LXXXI - Antonin et Marc-Aurèle (138-180) |
II - MARC AURELE
Marc Aurèle - Buste du Capitole |
Que ce titre de philosophe ne nous trompe pas. Nous
allons passer d'un règne silencieux à une
histoire orageuse. Dans l'intérieur du palais,
Marcus n'aura pas besoin, quoi qu'on en ait dit, de la
patience de Socrate ou de l'aveuglement imbécile
de Claude ; mais cet ami des dieux et de
l'humanité verra se déchaîner sur
l'empire tous les fléaux : les inondations, la
peste, la famine ; ce pacifique vivra au milieu de
guerres continuelles qui coûteront aux provinces
d'innombrables captifs ravis par les Barbares ; enfin ce
débonnaire aura d'implacables
sévérités, ce juste versera le sang
innocent. Le contraste entre les sentiments du philosophe
et l'existence du prince donne à la vie publique
de Marc-Aurèle un intérêt
singulièrement tragique. |
Domitia Lucilla, mère de Marc Aurèle |
Sa mère Domitia Lucilla eut besoin de beaucoup
d'instances pour le faire consentir à user d'un lit
sur lequel on étendit des peaux de mouton.
Après son adoption par Antonin, à dix-huit ans,
il continua de se rendre chez ses maîtres ; empereur,
il leur prodigua les honneurs, les récompenses ;
plusieurs furent consuls ; à d'autres, il éleva
des statues. Leurs portraits étaient placés au
milieu de ses dieux lares, et, à l'anniversaire de
leur mort, il allait sacrifier sur leurs tombeaux, qu'il tint
toujours ornés de fleurs.
Un d'eux, le philosophe Rusticus, lui avait rendu le service
de combattre le goût détestable que Fronton
avait d'abord inoculé à son
élève, ces mignardises, ces mièvreries
qu'on trouve dans les lettres de Marc-Aurèle à
son premier maître. «J'ai beaucoup lu ce matin,
lui écrivait-il un jour, et j'ai noté dix
images ou sujets de comparaisons» ; et une autre fois :
«Je t'envoie une idée que j'ai
développée ce matin et un lieu commun
d'avant-hier... ; aujourd'hui il me sera difficile de faire
autre chose que la pensée du soir. Envoie-moi trois
pensées et dix lieux communs». Quelle
éducation de prince ! Plus tard il disait :
«Rusticus m'a détourné des fausses voies
où entraient les sophistes et des
élégances affectées de la
rhétorique ; je lui dois de ne jamais donner à
la légère mon assentiment aux habiles
discoureurs ; et c'est lui qui m'a mis dans les mains les
commentaires d'Epictète».
Sa complexion étant faible, il régla
minutieusement sa vie pour ne pas l'user plus vite que la
nature ne le voulait, et il suivit les prescriptions de ses
médecins, au nombre desquels se trouvait Galien, comme
une obligation qui lui était imposée de
conserver à son âme l'enveloppe temporaire dont
les dieux l'avaient revêtue. Chaste et sobre, il ne
connut pas ce qu'on appelle le plaisir ; ou mieux, il en
trouva un, supérieur à tous les autres, dans
l'accomplissement du devoir, dans cette perpétuelle
étude qu'il faisait de lui-même pour
s'élever à un haut degré de perfection.
Marc-Aurèle est le héros moral de
l'antiquité païenne.
| Il avait un frère d'adoption, Lucius Aurelius
Verus, fils de cet Aelius Verus à qui la
succession d'Hadrien avait été d'abord
réservée. Au lieu de le retenir dans le
demi-jour où ce jeune homme était
jusqu'alors resté, il en fit son collègue
et son gendre, de sorte que l'Etat eut pour la
première fois deux maîtres, quoique le
sénat n'eût déféré
l'empire qu'à un seul. Du reste, Verus prit le
rôle d'un lieutenant, non d'un égal. Il y
trouvait son compte, ayant plus de goût pour le
plaisir que pour le pouvoir. On dit que par lui Rome
revit quelques-unes des scènes de débauche
de Néron : les orgies dans les tavernes de bas
étage ; les rixes nocturnes dans les rues ; les
profusions dans les spectacles, le jeu et les festins :
jusqu'à 6 millions de sesterces
dépensés en un jour ; heureusement point de
cruauté. D'ailleurs la gravité de
Marc-Aurèle réparait tout et couvrait
l'honneur de la maison impériale, qui
peut-être courait moins de dangers qu'on ne le
prétend. Fronton et Dion Cassius donnent, en
effet, une tout autre idée de Lucius ; et, dans
une de ses lettres, ce prince se félicite d'avoir
appris de son maître la franchise et l'amour du
vrai plus encore que la science du beau langage. |
Lucius Verus - Musée du Vatican |
Marc Aurèle |
Au lieu de se mettre à la tête de l'expédition avec la juvénile ardeur et l'inexpérience qui auraient gêné les vieux généraux, Verus demeura, par ordre de son frère, à Antioche, pour réunir les réserves et les munitions, pour surveiller et contenir les provinces voisines, tandis que ses lieutenants poussaient en avant. Le principal d'entre eux, Avidius Cassius, était un Syrien, homme dur et ambitieux qu'on disait descendant du meurtrier de César ; il ne lui déplaisait pas de s'entendre appeler Catilina, et il aurait voulu qu'on le regardât au moins comme un nouveau Marius. Il était impitoyable quand il s'agissait de la discipline. En expédition, point de bagages ; il punissait sévèrement ceux qui avaient emporté autre chose que du lard, du biscuit et du vinaigre. Pour une violence commise contre les habitants de la province, les coupables, attachés au-dessus d'un grand feu, périssaient à la fois asphyxiés par la fumée et brûlés par les flammes. Aux déserteurs, il faisait couper les jarrets ou les cuisses. Un jour des auxiliaires surprennent un corps de Barbares et le détruisent. Ils avaient attaqué sans ordre ; Cassius fait mettre les centurions en croix. Qui vous assurait, leur dit-il, que ce n'était pas un piège et que l'honneur de l'armée romaine ne serait pas compromis ? On s'indigne de cette sévérité ; une sédition éclate, et l'armée entière entoure, menaçante, le prétoire du général. Il en sort sans armes : Frappez-moi, dit-il, et ajoutez ce crime à celui du renversement de la discipline. Tout rentra dans l'ordre. L'écrivain de qui nous tenons ces détails termine son récit par ces mots : Il mérita d'être craint, parce qu'il ne craignait pas.
Tel était l'homme que Marc-Aurèle avait donné pour lieutenant à son frère et tel qu'il en faut à la tête des troupes. «Je lui ai confié, écrivait-il à un préfet, ces légions de Syrie qui vivent dans les délices de Daphné. Vous le connaissez ; il a toute la sévérité de ceux dont il porte le nom, et il rétablira cette ancienne discipline sans laquelle il n'y a point d'armée. Vous vous rappelez ce vers de notre vieux poète : C'est par les moeurs antiques et par ceux qui les suivent que la république se conserve. Assurez bien les approvisionnements : il saura les utiliser». Et le préfet répond : «Le choix est excellent, car il fallait à ces soldats un chef sévère, capable de leur fermer la porte des thermes et d'arracher ces fleurs dont ils se couvrent la tête, le cou et la poitrine».
Le lendemain de son arrivée, Cassius fit annoncer à son de trompe que le soldat vu à Daphné serait ignominieusement cassé, et il chassa du camp tout ce qui sentait le luxe ou la mollesse. Des exercices continuels, des revues fréquentes, non d'apparat, mais d'inspection sévère, la menace de tenir tout l'hiver l'armée sous la tente, eurent, en peu de temps, rendu à ses troupes efféminées l'aspect de vieilles légions, et Cassius, maître d'elles, prit l'offensive. Nous ignorons les incidents de cette guerre, qui paraît avoir duré quatre ans et s'être étendue le long de la frontière orientale, depuis l'Euxin jusqu'au golfe Persique. On parle de nombreux succès remportés par les Romains, de la prise, par l'habile Priscus, d'Artaxata, principale forteresse de l'Arménie, dont le roi rentra dans ses Etats comme vassal de Rome, et d'une grande victoire près de Zeugma sur l'Euphrate, qui ouvrit aux légions l'empire parthe jusqu'au coeur. Ce fut comme l'expédition de Trajan renouvelée : mêmes triomphes, mêmes conquêtes : celle du nord de la Mésopotamie avec Edesse et Nisibe, invasion de l'Assyrie et de la Médie, prise de Ctésiphon et incendie du palais du roi, destruction de Séleucie après un immense massacre de ses habitants ; mais aussi même retour attristé par la faim, la soif et la mort d'un grand nombre de soldats. Cassius avait-il pris de meilleures mesures que Trajan, ou la guerre d'extermination faite aux Juifs par Hadrien avait-elle supprimé une des causes les plus actives de révolte dans ces régions ? On ne sait, mais Vologèse demanda la paix (165), qu'il avait dédaigneusement refusée avant l'ouverture des hostilités ; et il céda la partie septentrionale de la Mésopotamie, que les Romains gardaient encore à la fin du règne de Commode.
Marc Aurèle reçoit les hommages des
Parthes
|
Triomphe de Marc Aurele et Lucius Verus |
Lucius Verus Arméniaque |
Marc Aurèle - Buste du Louvre |
Durant la guerre Parthique, Marc-Aurèle
était resté au centre de l'empire, afin de
pourvoir rapidement à tous les besoins. Il avait
montré beaucoup de déférence aux
sénateurs, venant du fond de la Campanie pour ne
pas manquer une de leurs séances et ne sortant de
la curie qu'après que le consul avait
prononcé l'antique formule : Pères
conscrits, nous n'avons plus rien à vous
proposer. Comme tous les empereurs qui prirent leur
fonction au sérieux, il remplit exactement sa
charge de justicier ; il écoutait les parties,
décidait selon le droit, surtout selon
l'équité, sans hâte, mais aussi sans
retard ; et, pour que les juges fissent comme lui, il les
força de siéger deux cent trente jours dans
l'année. |
Hadrien avait partagé l'administration de l'Italie entre quatre consulaires, Marc-Aurèle les remplaça par des juridici dont l'intervention restreignit la juridiction municipale, et il admit les préteurs à cette fonction, afin d'élargir le cercle où il pourrait choisir. Il développa l'institution des curateurs, qui était née sous Trajan : «Beaucoup de villes, dit son biographe, en reçurent de lui ; et, pour en relever l'éclat, il les prit souvent dans l'ordre sénatorial». Ces curateurs jouèrent dans l'Italie ancienne, pour l'administration financière, le rôle rempli par les podestats dans l'Italie du moyen âge pour la justice. Aux deux époques, les villes n'espéraient échapper au désordre que par l'intervention de personnes étrangères à la cité ; mais dans l'une les citoyens sauvèrent leur autonomie, parce qu'ils élurent le podestat ; dans l'autre ils la perdirent, parce que le prince nomma le curateur. Des décurions fléchissaient déjà sous le poids des honneurs municipaux ; il interdit de confier ces charges à ceux qui ne pouvaient les porter sans dommage pour eux-mêmes, et il défendit qu'on forçât les autres de vendre à leurs concitoyens du blé au-dessous du cours. Il établit autour de Rome une ligne de douane qu'Aurélien transformera en ligne de rempart.
Pour assurer l'état des citoyens, Marc-Aurèle ordonna que tous les enfants nés libres fussent, dans les trente jours, inscrits à Rome chez les préfets du trésor de Saturne ; dans les provinces, chez les greffiers publics : ce sont nos registres de l'état civil ; et, afin de donner plus de garantie aux mineurs pour leurs biens, il créa le préteur des tutelles, charge que nous n'avons pas encore, mais que le Danemark, la Norvège, une partie de la Suisse et l'Angleterre ont empruntée au grand Antonin. Les tuteurs rendaient auparavant leurs comptes aux consuls, qui changeaient souvent et avaient mille autres soins ; une administration spéciale, par conséquent éclairée et vigilante, examina désormais leur gestion. Cette même sollicitude pour l'intérêt des familles lui fit étendre le droit de donner des curateurs aux adultes âgés de moins de vingt-cinq ans qui compromettaient leur fortune, et il commença la reconstitution de la famille naturelle, dont les facilités reconnues à l'adoption rompaient si souvent les liens, en édictant que les enfants, filles et garçons, seraient admis à la succession de leurs mères mortes sans avoir testé, lors même qu'ils seraient entrés par adoption dans une autre famille.
Marc Aurèle donnant un congiaire |
Les esclaves avaient, comme les fils de famille, leur part dans ses préoccupations d'équité. Afin de gagner un dernier applaudissement du peuple en pourvoyant même après leur mort à ses plaisirs, des citoyens inséraient dans leur testament la clause que certains de leurs esclaves seraient vendus pour combattre dans l'amphithéâtre contre les bêtes ; Marc-Aurèle frappa de nullité ces clauses testamentaires. D'autres, aliénés sous condition d'affranchissement dans un certain délai, étaient retenus par leur nouveau maître ; il déclara la liberté acquise de plein droit à l'esclave pour l'époque fixée, même sans manumission. Peut-être est-elle encore de lui la décision qui donne à l'ancilla la liberté acquise sous la condition ne prostituatur, et que son maître livre à l'impudicité publique. Enfin il mit à la charge de l'Etat les frais des funérailles pour les citoyens pauvres, et comme les collèges ou sociétés particulières avaient principalement pour but d'assurer à leurs membres les derniers honneurs et un tombeau, il les autorisa à recevoir des legs. C'était les constituer en personnes civiles, capables de posséder des propriétés, des capitaux ou des esclaves. Aussi se trouva-t-il amené à leur reconnaître encore le droit d'affranchir, manumittendi potestatem. Ces privilèges étaient considérables et contraires au vieil esprit de la politique romaine. Il crut parer aux périls de cette décision en établissant que nul ne pourrait être membre de deux collèges à la fois, ce qui devait maintenir l'isolement des corporations.
Le père avait le droit de briser les plus chères affections du fils en obligeant celui-ci à répudier sa femme. Marc-Aurèle supprima ce pouvoir tyrannique, ou du moins ne permit de l'exercer que pour des motifs très graves.
Il est inutile d'ajouter que plusieurs impôts furent diminués, des misères secourues, des désastres réparés. Il aida Smyrne, Ephèse, Nicomédie, Carthage, détruites par des incendies ou des tremblements de terre, à sortir de leurs ruines, et fit remise aux provinces, aux villes, aux particuliers, de tout l'arriéré dû au fisc ou à l'aerarium depuis quarante-six ans, et il permit aux condamnés d'échapper par une mort volontaire aux tortures d'un supplice cruel.
On voit donc, par l'ensemble de la législation des Antonins, qu'au deuxième siècle de notre ère le gouvernement impérial, qu'il fût dirigé par un soldat, comme Trajan, par un artiste, comme Hadrien, par un sage, comme Marc-Aurèle, peut revendiquer l'honneur d'avoir fait, pour défendre les faibles et secourir les malheureux, d'aussi généreux efforts qu'il n'en a jamais été accompli à aucune époque.
Une peste du caractère le plus meurtrier sévissait en Orient. Venue d'Ethiopie ou de l'Inde, elle envahit l'Egypte et le pays des Parthes. On raconta que les Romains l'avaient prise à Séleucie, dans un coffret d'or ravi au temple d'Apollon, et d'où le miasme funeste s'échappa, lorsque des mains sacrilèges eurent violé le secret du dieu. Verus, revenant en Italie avec une partie de l'armée de Syrie, répandit le mal sur son passage ; même à Rome, où beaucoup de monde périt : on y enlevait les morts par charretées, et quelques-uns disaient que la fin du monde était proche. Embarrassés d'expliquer l'audace et les succès des Barbares dans les années suivantes, les historiens postérieurs prétendirent que l'armée romaine avait été comme détruite par ce fléau.
Pierre de jaspe gravée commémorant
les sacrifices
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Un autre culte fut persécuté, celui de Sérapis à Péluse, sans doute à raison de circonstances locales que nous ignorons. Ce n'était pas seulement le souverain pontife de l'empire qui condamnait des religions étrangères au polythéisme gréco-romain, c'était aussi l'homme qui, par une singulière réunion de défauts et de qualités contraires, se montrait, sans hypocrisie, dans ses méditations, le philosophe le plus dégagé des liens confessionnels et, dans sa vie publique, le plus superstitieux des princes. Nul ne fatiguait les dieux par de plus fréquents sacrifices ; on faisait courir une supplique des victimes : A Marcus César, les boeufs blancs. C'est fait de nous si vous revenez vainqueur.
Il ne semble pas que depuis l'époque où Tacite traçait le tableau de la Germanie, de grands changements se soient produits au milieu de ses peuples ; mais cette race prolifique s'était accrue dans la paix, et ses convoitises avaient augmenté avec sa force. Au spectacle des richesses que l'activité industrieuse des Romains entassait de l'autre côté de la frontière, leurs yeux s'enflammaient d'une féroce cupidité ; leurs coeurs s'emplissaient de haine et d'envie. Ces belles villas du Danube et du Rhin, qu'ils apercevaient de leur rive sauvage, leur semblaient une insulte pour leurs cabanes de chaume ; ces arts, un reproche pour leur grossièreté ; cette politesse des moeurs, une corruption ; surtout le brillant éclat de l'or les fascinait, et, en volant cet or, ils croyaient emporter sous leur ciel froid et sombre comme un rayon du soleil d'Italie qu'ils se consolaient de ne pas avoir en couvant des yeux le métal fauve. Dans leur poème national, dans les Nibelungen, l'objet de la poursuite ardente des héros, la conquête au nom de laquelle les peuples s'égorgent et les rois périssent, n'est pas la femme, fille de Jupiter et de Léda, comme pour les Grecs sous les murs de Troie, ni un tombeau, comme pour les hommes de France devant Jérusalem : c'est le trésor ! Au milieu de ses landes stériles et de ses forêts sauvages, cette race sensuelle, avide et pauvre, murmurait déjà les vers de Mignon sur les pays où les pommes d'or mûrissent, et qui, durant dix-huit siècles, ont excité sa convoitise. Au temps des Césars, ils troublaient par de continuelles attaques l'empire civilisé, riche et paisible, qui, sous les Antonins, donna à l'humanité la fête d'une paix séculaire ; à la fin, ils réussirent à jeter bas le colosse, et ils précipitèrent le monde dans l'abîme de douleurs et de larmes du moyen âge.
Si jamais la guerre a été une impiété, c'est alors que régnait le prince qui fut par excellence l'honnête homme au pouvoir ; qui regardait son peuple comme sa famille et eût volontiers tenu tous ses voisins pour des amis. Habitué à soumettre le corps à l'âme, ses passions à la raison, Marc-Aurèle faisait de la vertu l'unique bien, du mal l'unique peine ; le reste lui était indifférent. Aussi la peste, la famine, les tremblements de terre, une guerre terrible se déchaînèrent contre lui sans l'intimider, et Horace l'aurait pris pour le sage qu'il montrait calme et sans peur au bruit du monde croulant. Au milieu des plus graves périls, à deux pas des Barbares, Marc-Aurèle écrivait tranquillement l'Evangile du monde païen.
Le philosophe dut se faire soldat, mais avec quelle répugnance et quel mépris de la gloire des conquérants ! «Une araignée, dit-il, se glorifie d'avoir pris une mouche, et parmi les hommes, l'un est fier de prendre un lièvre, l'autre un poisson, celui-ci des sangliers et des ours, celui-là des Sarmates ! Aux yeux du sage, ne sont-ils pas des brigands ?» Il n'en fallut pas moins endosser la cuirasse, tout aussi bien qu'un belliqueux. Sous Trajan, les Barbares du Nord avaient entretenu avec ceux de l'Est des relations qui subsistaient certainement, et Vologèse comptait sans doute sur une puissante diversion lorsqu'il franchit l'Euphrate. Mais des bords de la Saale à ceux du Tigre, la route était difficile et longue ; les Germains laissèrent à l'empire le temps d'accabler les Parthes. Cependant ils achevaient leurs préparatifs : de nombreux espions les renseignaient sur l'état des forteresses romaines, et, aux marchés communs, ouverts le long de la frontière, ils achetaient tout ce qui pouvait leur servir à la guerre. Ils semblent avoir voulu, cette fois, s'entendre et réunir le plus grand nombre de leurs tribus, comme au temps d'Hermann et de Marbod ; mieux même qu'en ce temps-là, car ces deux chefs étaient rivaux et leurs peuples divisés. A voir avec quel ensemble le monde barbare s'ébranla le long des frontières romaines, depuis les terres décumates jusqu'à l'Euxin, on supposerait que quelque grand conseil dirigea le mouvement national. Cela peut être vrai pour les tribus de la Germanie méridionale, Marcomans, Narisques, Hermundures, Quades et Iazyges ; mais les nations sarmates et scythiques, Victovales, Roxolans, Costobocques, Alains, d'autres encore, agissaient certainement pour leur compte et suivant les inspirations de leurs chefs. Quant aux peuples du Nord, ils se tinrent à l'écart (165).
Conseil de chefs germains - Colonne aurélienne |
Les garnisons de la Dacie, protégées par les Carpates et par la forte assiette de leurs citadelles, semblent avoir fait bonne contenance, quoique des Barbares aient traversé la province et brûlé la ville d'Alburnus (Verespatak), où les avait, attirés la richesse de ses mines. La Rhétie, le Norique, que défendaient leurs montagnes et l'habileté de Pertinax, subirent des incursions, mais l'ennemi ne put y tenir. Ce fut par les plaines de la Pannonie que le gros de l'invasion passa, afin de traverser les Alpes Juliennes, la moins haute des chaînes de montagnes que la nature a données à l'Italie pour remparts.
Combat contre les Marcomans |
La péninsule hellénique était menacée comme la péninsule italienne, et la barbarie essayait de mettre la main sur Athènes et sur Rome, pour y saisir les richesses entassées par les siècles dans ces deux sanctuaires de la civilisation du monde. Les Costobocques arrivèrent, sans qu'on puisse suivre leur route, au centre de la Grèce, à Elatée, dans la Phocide, où Pausanias retrouva le souvenir de leurs ravages et la statue d'un vainqueur aux jeux Olympiques, tombé en combattant contre eux. D'un autre côté, des émeutes de soldats et de populace agitaient l'Egypte, et les Maures continuaient à ravager l'Espagne. Seules, les frontières de l'Euphrate et du Rhin restèrent paisibles, celle-ci gardée par les légions, que les Germains du Nord n'inquiétèrent pas, l'autre défendue par le vigilant et habile Avidius Cassius.
Le péril était grand ; Marc-Aurèle ne s'en émut pas et franchit avec Verus, en l'année 167, le Pô et l'Adige, à la tête de ce qu'il avait pu ramasser de forces. Les Barbares, que ce grand nom d'empereur intimidait encore, reculèrent à son approche, pour mettre en sûreté leurs captifs et leur butin. Les Quades mêmes, dont le roi avait péri, consentirent, selon une coutume qui pour eux datait d'Auguste, à ce que leur nouveau chef sollicitât l'agrément de l'empereur avant d'exercer sa charge.
Les deux frères semblent être revenus passer l'hiver (167-168) dans la capitale de l'empire, pour y préparer un armement considérable. Mais, comme après le désastre de Varus, les hommes libres se refusèrent à l'enrôlement. Il fallut armer jusqu'à des esclaves et des gladiateurs, exemple que la république avait d'ailleurs donné ; attirer dans les rangs, à prix d'or, les bandits de l'Apennin, de la Dalmatie et de la Dardanie ; mettre le sagum du légionnaire sur l'épaule des soldats de police chargés de garantir la sûreté des routes dans les provinces, et soudoyer partout ceux des Barbares qui se trouvèrent disposés à vendre leur courage. On voit en quel état étaient les forces militaires de l'empire trente ans après Hadrien. L'organisation donnée par Auguste à son armée et conservée par ses successeurs avait son inévitable conséquence : la société civile, déshabituée des armes, ne fournissait plus un soldat et, même pour se sauver, était incapable d'un généreux effort. Lorsque Marc-Aurèle emmena de Rome à l'armée les gladiateurs, peu s'en fallut qu'une émeute n'éclatât. Il nous enlève nos amusements, criait la foule, pour nous contraindre à philosopher.
| L'argent avait manqué aussi bien que les
hommes. Plutôt que d'augmenter les impôts,
Mare Aurèle épuisa d'abord toutes les
ressources de l'épargne ; puis, durant deux mois,
il fit mettre aux enchères, dans le forum de
Trajan, les statues, les tableaux, les coupes murrhines,
les meubles précieux, les mille curiosités
du palais impérial, même les robes, les
manteaux tissés de soie et d'or des
impératrices. L'armée réunie au prix
de si durs sacrifices s'avança au delà
d'Aquilée, et rendit quelque
sécurité à l'Illyrie, mais n'osa ou
ne put frapper sur les Barbares un coup retentissant et
décisif. Au retour de cette campagne sans gloire,
Verus mourut d'apoplexie dans le char même qui le
ramenait à Rome avec Marc-Aurèle (169). Il
n'avait jamais donné à son frère et
collègue un bien utile concours, jamais non plus
un sérieux embarras. |
Lucius Verus - Buste du Capitole |
Jupiter faisant tomber la pluie sur l'armée
romaine
|
| Le fait est vrai, tout s'est bien passé ainsi,
et se passe de la même manière, chaque jour
d'été, dans quelque coin du monde. Mais les
choses naturelles ne font pas le compte des
superstitieux, qui dans tous les temps ont voulu
mêler la divinité aux affaires humaines,
oubliant qu'elle nous a faits libres pour n'être
point responsable de nos sottises. Les Romains avaient
aussi un Dieu des armées, et les païens ne
doutaient pas que, touché par les prières
de Marc-Aurèle, Jupiter, qui avait
déjà rendu le même service à
Trajan, n'eût fait le miracle. Tertullien le
revendiqua pour la légion Fulminante, qu'il
représente comme composée de
chrétiens, et les deux légendes subsistent
: l'une dans les traditions de l'Eglise, l'autre
sculptée sur la colonne Antonine, où l'on
voit encore le maître de l'Olympe lançant,
du haut du ciel entrouvert, la pluie qui sauve les
légions et le tonnerre qui écrase les
Barbares. Il en est de la légende comme du grain
que l'oiseau laisse tomber sur la montagne neigeuse : il
roule, grossi de la neige qu'il emporte à mesure
qu'il descend, et arrive dans la vallée en masse
bruyante : à l'origine, fait très simple ;
plus tard, prodige retentissant. Il faut cependant que Marc-Aurèle ait imposé quelque réserve aux Germains, puisqu'ils lui laissèrent le temps d'aller remettre l'ordre dans l'Orient troublé par la révolte de Cassius. |
Colonne de Marc Aurèle |
Voilà une noble lettre ; cependant Verus avait raison, et l'avis qu'il avait donné exigeait autre chose que cette résignation commode aux volontés du ciel.
Marc-Aurèle avait investi Cassius du commandement supérieur des provinces orientales qui faisaient face à l'empire parthique, depuis le mont Amanus jusqu'à Péluse, et une révolte ayant éclaté en Egypte, il l'autorisa à entrer avec ses troupes dans ce pays, où l'habile général eut vite raison des insurgés (170). Ainsi, tandis que les empereurs défendaient péniblement la frontière du Danube et que l'un d'eux, comme épuisé par l'effort imposé à sa mollesse, tombait mort sur la route de Rome, leur lieutenant en Orient humiliait le grand roi, conquérait des provinces et domptait les rebelles. Il semblait que toute la virilité de l'empire se fût comme retirée dans les camps de Cassius. Ces succès lui portèrent à la tête. Il croyait être sûr de son armée, du peuple d'Antioche, de l'Egypte, que son père avait gouvernée longtemps et dont le préfet lui était dévoué ; il se disait qu'il allait recommencer l'histoire de Vespasien. Sur un bruit qu'il fit courir de la mort de Marc-Aurèle, quelques soldats le proclamèrent empereur.
Nous avons une lettre de Cassius adressée par lui à son gendre et qui peut être regardée comme son manifeste. «Marcus, dit-il, est sans doute un homme de bien ; mais, pour faire louer sa clémence, il laisse vivre des gens dont il condamne la conduite. Où est ce Cassius dont je porte inutilement le nom ? Où est Caton le Censeur ? Où sont les moeurs antiques ? Marcus fait de la philosophie ; il disserte sur la clémence et sur l'âme, sur le juste et l'injuste, et il ne pense pas à la république. Ne vois-tu pas ce qu'il faudrait d'édits, de sentences, de glaives, pour rendre à l'Etat son ancienne force ? Ah ! malheur à tous ces hommes qui se croient les proconsuls du peuple romain, parce que le sénat et Marcus ont livré les provinces à leur luxure et à leur avidité ! Tu connais le préfet du prétoire de notre philosophe ; la veille, il mendiait ; le lendemain, il était riche. Comment cela s'est-il fait, si ce n'est en rongeant les entrailles de la république et des provinces ? Ils sont riches ! Eh bien, le trésor va se remplir ; et si les dieux favorisent la bonne cause, les Cassius rendront à la république sa grandeur».
Quelques-uns de ces reproches sont justes : Marc-Aurèle philosophait trop, et ces rhéteurs, ces philosophes auxquels il donnait les faisceaux consulaires, devaient être de singuliers hommes d'Etat, si nous en jugeons par ce qui nous reste du plus célèbre d'entre eux, Cornelius Fronto. On dit qu'au moment de partir pour sa dernière campagne, l'empereur fit, à Rome, durant trois jours, de longues conférences sur les doctrines des diverses écoles. Beaucoup de philosophie dans la vie intérieure et à la veille de la mort, c'est excellent ; mais d'autres soins devaient occuper un prince à l'ouverture d'une grande guerre.
La lettre de Cassius accuse aussi un relâchement d'autorité que j'ai signalé sous Antonin et qui continuait probablement sous Marc-Aurèle ; mais elle montre en même temps quel gouvernement implacable et dur, le descendant du tyrannicide rêvait d'établir. Les soldats n'avaient pas besoin de lire ce manifeste pour se douter des sévérités qui les attendaient. Leur attitude et celle des provinces obligea Cassius à décréter d'avance l'apothéose de celui qu'il voulait tuer. C'était de mauvais augure pour le succès de son entreprise. Mais à violer le droit, après l'avoir si bien défendu, on perd la moitié de sa force, lorsqu'on ne la perd pas tout entière. Cassius, obéi, malgré sa sévérité, tant qu'il était resté dans le devoir, cessa de l'être dès qu'il en fut sorti. Tout ce qu'il avait fait pour la discipline tourna contre lui, et les soldats qui avaient si longtemps tremblé devant le lieutenant légitime du prince, massacrèrent le général usurpateur, trois mois et six jours après que son préfet du prétoire l'eut revêtu des ornements impériaux.
A la première nouvelle de cette révolte, les sénateurs avaient proclamé Cassius ennemi public et confisqué ses biens. Cet effort épuisa leur courage, et plusieurs croyaient déjà entendre les légions de Syrie franchissant les Alpes, comme un siècle auparavant l'armée flavienne, lorsqu'on apprit que la tête du coupable avait été apportée à l'empereur. En la voyant, Marc-Aurèle s'affligea que la république eût perdu un bon général et lui l'occasion d'un généreux pardon. Mais, lui disait-on, Cassius vainqueur vous eût-il épargné ? Et il répondait : Notre piété envers les dieux et notre conduite à l'égard des hommes nous assuraient la victoire. Puis il passa en revue tous les empereurs qui avaient été tués, et prouva qu'il n'en était pas un qui, par sa faute, n'eût mérité ce destin ; tandis qu'Auguste, Trajan, Hadrien, Antonin, n'avaient pu être vaincus par les rebelles, et que plusieurs mêmes de ceux-ci avaient péri, comme Cassius, à l'insu et contre le gré de ces princes.
Ainsi, par une étrange et heureuse inconséquence qui se produit souvent, Marc-Aurèle, tout en acceptant la fatalité stoïcienne, entendait qu'à force de sagesse on pouvait contraindre la destinée et se la rendre favorable. C'est que le caractère, qui est la substance même de l'âme, fait l'homme, bien plus que les croyances, qui ne sont qu'une des applications de l'esprit ; et comme on reçoit l'un de la nature, les autres des circonstances, le successeur d'Antonin, quelque doctrine qu'il eût embrassée, aurait toujours été Marc-Aurèle.
Faustine, les amis du prince, le sénat, demandaient des sévérités ; il les refusa : quelques centurions seulement furent sacrifiés à la discipline. Quant aux enfants de Cassius, ils gardèrent la moitié des biens de leur père et ne perdirent pas la faculté d'aspirer aux charges publiques. Mais Marc-Aurèle décida que nul, à l'avenir, ne gouvernerait une province où il aurait pris naissance, et cette interdiction est restée une des règles de notre ancien droit administratif.
L'empereur crut nécessaire d'affermir par sa présence l'ordre dans les provinces orientales. Il visita Antioche, qu'il punit de sa fidélité à Cassius, en lui interdisant, pour un temps, tout spectacle et toute fête ; Alexandrie, qui le vit sans cour, sans gardes, couvert du manteau des philosophes et vivant comme eux ; Athènes surtout, où il admira moins les monuments de l'art que ceux de la pensée, et où il chercha les traces de Platon et de Socrate plutôt que celles de Phidias et de Périclès. Il institua des cours en diverses langues pour l'enseignement de toutes les sciences et se fit initier aux mystères d'Eleusis, seule institution du paganisme qui supposât un examen de conscience, repoussât le coupable et n'admit que l'homme sans tache.
Triomphe de Marc Aurèle
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Faustine II - Buste du Capitole |
Tous les historiens reprochent à Marc-Aurèle une faiblesse, honteuse à l'égard de sa femme, coupable au sujet de son fils. Mais les misérables anecdotiers qui ont écrit, au troisième siècle, l'histoire des Césars se plaisaient au scandale et ne reculaient pas devant l'absurde. Les infortunes conjugales ont malheureusement fourni, dans tous les temps, un inépuisable sujet de gaieté ; celles des princes ont même un attrait particulier, parce qu'elles semblent une rançon de leur grandeur et qu'elles les rapprochent des misères humaines. Malgré la longanimité de quelques anciens à cet endroit, je ne crois pas au mot prêté à Marc-Aurèle qu'on pressait de répudier sa femme et qui aurait répondu : Alors il faut que je rende aussi la dot ; il voulait parler de l'empire. Mais l'empire n'avait point été la dot de Faustine, puisque Marc-Aurèle était César avant de l'épouser. |
La foule rêve plus qu'elle ne pense ; or, dans le rêve, il suffit d'un bruit pour donner une direction nouvelle aux pensées que la volonté ne gouverne pas. Ainsi l'imagination de la foule et celle des écrivains qui la suivent n'ont besoin que d'un mot pour faire sortir de ce mot toute une histoire. Le fils de Faustine, Commode, avant été moins un prince qu'un gladiateur, on le supposa fils d'un héros de l'arène ; de là le récit de sa naissance, qui ne peut se faire qu'en latin, et que les bustes et les médailles démentent par la ressemblance qu'ils établissent entre Marc-Aurèle et lui. Avec toutes ses vertus, l'empereur avait un dangereux défaut : il était ennuyeux. L'ennui causa-t-il des fautes ? Cela se voit, mais n'arrive pas toujours. La belle impératrice trouvait sans doute que les austères personnages dont son époux vivait entouré n'étaient que des pédants, et la grande dame marquait son dédain aux petites gens qu'il favorisait. Ceux-ci se vengèrent par de sourdes médisances qui, après sa mort, éclatèrent en calomnies que les folies, les cruautés de Commode, parurent légitimer : la mère paya pour le fils. Dion, presque un contemporain, est muet, du moins dans ce qui nous reste de lui, au sujet de ces histoires. Ce n'est qu'en passant, et par un mot, que lui-même ou son abréviateur fait allusion à des fautes ; et les lettres de Faustine à Marc-Aurèle, conservées par Vulcatius Gallicanus, sont bien d'une impératrice, d'une épouse et d'une mère.
Faustine mère des camps |
| Quant à son fils, on accuse Marc-Aurèle
d'avoir reconnu, sans oser les combattre, les mauvais
instincts de cette nature perverse. A la mort de son
père, Commode n'avait que dix-neuf ans, et,
malgré les récits qu'on fait de sa jeunesse
licencieuse et féroce, il n'avait sans doute pas
encore montré les vices qui lui ont fait une place
à part, parmi les tyrans. Tous les Antonins
étaient arrivés tard à l'empire,
dans la pleine maturité de la vie ; Commode en
prit possession presque à l'âge de
Néron. Pour expliquer qu'il ait vécu comme
lui, il n'est pas nécessaire d'accuser
Marc-Aurèle ; la jouissance du pouvoir absolu,
à l'âge des passions, suffit à tout
faire comprendre. Mais si l'on ne peut lui demander compte des cruautés de son fils, on a le droit de lui reprocher d'avoir rendu ces cruautés possibles, en renonçant au système qui, depuis quatre-vingt-trois ans, prévalait pour la succession au principat. |
Commode jeune - Buste du Louvre |
Marc Aurèle et Commode |
Rome donne le globe du monde à Marc Aurèle |