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Un naturaliste méconnu : Pétri Pellet (1825 - 1877) entomologiste | |||||||||
| Museum Collections Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Par Robert BOURGAT Muséum d'histoire Naturelle, 12, rue Fontaine-Neuve, F-66000 Perpignan
La collection conservée au Muséum de Perpignan et les publications de Pétri Pellet maintiennent la mémoire de ce coléoptériste qui reçut de son vivant deux espèces en hommage, Saprinus pelleti Marseul 1862 (Histeridae) et Adimonia pelleti Joannis 1866 (Chrysomelidae) ainsi qu'un aimable poème de J. Mercadier reproduit ci-dessous. Les activités naturalistes du personnage, bien connues, sont encore aisément identifiables aujourd'hui, mais la discrétion de sa personnalité civile pourrait donner l'impression, peut être réductrice, qu'il n'a vécu jalousement replié sur les objets à six pattes, que pour et par les insectes. Heureusement, les Archives de la Société Entomologique de France gardent le souvenir de son admission le 9 septembre 1857 parrainée par M. Bellier de la Chavignerie ; MM. Farmaire et de Barau étant commissaires rapporteurs. Pétri Pellet se présentait alors comme Avocat à Béziers. A partir de cette information les Archives Départementales de l'Hérault ont découvert à Montblanc, canton de Servian, arrondissement de Béziers (Hérault) la naissance le 11 juin 1825 d'un François Pétri Pellet dont le père Laurent Pellet était propriétaire du domaine Bellevue. Ce sont encore les Archives de la Société Entomologique de France qui ont approché la date de son décès, M. L. Buquet ayant fait part en séance le 28 novembre 1877 du décès inopiné de leur collègue « à Paris au cours de ce mois ». Le dossier de succession conservé aux Archives Départementales des Pyrénées-Orientales a confirmé les date et lieu de naissance de François Pétri Pellet et précisé ceux de son décès le 6 octobre 1877 à Paris.
Ses travaux essentiels, 226 pages réparties en six articles publiés entre 1867 et 1876, sont consacrés aux Coléoptères. En introduisant sa première publication sous-titrée « Suite au travail sur les insectes Coléoptères des Pyrénées-Orientales par M. le docteur Louis Companyo », il vante la richesse des Pyrénées-Orientales dans toutes les branches de l'histoire naturelle et rend hommage au maître toujours actif à l'âge de 86 ans : « l'oeuvre de M. Companyo est immense ; sans guide, sans noyau de collection, il a créé un Muséum d'Histoire Naturelle qui surprend par sa richesse tous les hommes de Science qui viennent explorer le Roussillon ». Dans ces 6 articles il cite plus de 600 espèces, représentant une centaine de genres de Carabiques, Hydrocanthares, Histérides, Silphides, Psélaphides, Scydménides, Scotodytes, Coccinellides, Cicindelides. Orousset (1996) souligne qu'il a décrit plusieurs espèces telles Cymindis canigouensis, Trichius noui - dont Pellet (1873) a reconnu lui-même la synonymie avec Trichius fasciatus - Melanophila legrandi aujourd'hui synonyme de M. marmottani et Callidium verneti admis en 1873 comme synonyme de Semanotus laurasi. Pour vérifier ses déterminations il en appelait modestement à l'autorité d'entomologistes de renom. Dans le cas de Carabus trabuccarius, contesté par plusieurs auteurs, il se référait à L. Farmaire. En toute objectivité il maintenait la validité de Cardiomera genci bien que l'entomologiste allemand Schaum l'eût rebaptisé C. beauvouloirii en hommage au Vicomte de Henri de Beauvouloir qui était pourtant son ami. Son attrait pour l'entomologie a amené P. Pellet à déborder le cadre de la systématique pour noter les curiosités comportementales de ses sujets. Ainsi il remarquait qu'Ophonus incisus bien que carnassier grimpait sur les plants de fenouil, non pour capturer des insectes mais pour absorber la liqueur contenue dans les graines. Dans un travail de 1872 sur les coccinelles il écrivait une belle page sur l'utilité de ces insectes dans la lutte contre les pucerons - dont le phylloxera - que leurs larves détruisent alors que les fourmis les élèvent pour les traire. Ailleurs il citait l'intérêt de Zygia oblonga découverte sous un toit de Perpignan, prédateur des nids de la guêpe gauloise. Pointilleux, il redressait en 1873 un résumé des travaux publié par la Société qui lui faisait dire à tort que les hannetons détruisent les insectes nuisibles. Il affirmait que les larves de certaines de leurs espèces, vers blancs, sont un fléau pour les agriculteurs, expliquait le cycle quadriennal des hannetons et enchaînait sur l'idée que la destruction des insectes priverait les oiseaux qui seraient alors susceptibles de détruire les bourgeons. Plus loin il vantait les mérites des carabiques auxiliaires de l'agriculture, mais recommandait la destruction des buprestes et des longicornes. Il apportait encore une mise au point sur Depressaria subproquinquella lépidoptère tinéite qui attaque les artichauts : ce ravageur ne pourrait réellement commettre des dommages graves que s'il pullulait. Concernant les ravageurs de la vigne, il remettait clairement les connaissances en place en disculpant plusieurs cétoines qui ne s'attaquent pas à la vigne et certains mélasomes dont Opatrum sabulosum simples opportunistes qui ne se nourrissant des bourgeons que si, comme en période sèche, les herbes viennent à manquer. Notons qu'il introduit ainsi la notion de préférence. Il détaillait ensuite les vrais ravageurs, pyrale, écaille martre, plusieurs charançons, le Sinoxylon sexdentatum, les haltises qu'il qualifiait de vraies calamités mais regrettait que la punaise verte soit souvent détruite en même temps que les haltises, à tort car elle en est justement un prédateur. Ses contributions aux travaux de la SASL ont débordé le cadre de l'entomologie. Il a parmi d'autres thèmes présenté un rapport sur la maladie des platanes, expertisé un mémoire sur la rage des animaux domestiques publié par la Société Agricole des Sciences et des Arts de la Sarthe, produit une note sur le ramié Laporta canadensis (urticacée) plante textile dont on expérimentait l'acclimatation dans le département. Enfin, préoccupé par le patrimoine local, il a déploré la cession de l'herbier de M. Massot à l'Académie des Sciences de Montpellier qu'il qualifiait de grande perte pour notre Muséum. Cette perte serait compensée proposait-il, si on obtenait l'herbier local de M. Xatard dont Mme Veuve Massot dispose librement. Pétri Pellet nous apparaît non pas comme un récolteur obstiné, collectionneur exclusif ou taxinomiste savant, mais comme un naturaliste ouvert, conscient de l'envergure de sa discipline qu'il était soucieux d'explorer dans sa plénitude pour en manifester les multiples incidences pratiques. En ce sens il peut être considéré comme un précurseur de la pensée écologique globale - particulièrement lorsqu'il se faisait l'avocat d'un viticulteur rivesaltais révélant qu'un engrais chimique avait été nuisible à ses vignes dont les récoltes étaient perdues - et de la lutte intégrée allant jusqu'à caresser la rêverie quand il citait la comptine en langue catalane gallinette, gallinette, mostre me el cami del cel, que te donaré pas y mel... Pétri Pellet ne figure plus dans la liste des membres résidants de la SASL pour l'année 1878 publiée dans le Bulletin paru en 1880, mais ce bulletin rapporte que le Président Tastu a ouvert la séance du 15 décembre 1878 en rappelant... « nous avons perdu... Pétri Pellet naturaliste habile auquel notre bulletin doit d'intéressantes communications ». Albert Donnezan, Président de la section Sciences lui a rendu hommage... « à ces noms nous ajouterons, et ce ne sera pas sans une douloureuse émotion, celui de Pétri Pellet, le naturaliste si connu du monde savant qui après avoir magistralement décrit le faune entomologique de nos contrées, venait aussi apporter à la botanique son contingent de savantes et judicieuses observations [...] Dès longtemps ce regretté collègue avait conclu de la position topographique du Roussillon que le Phylloxéra ne nous viendrait pas par essaimage le long du littoral, et il nourrissait l'espoir de voir échapper au fléau ces magnifiques vignobles, que l'imprudence de viticulteurs a compromis peut-être sans retour ».
A M. P. Pellet : Poème de J. Mercadier
Publications de François Pétri Pellet1867 - Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales. Entomologie. Suite au travail sur les Coléoptères par M. le Docteur Louis Companyo. Carabiques. Bulletin de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, T. XV : 140-163.1867 - Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales. Entomologie. Suite au travail sur les Coléoptères par M. le Docteur Louis Companyo. Hydrocanthares, Histérides, Silphides, Psélaphides, Scyménides, Scotodytes. Bulletin de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, T. XV : 193-226. 1868 - Description de la larve de la Zygia oblonga Fabricius. Bulletin de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, T. XVI : 103- 106. 1870 - Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales. Entomologie. Description d'un nouvel insecte de la famille des Lamellicornes ou Scarabéides, genre Trichius, Trichius noui. Bulletin de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, T. XVIII : 472-475 1871 - Un mot sur le phylloxera. Indépendant des Pyrénées-Orientales, 7 septembre. 1871 - Deux Coléoptères nouveaux (Trichius noui ; Callidium verneti). Petites Nouvelles Entomologiques, 3 : 164. 1872 - Les Coccinelles qui se trouvent dans le département des Pyrénées-Orientales. Bulletin de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, T. XIX : 161-195. 1872 - Mulsant Etienne et Pellet Pétri - Description d'une nouvelle espèce de Buprestide.- Annales de la Société Linnéenne de Lyon, (N.S.) 18 : 201-200. 1873 - Mulsant Etienne et Pétri Pellet - Le Vesperus Xatardi fait périr les vignes dans le Roussillon ! Abeille, 13 CLXX - CLXXI (1875) 1873 - Faune entomologique du département des Pyrénées-Orientales. Liste des hannetons des Pyrénées-Orientales, Cicindélidés. Bulletin de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, XX : 137 - 168. 1873 - Note sur Cardiomera genei pris à Ria - Annales de la Société Entomologique de France, 5 : 3. 1874 - Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales. Entomologie. Description d'une larve de la famille des Carabiques, genre Cardiomera de Bassi ; Bulletin de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, XXI : 59 - 65. 1874 - Faune entomologique du département des Pyrénées-Orientales. Deuxième famille, Carabidés. Bulletin de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, XXI : 65 - 116. 1874 - Lichtenstein Jules & Pellet Pétri - (Sur le Vesperus Xatarti). - Annales de la Société Entomologique de France, (5) 4, Bull. XXXVII (= Bulletin de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, 1874, 46). 1876 - Faune entomologique du département des Pyrénées-Orientales. Carabiques (suite). Bulletin de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, XXII : 321 - 375. 1876 - Rapport sur le Lépidoptère qui attaque les artichauts, Depressaria subpropinquella. Bulletin de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, XXII : 57 - 63. 1876 - Quelques mots sur Vesperus xatarti. L'Abeille, 14, 3, X - XIII SourcesArchives Départementales de Pyrénées-Orientales : Bulletin de la SASL (cote 1136 PER 4 et 5), Tomes 15, 16, 18, 18, 20, 21, 22. Table des successions (cote 124 w 581). Mutations par décès (cote 124 w 414). Actes notariés (3E 61/13). Archives Municipales de Perpignan : Matrice des contributions personnelle, mobilière et des patentes 1864 à 1877.BibliographieBeenen R., 2007, Un intéressant Coléoptère phytophage au Muséum d'Histoire Naturelle de Perpignan (Coleoptera : Chrysomelidae). Annls. Mus. Hist. Nat. Perpignan, 15 : ..-...Constantin R., 1992, Mémorial de Coléoptéristes français. Suppl. Bulletin ACOREP, 14, 92p. Derksen W., U. Scheiding-Göllner, 1968, Index Litteraturae Entomologicae, Série II, 1864-1900, band III, M-R. Deutsche Demokratische Republik, Deutsche Akademie der Landwirtschaptswissenschaften : s p. 17. Mercadier J., 1878, Le Carabe et le Naturaliste. Bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, XXIII : 350-352. Orousset J., 1996, Les pionniers de la Coléoptérologie dans le Pyrénées-Orientales. Bulletin ACOREP, 26 : 19-26. Tronquet M., 2001, Les Staphyllins de la collection Pétri Pellet du Muséum de Perpignan. Annls. Mus. Hist. Nat. Perpignan, 11 : 23-33. Remerciementsà Ron Beenen qui a suscité cette note et à tous ceux qui en ont patiemment alimenté la documentation soit à titre personnel, Robert Constantin, Pierre Jolivet, Jean Orousset, soit au nom de leur Institution, Agnès Vinas pour la Société Agricole Scientifique et Littéraire de Pyrénées-Orientales, Yves Gomy et Jean Ringeard pour la Société Entomologique de France, Vivienne Miguet et Nathalie Floche pour les Archives départementales de l'Hérault, Pierre Lairis pour la Mairie de Montblanc, Pierrette Roube pour l'U. F. R. de Droit de L'Université de Montpellier, Paul Capsié pour la Direction des Services Funéraires de la ville de Perpignan, l'ensemble des personnels des Archives Municipales de Perpignan et des Archives Départementales des Pyrénées-Orientales. | ||||||||