![]() | La guerre de Troie | ||||
DarembergMythes Troie Hélène Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Article Helena - Daremberg et Saglio (1877)Hélène, la femme du roi Ménélas, ravie à son époux par Paris, fils de Priam, est surtout connue par cet enlèvement qui fut la cause de la guerre de Troie. Nous n'avons pas à raconter ici son histoire, ni à étudier le rôle que lui font jouer d'abord les aèdes du cycle troyen, puis les poètes dramatiques. Mais Hélène était de naissance divine, et les Grecs ont cru qu'elle avait pris rang parmi les dieux. Elle a sa part dans le culte de quelques villes, et c'est à ce titre que nous nous occuperons d'elle.Sur l'origine d'Hélène il y a trois versions. Pour les uns (et c'est l'opinion ordinaire) elle est née des amours de Zeus transformé en cygne et de Léda. Elle est sortie avec Pollux, fils de Zeus comme elle, et Castor, fils de Tyndare, mari de Léda, de l'oeuf dont Léda est accouchée après cette union. Pour d'autres, elle n'est pas fille de Léda, mais de Némésis, d'où son nom de Ramnousis. La déesse, poursuivie par Zeus, se change en cygne ou en oie ; mais le dieu se métamorphose aussitôt de même, et parvient à vaincre celle qu'il aime. On racontait aussi que Zeus avait fait appel à l'aide d'Aphrodite ; mué en cygne, il feignait de fuir devant la déesse qui avait pris la forme d'un aigle et se réfugiait ainsi dans le sein de Némésis. Bref Némésis met au monde un oeuf, qu'un berger trouve dans un bois et porte à Léda ; celle-ci le met dans un coffre et le garde jusqu'à l'éclosion, puis s'intéresse à l'enfant qui en sort, Hélène, et l'élève. Il y a quelques variantes à ce récit : ou Némésis donne son oeuf à Tyndare, qui le confie à Léda ; ou bien Hermès le jette dans le sein de Léda, qui le fait éclore, ou bien tout simplement, l'oeuf tombe du ciel, ou plutôt de la lune (on voit là le souci d'expliquer le nom d'Hélène). Enfin, suivant le scholiaste de Pindare, Hésiode faisait d'Hélène, non plus la fille de Léda ou de Némésis, mais d'Océanos et de Téthys. Dans les deux premières versions, les plus importantes, un fait reste immuable. Hélène est issue de Zeus. Aussi, au moment de sa mort, son père ne voulut pas lui laisser subir la destinée commune. Il la mit au rang des héros divinisés ; il en fit la parèdre d'Héra et d'Hébé, et comme ses frères, Castor et Pollux, devinrent deux astres brillants, elle aussi devint une étoile. Euripide prétend que, comme les Dioscures, Hélène-étoile était secourable aux marins, mais une croyance plus répandue voulait au contraire que son astre fût un astre malfaisant, hostile aux navigateurs perdus dans la tempête. Isocrate raconte que si les Dioscures furent divinisés et changés en astres, ils devaient cet honneur à Hélène qui, divinisée avant ses frères, voulut leur faire partager son immortalité. Les détails de cette histoire sont peut-être assez récents, mais le fait même de la divinisation d'Hélène doit remonter assez haut, ou pour mieux dire Hélène n'est pas une héroïne divinisée, c'est plutôt une déesse transformée en héroïne. La meilleure étymologie que l'on ait encore donnée de son nom est celle qui le rattache aux mots wela, éclat, rayonnement, et welein, briller, et rapproche de selas, éclat, et de selènè, la brillante, la lune. Hélène est donc probablement, à l'origine, une personnification locale, sans doute laconienne, de la lune. Elle fait partie de cette pléiade de jeunes héroïnes mythiques dont les noms indiquent l'essence lumineuse Aeglé, Aethra, Augé, Electra, d'autres encore, et les Leucippides, Phoebé et Hilaera, dont les rapports avec les Dioscures sont bien connus. On peut dire que le culte d'Hélène, sans être jamais de très grande importance, se répandit un peu dans tout le monde grec. La puissance qu'on lui attribuait n'était pas réduite à son influence d'étoile favorable ou funeste ; si l'on en croit son panégyriste Isocrate, Stésichore l'ayant insultée au début d'un poème, elle le rendit aveugle et ne lui rendit la vue qu'après qu'il se fût rétracté dans une palinodie célèbre. Elle se montra la nuit à Homère et lui ordonna d'écrire la guerre de Troie, et c'est même pour cela qu'elle a dans l'Iliade un rôle si favorable, et que le poète montre pour elle toute sa prédilection. Comme elle est capable de châtier et de récompenser, de faire le bien et le mal, il faut que les gens qui le peuvent ne négligent pas de se la rendre propice par des sacrifices et des offrandes. Mais tout cela n'a rien que de très général : à Sparte, au contraire, nous voyons le culte nettement constitué. Il y avait dans la ville même un hiéron consacré à Hélène près du tombeau d'Alcman. A Thérapnae on l'adorait dans un temple où son tombeau se trouvait, disait-on, à côté du tombeau de Ménélas. C'était elle, du reste, qui avait déifié son époux, comme ses frères. Les jeunes filles spartiates, parce qu'elle conduisait les choeurs et danses des vierges de son temps, se rendaient à son temple dans des voitures couvertes qu'on appelait kannathra. Les fêtes d'Hélène s'appelaient Eleneia. Hélène, la plus belle des femmes, devait naturellemen protéger les jeunes filles. Celles de Sparte, dans leurs chants de noces, célébraient Hélène et Ménélas ; elles ornaient de couronnes et parfumaient d'huile un platane qui lui était voué. Hérodote raconte qu'autrefois une nourrice portait au temple de Thérapnae une petite fille très laide et demandait à Hélène de délivrer l'enfant de cette laideur ; un jour, elle rencontra une grande et belle femme qui lui demanda de lui montrer ce qu'elle portait. La nourrice lui fit voir l'enfant, et la femme, qu n'était autre qu'Hélène, lui caressa la tête de ses mains et corrigea si bien sa laideur qu'elle devint la plus jolie créature de son temps. Des fouilles ont été faites au Ménélaion, sur la colline de Thérapnae, en 1833-1834. Parmi les objets découverts quelques figures de femmes en bronze ou en terre cuite peuvent se rapporter au culte d'Hélène. Elles sont par malheur très mutilées ; la robe ample et très décorée quoique d'ornements primitifs, a comme un caractère oriental, sinon mycénien. Ces figurines sont peut-être des images de la déesse. On trouve des traces du culte d'Hélène, jointe non plus à Ménélas, mais aux Dioscures, à Athènes. A Rhodes elle était honorée sous le nom de Dendritis. Pausanias explique ainsi cette appellation. Les fils de Ménélas, Nicostratos et Mégapenthès, chassèrent Hélène qui se réfugia â Rhodes, auprès de Polyxo, son amie. Mais Polyxo, pour se venger de ce que son époux était mort à la guerre de Troie, lui envoya, tandis qu'elle se baignait, une de ses servantes déguisée en Erinye. Hélène, de frayeur, se pendit à un arbre. En Egypte, à Memphis, on est plus étonné de rencontrer un culte d'Hélène. Mais il ne faut pas oublier que, suivant une version de la légende d'Hélène, accréditée peut-être par Stésichore et acceptée par Euripide, la femme de Ménélas serait restée en Egypte, où Paris l'avait conduite au cours de ses pérégrinations, et d'où il n'aurait emporté à Troie qu'un vain simulacre à la place de son amante. Hélène, du reste, n'avait pas été heureuse à la cour du roi Thomis, qui s'éprit d'amour pour elle et voulut lui faire violence. Epouvantée, Hélène se confia à Polydamna, femme de Thomis. Celle-ci, la redoutant à la fois et ayant pitié d'elle, l'exposa dans l'île de Pharos, infestée de serpents ; mais elle lui donna une plante dont l'odeur écartait les reptiles. Hélène la planta pour se préserver ; c'est l'hélénion, qui depuis lors pousse à Pharos. Quoi qu'il en soit, il y avait à Memphis, dans le quartier des Tyriens, un temple d'Aphrodite Xeinè, étrangère, que les prêtres égyptiens, au dire d'Hérodote, confondaient avec Hélène. Pline l'Ancien confirme le fait et ajoute que les honneurs y sont rendus en même temps à Ménélas.
Il ne nous reste plus qu'à mentionner deux légendes, d'invention récente, ou tout au moins post-homérique. La première donnait une vie éternelle à Hélène, réunie à Ménélas, dans l'île des Bienheureux. D'après la seconde, Hélène, rendue immortelle, habitait l'île de Leucé, dont Achille, devenu son époux, était le roi. C'est peut-être ce mythe qu'illustre un beau miroir étrusque du Cabinet des médailles à Paris.
Article de P. Paris | ||||