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Alexandre Dumas, Catilina (1848) | ||||||
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Même décoration qu'au deuxième acte. Scène 1 D'abord, Charinus, mon enfant, mon fils bien-aimé, laisse-moi te regarder (Il l'éloigne comme pour l'admirer), t'embrasser, te serrer sur mon ooeur. CHARINUS Seigneur ! CATILINA M'as-tu dit seigneur quand tu m'as sauvé la vie ?... Non... tu m'as dit : Venez, mon père ! CHARINUS Mon père ! CATILINA Tu me pardonnes, n'est-ce pas ? CHARINUS Quoi donc ? CATILINA De t'avoir pris dans mes bras, de t'avoir emporté... Il me semblait que je volais l'Asie à Mithridate, le ciel à Jupiter. CHARINUS Ai-je résisté ? ai-je appelé ? ai-je même dit : Laissez-moi ?... Non, j'ai jeté les bras autour de votre cou, j'ai fermé les yeux, et je me suis laissé emporter. CATILINA Dieux bons ! comme l'homme passe éternellement près de son bonheur ! Il y a seize ans que tu existes, et je t'ai vu hier pour la première fois. CHARINUS Il y a seize ans que je vis, et j'ignorais que vous existez. CATILINA Eh bien, voyons, dis-moi, cher enfant, ma vue a-t-elle répondu au besoin de ton coeur ? CHARINUS Que vous dirai-je ? Jusqu'à hier, je n'avais connu que ma mère, je n'avais aimé que ma mère ; je savais que Clinias m'avait servi de protecteur, je l'appelais mon père, n'ayant personne à appeler de ce nom. Mais ce que j'éprouvais pour lui, c'était de la reconnaissance et non de l'amour filial... J'ai l'air de répéter vos propres paroles ; car, de ce souterrain, j'entendais tout ce que vous disiez. Eh bien, en vous apercevant, j'ai tressailli ; quand le seigneur Caton vous a adressé ce défi, je l'ai pris en haine de ce qu'il vous proposait une chose qui me semblait impossible. Quand je vous ai vu approcher du cippe, briser la chaîne de fer avec la même facilité qu'un autre eût fait d'une guirlande de fleurs, j'ai adressé tout bas une prière à Castor, le divin discobole, et, quand vous avez, semblable à Ajax Télamon, lancé cette masse, qu'un héros d'Homère pouvait seul soulever, au milieu du frissonnement de joie que m'inspirait votre triomphe... j'ai ressenti là une vive douleur, comme si quelque chose se brisait dans ma poitrine... Aussi, quand je vous ai vu pâlir, quand j'ai vu comme une frange de soie rougir vos lèvres, j'ai été près de crier, d'appeler au secours ; il me semblait que votre vie défaillante emmenait la mienne... Vous me demandez de vous appeler mon père ? Oh ! oui, oui, mon père, tant que vous voudrez, car, à coup sûr, je suis plus heureux de dire mon père, que vous n'êtes heureux de l'entendre... Mais qu'avez vous ? CATILINA Rien, rien, ou plutôt tout... oui, tout... Enfant, sais-tu que je pleure, moi l'homme aux yeux arides, aux paupières desséchées ? sais-tu que les deux larmes qui coulent le long de mes joues, et que tu me donnes pour rien, toi, sais-tu que ce sont deux diamants pour lesquels j'eusse donné le monde ?... Oh ! regarde ces deux larmes, Cicéron... Cicéron, vois pleurer Catilina, et dis encore que je suis le désordre, que je suis le mal, que je suis le néant. As-tu entendu tout ce que m'a dit cet homme, Charinus ? CHARINUS Mais pourquoi Cicéron voulait-il donc tuer mon père ?... J'ai toujours entendu parler de Cicéron comme d'un homme juste. CATILINA Ah ! ne me force pas à te dire des choses que tu ne pourrais pas comprendre ; à ton âge, la vie est une oasis pleine d'ombre et de fraîcheur, où les passions n'ont pas encore laissé leur trace brûlante. Comment veux-tu que je te parle de choses que tu ne connais pas, que j'explique l'incendie à celui-là qui sait à peine ce que c'est qu'une étincelle, que je découvre l'océan orageux à l'enfant qui s'est contenté d'effeuiller des roses dans le bassin de marbre d'un jardin ?... Non, mon bien-aimé Charinus : laisse-moi te dire seulement (Il se lève et relève doucement Charinus) : Je tente une oeuvre immense, j'essaye de soulever un monde... Peut-être ce monde, en retombant sur moi, m'écrasera-t-il... non point parce que j'aurai entrepris une oeuvre impie et impossible, mais parce que le temps de l'accomplir ne sera point venu... En attendant, comme c'est le succès qui fait le nom, si je succombe, mon nom sera flétri, déshonoré... Eh bien, mon enfant, garde dans ton coeur la religion du nom paternel, aine-moi quand on me maudira ; souviens-toi qu'en échouant, je n'aurai qu'un regret, celui de ne pas te léguer la royauté du monde ; qu'en mourant, je n'aurai qu'une douleur, celle de t'avoir retrouvé si tard et de te perdre sitôt. CHARINUS Mais, alors, mon père, pourquoi ne faisons-nous pas ce que tous disiez à ma mène ?... pourquoi ne quittons-nous pas Rome ? pourquoi ne nous éloignons-nous pas du monde ?... Vivons l'un près de l'autre, l'un pour l'autre. CATILINA Hélas ! hélas ! mon enfant, il est trop tard. Si je t'eusse connu il y a un an, il y a six mois, il était temps encore ; si ta douce voix m'eût dit avant-hier ce que tu me dis aujourd'hui, je pouvais m'arrêter, peut-être ; mais, aujourd'hui, les dieux ont décidé : n'allons pas contre la volonté des dieux... Voyons, Charinus, maintenant, que veux-tu ? que désires-tu ? que demandes-tu ? CHARINUS Quand reverrai-je ma mère ? CATILINA Enfant ! j'ai donc deviné ce que tu désirais, j'ai donc été au-devant de ton voeu !... Tu viens d'entendre refermer la porte : ce doit être ta mère. CHARINUS Ma mère ici ?... CATILINA Je viens de l'envoyer chercher. CHARINUS O mon père ! je vois bien que vous m'aimez véritablement. Scène 2 La voix de mon Charinus, de mon enfant... Il est ici ! le voilà ! (Marcia le presse contre son coeur. Puis, tendant la main à Catilina.) Catilina, merci ! CHARINUS Ma mère !... CATILINA Sauvés tous deux ! STORAX Tous trois même. CATILINA Oui, tous trois, bon Storax... Mais comme te voilà blême, grands dieux !... STORAX Vous trouvez ? CATILINA Est-ce que tu aurais eu peur, par hasard, Storax ? STORAX Peur de quoi ? CATILINA Eh bien, mais de cette foule de choses dont Storax peut avoir peur. STORAX Oh ! mon Dieu, non, au contraire... Je n'ai de ma vie été si rassuré. CATILINA Tu n'as vu personne ? STORAX Pas une ombre. CATILINA Et personne ne t'a vu ? STORAX Personne. CATILINA Cependant, Orestilla... STORAX Elle dort probablement. CATILINA Et pourquoi penses-tu qu'elle dorme ? STORAX Par Castor ! elle doit être fatiguée ; toute la journée, elle s'est promenée au Champ de Mars. CATILINA, allant à Marcia Marcia, avez-vous été contente de cet homme? MARCIA Oui, c'est un guide fidèle, vous le voyez ; un peu taciturne. CATILINA Il avait raison de garder le silence ; la moindre parole pouvait vous trahir. MARCIA Vous avez eu pitié des angoisses d'une mère, Sergius ; les dieux vous récompenseront. (Charinus se lève et prend la main de son père.) CATILINA Charinus vous a-t-il dit qu'il m'aimait ? MARCIA Oui. CATILINA Eh bien, les dieux sont quittes envers moi. Maintenant, écoutez, Marcia. Vous voilà réunie à votre fils, rien ne pourra plus vous en séparer tant que vous ne songerez point à le séparer de moi. Tant que nous resterons ici, et nous n'y resterons pas longtemps, vous habiterez là-bas, dans la maison des bains. C'est une retraite impénétrable, où quarante gladiateurs vous garderont. Ils sont à moi, j'ai acheté leur vie ; ils se feront tuer pour défendre Charinus. MARCIA Mais vous m'épouvantez avec cet appareil de précautions. Charinus court donc de bien terribles dangers ? CATILINA, descendant la scène avec Marcia Marcia, défiez-vous de votre ombre ! Que Charinus ne prenne rien que de votre main ou de la mienne. Appelez au moindre bruit. Veillez tandis qu'il dormira, et, quand vous serez lasse de veiller, appelez-moi... Mais à personne, entendez-vous, pas même à Clinias, ne confiez Charinus un seul instant. MARCIA Oh ! soyez tranquille. CATILINA Et cependant il faut tout prévoir, Marcia ; il est possible que je sois forcé de faire partir Charinus au galop de mon plus rapide cheval. Il est possible enfin que je ne puisse l'aller chercher moi-même, et que je sois obligé de le faire prendre par quelqu'un... Marcia, regardez bien cet anneau. MARCIA Le vaisseau de Sergeste, votre ancêtre. CATILINA Vous le reconnaîtrez bien, n'est-ce pas ? MARCIA Oh ! oui. CATILINA Eh bien, ne confiez Charinus qu'à l'homme qui vous remettra cet anneau. MARCIA Alors, doublez, triplez les précautions... Joignez-y un mot d'ordre que me dira l'homme en me remettant cet anneau. CATILINA Il vous dira : De la part de Sergeste, ami d'Enée. MARCIA Bien. CATILINA Oh ! c'est à cette heure seulement que je pourrai vous dire : Marcia, les dieux soient loués ! nous avons sauvé Charinus. STORAX Maître, tandis que vous êtes en train de sauver tout le monde, est-ce que vous ne me sauverez pas un peu aussi, moi ? CATILINA C'est vrai, pauvre Storax, je t'avais oublié... Tiens, l'or est la meilleure sauvegarde que je connaisse. Prends cette bourse, elle est à toi. STORAX Merci, noble Sergius ! merci ! MARCIA Cet homme a tout entendu, Catilina. CATILINA Oui ; mais, sans mon anneau, cet homme ne peut rien. MARCIA C'est Vrai... (On entend du bruit.) Quel est ce bruit ? CATILINA Ce sont les gens que j'attends, qui frappent à la porte... Il ne faut pas que ces gens nous voient... Venez, Marcia. MARCIA Mais pourquoi ne les recevez-vous pas ailleurs et ne restons-nous pas ici ? CATILINA Dans la salle des festins, ouverte de tous les côtés ? Non, non. La maison des bains est seule une retraite sûre. MARCIA Vous nous accompagnez ? CATILINA Je referme moi-même la porte sur vous. Vous avez les clefs de cette porte ; qu'elle ne s'ouvre qu'au mot d'ordre. Que Charinus ne vous quitte qu'en échange de l'anneau. Couvrez la tête de Charinus avec votre voile, et venez, Marcia ! venez ! MARCIA Viens, mon enfant. (Ils sortent.) Scène 3 UNE VOIX Le voici. STORAX, bondissant Hein ! j'ai entendu une voix. (Il regarde autour de lui.) Je me trompais... Personne ! Ma foi, à présent, l'avenir m'apparait rose comme l'aurore des poètes... Bonne Orestilla ! petite maîtresse !... je dis bonjour à ton porte-épée, je dis bonsoir à ton frondeur, je dis bon voyage à ton sagittaire, et j'envoie mille baisers à ton aimable filet. LA VOIX Si tu dis un mot, tu es mort. (Au même moment, deux hommes bâillonnent et enlèvent rapidement Storax, et il disparaît.) Scène 4 Tu as raison, Volens, il y a longtemps qu'ils attendent. Fais-les entrer ; pas d'exceptions, entends-tu ! ma maison, mes galeries, mes jardins, tout au peuple ; puisque le peuple, dis-tu, est tout à moi, il est bon que, moi, je sois tout à lui. (Revenant, et ouvrant la fenêtre.) Chrysippe, ce que j'ai ordonné a-t-il été exécuté? CHRYSIPPE Oui. CATILINA La coupe sera prête ? CHRYSIPPE Oui. CATILINA La femme qui doit représenter Némésis est prévenue ? CHRYSIPPE Oui. CATILINA Bien. Scène 5 Soyez les bienvenus chez moi, Romains... Je vous l'ai dit : c'est aujourd'hui les saturnales, c'est-à-dire le jour où les esclaves sont maîtres, le jour où les maîtres sont esclaves. Mais il nous manque des amis, ce me semble ? VOLENS Il nous manque ceux qui n'avaient pas encore assez faim. Nous étions pressés, nous autres, et nous sommes venus. Mais sois tranquille, ceux que tu attends nous suivent. Je t'ai amené, pour mon compte, cent cinquante vétérans des guerres de Grèce et de Bithynie, et je t'en promets deux mille autres. CATILINA Bien, Volens, bien. GORGO Salut, seigneur. CATILINA Salut, ami. GORGO Je t'amène deux cents gladiateurs et soixante esclaves ; ils savent dans quelle carrière de la Sabine, dans quelle montagne des Apennins, trouver trois mille compagnons. Quand il sera temps, ils les feront prévenir. CATILINA Qu'ils les préviennent, il est temps. CICADA Bonjour, ami Sergius. CATILINA Bonjour, seigneur Cicada... Compagnons, entrez, entrez ! Oh ! la maison est à vous, bien à vous... Prenez, usez, abusez ! ce n'est que le commencement, mes hôtes. Je m'exécute d'abord... Nous verrons si, plus tard, les banquiers et les bourgeois s'exécuteront d'aussi bonne grâce que moi. TOUS Vive le roi Catilina ! CATILINA Vive le peuple romain ! TOUS Vive le peuple romain ! CATILINA Du vin et des fleurs !
Scène 6 Vous riez, vous chantez ici !... Là-bas, l'on se bât et l'on brûle : la maison de Lentulus, celle de Céthégus, celle de Lecca sont en flammes, et les bourreaux de la prison Mamertine sont à l'oeuvre. CATILINA Que dis-tu là ! CURIUS Je dis que, n'ayant pu rejoindre Fulvie, je suis rentré dans Rome, et, de loin, j'ai vu ma maison aux mains des licteurs ; j'accours au Forum, on venait d'y arrêter Lentulus, Rullus et Céthégus. Je dis que tout est perdu là-bas, et que nous n'avons plus qu'à gagner la montagne et à nous faire bandits. CATILINA Voyons, Curius, n'exagères-tu pas ? CURIUS Je te dis la vérité tout entière. CATILINA Lentulus !... un sénateur, arrêté ?... CURIUS Arrêté ! je l'ai vu, te dis-je. CATILINA Rullus, un tribun ? CURIUS Bâillonné, lié comme un esclave. CATILINA Céthégus, Bestia, Capito, Lecca ? CURIUS Capito combattait encore, disait-on ; les autres étaient déjà dans la prison Mamertine. CATILINA Eh bien, amis, voilà l'heure suprême venue... Je suis toujours à vous... Etes-vous toujours à moi ? TOUS Oui ! oui ! CURIUS Comment, Sergius, tu en appelles à de pareils hommes ? Je suis patricien, moi ; je ne conspire pas avec le peuple. TOUS O Curius !... Curius, prends garde ! CATILINA Silence ! Il n'y a plus ici ni patriciens ni peuple... Il y a des hommes qui vont jurer de détruire et de brûler Rome... Je m'appelle poignard, tu t'appelles flambeau... TOUS Oui ! oui ! CATILINA La bataille est engagée. TOUS Des armes ! donnez-nous des armes ! il est temps... (Des esclaves apportent et jettent des amas d'armes aux pieds des conjurés, qui s'en saisissent.) CATILINA Etes-vous armés, compagnons ?... TOUS Oui ! oui ! CATILINA Rentrons dans Rome comme Sylla y rentra il y a vingt ans : l'épée d'une main et la torche de l'autre... Marchons droit au sénat ; les sénateurs seront nos otages, ils nous répondront de nos amis tête pour tête... TOUS Oui ! oui ! Scène 7 Nos amis ?... Ils ont vécu !... TOUS Morts ?... CAPITO Etranglés, par l'ordre de Cicéron... CATILINA Oh ! à Rome !... à Rome !... TOUS A Rome !... CAPITO Impossible !... Les portes sont fermées ; quatre légions avaient été réunies dans la prévision de ce qui vient d'arriver, elles sont sous les armes... CATILINA Et comment es-tu sorti, alors, si les portes sont fermées ? CAPITO J'ai sauté du haut des remparts, poursuivi par les bourgeois et les chevaliers... Ta tête est mise à prix à un million de sesterces !... CATILINA Oh ! j'espère bien qu'elle leur coûtera plus cher que cela !... Maintenant, amis, ce n'est plus pour la richesse que nous allons combattre : c'est pour la vie. CAPITO Oui ; et comme nous allons combattre pour la vie, et que la vie d'un homme vaut celle d'un autre, il faut des enjeux égaux, il faut que patriciens et peuple, qui désormais vont faire cause commune, boivent à la même coupe ; il faut que cette coupe contienne une liqueur terrible ; il faut que, sur cette liqueur, un serment infernal nous lie. CATILINA Tu le veux donc, Capito ? CAPITO Je le veux !... As-tu fait ce que je t'ai demandé, Catilina ? CATILINA Oui. CAPITO La coupe est-elle prête ? CATILINA Oui. CAPITO La coupe est-elle pleine ? CATILINA Oui. CAPITO Que la coupe vienne donc ! CATILINA Place, alors ! (Il prend le milieu de la scène. On forme un cercle autour de lui.) Némésis ! déesse des vengeances, apporte-nous la coupe sur laquelle nous devons jurer !... (Toutes les lumières s'éteignent. Une femme, vêtue en Némésis, vient du dessous. Elle a près d'elle un trépied où brûle un feu rouge, qui seul éclaire la scène.) Scène 8 Voici la coupe ! CATILINA, prenant la coupe et la levant au-dessus de sa tête Pluton ! Vejovis ! Mânes, sombres divinités qui inspirez la terreur ! Lucius Sergius Catilina vous invoque. Vous le savez, dieux vengeurs ! j'ai une armée de vingt mille hommes en Etrurie, j'ai dix mille conjurés à Rome, j'ai milie pâtres dans les Apennins !... Eh bien, au nom des absents comme au nom des présents, je dévoue Rome aux dieux infernaux !... Je jure qu'il lui sera fait comme elle a fait à Carthage, qu'il n'en restera pas pierre sur pierre, que la charrue passera sur les fondations du Capitole, que je sèmerai du sel dans le sillon de la charrue, et qu'il sera bâti une ville qui sera la ville de Catilina, sur un autre emplacement que celui où fût bâtie la ville de Romulus... O ville perverse ! ville vénale, qui déjà au temps de Jugurtha n'attendais qu'un acheteur pour te vendre ! Rome, sois maudite ! TOUS Rome, sois maudite ! CATILINA A toi, Capito. CAPITO, tenant la coupe Maudit soit celui qui ne marchera pas en avant jusqu'à ce qu'il rencontre l'ennemi ! maudit soit celui qui reculera peu dant la bataille ! maudit soit celui qui sortira vivant de la défaite ! Mais, avant tout, maudite soit Rome ! (Il passe la coupe à Curius.) TOUS Maudite soit Rome ! CURIUS Rome, sois maudite ! (Il passe la coupe à Volens.) TOUS Maudite ! VOLENS Maudite soit Rome ! TOUS Maudite soit Rome ! (La coupe passe de mains en mains.) CATILINA Et maintenant, amis, comme on pourrait nous surprendre ici et nous y enfermer, gagnez la plaine. Capito et Curius, prenez les commandements ; Volens, mon vieux centurion, forme les phalanges. Prenez la route d'Etrurie ; dans dix minutes, je vous rejoins. TOUS Mais, toi, toi ? CATILINA Oh ! soyez tranquilles, je serai là à l'heure où vous aurez besoin de moi. (On ferme les rideaux à la sortie du peuple.) Allez ! (Tous sortent.) Toi, Chrysippe, cours à la maison des bains, et dis à travers la porte que je m'arme, qu'on s'apprête, qu'on m'attende, que je viens ; va ! (Chrysippe sort.) O nuit ! nuit sacrée ! nuit, ma soeur ! nuit, ma complice, mon amie ! tu es la dernière obscurité de ma vie ; demain, météore de feu, c'est moi qui ferai le jour ! Allons ! allons revoir Charinus. Merci, Némésis, voilà ta coupe. (Il rend la coupe à la Némésis. La Némésis s'enfonce dans la terre, mais, en s'enfonçant, elle relève son voile.) ORESTILLA Malheur à toi, Sergius ! je suis Némésis Orestilla. (Elle disparaît.) Scène 9 CHARINUS, d'une voix lente Orestilla !... (La vapeur l'enveloppe de nouveau. Il disparaît.) CATILINA Malheur ! malheur !... | |||||