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Ecrivains et artistes méditerranéens


Gérard Raynal, ou l'écriture pour Vivre

 

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Gérard Raynal


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«C'est le roman du voyage et de la révolte, de la fuite vers un bonheur interdit. C'est aussi le roman de l'éternel retour, de la reconquête du pays perdu. Jean, le héros de cette aventure, vous invite à le suivre sur des chemins tortueux où s'affrontent l'amour, la jalousie, la mort. Suite aux terribles événements de 1938, événements au cours desquels il découvrira la vraie nature de ceux qui l'entourent, rien ne sera plus pareil. Ce sera pour lui l'occasion d'expier douloureusement ses fautes.

Les sentiments obscurs, la prière, la joie de partager Dieu, nous tiennent compagnie tout au long de cet itinéraire semé d'embûches. C'est à une véritable enquête que nous assistons, témoins d'un drame qui peu à peu se déroule sous nos yeux. L'auteur nous tient en haleine jusqu'au dénouement final».

Midi libre, 17 juillet 2002

 

Extrait

- Mère sera contente, dis-je sans arrière-pensée.

La phrase fut peut-être malheureuse, car je perçus en mon père les prémices d'une révolte. Il ne la laissa pas fleurir, évidemment, pourtant son visage si joyeux depuis le départ, se renfrogna, et deux rides horizontales s'inscrivirent sur son front. Nous touchions là aux nervures de notre architecture familiale. Entre mes parents, je le savais depuis longtemps déjà, existaient des rapports conflictuels, cependant rien ne m'indiquait qu'ils étaient anormaux. Je voyais dans la différence anatomique opposant femmes et hommes la preuve d'une complémentarité absolue. Certes, les attaques incessantes de ma mère ne manquaient pas de m'inquiéter, mais je ne pouvais imaginer qu'un couple puisse perdurer sans amour. Il va sans dire que toutes ces interrogations n'apportaient aucune lumière aux ténèbres de mon désarroi. A la vigne dite «Le macabeu de Sarmet», père se colla à moi :

- Tu es un brave gars, mon Jean !

Il alla caresser «Siret» entre les deux yeux. Protecteur, il lui parla : «Toi, mon ami, tu es le meilleur des mulets». Plus loin, ramassant une poignée de terre, il larmoya :

- Regarde Jean, elle est si grasse, presque noire, la plus belle terre de la région, la moins ingrate... Et vois la vigne, mon fils ! Vois la vigne, si forte, si généreuse, elle nous donne des fruits à profusion... Ah ! mon petit, si les gens rendaient de la même manière les attentions qu'on leur destine, le monde serait le paradis...

Dédiait-il ces propos à ma mère ? C'est probable ! La terre filait entre ses doigts, et le vent y prélevait une poussière foncée dont je suivais le vol dans une admiration béate. Partout où se posaient les petits nuages, j'imaginais la naissance d'une souche ou d'un arbre aux fruits merveilleux. «Tu sens l'harmonie, fils ?» J'acquiesçai d'un vague hochement de tête, car à la vérité je ne voyais rien en dehors d'une nature apaisée et de cette sérénité procurée à mon Séraphin, par la distance établie entre sa femme et lui.

Un oiseau aux ailes bleuâtres s'éleva du talus. «Une mésange, dit pa. Elle cherche à manger pour ses petiots, c'est une mère assidue...» Cette réflexion me laissa perplexe ! La mienne aussi est assidue, ne s'occupe-t-elle pas des pauvres de la commune ? pensai-je sans l'exprimer.

© Gérard Raynal