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MythesEnfers Dialogues Sommaire Fénelon Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Fénelon - Dialogues des Morts, (1692-1696)Alexandre et Diogène DiogèneNe vois-je pas Alexandre parmi les morts ! Alexandre Tu ne te trompes pas, Diogène. Diogène Hé, comment ! les dieux meurent-ils ? Alexandre Non pas les dieux, mais les hommes mortels par leur nature. Diogène Mais crois-tu n'être qu'un simple homme ! Alexandre Hé ! pourrais-je avoir un autre sentiment de moi-même ? Diogène Tu es bien modeste après ta mort. Rien n'aurait manqué à ta gloire, Alexandre, si tu l'avais été autant pendant ta vie. Alexandre En quoi donc me suis-je si fort oublié ? Diogène Tu le demandes, toi qui, non content d'être fils d'un grand roi qui s'était rendu maître de la Grèce entière, prétendais venir de Jupiter ? On te faisait la cour, en te disant qu'un serpent s'était approché d'Olympias. Tu aimais mieux avoir ce monstre pour père, parce que cela flattait davantage ta vanité, que d'être descendu de plusieurs rois de Macédoine, parce que tu ne trouvais rien dans cette naissance au-dessus de l'humanité. Ne souffrais-tu pas les basses et honteuses flatteries de la prêtresse de Jupiter-Ammon ? Elle répondit que tu blasphémais en supposant que ton père pouvait avoir des meurtriers ; tu sus profiter de ses salutaires avis, et tu évitas avec un grand soin de tomber dans la suite dans de pareilles impiétés. O homme trop faible pour supporter les talents que tu avais reçus du Ciel ! Alexandre Crois-tu, Diogène, que j'aie été assez insensé pour ajouter foi à toutes ces fables ? Diogène Pourquoi donc les autorisais-tu ? Alexandre C'est qu'elles m'autorisaient moi-même. Je les méprisais, et je m'en servais parce qu'elles me donnaient un pouvoir absolu sur les hommes. Ceux qui auraient peu considéré le fils de Philippe tremblaient devant le fils de Jupiter. Les peuples ont besoin d'être trompés : la vérité est faible auprès d'eux ; le mensonge est tout-puissant sur leur esprit. La seule réponse de la prêtresse, dont tu parles avec dérision, a plus avancé mes conquêtes que mon courage et toutes les ressources de mon esprit. Il faut connaître les hommes, se proportionner à eux, et les mener par les voies par lesquelles ils sont capables de marcher. Diogène Les hommes du caractère que tu dépeins sont dignes de mépris, comme l'erreur à laquelle ils sont livrés ; et pour être estimé de ces hommes si vils, tu as eu recours au mensonge, qui t'a rendu plus indigne qu'eux. | ||