri inquiétant d'un loup.
- Ne craignez rien, murmura Gui.
Survint alors un événement extraordinaire : là-bas, sur son talus, Guillotte leva les bras au ciel, et entama une bien étrange gambade. Elle vire-volta, sautilla, entraînée par un invisible chef de ballet. «Elle est devenue folle», pensai-je. Subitement, elle paraissait plus leste, plus jeune. Son corps se contorsionnait, se penchait en arrière et s'écartelait d'une manière que je jugeai anormale pour une femme de son âge. Tantôt, à son côté, je crus déceler la forme oblongue d'un animal. Je frottai mes yeux afin de mieux voir. Guillotte et la bête se mirent à tournoyer. Puis la danse cessa, et ma tante vint se coucher près de moi, hors d'haleine.
Le lendemain, Guillotte garda le silence sur cet épisode, toutefois, à dater de ce jour, la silhouette d'un loup gris nous apparut souvent, au bord du chemin ou au sortir d'un bosquet. C'était un bel animal au pelage cendré, qui semblait connaître par avance notre itinéraire. Il s'arrêtait loin de nous, nous regardait, puis s'éclipsait soudain, avant de resurgir plus tard, animé de la même impatience. Ces yeux troués en oblique, ces oreilles bien dressées, ce large poitrail si gris qu'il en était blanc, cette queue prolongée de noir, nous devenaient familiers. Au début, l'animal fut un objet de curiosité, mais au fur et à mesure, de nombreuses interrogations nous assaillirent. Picoulet, veneur à ses heures, assura qu'un loup ne quittait jamais son territoire. Ce mystère supplémentaire apporta sa part de merveilleux à notre fuite.
Et pour compléter sur la toile : |