![]() | Odes de Pindare | |||||||||||||||||||||||
Cinquième ode isthmique
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| A PHYLACIDAS D'EGINE, VAINQUEUR AU PANCRACE Le commencement de cette ode n'est obscur que par les fausses interprétations que lui ont données les scoliastes et surtout les traducteurs. On a prétendu que dans la première strophe le poète fait uniquement l'éloge de l'or. On lui fait dire ensuite que les guerriers et les combattants dans l'arène ne sont guidés que par l'appât de l'or. Le texte indique au contraire assez évidemment que l'or ne figure ici que d'une manière accessoire, ainsi que dans la première des Olympiques, où Pindare fait également l'énumération de tout ce qui brille et de tout ce qui peut donner de l'éclat aux hommes. Ici le début a plus de pompe ; notre poète voulant peindre l'amour inné que l'homme a pour la gloire remonte à la source de toute splendeur, à Thia, déesse de la lumière et mère du soleil ; il suppose dans cette allégorie sublime que la soif de l'or, que le désir de s'illustrer à la guerre et dans les exercices gymniques, que la joie de la victoire et des couronnes, que l'avidité pour la louange et la renommée ne sont qu'un hommage rendu à la déesse par qui tout brille : dia tean ô 'nassa timan. (Les hommes dit-il, n'agissent ainsi) que pour l'honneur qu'ils te portent, ô reine ! Parmi les espèces de gloire dont les hommes tirent avantage, Pindare distingue la richesse et la renommée ; il suppose que la force ou inégalement répartie, ou ne devant ses succès qu'au ciel n'est point comparable à ces deux biens, au-delà desquels un mortel ne doit rien prétendre, à moins qu'il n'envie le sort de Jupiter. Il félicite ensuite Phylacidas, fils de Lampon, de ses deux victoires Isthmiques, et de celles qu'il a remportées à Némée, avec Pythéas, son frère, au pancrace. Mais comme leur famille est originaire d'Egine, le poète veut payer un tribut d'éloge aux Eacides, qui reconnaissent la même patrie ; il associe ces deux éloges, avec d'autant plus d'empressement et de raison que les hymnes sont, pour tous les héros, la plus douce récompense de leurs exploits, et que, partout, on honore leur mémoire, ce qu'il prouve par divers exemples ; et après avoir vanté par-dessus tout les hauts faits d'Achille, il ajoute, à la gloire spéciale de la ville d'Egine, la valeur que ses habitants déployèrent à la bataille de Salamine, contre les Perses, et qu'il ne veut pas trop exalter pour ne pas éveiller l'envie des cités rivales. Il revient enfin à l'éloge particulier des fils de Lampon, petits-fils de Cléonicus, qu'il propose comme des modèles à tous les concurrents, pour le courage qu'ils ont montré et pour les dépenses qu'ils ont faites dans le dessein d'assurer leurs succès. Il termine cette ode par quelques mots en l'honneur de Pythéas, frère de Phylacidas ; et ces mots semblent faire allusion ou à l'ode qu'il lui a adressée, dans la cinquième Néméenne, ou à celle qui va suivre, et qui est en effet commune aux deux frères. Les interprètes ont gratuitement supposé ici un autre Pythéas, Alipte, ou instituteur de Phylacidas. Les autres difficultés que présente cette ode seront éclaircies dans les notes. | |||||||||||||||||||||||
| O déesse révérée de l'univers entier, ô Thia (1), mère du soleil, c'est pour reconnaître tes dons que les mortels prisent avant tout l'éclat de l'or et sa puissance. C'est toi qu'ils honorent, ô reine du ciel, lorsqu'ils se font admirer aux évolutions rapides des vaisseaux sur la mer (2), aux mouvements des chars attelés de coursiers, et disputant de vitesse dans l'arène. C'est enfin pour la gloire dont brille l'athlète vainqueur dans nos combats, à la lutte ou à la course, qu'il s'enorgueillit des nombreuses couronnes qui ceignent son front. La force des hommes ne réussit qu'autant qu'elle est secondée par la divinité. Mais deux choses suffisent pour qu'ils conservent le signalé bienfait de la vie dans sa plus florissante prospérité. Je parle d'une douce aisance, unie à la haute renommée. Tu possèdes tout, heureux Phylacide ; dès que le sort t'a départi cette double faveur, n'envie point le bonheur de Jupiter. La condition de tout mortel l'avertit de borner ses désirs. Deux fois ta valeur fut couronnée dans les jeux de l'Isthme ; Némée te décerna la victoire du pancrace, ainsi qu'à Pythéas, ton frère. Cependant mon coeur désavouerait votre commun éloge, si je n'associais vos noms à celui des Eacides. Avec le cortège des Grâces, j'aime à suivre les fils de Lampon, jusques dans Egine, gouvernée par d'équitables lois : si l'athlète s'est distingué dans la noble carrière que les dieux ouvrirent sous ses pas, ne lui envions point la gloire de nos hymnes, la plus flatteuse récompense de ses peines. La renommée fut de tout temps la conquête des héros : de tout temps la lyre et le hautbois firent retentir leurs vertus, et nos sages poètes, admirant dans leurs exploits, les bienfaits de Jupiter, voulurent en perpétuer le souvenir. C'est ainsi qu'aux pompeuses solennités des Etoliens, on se plaît à nommer les valeureux enfants d'Oïnée (3). A Thèbes, Iolas, habile à dompter les coursiers, reçoit les premiers honneurs. Persée tient le même rang, dans Argos. Castor et Pollux eurent les rives de l'Eurotas pour témoins de leur bravoure. Oenone enfin (4) vante avec orgueil le généreux courage d'Eacus et de ses fils, qui, deux fois, saccagèrent la cité de Troie, d'abord sous la conduite d'Hercule, et depuis, sous le commandement des Atrides. Muses, prêtez à mon génie un essor nouveau : redites-moi de quelles mains périrent Cycnus, Hector et ce Memnon, couvert de ses armes d'airain, chef redoutable des peuples nombreux de l'Ethiopie. Redites encore quel guerrier blessa de sa lance le roi Téléphe, près des bords du Caïque. Mais déjà les bouches de la renommée proclament Egine, cette île magnifique, comme la mère patrie d'une foule de héros, comme une haute tour, érigée par leurs antiques vertus, pour annoncer jusqu'où doit aspirer la bravoure. Que de traits de leur héroïsme (5) ma voix exercée pourrait au loin faire entendre ! je dirai seulement de quelle gloire se couvrit Egine, lorsque, près de Salamine, ville d'Ajax, défendue par ses flottes (6), la Grèce entière se vit sauvée d'un déluge de calamités, de cette grêle de flèches meurtrières, qui moissonna tant d'intrépides guerriers (7). Je veux toutefois paraître réservé dans mes plus véridiques éloges. Je dis qu'à son gré Jupiter dispense ses largesses, Jupiter dont la puissance ne connaît point de limites. Mais après tant d'honorables combats, les vainqueurs aiment à jouir du concert de nos hymnes, comme du plus beau fruit de leurs triomphes. Quel concurrent, dans l'arène, ne choisirait pour modèles les enfans de Cléonice (8) ? on sait en tous lieux et quel courage anima leurs longs travaux et quels trésors ils prodiguèrent, pour mettre leurs succès à l'abri des revers de la fortune (9). Maintenant, entre tous les athlètes, je préconise, avec Phylacide (10), Pythéas, son frère, qui, le dirigeant dans la carrière de la lutte, seconda la dextérité de son bras et la supériorité de son intelligence. Tresse-lui des couronnes, ô ma muse ; porte-lui ces bandelettes soyeuses (11) ; joins-y cet hymne, à qui j'ai su donner des ailes. | ||||||||||||||||||||||||
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