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Alexandre Dumas, Catilina (1848) | |||||
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La maison de Catilina, au Palatin. - Salle à manger donnant sur de vastes jardins. Scène 1 Oh ! je ne me trompe pas, ils entrent. Oui, ce sont bien eux... Ils l'ont rejointe, par Jupiter ! J'avais peur qu'elle n'eût changé de route. Je respire. (La litière entre et s'arrête devant la porte.) FULVIE Où m'avez-vous conduite, et quel est le but de cette violence ? UN DES HOMMES Vous êtes arrivée, madame. CURIUS, ouvrant la porte de la litière Vous êtes libre, Fulvie. FULVIE Curius ! CURIUS, donnant sa bourse aux porteurs Tenez, vous êtes maintenant de cinq cents sesterces plus riches que moi. (Les gladiateurs s'éloignent. ) FULVIE Ah ! c'est donc de vous que m'est venu cet empêchement de continuer ma route ? CURIUS Allez-vous me punir de n'avoir pu supporter la pensée que j'allais vous perdre ? FULVIE Pensez-vous m'avoir retrouvée parce que vous m'avez reprise ? CURIUS Fulvie, écoutez-moi !... Fulvie, de grâce !... FULVIE Oh ! par Vénus, je sais tout ce que vous allez me dire... Vous m'aimez plus que jamais, n'est-ce pas ? C'est tout simple, je ne vous aime plus. CURIUS Mais pourquoi ne m'aimez-vous plus, Fulvie ? FULVIE Vous faites là une sotte question, mon cher Curius. Ne savez-vous pas que celles qui n'aiment plus ont toujours de bonnes raisons pour cesser d'aimer ? CURIUS Mais enfin, ces raisons, exposez-les-moi ; peut-être serai-je assez heureux pour les combattre. FULVIE Vous allez vous faire dire des choses désagréables, Curius. Prenez garde ! CURIUS Mais peut-être, si vous ne parlez pas, allez-vous m'en faire penser de plus désagréables encore. FULVIE Bon ! que penserez-vous ? Je suis curieuse de le savoir. CURIUS Eh bien, je penserai que le Curius qui possédait quarante millions de sesterces il y a six mois, n'eût pas reçu il y a six mois, de Fulvie, l'accueil qu'il en reçoit aujourd'hui qu'il est ruiné. FULVIE Bravo, Curius ! CURIUS Comment, bravo ? FULVIE Eh bien, oui, vous avez deviné juste, et je vous applaudis. CURIUS Vous avouez que c'est ma ruine qui vous rend indifférente pour moi ? Mais cette ruine que vous me reprochez, c'est vous qui en êtes la cause. FULVIE, se levant Ah ! je m'attendais à cela. En vérité, Curius, on dirait que vous me prenez pour une courtisane grecque. Vous avez dépensé avec moi quarante millions de sesterces ; eh bien, moi, j'en ai dépensé trente millions avec vous ; la différence n'est pas si grande, ce me semble. Vous êtes un Curius, je suis une Métella. Bref, vous m'avez aimée et vous me l'avez dit ; j'ai eu du goût pour vous et je vous l'ai prouvé ; nous sommes quittes. Maintenant, vous voulez que, moi qui suis jeune, j'aille m'embarrasser d'un homme qui n'a rien ? Vous voulez que, vous qui n'avez pas trente ans, qui portez un beau nom, et, par conséquent, pouvez faire un riche mariage, j'aille vous embarrasser d'une femme ruinée ? En vérité, mon cher, ce serait une double sottise. Je vous en laisse ma part. CURIUS J'emprunterai, Fulvie, et nous vivrons comme par le passé. FULVIE S'il y avait encore des prêteurs d'argent à Rome, mon cher Curius, je les eusse trouvés aussi bien que vous. Mais, voyons, avouez-le, vous savez bien qu'il n'y en a plus. CURIUS Eh bien, je me ferai homme politique. Je puis arriver à la préture comme un autre. FULVIE Et avec quoi ? C'est très cher, la préture. CURIUS Oh ! vous êtes résolue, je le vois bien. Vous me remplacez déjà en pensée ; et moi qui vous aimais malgré vos coquetteries, malgré vos caprices, malgré votre méchante réputation ! FULVIE Prenez garde, Curius ; vous ne parlez plus comme un patricien ; vous parlez comme un paysan ivre... Est-ce que je vous ai jamais rappelé votre procès avec le juif du forum ? Est-ce que je vous ai reproché d'avoir été chassé du sénat ? Est-ce que... ? Tenez, quittons-nous, Curius ; haïssons-nous, mais ne nous dégradons pas. CURIUS Il est impossible que vous soyez cruelle à ce point... Vous en aimez un autre, Fulvie !... Vous avez fort applaudi Cicéron, ce me semble, et Cicéron paraissait tout fier de vous avoir fait applaudir. FULVIE C'est vrai, j'aime Cicéron. Quand il parle, j'oublie que c'est un homme nouveau. Il se peut bien qu'il m'ait remarquée ; peut-être même m'a-t-il suivie... CURIUS Oh ! cet homme nouveau, comme vous l'appelez, est riche à millions. FULVIE C'est vrai encore ; mais tranquillisez-vous, ce n'est pas plus lui qui vous remplacera que Sergius ou César. Ce soir, quand vous m'avez fait arrêter, je quittais Rome. CURIUS Vous quittiez Rome ? FULVIE Mes équipages sont saisis, ma maison va être vendue, je n'ai plus un esclave à moi. Que voulez-vous que je fasse à Rome ? CURIUS Et où allez-vous ? FULVIE A Corinthe, chez ma soeur Métella, où j'attendrai des temps meilleurs. CURIUS Un exil ! Vous souffrirez l'exil ? FULVIE Je souffrirai la mort plutôt que la honte, et c'est une honte pour moi de voir qu'il y a à Rome des gens qui ne sont pas encore ruinés. CURIUS O Fulvie ! FULVIE Oui, je l'avoue, quand Aurélia Orestilla, quand cette ancienne affranchie, quand cette veuve d'un publicain qui avait à peine le droit de porter l'anneau de fer, passe avec ses mules africaines, ses esclaves nubiens, ses eunuques de Bithynie ; quand, sur le passage de sa litière, tout le monde se retourne, tout le monde s'arrête, tout le monde admire, alors moi, Curius, moi qui suis à pied, moi qui porte sur moi tout ce qui me reste de joyaux d'or, moi qui passe inaperçue dans la foule, comme je passais ce soir au Champ de Mars, où vous ne m'eussiez pas vue si je ne vous eusse touché l'épaule, alors... Mais je ne sais pas pourquoi je vous dis tout cela ; dans deux heures, je serai sur la route de Corinthe. Adieu, Curius, adieu. CURIUS Mais vous êtes chez Catilina ; restez au souper qu'il vous donne ce soir. Il est prévenu, il vous attend. FULVIE Croyez-vous que, sur la route, je n'aie pas reconnu ses gladiateurs ; qu'en arrivant ici, je n'aie pas reconnu sa maison ? Il comptait sur moi au souper, dites-vous ? CURIUS Oui. FULVIE Remerciez-le pour moi, Curius ; mais je n'accepte pas un festin que je ne puis rendre. Moi parasite, vous n'y pensez pas ! Faites pour moi mes compliments à la belle Aurélia Orestilla, la reine du festin ; moi, je pars. Adieu, Curius. CURIUS Ecoutez-moi une dernière fois. FULVIE Avez-vous à me dire quelque chose que je n'aie point encore entendu ? CURIUS Fulvie, ne partez que dans huit jours. FULVIE Adieu, Curius. CURIUS Ne partez que dans trois jours. FULVIE Adieu. CURIUS Fulvie, ne partez que demain... Demain, ce soir même, un grand changement peut se faire. FULVIE, revenant Dans votre sort ? CURIUS Dans notre sort à tous. FULVIE Encore quelque leurre. CURIUS Restez, Fulvie, restez deux heures, et, dans deux heures, vous avouerez que tout votre patrimoine perdu, toute votre fortune dévorée étaient la médiocrité, la pauvreté, la misère près de l'état nouveau qui nous attend tous les deux. FULVIE Qui nous attend ?... CURIUS Que voulez-vous ? qu'ambitionnez-vous ? Parlez, que vous faut-il ? FULVIE Prenez garde ! les désirs d'une âme comme la mienne n'ont pas de bornes. J'ambitionne tout, je veux tout. CURIUS Eh bien, souhaitez, imaginez, rêvez. Votre tout à vous, ce n'est rien. Mais attendez, Fulvie, attendez, attendez deux heures... C'est tout ce que je vous demande de temps pour vous prouver que je ne mens pas. FULVIE Vous êtes fou, Curius, ou bien... CURIUS Ou bien ?... FULVIE Ou bien ce que l'on dit de Catilina est vrai. Scène 2 Et que dit-on de Catilina, belle Fulvie ? FULVIE On dit qu'il donne ce soir une fête charmante à laquelle il a bien voulu m'inviter, et dont je prends ma part avec grand plaisir... pourvu qu'il me soit permis de continuer d'y quereller à mon gré Curius. CATILINA, montrant le jardin A droite, vous trouverez l'allée des querelles, Fulvie... A gauche, vous trouverez la grotte des raccommodements, Curius. CURIUS Venez, Fulvie. FULVIE Vous me direz tout ? CURIUS Oui. (Il sort avec Fulvie.) Scène 3 Scène 4 Nous sommes arrivés ? CATILINA Oui ; tu n'as plus rien à craindre, tu peux jeter là ce manteau. LE BARBIER Vous m'avez demandé, maître ? CATILINA Change-moi la tête de cet homme-là. STORAX Ah ! oui, si c'est possible. CATILINA Tout est possible à mon barbier, c'est un faiseur de miracles. Entrez, Chrysippe... Toi, emmène cet homme et fais vite. (Storax et le Barbier sortent.) CATILINA, donnant la main à Chrysippe, qui lui tâte le pouls Eh bien ? CHRYSIPPE Eh bien, vous avez la fièvre. CATILINA Tu ne m'apprends rien de nouveau. Mais d'où me vient cette fièvre ? CHRYSIPPE Vous vous serez encore déchiré la poitrine en faisant quelque effort. CATILINA J'ai lancé le disque de Rémus. CHRYSIPPE C'est cela, toujours le même ! Quand les autres boivent la coupe d'Hercule, vous videz, vous, l'amphore tout entière. Quand, aux fêtes de Vénus, les autres veillent trois jours, vous veillez, vous, toute la semaine. Quand les autres lancent le palet ordinaire, vous lancez, vous, le disque de Rémus. Vous avez craché le sang, n'est-ce pas ? CATILINA Oui. CHRYSIPPE Un autre se fût tué sur le coup. CATILINA Tandis que, moi, je ne mourrai que dans... Voyons, dans combien de jours, Chrysippe ? CHRYSIPPE Oh ! dieux merci... CATILINA Dans combien de mois ? CHRYSIPPE J'espère mieux encore. CATILINA Un an alors... Eh ! de quoi te plains-tu et quel est l'homme qui est sûr d'avoir un an devant lui ?... Un an !... tu dis un an, n'est-ce pas ? CHRYSIPPE Je crois que vous pouvez compter sur un an. CATILINA Merci. Un an !... le temps de me marier, d'avoir un fils, de laisser sur cette terre, où peut-être on parlera de moi, un héritier de mon nom, glorieux ou sinistre. CHRYSIPPE Vous êtes bien fatigué, bien vieilli depuis quelques années. CATILINA J'ai trente-sept ans à peine. CHRYSIPPE Oreste était vieux à vingt-cinq. Pourquoi vous marier ? CATILINA N'as-tu pas entendu ce que je viens de dire ? Je veux un enfant. CHRYSIPPE Ne vous mariez pas, car vous n'aurez pas d'enfant, car vous ne laisserez pas d'héritier de votre nom. Vous avez tari en vous les sources de la vie. Agissez désormais comme si vous étiez seul au monde. Pensez à vous. CATILINA Ainsi, voilà ton arrêt. Tu me condamnes, toi, le juge infaillible. CHRYSIPPE Je prononce la sentence, mais vous l'avez exécutée vous-même. CATILINA Pas d'enfant ! CHRYSIPPE C'est cela. Cette sentence va devenir votre tourment, n'est-ce pas ? C'est assez qu'une chose soit devenue impossible pour que vous la désiriez. Soyez donc ambitieux pour vous-même, c'est déjà bien assez. Un fils !... à quoi vous servira un fils ? CATILINA A avoir quelqu'un à aimer et qui m'aime en ce monde. A quoi me servira un fils ?... Demande à l'ombre du vieux Cornélius Sylla, qui posséda le monde, s'il n'eût pas donné la moitié du monde, le monde entier, pour racheter cette larme qu'il versa sur le tombeau de son fils Cornélius. Eh bien, les dieux eurent pitié de lui. Il eut d'un troisième mariage Faustus. Pourquoi les dieux seraient-ils donc plus sévères pour moi que pour Sylla ? Un fils continue notre vie, et, quand le feu qui anime certains hommes s'est éteint sous l'aile de la mort, une étincelle se réfugie au sein de leur enfant. Une étincelle recommence une incendie. CHRYSIPPE Adoptez quelqu'un que vous aimerez et qui vous aimera. CATILINA Me prends-tu pour un sot, Chrysippe ? crois-tu que l'adoption remplace la naissance ? Je veux aimer selon la nature et non par la loi. Va, mon médecin, je serai sage et le temps me guérira. CHRYSIPPE Je me retire. CATILINA Surveille-moi pendant le souper. J'ai besoin de toute ma vigueur et de toute ma gaieté, ce soir. Au reste (riant), je ne me suis jamais senti en meilleure disposition. CHRYSIPPE Et vous ne voulez pas qu'on en doute ? CATILINA Non, certes. CHRYSIPPE Alors, mettez du rouge de Péluse sur vos joues, car vous êtes pâle comme la mort. CATILINA J'en mettrai. Adieu, Chrysippe. CHRYSIPPE Au revoir, seigneur. Scène 6 Scène 7 Allons, il paraît décidément que j'ai changé de tête. CATILINA Oui, par Janus, tu as deux visages. STORAX Oh ! deux !... Je ne vous en ai pas encore donné le compte. CATILINA Avance ici, et causons. (Il s'assied.) STORAX Je ne demande pas mieux, la langue me démange. De quoi allons-nous parler ? CATILINA Eh bien, parlons de toi. STORAX De moi ? J'ai peur d'être trop indulgent. CATILINA Je tiendrai compte de la partialité. D'abord, comment un homme d'esprit comme toi, car tu as de l'esprit... STORAX Trop ! CATILINA Eh bien, comment un homme qui a trop d'esprit s'expose-t-il à être crucifié pour une tourterelle ? STORAX On ne pare pas un coup de fronde. CATILINA C'est vrai. STORAX Tout ce que je pouvais faire, c'était de me sauver, une fois pris. CATILINA Oui. STORAX Eh bien, je me suis sauvé, ne m'en demandez pas davantage. Quand, placé dans une situation mauvaise, on tire de la situation tout le parti qu'on peut en tirer, il n'y a rien à dire. CATILINA Voilà de la logique, ou je ne m'y connais pas... Donc, si tu n'as pas paré le coup de fronde, cela ne veut pas dire que tu n'eusses pas paré autre chose. STORAX J'ai paré Caton. CATILINA Explique-moi cela, je ne comprends pas bien... Quelles affaires as-tu pu avoir avec Caton, toi ? STORAX Des affaires politiques. CATILINA Allons donc ! la politique ne regarde pas les esclaves. STORAX Les esclaves, c'est vrai ; mais... CATILINA Car je ne suppose pas que tu sois citoyen romain, STORAX Eh bien, voilà ce qui vous trompe. CATILINA Tu es citoyen ? STORAX Comme vous, comme César, comme Crassus. Seulement, je suis moins noble que vous, moins débauché que César, et moins riche que Crassus. CATILINA Mais alors, si tu es citoyen romain, tu n'avais qu'à crier tout à l'heure : «Halte-là, maîtresse Orestilla ! Je me nomme Storax, je suis citoyen romain !...» et tu sortais d'embarras tout naturellement. STORAX Brrr ! comme vous y allez, vous, seigneur Sergius ! CATILINA Sans doute. STORAX Voilà justement l'affaire... Je me débarrassais d'avec Orestilla, mais je m'embarrassais avec Caton. CATILINA Eh bien, parle, explique-toi. STORAX Chacun a ses petits secrets. CATILINA, se levant sur son séant C'est ce que je n'admets pas, maître Storax. Je vous ai sauvé la vie, vous êtes à moi... Or, si votre corps seul m'appartient, ce n'est point assez... S'il ne s'agit que de votre corps, j'ai cinq cents esclaves plus beaux et mieux tournés que vous. Votre confiance, au contraire, m'est précieuse. Je vous prie donc de me l'accorder, ou sinon je me verrais forcé, n'ayant aucun besoin de votre corps, de le rendre à Aurélia, et même de le donner à Caton, à qui je n'ai jamais rien donné. Voyons, ce que je vous dis là fait-il effet sur vous, aimable Storax ? STORAX Beaucoup d'effet. CATILINA Eh bien, voyons. (Il se recouche.) STORAX Vous le voulez ? CATILINA Absolument. STORAX Vous saurez d'abord que je ne me suis pas toujours appelé Storax. CATILINA Ah ! STORAX Non. Du temps des proscriptions, je m'appelais Quintus Pugio, j'étais tanneur. CATILINA Très bien ! STORAX Sylla, vous en savez quelque chose, vous qui étiez son ami, Sylla mit un certain nombre de têtes à prix. Je n'avais pas d'ouvrage, la tête valait quatre mille drachmes. J'en coupai quelques-unes, mais honnêtement, je vous jure. CATILINA Qu'appelles-tu honnêtement ? STORAX C'est-à-dire que je n'imitais jamais ces gens de mauvaise foi, qui, pour s'épargner des recherches fatigantes, coupaient la tête de leur voisin... quand celui-ci ressemblait au proscrit demandé. Non, avec moi, bon argent, bon jeu. CATILINA C'était de la probité. STORAX Oui, jusque-là, je sais bien, tout va à merveille... Mais voilà qu'un jour, Sylla eut la malheureuse idée de changer le mode de payement, et qu'au lieu de compter tant par tête, il se mit à acheter les têtes à la livre. Chacun alors de chercher les plus lourdes. Mes associés eurent la chance... Les uns prirent des têtes de savants, de magistrats ; les autres, des têtes de philosophes, toutes têtes de poids... Il ne me resta plus qu'un beau, qu'un élégant... Un fils de sénateur. CATILINA Tête légère, n'est-ce pas ? et que tu laissas vivre. STORAX Non. J'imaginai un moyen. Je m'avisai de lui couler du plomb fondu dans l'oreille pour réparer l'injustice du sort... Je vous le disais, j'ai trop d'esprit. CATILINA En effet, j'ai entendu parler de cela... C'était ingénieux. STORAX N'est-ce pas ?... Malheureusement, la main me tourna, j'en mis trop ; la tête devint si lourde, que c'était invraisemblable... L'intendant, après avoir payé, s'aperçut de la supercherie. Sylla, qui était de bonne humeur ce jour-là, me fit grâce de la vie ; mais il voulut que je rendisse l'argent. Je l'avais dépensé. On me déclara banqueroutier, et, comme tel, je fus mis à l'encan et vendu au vieux mari d'Aurélia Orestilla... Le mari mort, j'échus à la femme. Aujourd'hui, vous le savez, Caton recherche curieusement, pour en faire collection, les têtes de ceux qui se sont distingués dans les proscriptions. Je sais que mon trait du plomb fondu l'occupe et qu'il a fort envie de connaître particulièrement le citoyen Quintus Pugio. Voilà pourquoi, tant que Caton vivra, je préfère m'appeler Storax. Auriez-vous quelque chose à objecter contre ce désir, seigneur Sergius ? CATILINA Moi ? Pas le moins du monde. STORAX Voyez-vous, si vous êtes assez bon pour me protéger, et contre Caton et contre Aurélia, je tâcherai de vous rendre à mon tour quelques services. J'ai beaucoup vu, beaucoup observé... Je sais beaucoup de choses qui, inutiles à moi, peuvent être fort utiles aux autres... Voulez-vous que je vous dise quelques mots de vos amis ? CATILINA Mes amis, je les connais. STORAX Et vos ennemis ? CATILINA Inutile, je m'en défie. Ecoute : te chargerais-tu de me retrouver quelqu'un ? STORAX Où cela ? CATILINA Dans Rome. STORAX Donnez-moi son signalement. CATILINA Tu l'as vu. STORAX Je l'ai vu, et vous me demandez si je retrouverai quelqu'un que j'ai vu ? CATILINA Je te le demande. STORAX Où l'ai-je vu ? CATILINA Au Champ de Mars. STORAX Quand cela ? CATILINA Il y a deux heures... STORAX Mettez-moi sur la voie. CATILINA Le jeune homme à la fronde... STORAX Qui a tué ma tourterelle ? CATILINA Justement. STORAX Comme cela tombe ! Je m'étais promis de le retrouver pour mon compte. Je ferai, comme lui, d'une pierre deux coups. CATILINA Storax, ce jeune homme te sera sacré. Ta vie me répondra d'un de ses cheveux ! Tu le retrouveras pour moi seul. STORAX Soit. CATILINA Combien te faut-il de temps pour le retrouver ? STORAX N'était-ce pas à lui, ce petit gueux d'esclave jaune qui le suivait ? CATILINA C'était à lui. STORAX En ce cas, il me faut une heure. Laissez-moi sortir, et, dans une heure... CATILINA Tu es libre. STORAX fait trois pas et revient Ah ! pardon, seigneur Sergius, mais il y a une chose qui m'inquiète ? (Il va s'appuyer sur le bras du fanteuil.) CATILINA Serait-ce, par hasard, cette lettre de Lentulus, que tu as trouvée sous mon manteau, et que tu as su si habilement déchiffrer ? STORAX Non. CATILINA Non ? C'est grave, cependant, un secret de cette importance ! STORAX Aussi m'a-t-il préoccupé un instant... En revenant au Champ de Mars, nous avons côtoyé un vivier plein de grosses lamproies, qui dévoreraient dix Storax et quinze Pugio en un quart d'heure. Ces bêtes, en me voyant passer, levaient leurs fins museaux à la surface de l'étang, et me couvaient d'un oeil affamé. Vous m'aviez fait prendre le bord de l'eau. «Ah ! ah ! me suis-je dit, il paraît que c'est ici que mon nouveau maître va enterrer Storax et le secret de Lentulus». Mais, pas du tout, vous avez passé outre... Alors, je me suis dit : «Il faut qu'il ait bien besoin de moi ; sans quoi...» CATILINA Sans quoi ?.. STORAX Sans quoi, vous m'eussiez poussé dans le bassin aux lamproies. CATILINA J'y ai bien pensé. STORAX Je l'ai bien vu. CATILINA Ce n'est donc plus cela qui t'inquiète? STORAX Vous vous êtes chargé de ma toilette ; bien !... la tête est bonne. Vous vous êtes chargé de mon costume, et je ne me plains pas de l'habit ; mais... CATILINA Mais quoi ? STORAX Quel doit être l'usage de cet anneau qu'on m'a rivé à la jambe ? CATILINA Cet anneau, c'est pour y mettre cette chaîne. (Il lui remet une chaîne.) STORAX Ah ! ah !... CATILINA Tu es mon confident ; mais je t'élève à la dignité de portier... dans tes moments perdus. Sois tranquille, dans une heure, tu seras libre. STORAX Donc, je me mets à la piste du jeune homme. CATILINA A l'instant même... Songe que j'en veux avoir des nouvelles cette nuit. STORAX Je vous ai demande une heure. CATILINA Ah ! voilà quelqu'un qui nous arrive. STORAX C'est Orestilla. CATILINA Eh bien, ne vas-tu pas faire quelque imprudence ? Puisque tu ne te reconnais pas toi-même, elle ne te reconnaîtra pas. Scène 8 Salut, Orestilla ! Je vous attendais. ORESTILLA Est-ce parce que je vous avais dit que je ne viendrais pas ? (Elle s'assied.) CATILINA Justement ; mais je me suis dit : «Storax pendu, la colère passera, et Orestilla ne voudra pas me faire cette douleur de priver de sa présence une fête donnée pour elle». Il a donc été pendu, ce malheureux Storax ? ORESTILLA Non ; le drôle n'a pas voulu me donner ce plaisir ; en passant sur le pont, il s'est jeté dans le Tibre. CATILINA Où il s'est noyé ? ORESTILLA On me l'a dit, du moins ; mais, comme je tiens à en être sûre, j'ai donné l'ordre aux pêcheurs de chercher sou corps. CATILINA, à Storax Va où je t'ai dit. ORESTILLA Qu'est-ce que cet homme ? CATILINA Un nouvel esclave dont j'examinais les mérites. (Storax sort.) Scène 9 Bien. Sommes-nous seuls ? CATILINA A l'exception de Curius et de Fulvie, qui se disputent ou se raccommodent dans les jardins, je ne sais trop lequel. ORESTILLA Verrez-vous longtemps encore une société pareille ? CATILINA Cela dépendra de vous, Orestilla. Sommes-nous d'accord ? ORESTILLA Parfaitement. Je ne vous aime pas, vous ne m'aimez pas, nous nous épousons ; n'est-ce point cela ? CATILINA Il est impossible de mieux établir la situation. ORESTILLA Il y a dans la vie d'un homme, fût-il homme de mérite, fût-il homme de talent, fût-il homme de génie, un de ces moments où tout avenir peut se briser devant un mot : l'argent manque ! CATILINA Moins le génie, je suis, en effet, dans un de ces moments-là. ORESTILLA Il en résulte que, faute de quelques milliers de sesterces, une destinée avorte, une fortune croule... CATILINA C'est ce qui faillit arriver à César au moment de partir pour l'Espagne. Il rencontra Crassus, qui le sauva. ORESTILLA Et c'est ce qui vous arriverait, à vous, si vous ne m'aviez pas rencontrée... Je serai votre Crassus. Crassus donna la préture à César, je vous donnerai le consulat. Combien vous faut-il pour assurer votre élection ? Calculez largement. CATILINA Vingt millions de sesterces. ORESTILLA Vous pouvez les faire prendre chez moi cette nuit. CATILINA De mon côté, vous savez que je ne vous apporte rien. Mes terres et mes prairies sont grevées d'hypothèques, mes esclaves sont engagés, le séquestre est mis sur mes maisons. Vous épousez Lucius Sergius Catilina... ou plutôt son nom, et rien de plus. ORESTILLA Soit. C'est à un homme tel que vous qu'il me convient de lier ma destinée. Maintenant, vous savez toute ma vie. Je ne cherche point à me farder. J'abjure mon passé. J'oublie ce que je fus. Votre avenir politique, c'est le mien. Pour la réussite de vos désirs, pour le triomphe de votre ambition, pas de trêve, pas d'obstacles. Je n'ai plus de famille, je n'ai plus d'amis, je n'ai plus de sentiments... Je suis votre associée, votre instrument, s'il est besoin, votre complice, s'il le faut... Je suis à vous, toute à vous. CATILINA J'accepte. ORESTILLA Les serments que les époux se font entre eux, dérision ! Ce n'est point un mariage, c'est un pacte que nous concluons au pied des autels. Le jour où vous me direz : «Aurélia, pour que je sois plus riche, pour que je sois plus grand, pour que je sois le premier de Rome, ce n'est pas assez qu'il y ait entre nous un pacte, il faut qu'il y ait un crime !...» ce jour-là, je vous dirai : «Associée, je partage le mal et le bien ; complice, je me mets à l'oeuvre ; instrument, je frappe !...» CATILINA Bien ! ORESTILLA Est-ce là-dessus que vous comptiez ? CATILINA Tout à fait. ORESTILLA A votre tour !... Que faites-vous pour moi ? CATILINA Je croyais cette question résolue entre nous... Où je vais, je vous mène. Seulement, tant que je monte, vous pouvez me suivre ; si je tombe, vous avez le droit de m'abandonner... Je ne vous dois que ma bonne fortune. ORESTILLA Je n'aime point Catilina comme on aime un homme ; je l'aime comme on aime sa propriété. Je vous veux exclusivement, entièrement... C'est vous dire que je ne permettrai pas que rien, entendez-vous ? que rien surgisse entre nous... J'ai accepté la seconde place dans votre fortune et dans votre vie ; mais, réfléchissez-y, je refuserais la troisième. Vous d'abord, moi ensuite. CATILINA C'est convenu. ORESTILLA Ainsi, vous n'avez rien dans le coeur, Catilina ? CATILINA Rien. ORESTILLA Vous n'aimez aucune femme ? CATILINA Aucune. ORESTILLA Pas un regard que vous cherchiez avee plaisir ? CATILINA Pas un. ORESTILLA Pas une main que veus pressiez avec affection ? CATILINA Pas une. ORESTILLA Pas d'enfant d'un premier mariage ? CATILINA Non. ORESTILLA Pas d'enfant d'adoption ? CATILINA Non. ORESTILLA Pas d'enfant naturel ? CATILINA Non. ORESTILLA Réfléchissez-y bien. En me disant que vous n'aimez rien au monde, que tout vous est indifférent ; en me disant que je dois passer avant tout et avant tous, vous vous ôtez le droit de défendre qui que ce soit contre moi, vous me donnez le droit de disposer souverainement de tout et de tous. CATILINA Je vous le donne. ORESTILLA Voici l'anneau d'Orestillus, mon premier mari, le cachet auquel obéissent mon intendant et mes esclaves. Il représente quarante millions de sesterces... et ma liberté. Votre main. (Elle lui passe l'anneau au doigt.) CATILINA A vous, voici l'anneau de Sergeste mon ancêtre, le cachet qui régnait sur tous mes biens, quand j'avais des biens. Aujourd'hui, il n'est plus que le gage de ma volonté. Mais ce que je veux, c'est cent fois, c'est mille fois, c'est un million de fois ce que j'ai perdu. C'est ce qu'a voulu Marius ; c'est ce qu'a accompli Sylla. ORESTILLA Votre associée peut le prendre ? CATILINA Le voici. (Orestilla prend l'anneau.) Scène 10 NUBIA, paraissant à la porte de côté Maîtresse... ORESTILLA Ah ! c'est toi, Nubia ? NUBIA Puis-je parler ? ORESTILLA Oui. NUBIA Le jeune homme s'appelle Charinus, le père Clinias, la mère Erys. ORESTILLA Où demeurent-ils ? NUBIA Au Champ de Mars, près de la voie Flaminia. ORESTILLA Bien. Prends mon manteau, Nubia. CATILINA, revenant avec Capito, et allant au-devant de Lentulus . Lentulus, salut ! LENTULUS Avez-vous reçu ma lettre ? CATILINA Oui, et soyez tranquille. On veillera à ce que le pois chiche soit cueilli. - Bonjour, Céthégus ! CETHEGUS Bonjour. Avons-nous du nouveau ? CATILINA C'est à vous qu'il faut demander cela ; à vous, notre futur édile. (Entrent Fulvie et Curius.) CETHEGUS Par Hercule ! le sénat se remue comme une fourmilière sur laquelle un cheval a mis le pied. Toutes les bandes de pourpre veulent nommer Cicéron. Sera-t-il nommé ? CATILINA Vous le savez, amis, c'est un coup de dés sur le tapis vert des comices. Nul ne peut répondre s'il fera le coup de Vénus ou le coup du chien. FULVIE O Sergius ! pourquoi les femmes ne votent-elles pas ! CATILINA Merci, belle Fulvie ; mais, si les femmes ne votent pas, elles font voter. ORESTILLA, assise C'est presque une déclaration, savez-vous ? Dites donc à Fulvie que nous nous marions... séparés de biens. CURIUS, à Catilina Bon ! voilà les femmes qui se disputent, à présent. CATILINA, intervenant L'une ou l'autre de vous deux a-t-elle vu César, mesdames ? TOUTES DEUX César ? Non. CATILINA Voyons, Orestilla ? CURIUS Voyons, Fulvie? ORESTILLA Eh bien, quoi ? FULVIE Qu'y a-t-il? CETHEGUS César, c'est un Janus : il a deux visages. Par Hercule ! défiez-vous de lui, Sergius. L'un qui sourit à Catilina, l'autre qui sourit à Cicéron. CATILINA, à Orestilla . Si César vient, retenez-le, et qu'il ne sorte sous aucun prétexte. - Ah ! vous voilà, Rullus ! Que tenez-vous là ? Est-ce un chapitre des dix premières années de votre Histoire de Sylla ? RULLUS Non ; c'est un projet d'organisation dont je compte faire l'essai, si jamais j'arrive au pouvoir. CAPITO, à Catilina Eh bien, qu'attendons-nous pour souper? CATILINA César. L'INTENDANT Une lettre du noble Julius... CATILINA Il ne viendra pas. ORESTILLA A-t-il une bonne raison, au moins ? CATILINA Excellente. Jugez-en... (Il lit.) «Une belle dame vient de me faire avouer que l'on dîne mieux à deux qu'à douze. Pardonnez-moi ; elle ne me pardonnerait pas». FULVIE, à Curius Si César ne vient pas, c'est mauvais signe. CURIUS Par Vénus ! Fulvie, César donne une trop bonne excuse pour que je ne trouve pas qu'il est dans son droit. FULVIE Niais que vous êtes! CATILINA Seigneurs, nous tâcherons de nous passer de César. LENTULUS N'importe, c'est fâcheux. César ! c'est un beau nom. RULLUS Eh ! laissez là vos patriciens, Lentulus. Invitez le peuple, et il viendra, lui. Je réclame la part du peuple, Catilina, du peuple, toujours oublié dans les révolutions ? CATILINA C'est bien, Rullus, c'est bien ; on lui fera justice cette fois, au peuple, et c'est vous qui serez chargé de la lui faire. TOUS Bravo, Catilina ! bravo ! CETHEGUS J'attends, pour crier : Vive Catilina ! que Catilina ait fait ses largesses. CATILINA Soyez tranquille, il les fera. J'ai regardé l'aigle romaine, et j'ai mesuré son vol ; elle part du mille d'or, centre de la ville, et décrit un cercle gigantesque autour du monde. L'Europe au ciel sévère, à la terre féconde ; l'Asie aux plaines embaumées, aux fleuves semés de paillettes d'or, aux villes opulentes ; l'Afrique avec ses milles d'argent et de pierres précieuses, avec ses déserts, vaste peau de tigre tachée d'oasis ; voilà ce que domine l'aigle de nos légions ; du haut du ciel, son oeil voit s'agiter cent cinquante millions de tributaires, fumer quarante mille cités ; l'ombre de ses deux ailes s'étend sur les deux mers qui embrassent son domaine comme une ceinture ruisselante de lumière. Enfin, lorsqu'elle est fatiguée, elle peut reposer son vo1 sur une montagne d'or aussi haute que l'Atlas. Comptons-nous ! Nous comptons six ! Coupons la montagne en six tranches ; taillons le monde en six parts : voilà, mes amis ; la largesse que vous fait le roi du festin. TOUS Vive le roi du festin ! CATILINA Le roi, ce sera le consul de demain. Criez : Vive le consul ! CETHEGUS Pas de détours, pas d'apologues. Ne crions ni Vive le roi ! ni Vive le consul ! Crions : Vive Catilina ! CURIUS, à Fulvie Comprenez vous, maintenant ? FULVIE Je comprends. CURIUS Et êtes-vous fâchée d'être restée ? FULVIE Je ne m'engage que jusqu'à demain. CATILINA Maintenant, parlez. Il n'y a pas de trop vastes désirs, il n'y a pas de trop grandes ambitions : ce que les autres osent à peine rêver, demandez-le, et vous l'aurez. - A vous, Lentulus, prenez. LENTULUS A moi l'Asie ! CATILINA Rullus, vous l'organisateur de nos majorités, demandez ! RULLUS A moi Rome, et, avec Rome, l'Italie ! CATILINA Soit... - Céthégus, vous, le bras de l'entreprise, que vous faut-il ? CETHEGUS La Gaule, la Germanie, le Nord ! CATILINA C'est dit. - Capito, que désirez-vous ? CAPITO L'Afrique ! CATILINA Accordé. - Vous, Curius ? CURIUS Que dites-vous de l'Espagne, Fulvie ? FULVIE Elle est un peu ruinée par César. CURIUS Bah ! nous trouverons bien à y glaner un milliard de sesterces. (Se tournant vers Catilina.) L'Espagne ! CATILINA Vous l'avez. ORESTILLA, à Catilina Ils vous oublient et prennent tout. Chacun a sa province ; que vous restera-t-il, à vous ? CATILINA, bas Tout. Ne faut-il pas des proconsuls à un dictateur ? (Haut.) Et maintenant, amis, à table ! CAPITO Mais la table n'est pas dressée. CATILINA Oh ! ce sera bientôt fait ; j'ai, pour me servir, des génies fort intelligents, quoique invisibles. FULVIE Et de quelle façon leur transmettez-vous vos commandements ? CATILINA Frappez du pied, madame, avec l'intention qu'ils vous envoient à souper, et ils vous obéiront. FULVIE Combien de fois ? CATILINA Trois fois, c'est le nombre sacré. FULVIE frappe du pied trois fois ; une table somptueusement servie sort de terre avec des lits de pourpre C'est par magie ! ORESTILLA, bas, à Catilina Envoyez chercher chez moi un million de sesterces. CATILINA Bien. Placez-vous. Amis, à table ! à table ! Scène 11 Maître ! CATILINA C'est toi ? STORAX Je sais tout. CATILINA Parle ! STORAX Le jeune homme s'appelle Charinus, le père Clinias, la mère Erys. CATILINA Où demeurent-ils ? STORAX Au Champ de Mars, près de la voie Flaminia, une petite maison isolée. CATILINA , vivement. La maison de la vestale ? STORAX Justement ! CATILINA Qu'on apporte un manteau d'esclave dans cette chambre ; dans dix minutes, je sors. ORESTILLA Eh bien, Catilina, nous n'attendons plus que vous et les couronnes. CATILINA Voici Vénus, votre soeur, qui vient vous les apporter. (Deux esclaves vêtues en nymphes et une Vénus descendent da lambris sur un nuage, avec des couronnes et des guirlandes.) TOUS Vive Catilina, le roi du festin ! CATILINA, levant sa coupe Amis, au partage du monde ! TOUS Au partage du monde ! | ||||