 | Histoire romaine
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| Voltaire, Rome sauvée, ou Catilina (1752) |
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Histoire romaine Catilina
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Personnages- Cicéron
- César
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- Aurélie
- Caton
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- Clodius
- Céthégus
- Lentulus - Sura
- Conjurés
- Licteurs
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Le théâtre représente, d'un côté, le palais d'Aurélie, de l'autre, le temple de Tellus, où s'assemble le sénat. On voit dans l'enfoncement une galerie qui communique à des souterrains qui conduisent du palais d'Aurélie au vestibule du temple.
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Scène 1 Catilina
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CATILINA. (Soldats dans l'enfoncement) Orateur insolent, qu'un vil peuple seconde, Assis au premier rang des souverains du monde, Tu vas tomber du faîte où Rome t'a placé. Inflexible Caton, vertueux insensé ! Ennemi de ton siècle, esprit dur et farouche, Ton terme est arrivé, ton imprudence y touche. Fier sénat de tyrans qui tiens le monde aux fers, Tes fers sont préparés, tes tombeaux sont ouverts. Que ne puis-je en ton sang, impérieux Pompée, éteindre de ton nom la splendeur usurpée ! Que ne puis-je opposer à ton pouvoir fatal Ce César si terrible, et déjà ton égal ! Quoi ! César, comme moi factieux dès l'enfance, Avec Catilina n'est pas d'intelligence ? Mais le piège est tendu ; je prétends qu'aujourd'hui Le trône qui m'attend soit préparé par lui. Il faut employer tout, jusqu'à Cicéron même, Ce César que je crains, mon épouse que j'aime : Sa docile tendresse, en cet affreux moment, De mes sanglants projets est l'aveugle instrument. Tout ce qui m'appartient doit être mon complice. Je veux que l'amour même à mon ordre obéisse. Titres chers et sacrés, et de père, et d'époux, Faiblesses des humains, évanouissez-vous.
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Scène 2 Catilina, Céthégus ; affranchis et soldats dans le lointain |
CATILINA Eh bien ! cher Céthégus, tandis que la nuit sombre Cache encor nos desseins et Rome, dans son ombre, Avez-vous réuni les chefs des conjurés ?
CETHEGUS Ils viendront dans ces lieux du consul ignorés, Sous ce portique même, et près du temple impie Où domine un sénat, tyran de l'Italie. Ils ont renouvelé leurs serments et leur foi. Mais tout est-il prévu ? César est-il à toi ? Seconde-t-il enfin Catilina qu'il aime ?
CATILINA Cet esprit dangereux n'agit que pour lui-même.
CETHEGUS Conspirer sans César !
CATILINA Ah ! je l'y veux forcer. Dans ce piège sanglant je veux l'embarrasser. Mes soldats, en son nom, vont surprendre Préneste ; Je sais qu'on le soupçonne, et je réponds du reste. Ce consul violent va bientôt l'accuser ; Pour se venger de lui, César peut tout oser. Rien n'est si dangereux que César qu'on irrite ; C'est un lion qui dort, et que ma voix excite. Je veux que Cicéron réveille son courroux, Et force ce grand homme à combattre pour nous.
CETHEGUS Mais Nonnius enfin dans Préneste est le maître ; Il aime la patrie, et tu dois le connaître : Tes soins pour le tenter ont été superflus. Que faut-il décider du sort de Nonnius ?
CATILINA Je t'entends ; tu sais trop que sa fille m'est chère. Ami, j'aime Aurélie en détestant son père. Quand il sut que sa fille avait conçu pour moi Ce tendre sentiment qui la tient sous ma loi ; Quand sa haine impuissante, et sa colère vaine, Eurent tenté sans fruit de briser notre chaîne ; A cet hymen secret quand il a consenti, Sa faiblesse a tremblé d'offenser son parti. Il a craint Cicéron ; mais mon heureuse adresse Avance mes desseins par sa propre faiblesse. J'ai moi-même exigé, par un serment sacré, Que ce noeud clandestin fût encore ignoré. Céthégus et Sura sont seuls dépositaires De ce secret utile à nos sanglants mystères. Le palais d'Aurélie au temple nous conduit ; C'est là qu'en sûreté j'ai moi-même introduit Les armes, les flambeaux, l'appareil du carnage. De nos vastes succès mon hymen est le gage. Vous m'avez bien servi ; l'amour m'a servi mieux. C'est chez Nonnius même, à l'aspect de ses dieux, Sous les murs du sénat, sous sa voûte sacrée, Que de tous nos tyrans la mort est préparée. (aux conjurés qui sont dans le fond) Vous, courez dans Préneste, où nos amis secrets Ont du nom de César voilé nos intérêts ; Que Nonnius surpris ne puisse se défendre. Vous, près du Capitole, allez soudain vous rendre. Songez qui vous servez, et gardez vos serments. (à Céthégus) Toi, conduis d'un coup d'oeil tous ces grands mouvements.
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Scène 3 Aurélie, Catilina |
AURELIE Ah ! calmez les horreurs dont je suis poursuivie, Cher époux, essuyez les larmes d'Aurélie. Quel trouble, quel spectacle, et quel réveil affreux ! Je vous suis en tremblant sous ces murs ténébreux. Ces soldats que je vois redoublent mes alarmes. On porte en mon palais des flambeaux et des armes ! Qui peut nous menacer ? Les jours de Marius, De Carbon, de Sylla, sont-ils donc revenus ? De ce front si terrible éclaircissez les ombres. Vous détournez de moi des yeux tristes et sombres. Au nom de tant d'amour, et par ces noeuds secrets Qui joignent nos destins, nos coeurs, nos intérêts, Au nom de notre fils, dont l'enfance est si chère, (Je ne vous parle point des dangers de sa mère, Et je ne vois, hélas ! que ceux que vous courez) : Ayez pitié du trouble où mes sens sont livrés : Expliquez-vous.
CATILINA Sachez que mon nom, ma fortune, Ma sûreté, la vôtre, et la cause commune, Exigent ces apprêts qui causent votre effroi. Si vous daignez m'aimer, si vous êtes à moi, Sur ce qu'ont vu vos yeux observez le silence. Des meilleurs citoyens j'embrasse la défense. Vous voyez le sénat, le peuple divisés, Une foule de rois l'un à l'autre opposés : On se menace, on s'arme ; et, dans ces conjonctures, Je prends un parti sage, et de justes mesures.
AURELIE Je le souhaite au moins. Mais me tromperiez-vous ? Peut-on cacher son coeur aux coeurs qui sont à nous ? En vous justifiant, vous redoublez ma crainte. Dans vos yeux égarés trop d'horreur est empreinte. Ciel ! que fera mon père, alors que dans ces lieux Ces funestes apprêts viendront frapper ses yeux ? Souvent les noms de fille, et de père, et de gendre, Lorsque Rome a parlé, n'ont pu se faire entendre. Notre hymen lui déplut, vous le savez assez : Mon bonheur est un crime à ses yeux offensés. On dit que Nonnius est mandé de Préneste. Quels effets il verra de cet hymen funeste ! Cher époux, quel usage affreux, infortuné, Du pouvoir que sur moi l'amour vous a donné ! Vous avez un parti ; mais Cicéron, mon père, Caton, Rome, les dieux, sont du parti contraire. Peut-être Nonnius vient vous perdre aujourd'hui.
CATILINA Non, il ne viendra point ; ne craignez rien de lui.
AURELIE Comment?
CATILINA Aux murs de Rome il ne pourra se rendre Que pour y respecter et sa fille et son gendre. Je ne puis m'expliquer, mais souvenez-vous bien Qu'en tout son intérêt s'accorde avec le mien. Croyez, quand il verra qu'avec lui je partage De mes justes projets le premier avantage, Qu'il sera trop heureux d'abjurer devant moi Les superbes tyrans dont il reçut la loi. Je vous ouvre à tous deux, et vous devez m'en croire, Une source éternelle et d'honneur et de gloire.
AURELIE La gloire est bien douteuse, et le péril certain. Que voulez-vous ? pourquoi forcer votre destin ? Ne vous suffit-il pas, dans la paix, dans la guerre, D'être un des souverains sous qui tremble la terre ? Pour tomber de plus haut, où voulez-vous monter ? Les noirs pressentiments viennent m'épouvanter. J'ai trop chéri le joug où je me suis soumise. Voilà donc cette paix que je m'étais promise, Ce repos de l'amour que mon coeur a cherché ! Les dieux m'en ont punie, et me l'ont arraché. Dès qu'un léger sommeil vient fermer mes paupières, Je vois Rome embrasée, et des mains meurtrières, Des supplices, des morts, des fleuves teints de sang ; De mon père au sénat je vois percer le flanc ; Vous-même, environne d'une troupe en furie, Sur des monceaux de morts exhalant votre vie ; Des torrents de mon sang répandus par vos coups, Et votre épouse enfin mourante auprès de vous. Je me lève, je fuis ces images funèbres ; Je cours, je vous demande au milieu des ténèbres : Je vous retrouve, hélas ! et vous me replongez Dans l'abîme des maux qui me sont présagés.
CATILINA Allez, Catilina ne craint point les augures ; Et je veux du courage, et non pas des murmures, Quand je sers et l'état, et vous, et mes amis.
AURELIE Ah ! cruel ! est-ce ainsi que l'on sert son pays ? J'ignore à quels desseins ta fureur s'est portée ; S'ils étaient généreux, tu m'aurais consultée : Nos communs intérêts semblaient te l'ordonner : Si tu feins avec moi, je dois tout soupçonner. Tu te perdras : déjà ta conduite est suspecte A ce consul sévère, et que Rome respecte.
CATILINA Cicéron respecté ! lui, mon lâche rival !
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Scène 4 Aurélie, Catilina, Martian, l'un des conjurés |
MARTIAN Seigneur, Cicéron vient près de ce lieu fatal ; Par son ordre bientôt le sénat se rassemble : Il vous mande en secret.
AURELIE Catilina, je tremble A cet ordre subit, à ce funeste nom.
CATILINA Mon épouse trembler au nom de Cicéron ! Que Nonnius séduit le craigne et le révère ; Qu'il déshonore ainsi son rang, son caractère ; Qu'il serve, il en est digne, et je plains son erreur : Mais de vos sentiments j'attends plus de grandeur. Allez, souvenez-vous que vos nobles ancêtres Choisissaient autrement leurs consuls et leurs maîtres. Quoi ! vous femme et Romaine, et du sang d'un Néron, Vous seriez sans orgueil et sans ambition ? Il en faut aux grands coeurs.
AURELIE Tu crois le mien timide ; La seule cruauté te paraît intrépide. Tu m'oses reprocher d'avoir tremblé pour toi. Le consul va paraître ; adieu, mais connais-moi : Apprends que cette épouse à tes lois trop soumise, Que tu devais aimer, que ta fierté méprise, Qui ne peut te changer, qui ne peut t'attendrir, Plus Romaine que toi, peut t'apprendre à mourir.
CATILINA Que de chagrins divers il faut que je dévore ! Cicéron que je vois est moins à craindre encore.
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Scène 5 Cicéron dans l'enfoncement, le chef des licteurs, Catilina |
CICERON, au chef des licteurs Suivez mon ordre, allez ; de ce perfide coeur Je prétends, sans témoin, sonder la profondeur. La crainte quelquefois peut ramener un traître.
CATILINA Quoi ! c'est ce plébéien dont Rome a fait son maître !
CICERON Avant que le sénat se rassemble à ma voix, Je viens, Catilina, pour la dernière fois, Apporter le flambeau sur le bord de l'abîme Où votre aveuglement vous conduit par le crime.
CATILINA Qui ? vous ?
CICERON Moi.
CATILINA C'est ainsi que votre inimitié...
CICERON C'est ainsi que s'explique un reste de pitié. Vos cris audacieux, votre plainte frivole, Ont assez fatigué les murs du Capitole. Vous feignez de penser que Rome et le sénat Ont avili dans moi l'honneur du consulat. Concurrent malheureux à cette place insigne, Votre orgueil l'attendait, mais en étiez-vous digne ? La valeur d'un soldat, le nom de vos aïeux, Ces prodigalités d'un jeune ambitieux, Ces jeux et ces festins qu'un vain luxe prépare, étaient-ils un mérite assez grand, assez rare, Pour vous faire espérer de dispenser des lois Au peuple souverain qui règne sur les rois ? A vos prétentions j'aurais cédé peut-être, Si j'avais vu dans vous ce que vous deviez être. Vous pouviez de l'état être un jour le soutien : Mais pour être consul, devenez citoyen. Pensez-vous affaiblir ma gloire et ma puissance, En décriant mes soins, mon état, ma naissance ? Dans ces temps malheureux, dans nos jours corrompus, Faut-il des noms à Rome ? il lui faut des vertus. Ma gloire (et je la dois à ces vertus sévères) Est de ne rien tenir des grandeurs de mes pères. Mon nom commence en moi : de votre honneur jaloux, Tremblez que votre nom ne finisse dans vous.
CATILINA Vous abusez beaucoup, magistrat d'une année, De votre autorité passagère et bornée.
CICERON Si j'en avais usé, vous seriez dans les fers, Vous, l'éternel appui des citoyens pervers ; Vous qui, de nos autels souillant les privilèges, Portez jusqu'aux lieux saints vos fureurs sacrilèges ; Qui comptez tous vos jours, et manquez tous vos pas Par des plaisirs affreux ou des assassinats ; Qui savez tout braver, tout oser, et tout feindre : Vous enfin, qui sans moi seriez peut-être à craindre. Vous avez corrompu tous les dons précieux Que, pour un autre usage, ont mis en vous les dieux ; Courage, adresse, esprit, grâce, fierté sublime, Tout, dans votre âme aveugle, est l'instrument du crime. Je détournais de vous des regards paternels, Qui veillaient au destin du reste des mortels. Ma voix, que craint l'audace, et que le faible implore, Dans le rang des Verrès ne vous mit point encore ; Mais, devenu plus fier par tant d'impunité, Jusqu'à trahir l'Etat vous avez attenté. Le désordre est dans Rome, il est dans l'Etrurie ; On parle de Préneste, on soulève l'Ombrie ; Les soldats de Sylla, de carnage altérés, Sortent de leur retraite aux meurtres préparés ; Mallius en Toscane arme leurs mains féroces ; Les coupables soutiens de ces complots atroces Sont tous vos partisans déclarés ou secrets ; Partout le noeud du crime unit vos intérêts. Ah ! sans qu'un jour plus grand éclaire ma justice, Sachez que je vous crois leur chef ou leur complice ; Que j'ai partout des yeux, que j'ai partout des mains ; Que malgré vous encore il est de vrais Romains ; Que ce cortège affreux d'amis vendus au crime Sentira comme vous l'équité qui m'anime. Vous n'avez vu dans moi qu'un rival de grandeur, Voyez-y votre juge, et votre accusateur, Qui va dans un moment vous forcer de répondre Au tribunal des lois qui doivent vous confondre ; Des lois qui se taisaient sur vos crimes passés, De ces lois que je venge, et que vous renversez.
CATILINA Je vous ai déjà dit, seigneur, que votre place Avec Catilina permet peu cette audace ; Mais je veux pardonner des soupçons si honteux, En faveur de l'état que nous servons tous deux : Je fais plus, je respecte un zèle infatigable, Aveugle, je l'avoue, et pourtant estimable. Ne me reprochez plus tous mes égarements, D'une ardente jeunesse impétueux enfants ; Le sénat m'en donna l'exemple trop funeste. Cet emportement passe, et le courage reste. Ce luxe, ces excès, ces fruits de la grandeur, Sont les vices du temps, et non ceux de mon coeur. Songez que cette main servit la république ; Que soldat en Asie, et juge dans l'Afrique, J'ai, malgré nos excès et nos divisions, Rendu Rome terrible aux yeux des nations. Moi je la trahirais ! moi qui l'ai su défendre !
CICERON Marius et Sylla, qui la mirent en cendre, Ont mieux servi l'état, et l'ont mieux défendu. Les tyrans ont toujours quelque ombre de vertu ; Ils soutiennent les lois avant de les abattre.
CATILINA Ah ! si vous soupçonnez ceux qui savent combattre, Accusez donc César, et Pompée, et Crassus. Pourquoi fixer sur moi vos yeux toujours déçus ? Parmi tant de guerriers, dont on craint la puissance, Pourquoi suis-je l'objet de votre défiance ? Pourquoi me choisir, moi ? par quel zèle emporté ?...
CICERON Vous-même jugez-vous ; l'avez-vous mérité ?
CATILINA Non, mais j'ai trop daigné m'abaisser à l'excuse ; Et plus je me défends, plus Cicéron m'accuse. Si vous avez voulu me parler en ami, Vous vous êtes trompé, je suis votre ennemi : Si c'est en citoyen , comme vous je crois l'être, Et si c'est en consul, ce consul n'est pas maître ; Il préside au sénat, et je peux l'y braver.
CICERON J'y punis les forfaits ; tremble de m'y trouver. Malgré toute ta haine, à mes yeux méprisable, Je t'y protégerai, si tu n'es point coupable : Fuis Rome, si tu l'es.
CATILINA C'en est trop ; arrêtez. C'est trop souffrir le zèle où vous vous emportez. De vos vagues soupçons j'ai dédaigné l'injure ; Mais après tant d'affronts que mon orgueil endure, Je veux que vous sachiez que le plus grand de tous N'est pas d'être accusé, mais protégé par vous.
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Scène 6 Cicéron seul |
CICERON Le traître pense-t-il, à force d'insolence, Par sa fausse grandeur prouver son innocence ? Tu ne peux m'imposer, perfide ; ne crois pas éviter l'oeil vengeur attaché sur tes pas.
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Scène 7 Cicéron, Caton |
CICERON Eh bien ! ferme Caton, Rome est-elle en défense ?
CATON Vos ordres sont suivis. Ma prompte vigilance A disposé déjà ces braves chevaliers Qui sous vos étendards marcheront les premiers. Mais je crains tout du peuple, et du sénat lui-même.
CICERON Du sénat ?
CATON Enivré de sa grandeur suprême, Dans ses divisions il se forge des fers.
CICERON Les vices des Romains ont vengé l'univers, La vertu disparaît, la liberté chancelle ; Mais Rome a des Catons, j'espère encor pour elle.
CATON Ah ! qui sert son pays sert souvent un ingrat. Votre mérite même irrite le sénat ; Il voit d'un oeil jaloux cet éclat qui l'offense.
CICERON Les regards de Caton seront ma récompense. Au torrent de mon siècle, à son iniquité, J'oppose ton suffrage et la postérité. Faisons notre devoir : les dieux feront le reste.
CATON Eh ! comment résister à ce torrent funeste, Quand je vois dans ce temple, aux vertus élevé, L'infâme trahison marcher le front levé ? Croit-on que Mallius, cet indigne rebelle, Ce tribun des soldats, subalterne infidèle, De la guerre civile arborât l'étendard ; Qu'il osât s'avancer vers ce sacré rempart, Qu'il eût pu fomenter ces ligues menaçantes, S'il n'était soutenu par des mains plus puissantes, Si quelque rejeton de nos derniers tyrans N'allumait en secret des feux plus dévorants ? Les premiers du sénat nous trahissent peut-être ; Des cendres de Sylla les tyrans vont renaître. César fut le premier que mon coeur soupçonna. Oui, j'accuse César.
CICERON Et moi, Catilina ! De brigues, de complots, de nouveautés avide, Vaste dans ses projets, impétueux, perfide, Plus que César encor je le crois dangereux, Beaucoup plus téméraire, et bien moins généreux, Je viens de lui parler ; j'ai vu sur son visage, J'ai vu dans ses discours son audace et sa rage, Et la sombre hauteur d'un esprit affermi, Qui se lasse de feindre, et parle en ennemi. De ses obscurs complots je cherche les complices. Tous ses crimes passés sont mes premiers indices. J'en préviendrai la suite.
CATON Il a beaucoup d'amis ; Je crains pour les Romains des tyrans réunis. L'armée est en Asie, et le crime est dans Rome ; Mais pour sauver l'état il suffit d'un grand homme.
CICERON Si nous sommes unis, il suffit de nous deux. La discorde est bientôt parmi les factieux. César peut conjurer, mais je connais son âme ; Je sais quel noble orgueil le domine et l'enflamme. Son coeur ambitieux ne peut être abattu Jusqu'à servir en lâche un tyran sans vertu. Il aime Rome encore, il ne veut point de maître ; Mais je prévois trop bien qu'un jour il voudra l'être. Tous deux jaloux de plaire, et plus de commander, Ils sont montés trop haut pour jamais s'accorder. Par leur désunion Rome sera sauvée. Allons, n'attendons pas que, de sang abreuvée, Elle tende vers nous ses languissantes mains, Et qu'on donne des fers aux maîtres des humains.
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