La guerre de Troie


 

 

Mythes

Troie
Enée

Impius Aeneas

Ecrivez-nous
Recherchez

Copyright
Aspirateurs

Impius Aeneas

 

Denys d'Halicarnasse - Antiquités romaines, I, 46 à 48


Texte grec sur le site Hodoi elektronikai


XLVI. 1. Quand Troie fut prise par les Achéens, soit par le stratagème du cheval en bois, comme le représente Homère, soit par la trahison des Anténorides, soit d'une autre façon, la plus grande partie des Troyens et de leurs alliés dans la ville furent massacrées alors surpris dans leurs lits ; (il semble que cette calamité s'abattit sur eux la nuit, alors qu'ils n'étaient pas sur leurs gardes.) Mais Énée et ses alliés de Troie, qu'il avait ammenés des villes de Dardanus et d'Ophrynium pour venir en aide aux gens d'Ilium, et aussi d'autres qui s'étaient aperçus tôt de la calamité au moment où les Grecs prenaient la ville basse, se sauvèrent ensemble dans la forteresse de Pergame, et occupèrent la citadelle défendue par son propre mur : là étaient déposés le patrimoine sacré de Troie hérité de leurs pères et de grandes richesses en objets de valeur, comme il est normal dans une citadelle, là aussi se trouvait postée l'élite de leur armée.

2. Les attendant là, ils repoussaient l'ennemi qui essayaient de gagner une position avantageuse sur l'acropole, et ils pouvaient, grâce à leur connaissance des rues étroites, sauver la multitude qui cherchait à échapper à la prise de la ville ; et c'est ainsi qu'il y en eut plus qui s'échappèrent que ceux qui furent pris comme prisonniers. En touvant ce stratagème, Enée empêcha l'assaut immédiat des ennemis, qui avait comme but de faire périr tous les citoyens et que la ville ne fût prise d'emblée. Mais pour ce qui allait arriver ensuite, il arriva à la conclusion sensée qu'il serait impossible de sauver une ville dont la plus grande partie était déjà aux mains de l'ennemi, et il décida donc d'abandonner à l'ennemi les remparts désertés par ses défenseurs, et de sauver les habitants eux-mêmes aussi bien que les objets sacrés hérités de leurs pères et tous les objets de valeur qu'il pourrait emporter.

3. Après avoir pris cette décision, il envoie d'abord hors de la ville les femmes et les enfants ainsi que vieillards et tous les autres dont la condition rendait la fuite plus lente, avec ordre de prendre les routes menant au mont Ida, pendant que les Achéens, occupés à s'emparer de citadelle, ne s'occupaient pas de poursuivre la multitude qui s'échappait de la ville. Il assigna à une partie de l'armée d'escorter les habitants qui s'enfuyaient afin que leur fuite soit sans danger et libérée des difficultés qui pourraient leur arriver ; et il leur ordonna de prendre possession des positions les plus sûres du mont Ida. Avec le reste des troupes, les plus vaillantes, il resta sur le mur du citadelle et, occupant l'ennemi en l'assaillant, il rendit moins difficile la fuite de ceux qui étaient partis les premiers.

4. Mais quand Néoptolème et ses hommes eurent pris pied sur une partie de l'acropole et que tous les Achéens vinrent les aider, Enée abandonna l'endroit ; et ouvrant les portes, il se retira avec le reste des fugitifs en bon ordre, portant avec lui dans les meilleurs chariots son père et les dieux de son pays, ainsi que son épouse et ses enfants et tout ce qui était le plus précieux, personne ou chose.

XLVII. 1. En même temps, les Achéens avaient pris la ville de force, et occupés à piller, ils laissèrent à ceux qui s'étaient sauvés une bonne occasion de s'enfuir. Enée et ses compagnons rattrapèrent les leurs qui étaient toujours en route, et s'étant réunis en une seule troupe, ils se saisissent des positions les plus fortes mont Ida.

2. Là se joignirent à eux non seulement les habitant de Dardanos, qui, ayant vu un grand feu inhabituel s'élever sur Ilion, avaient durant la nuit abandonné leur ville indéfendable, - sauf ceux qui avec Elymos et Aegestos avaient équipé des bateaux et étaient partis plus tôt, - mais aussi la population entière d'Ophrynion et ceux des autres villes troyennes qui s'accrochaient à leur liberté ; et en très peu de temps cette force troyenne devint considérable.

3. En conséquence, les fugitifs qui avaient échappé avec Enée à la prise de la ville et demeuraient sur le mont Ida avaient l'espoir de rentrer chez eux bientôt, quand l'ennemi serait parti ; mais les Achéens, ayant réduit en esclavage le peuple resté dans la cité et dans les environs, démolit les fortins et se préparaient à soumettre également ceux qui étaient dans les montagnes.

4. Cependant, les Troyens envoyèrent des messagers pour faire un traité de paix et demandèrent aux Achéens de ne pas les amener à la nécessité de faire la guerre. Les Achéens tinrent une assemblée et firent la paix aux conditions suivantes : Enée et ses compagnons devaient quitter la Troade avec tous les objets de valeur qu'ils avaient sauvés lors de leur fuite dans un délai fixé, après avoir d'abord livré leurs forts aux Achéens ; et les Achéens devaient leur donner un sauf-conduit sur terre et sur mer dans tous états dont ils étaient les maîtres s'ils partaient en vertu de ces accords.

5. Enée, ayant accepté ces conditions qu'il considérait comme les meilleures dans ces circonstances, envoya Ascagne, son fils aîné, avec certains des alliés, principalement des Phrygiens, au pays appelé Dascylitis, où se situe le lac Ascania, car il avait été invité par les habitants à régner sur leur pays. Mais Ascagne n'y habita pas longtemps. Comme Scamandrios et les autres descendants d'Hector qui avaient été autorisés par Néoptolème à renter chez eux de Grèce, vinrent le trouver il alla à Troie afin de restaurer leur royaume héréditaire.

6. Voilà tout ce que l'on raconte sur Ascagne. Quant à Enée, après que sa flotte fut prête, il s'embarqua avec le reste de ses fils et avec son père, prenant avec lui les images des dieux il traversa l'Hellespont, navigua vers la péninsule la plus proche, qui se trouve devant l'Europe et s'appelle Pallène. Ce pays était occupé par un peuple thrace appelé Cruséen, qui étaient allié aux Troyens et qui les avait aidés durant la guerre avec une ardeur plus grande que celle de tous les autres.

XLVIII. 1. Tel est le récit le plus crédible de la fuite d'Enée et c'est celui que, parmi les historiens anciens, Hellanicos adopte dans ses Troica. Il y a différentes versions données des mêmes événements par certains autres auteurs : je les considère comme moins crédibles que celle-ci. Mais laissons chaque lecteur juger comme il l'entend.

2. Le poète tragique Sophocle, dans son drame Laocoon, représente Enée juste avant la prise de la ville, transportant ses pénates vers le mont Ida pour obéir aux ordres de son père Anchise, qui, se rappelant les injonctions d'Aphrodite et les présages qui s'étaient récemment produits dans la famille de Laocoon, prédisait la destruction imminente de la ville. Voici ses vers iambiques, prononcés par un messager : « Maintenant aux portes arrive le fils des déesses, Enée, portant son père sur ses épaules, alors frappé à l'arrière par un coup de foudre de Zeus, il laisse tomber son manteau de lin délicat. L'entoure la foule des esclaves. Le suit une multitude inimaginable pour rejoindre cette colonie des Phrygiens ».

3. Mais Ménécratès de Xanthos dit qu'Enée livra la ville aux Achéens par haine pour Alexandre et que, pour ce service, il fut autorisé par ceux-ci à sauver sa famille. Son récit, qui commence par l'enterrement d'Achille, est composé ainsi : « Les Achéens furent remplis de peine et ils pensaient que l'armée était décapitée. Cependant ils organisèrent un repas funèbre et combattirent avec toutes leurs forces jusqu'à ce qu'Ilion fût prise avec l'aide d'Enée, qui la leur livra. En effet Enée, dédaigné par Alexandre et exclu de ses prérogatives, renversa Priam ; et après avoir accompli cela, il devint l'un des Achéens ».


4. D'autres auteurs indiquent qu'il se trouvait par hasard à ce moment-là à l'endroit où mouillent les bateaux troyens ; d'autres encore qu'il était envoyé avec des forces en Phrygie par Priam pour une expédition militaire. Certains font un exposé plus fabuleux de son départ. Mais laissons chacun avoir ses convictions sur ce fait.


© Francesco Chiappinelli pour tout ce module.