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DarembergReligions Dionysos Recherchez Copyright Aspirateurs | Article Thyrsus - Daremberg et Saglio (1877)Le thyrse est, essentiellement, une hampe de roseau ou d'un bois souple couronnée de feuilles de lierre ou de vigne, que portent, comme emblème de Dionysos, ses compagnons et ses fidèles.Origine et signification C'est en 430, avec le Dionysalexandros de Kratinos, que le mot thyrsos fait son apparition dans la littérature grecque et ce sont les maîtres de la figure rouge, au début du Ve siècle, qui en introduisent les images dans la céramique attique. Mais celui qui, dans Athènes, a véritablement donné droit de cité au thyrse, c'est Euripide avec ses Bacchantes qu'il écrivit en 407, à la cour d'Archélaos, roi de Macédoine. C'est d'ailleurs des pays thraco-macédoniens que le thyrse parait originaire, aussi bien pour son nom que dans son rôle d'emblème dionysiaque. On n'en a pas seulement pour indice l'origine thrace du culte orgiaque de Dionysos ; c'est au nord de la Thrace qu'habitait le peuple des Agathyrsoi, dont les anciens paraissent avoir interprété le nom «ceux qui agitent le thyrse», thursagetae ; c'est en Macédoine que se rencontre le nom de Thyrsis, qui devait avoir une telle fortune dans la Bucolique, sans doute parce qu'il était celui d'un génie agreste du cortège de Bacchus ; c'est de Macédoine que les Thyiades, qu'on paraît y avoir appelées Thyssades, ont suivi Dionysos à Delphes ; leur nom semble devoir être rapproché de celui du thyrse, dont thystlos, thystos ou thyssos auraient été des variantes thraco-macédoniennes, intermédiaires entre la forme thyrsos du grec classique et la forme parallèle latine, fustis. Importé ainsi à Delphes, puis à Eleusis, avec les autres rites extatiques du Dionysos thrace, le port du thyrse parait avoir conservé encore à Athènes un caractère exotique, quand Euripide composait ses Bacchantes à la gloire du nouveau Rédempteur et qu'Aristophane se raillait des bakchôn thursadôan kai padôan. L'usage du thyrse, comme son nom même avec ses composés ou dérivés, ne parait être devenu courant qu'à l'époque hellénistique'. LES ELEMENTS DU THYRSE NATUREL Le narthex Avant que thyrsos ne se fût spécialisé pour désigner l'emblème dionysiaque, ce terme semble s'être appliqué à toute longue tige flexible ou rameau souple, comme l'indique son étude étymologique ; à Athènes, il se serait plus particulièrement appliqué au roseau dit narthêx, qui figurait au nombre des plantes consacrées à Dionysos [Ferula]. Ce roseau (ferula communis L.), qui atteint 3 à 1l mètres, avec ses noeuds réguliers et les longues feuilles retombantes qui en partent, devient, une fois vidé de sa moelle blanchâtre, un bois aussi sec que léger, très propre à donner des étincelles par frottement. C'est pourquoi il passait pour celui dans lequel Prométhée avait dérobé le feu céleste. A Eleusis, les mystes portaient, en foule le roseau de feu, comme l'atteste le proverbe : Narthêkophoroi men polloi, Bakchoi de te pauroi Il semble que ce roseau était ainsi devenu à Athènes l'emblème de Dionysos, quand le renouveau que l'Orphisme venu de Thrace fit subir à son culte, à l'époque d'Euripide, amena à appliquer au narthex le nom de thyrsos. Le poète emploie indifféremment les deux termes dans les Bacchantes qui, au dire du Scholiaste, portent thursous êtoi narthêkas. Pourtant on les distinguait encore dans le culte. Ainsi, dans les fêtes qui commémoraient le triomphe de Bacchus aux Indes, Athénée montre les fidèles portant d'abord des thyrses au lieu de lances, puis des narthex et des flambeaux. C'est probablement au narthex que pense Plutarque, quand il nomme thursophoria la fête juive des Tabernacles qu'il compare à celle de Dionysos, fête où les fidèles processionnent autour de huttes de branchages, tenant en main le lulab, gerbe faite de rameaux de palmier, de myrte et de roseau que Plutarque qualifie de thyrsos ; c'est aussi aux rameaux d'une plante palustre qu'il doit songer, quand il montre les Argiens évoquant des eaux Dionysos, en soufflant dans des trompettes cachées dans des thyrses. Cette idée de rameau ou de roseau disparut bientôt quand le thyrse artificiel eut remplacé le thyrse naturel. Déjà, en son pays d'origine, thyrsos paraît avoir pris le sens de son correspondant latin fustis, bâton souple, et, de leur côté, les tiges effeuillées du narthex servaient de cannes aux vieillards. Pour comprendre l'évolution du thyrse, il faut montrer comment les pampres et le lierre sont venus orner ce qui n'est plus qu'une hampe et comment cette hampe même a varié selon qu'on se la représente comme une tige de roseau ou un rameau de pin.Le pin Sous la forme la plus ancienne que fournissent les vases peints, le thyrse est un arbuste non encore dépouillé. La partie inférieure s'élargit en tronc ; ce tronc, ou plutôt cette branche maîtresse est, de loin en loin, interrompue par des noeuds ; deux ou trois paires de rameaux s'en détachent ; ces rameaux sont indiqués par un trait médian flanqué de part et d'autre de petits points oblongs simulant des feuilles ; les mêmes feuilles garnissent l'extrémité de la branche. Parfois les rameaux feuillus ne se détachent que d'un seul et même point.
Le lierre et la vigne Pour la vigne, point n'est besoin d'insister. Pour le lierre, rappelons que, de méme qu'il existe un Dionysos Botrus, on connaît un Dionysos Kissos, et que les Thraces, dont des rois s'appellent Kisseus, ornaient de lierre leurs boucliers et leurs casques comme leurs thyrses qu'Euripide appelle kissinoi. Déjà la céramique ionienne associe des guirlandes de lierre et des pampres aux scènes dionysiagnes ; toutefois, à l'exception d'une amphorisque corinthienne, où un Dionysos nu porte une énorme vigne sur l'épaule, il faut descendre jusqu'aux céramistes attiques pour voir la vigne passer du cadre du tableau aux mains du dieu ou de ses compagnons. Deux amphores attico-corinthiennes du Louvre peuvent marquer la transition. Sur l'une, Dionysos, couronné de pampres blancs, un canthare à la main, se tourne vers un ample cep tout chargé de pampres rouges et noirs ; sur l'autre, assis, il saisit un rameau du pied de vigne planté devant lui. Ce sarment, il l'a arraché, sur une kylix du milieu du VIe siècle, et parfois il porte le pied entier.
Il faut descendre aux vases à figures rouges de style sévère, au début du Ve siècle, pour trouver le thyrse artificiel. Ici non seulement la tige, au lieu d'être ornée de ses propres feuilles, est toujours munie d'un bouquet de pampres ou de lierre, mais l'artiste n'a manifestement plus conscience que le thyrse n'est qu'un rameau ou un roseau ; c'est devenu pour lui un emblème composite de forme convenue. Passons successivement en revue les variétés que représentent ses deux parties : bouton terminal ou couronnement, tige ou hampe. Le thyrse à bouquet de lierre Il y a deux manières principales de garnir de feuilles de lierre l'extrémité du roseau. On peut fixer, dans son extrémité incisée, quelques rameaux qui s'épanouissent en éventail ; on peut attacher régulièrement quelques rameaux plus courts sur les côtés de cette extrémité, de façon qu'ils forment autour un véritable bouquet. Le premier système ne se rencontre que sur quelques vases d'Hiéron et de Chélis ; le second a peut-être été introduit par Hiéron, qui est le seul à indiquer sous le bouquet les lanières entre-croisées qui l'attachent.
A l'époque hellénistique, on voit des formes nouvelles, plus complexes, se substituer à ce type devenu rigide et tout conventionnel. Malgré la liberté avec laquelle ces nouvelles formes sont traitées, il semble qu'on les puisse répartir en trois groupes, dont chacun aurait subi l'influence d'une autre plante en vogue à l'époque : la panicule de la ferula, la pomme de pin, le bouton du lotus.
La hampe du thyrse et ses ornements On a vu que la hampe du thyrse était constituée le plus souvent par une tige de narthex ou ferula ; à l'ordinaire elle est pourvue de noeuds, et l'on reconnaît au bas la section faite en la coupant à la racine. Mais, parfois, les noeuds figurés sont trop saillants pour pouvoir être ceux d'un roseau ; il s'agit d'une branche d'arbre dépouillée, ce qui est généralement le cas lorsqu'on voit des pousses latérales, ou des amorces de rameaux coupés, ou même des rameaux entiers.
Comme la lance a un talon répondant à la pointe, l'analogie ainsi qu'un désir de symétrie ont dû amener, quand l'origine du thyrse fut oubliée, à orner ses deux extrémités d'un bouton conique : c'est le dithurson d'un épigramme d'Agathias, qu'on retrouve notamment sur une coupe d'Hildesheim et, servant de sceptre, dans la main de la Roma d'un diptyque de Vienne.
ROLE DU THYRSE Divinités dont il est l'attribut Le thyrse est, avant tout, l'emblème de Dionysos, dont thursophoros, est l'une des épithètes, de ses compagnons et de ses fidèles. Aussi, sous sa forme primitive de rameau de lierre ou de pampres, ne se voit-il qu'entre les mains de Dionysos [Bacchus], de Silène [Sileni] et des Ménades [Maenades] ; Dionysos l'a prêté à Héphaistos [Vulcanus] dans la scène, si goûtée des céramistes de la figure noire, où il est ramené dans l'Olympe. Cette figuration du thyrse qui, pour Dionysos, commence dès le VIIe siècle, se trouve sur une amphorisque corinthienne et se poursuit en pleine période de la figure rouge ; elle cesse presque dès l'apparition de ce style, pour les compagnons du dieu. C'est alors le règne du thyrse artificiel, sous les diverses formes qu'on a passées en revue ; Dionysos et Silène, Héphaistos et les Ménades, parmi lesquelles il faut ranger Nysa, la nourrice de Dionysos, et Ariane son amante, ne sont plus seuls à porter le thyrse, mais il s'étend aux divinités que le développement du culte dionysiaque y rattache : au Kabire thébain et au Midas phrygien, dont le culte ou la légende ont tant de traits dionysiaques ; aux génies de la nature agreste, Pan ou les Centaures qui se groupent naturellement avec les Silènes et les Satyres ; aux personnifications des désirs que Bacchus favorise, Eros et Pothos ; à Niké enfin, sans doute parce que l'idée de victoire s'associe si souvent pour le Grec aux concours dionysiaques ; il est probable que c'est à l'instar de Niké que les symboles semblables, si répandus à l'époque hellénistique, les Tychés des Etats et des cités, ont dû recevoir le thyrse, emblème de victoire et de prospérité et c'est de ces figurations qu'ont dû s'inspirer ceux qui, jusqu'à la fin de l'Empire, mirent le thyrse aux mains de Roma. Par l'assimilation d'Isis à Tyché-Fortuna, assimilation parallèle à celle de Dionysos à Osiris dont on a indiqué plus haut l'influence probable sur la genèse du thyrse lôtophore, la déesse égyptienne reçut aussi le thyrse, ainsi que l'autre déesse africaine dont le syncrétisme fit une personnification de la fécondité, la Caelestis de Carthage. Enfin le thyrse est porté par tous ceux qui se donnent pour de nouveaux Dionysos, Alexandre revenant des Indes, Démétrius Poliorcète à Athènes, ou Antoine à Ephèse. Il semble que les prêtres de Dionysos aient eu également le thyrse pour attribut - en tout cas à Lesbos, où l'on connaît par ailleurs une confrérie de porte-thyrses -, et les fidèles ne le portaient pas seulement dans ses fêtes orgiaques, mais dans cette fête ordinaire du dieu du vin qu'était un banquet. Le thyrse comme bâton magique Si le thyrse devient ainsi simple symbole de prospérité, une autre évolution lui prêta un caractère magique. Les doctrines orphiques et les mystères d'Eleusis avaient fait à Dionysos une grande place dans les croyances funéraires et les rites cathartiques. Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant à ce que le thyrse soit associé à la ciste mystique ou paraisse à la main du Zeus Philios arcadien qui, comme Zeus Meilichios, est plutôt un Dispater qu'un Jupiter, ou soit donné aussi à l'une des compagnes étrusques de Dispater, Vanth, déesse des morts. Le thyrse n'a pas seulement sa place parmi les ornements des urnes et sarcophages, il est placé parfois entre les mains du mort comme s'il devait lui assurer dans l'autre monde tous les plaisirs de la vie. Le thyrse devient comme l'emblème des mystes de Dionysos ; c'est en les frappant de son arme que le dieu, thursomanês lui-même, pousse ses fidèles à l'extase où à l'épilepsie ; il s'en sert comme d'un aiguillon pour presser leur troupe frénétique ; aussi Nonnos appelle-t-il souvent kentron le thyrse que Lucrèce qualifie d'acer et Horace de gravis ; Ovide parle des femmes que le dieu thyrso concitat et les Grecs nommaient thursoplêges oi en tois Bakcheiois entheazomenoi thursô. Si puissant pour remplir les âmes d'une ivresse divine, ce bâton ne l'est pas moins pour féconder la terre et par là aussi s'explique que le thyrse soit devenu un symbole de prospérité : le thyrse des Bacchantes d'Euripide fait jaillir du sol des sources d'eau et de vin et une fontaine de Messénie dite Dionysias devrait son origine à un coup donné par le dieu ; le miel et le lait, boissons des maîtres et des habitants du sombre séjour, passaient pour couler de ses feuilles de lierre, et c'était en un thyrse gigantesque que Dionysos avait changé le mat du vaisseau des pirates tyrrhéniens. Le thyrse naturel, qu'il soit branche de pin ou canne de jonc, peut servir, comme tel, d'arme primitive. C'est sans doute par un souvenir de l'époque reculée où il était employé comme latte ou comme massue, qu'on le porte dans la droite à la façon d'une arme, et non dans la gauche comme la plupart des insignes religieux. Mais, avec le développement de l'armement, il sembla invraisemblable qu'une haste sans fer pût être une arme efficace ; en même temps, l'Orphisme parait avoir interdit à son dieu et à ses fidèles le port d'armes sanglantes ; seul parmi les dieux, dans la Gigantomachie du Trésor de Cnide (ou de Siphnos), Dionysos n'est pas armé ; les lions de son char combattent pour lui. Dionysos, semble-t-il, pouvait avoir une armure défensive complète, mais il ne devait pas frapper avec la lance. Ainsi le voit-on, sur des vases du Ve siècle, s'armer, pour combattre les géants, de la cuirasse et du casque des hoplites : il n'a que le thyrse pour arme offensive. Si le dieu et ses compagnons peuvent mettre les ennemis en fuite avec une arme aussi rudimentaire, c'est que le caractère magique qu'on a vu résider en elle n'a pas tardé à la faire passer pour une arme surnaturelle, qui agit plus à la facon de la baguette du magicien que de la lance du guerrier. Aucune armure ne peut lui résister. Bien que non haec in munera facti, les thyrses dont le roi Argaios arme les filles de Macédoine suffisent à repousser une attaque des Taulantiens. Le thyrse comme arme. Le thyrsolonchos Pourtant le rationalisme grec, ennemi du surnaturel, ne pouvait s'accoutumer à l'idée qu'une arme sans fer fût efficace. En même temps les artistes, pour représenter l'action du thyrse, étaient bien obligés de le montrer brandi à la façon d'une arme : comme ils avaient quelque souvenir de son origine, ils le font manier le plus souvent à la facon d'une latte ou même d'une massue, quand certaines formes allongées du boulon terminal sur une hampe raccourcie donnent au thyrse l'apparence d'une massue ; quand la hampe est longue et que la couronne feuillue est ramassée en ovale ou en losange, l'aspect du thyrse devient celui d'une lance ; aussi est-il tout naturel qu'on le brandisse à la manière d'une arme d'hast.
Le thursologchos est, à la différence du thyrse simple, une arme véritable. Strabon le cite parmi les armes des dieux ; ce serait celle dont Dionysos aurait muni ses Bacchantes pour conquérir les Indes, et, lorsque, dans la fameuse fête donnée par Ptolémée II, on voulut représenter le triomphe du dieu, c'est un thyrsolollchos doré qu'on mit entre ses mains et entre celles des jeunes filles qui représentaient les Ménades ; Callixène a soin de le distinguer du thyrse de 90 coudées et de la lance de 60 coudées que portaient des chars venant à la suite. Ç'aurait même été l'emblème ordinaire des thiases bachiques, puisque Virgile montre Daphnis leur enseignant foliis lentas intexere mollibus hastas. La confusion se fit bientôt ainsi entre thyrse et thursologchos. Après avoir rappelé que les Lacédémoniens vénéraient une idole de Dionysos munie, non d'un thyrse, mais d'une lance, Macrobe demande : sed cum thyrsum tenet, quid aliud quam latens telum gerit, cujus mucro hedera lambente protegitur ? question qui prouve l'oubli de toute différence entre le thyrse avec fer ou sans fer. Nonnos emploie souvent le terme de thursos là où le contexte indique qu'il pensait à une arme munie d'un fer. Il lui arrive même de désigner un pareil thyrse-lance par le nom de narthêx, si bien que ce roseau, que Dionysos passe pour avoir donné à ses fidèles afin qu'ils ne se blessent pas dans les fumées du vin, finit par devenir lui aussi une arme mortelle. Article de A.J. Reinach | |||||||||||||||||