Littérature grecque

Pour obéir à sa mère Aphrodite, Enée avait suivi Pâris en Grèce lors de l'enlèvement d'Hélène ; après la destruction de Troie, les Grecs lui réservent un traitement tout à fait particulier : il est directement libéré et livré à Néoptolème avec Andromaque et probablement Hélénus. Oreste sera son libérateur après avoir tué Néoptolème.

Procli Chrestomathia, Chants cypriens

Alors Alexandre, conseillé par Aphrodite, bâtit ses nefs et Hélénus lui prédit l'avenir. Aphrodite commande à Enée de partir avec lui, tandis que Cassandre prophétise ce qui arrivera.

Chez Virgile, le héros se réfugie sur le mont Ida après avoir tenté en vain de défendre Troie ; au contraire, c'est lors de l'épisode de Laocoon que cela serait arrivé, d'après l'auteur de l'Ilioupersis. Mais Enée dit à Didon avoir été fort bouleversé par l'apparition des deux monstres (Aen. II 228-9) :

tum uero tremefacta nouus per pectora cunctis
insinuat pauor...

Iliou persis

A ce moment paraissent deux serpents qui tuent Laocoon et l'un de ses enfants.
Terrifiés par ce prodige, ceux qui étaient avec Enée se retirèrent sur l'Ida.

Il n'est pas ici question de trahison, mais il paraît évident que Virgile ne suit pas à ce propos, comme il fait d'habitude, le récit du Cycle. Plus intéressants, sans doute, ces deux fragments de la Petite Iliade :

Petite Iliade, Fragments

  • Scholia ad Lycophronis Alexandram. 1268

    Mais Leschès, l'auteur de la Petite Iliade, dit qu'Andromaque et Enée furent livrés comme prisonniers au fils d'Achille, Néoptolème, et qu'il fut emmené avec lui dans la patrie d'Achille. Il dit :

    Alors le fils splendide d'Achille magnanime
    portait aux navires concaves la femme d'Hector...
    Et il obtint Andromaque, la femme d'Hector
    à la belle ceinture, car c'est à lui que la donnèrent les princes
    Achéens, aimable cadeau pour un guerrier,
    et même l'illustre fils d'Anchise dompteur de chevaux,
    Enée, il fit monter sur les nefs qui franchissent la mer,
    pour l'emmener avec soi, cadeau fort précieux entre tous les Achéens.

  • Et surtout Scholia ad Lycophronis Alexandram 1232

    Mais ensuite, pendant le saccage de Troie, Enée même, libéré par les Grecs ou emmené comme prisonnier par Néoptolème, comme le dit l'auteur de la Petite Iliade, et libéré après le meurtre de Néoptolème par Oreste à Delphes, s'établit dans les villes de Macédoine autour de Raïcèle et Almugne, près du mont Cisse, et pourtant Raïcèle fut appelée Ainos.

On y affirme qu'Enée après la guerre eut une destinée tout à fait différente de celle dont parle Virgile, et surtout qu'il fut libéré par les Grecs : pourquoi ? est-ce ici que naît l'histoire de la trahison ?

Même Créüse, en tant qu'épouse d'Enée, aurait joui elle aussi d'un destin favorable : or ce n'est pas ce que dit Virgile.

Pausanias, X 26,1

A propos de Créüse, ils disent que la mère des dieux et Aphrodite la sauvèrent de l'esclavage chez les Grecs, parce que Créüse était aussi la femme d'Enée ; tandis que Leschès et l'auteur des Cypria font d'Eurydice la femme d'Enée.

Denys d'Halicarnasse - Antiquités romaines, I, 46 à 48

XLVI. 1. Quand Troie fut prise par les Achéens, soit par le stratagème du cheval en bois, comme le représente Homère, soit par la trahison des Anténorides, soit d'une autre façon, la plus grande partie des Troyens et de leurs alliés dans la ville furent massacrées alors surpris dans leurs lits ; (il semble que cette calamité s'abattit sur eux la nuit, alors qu'ils n'étaient pas sur leurs gardes.) Mais Énée et ses alliés de Troie, qu'il avait ammenés des villes de Dardanus et d'Ophrynium pour venir en aide aux gens d'Ilium, et aussi d'autres qui s'étaient aperçus tôt de la calamité au moment où les Grecs prenaient la ville basse, se sauvèrent ensemble dans la forteresse de Pergame, et occupèrent la citadelle défendue par son propre mur : là étaient déposés le patrimoine sacré de Troie hérité de leurs pères et de grandes richesses en objets de valeur, comme il est normal dans une citadelle, là aussi se trouvait postée l'élite de leur armée.

2. Les attendant là, ils repoussaient l'ennemi qui essayaient de gagner une position avantageuse sur l'acropole, et ils pouvaient, grâce à leur connaissance des rues étroites, sauver la multitude qui cherchait à échapper à la prise de la ville ; et c'est ainsi qu'il y en eut plus qui s'échappèrent que ceux qui furent pris comme prisonniers. En touvant ce stratagème, Enée empêcha l'assaut immédiat des ennemis, qui avait comme but de faire périr tous les citoyens et que la ville ne fût prise d'emblée. Mais pour ce qui allait arriver ensuite, il arriva à la conclusion sensée qu'il serait impossible de sauver une ville dont la plus grande partie était déjà aux mains de l'ennemi, et il décida donc d'abandonner à l'ennemi les remparts désertés par ses défenseurs, et de sauver les habitants eux-mêmes aussi bien que les objets sacrés hérités de leurs pères et tous les objets de valeur qu'il pourrait emporter.

3. Après avoir pris cette décision, il envoie d'abord hors de la ville les femmes et les enfants ainsi que vieillards et tous les autres dont la condition rendait la fuite plus lente, avec ordre de prendre les routes menant au mont Ida, pendant que les Achéens, occupés à s'emparer de citadelle, ne s'occupaient pas de poursuivre la multitude qui s'échappait de la ville. Il assigna à une partie de l'armée d'escorter les habitants qui s'enfuyaient afin que leur fuite soit sans danger et libérée des difficultés qui pourraient leur arriver ; et il leur ordonna de prendre possession des positions les plus sûres du mont Ida. Avec le reste des troupes, les plus vaillantes, il resta sur le mur du citadelle et, occupant l'ennemi en l'assaillant, il rendit moins difficile la fuite de ceux qui étaient partis les premiers.

4. Mais quand Néoptolème et ses hommes eurent pris pied sur une partie de l'acropole et que tous les Achéens vinrent les aider, Enée abandonna l'endroit ; et ouvrant les portes, il se retira avec le reste des fugitifs en bon ordre, portant avec lui dans les meilleurs chariots son père et les dieux de son pays, ainsi que son épouse et ses enfants et tout ce qui était le plus précieux, personne ou chose.

XLVII. 1. En même temps, les Achéens avaient pris la ville de force, et occupés à piller, ils laissèrent à ceux qui s'étaient sauvés une bonne occasion de s'enfuir. Enée et ses compagnons rattrapèrent les leurs qui étaient toujours en route, et s'étant réunis en une seule troupe, ils se saisissent des positions les plus fortes mont Ida.

2. Là se joignirent à eux non seulement les habitant de Dardanos, qui, ayant vu un grand feu inhabituel s'élever sur Ilion, avaient durant la nuit abandonné leur ville indéfendable, - sauf ceux qui avec Elymos et Aegestos avaient équipé des bateaux et étaient partis plus tôt, - mais aussi la population entière d'Ophrynion et ceux des autres villes troyennes qui s'accrochaient à leur liberté ; et en très peu de temps cette force troyenne devint considérable.

3. En conséquence, les fugitifs qui avaient échappé avec Enée à la prise de la ville et demeuraient sur le mont Ida avaient l'espoir de rentrer chez eux bientôt, quand l'ennemi serait parti ; mais les Achéens, ayant réduit en esclavage le peuple resté dans la cité et dans les environs, démolit les fortins et se préparaient à soumettre également ceux qui étaient dans les montagnes.

4. Cependant, les Troyens envoyèrent des messagers pour faire un traité de paix et demandèrent aux Achéens de ne pas les amener à la nécessité de faire la guerre. Les Achéens tinrent une assemblée et firent la paix aux conditions suivantes : Enée et ses compagnons devaient quitter la Troade avec tous les objets de valeur qu'ils avaient sauvés lors de leur fuite dans un délai fixé, après avoir d'abord livré leurs forts aux Achéens ; et les Achéens devaient leur donner un sauf-conduit sur terre et sur mer dans tous états dont ils étaient les maîtres s'ils partaient en vertu de ces accords.

5. Enée, ayant accepté ces conditions qu'il considérait comme les meilleures dans ces circonstances, envoya Ascagne, son fils aîné, avec certains des alliés, principalement des Phrygiens, au pays appelé Dascylitis, où se situe le lac Ascania, car il avait été invité par les habitants à régner sur leur pays. Mais Ascagne n'y habita pas longtemps. Comme Scamandrios et les autres descendants d'Hector qui avaient été autorisés par Néoptolème à renter chez eux de Grèce, vinrent le trouver il alla à Troie afin de restaurer leur royaume héréditaire.

6. Voilà tout ce que l'on raconte sur Ascagne. Quant à Enée, après que sa flotte fut prête, il s'embarqua avec le reste de ses fils et avec son père, prenant avec lui les images des dieux il traversa l'Hellespont, navigua vers la péninsule la plus proche, qui se trouve devant l'Europe et s'appelle Pallène. Ce pays était occupé par un peuple thrace appelé Cruséen, qui étaient allié aux Troyens et qui les avait aidés durant la guerre avec une ardeur plus grande que celle de tous les autres.

XLVIII. 1. Tel est le récit le plus crédible de la fuite d'Enée et c'est celui que, parmi les historiens anciens, Hellanicos adopte dans ses Troica. Il y a différentes versions données des mêmes événements par certains autres auteurs : je les considère comme moins crédibles que celle-ci. Mais laissons chaque lecteur juger comme il l'entend.

2. Le poète tragique Sophocle, dans son drame Laocoon, représente Enée juste avant la prise de la ville, transportant ses pénates vers le mont Ida pour obéir aux ordres de son père Anchise, qui, se rappelant les injonctions d'Aphrodite et les présages qui s'étaient récemment produits dans la famille de Laocoon, prédisait la destruction imminente de la ville. Voici ses vers iambiques, prononcés par un messager : « Maintenant aux portes arrive le fils des déesses, Enée, portant son père sur ses épaules, alors frappé à l'arrière par un coup de foudre de Zeus, il laisse tomber son manteau de lin délicat. L'entoure la foule des esclaves. Le suit une multitude inimaginable pour rejoindre cette colonie des Phrygiens ».

3. Mais Ménécratès de Xanthos dit qu'Enée livra la ville aux Achéens par haine pour Alexandre et que, pour ce service, il fut autorisé par ceux-ci à sauver sa famille. Son récit, qui commence par l'enterrement d'Achille, est composé ainsi : « Les Achéens furent remplis de peine et ils pensaient que l'armée était décapitée. Cependant ils organisèrent un repas funèbre et combattirent avec toutes leurs forces jusqu'à ce qu'Ilion fût prise avec l'aide d'Enée, qui la leur livra. En effet Enée, dédaigné par Alexandre et exclu de ses prérogatives, renversa Priam ; et après avoir accompli cela, il devint l'un des Achéens ».


4. D'autres auteurs indiquent qu'il se trouvait par hasard à ce moment-là à l'endroit où mouillent les bateaux troyens ; d'autres encore qu'il était envoyé avec des forces en Phrygie par Priam pour une expédition militaire. Certains font un exposé plus fabuleux de son départ. Mais laissons chacun avoir ses convictions sur ce fait.

Dion Chrysostome, Discours XI, 137-140

Traduction en latin du XIeme discours de Dion
Incunable de Bernardinus Venetus, 1499

This is the gloomy and weak state into which the fortune of Greece fell after the war, while that of Troy became much brighter and more glorious. On the one hand, Aeneas was sent by Hector with a large fleet and force of men and occupied Italy, the most favoured country in Europe ; and, on the other, Helenus penetrated into the interior of Greece and became king of the Molossians and of Epirus near Thessaly. And yet which was the more probable: that a vanquished people should sail to the land of their conquerors and reign among them, or that, on the contrary, the victors should sail to the land of the conquered ? Furthermore, if, when Troy fell, Aeneas, Antenor, Helenus, and their people fled, why did they not betake themselves anywhere else rather than to Greece and Europe, or content themselves with occupying some place in Asia, rather than sail straight to the land of those who had driven them out? And how did they all come to rule over regions by no means small or obscure, when they might have seized Greece also ? But, one says, they refrained on account of their oaths. Still, Helenus cut off no small part of it, namely, Epirus. Then Antenor acquired dominion over the Heneti and the very best land about the Adriatic, while Aeneas became master of all Italy and founded the greatest city in the world. Now it does not stand to reason that men driven into exile and crushed by calamities at home accomplished such things, but rather that they would have been satisfied to be allowed to settle anywhere, especially when one considers with what humble resources whether of men or of money they would have had to come, fleeing through the midst of the enemy, their city lying in ashes and everything lost, when it would have been hard for the young and vigorous to save even their lives, to say nothing of setting forth with wives, children, parents, and property, when, to make matters worse, their city had been taken suddenly and contrary to their expectation, and they would not have departed gradually as men are vont to do when there has been a formal agreement. Nay, what did happen was a thing that could happen. The story goes that after the Achaeans sailed away there was a great multitude assembled in the city, and that the allies were not all inclined to depart, and that, further, Hector discovered that Aeneas would not be satisfied if he did not get some share in the royal power, as Priam had promised him, so he claimed, if he saw the war through to the end and expelled the Achaeans ; so Hector sent the colonists forth, generously supplying means and despatching with Aeneas as large a force as he wished, with all goodwill.


Littérature romaine

Claudius Tiberius Donatus - Interpretationes Virgilianae, ad Aen. II 200

Hic aliud maius miseris multoque tremendum
obicitur magis atque improvida pectora turbat.
Alors un autre prodige, plus important et bien plus effrayant,
s'offre à nos yeux pour notre malheur,
et achève de troubler nos coeurs aveuglés.

(Poeta) omni occasione purgat (Aeneae) crimen perditae civitatis...
Le poète, en toute occasion, disculpe Enée du crime d'avoir perdu la cité.

Commentaires divers de Servius sur l'Enéide

  • Aen. I, Praefatio

    Intentio Vergilii haec est, Homerum imitari et Augustum laudare a parentibus ; namque est filius Atiae, quae nata est de Iulia, sorore Caesaris, Iulius autem Caesar ab Iulo Aeneae originem ducit, ut confirmat ipse Vergilius a « magno demissum nomen Iulo ».

  • Aen. I, 6

    Arma virumque cano, Trojae qui primus ab oris
    Italiam, fato profugus, Lavinia venit
    Littora.

    Qvi primvs quaerunt multi, cur Aeneam primum ad Italiam venisse dixerit, cum paulo post dicat Antenorem ante adventum Aeneae fundasse civitatem. constat quidem, sed habita temporum ratione peritissime Vergilius dixit. namque illo tempore, quo Aeneas ad Italiam venit, finis erat Italiae usque ad Rubiconem fluvium : cuius rei meminit Lucanus et Gallica certus limes ab Ausoniis disterminat arva colonis. unde apparet Antenorem non ad Italiam venisse, sed ad Galliam cisalpinam, in qua Venetia est. postea vero promotis usque ad Alpes Italiae finibus, novitas creavit errorem. plerique tamen quaestionem hanc volunt ex sequentibus solvi, ut videatur ob hoc addidisse Vergilius ad Lavina litora, ne significaret Antenorem. melior tamen est superior expositio. primvs [ergo] non ante quem nemo, sed post quem nullus, [ut] « tuque o, cui prima furentem fundit equum magno tellus percussa tridenti et hic mihi responsum primus dedit ». vel laudative primus, ut « primam qui legibus urbem fundabit, Curibus parvis ». ab oris speciem pro genere ; nam oras terras generaliter debemus accipere. sane praepositionem mutavit, nam ex oris melius potuit dicere.

  • Aen. I, 99

    Saevus ubi Aeacidae telo jacet Hector

    Saevvs magnus, ut superius diximus. vel fortis, vel bellicosus, ut est « et saevum Aenean agnovit Turnus in armis ». vel adversus hostes saevus, et est epitheton ad tempus ; nam incongruum erat ab Aenea saevum Hectorem dici. aut saevus, quod adversum Antenorem et Aeneam et Helenum sentiens Helenam non permiserit reddi. [aut] ideo saevus Hector, quia Aeneas pius.

  • Aen., I, 241

    Antenor potuit, mediis elapsus Achivis
    Illyricos penetrare sinus

    Antenor potvit] capto Ilio Menelaus memor se et Ulixen beneficio Antenoris servatos, cum repetentes Helenam ab eo essent suscepti ac paene a Paride aliisque iuvenibus interempti essent, parem gratiam reddens inviolatum dimisit. qui cum uxore Theano et filiis Helicaone et Polydamante ceterisque sociis in Illyricum pervenit, et bello exceptus ab Euganeis et rege Veleso victor urbem Patavium condidit ; id enim responsi acceperat eo loco condere civitatem quo sagittis avem petisset ; ideo ex avis petitae auspicio Patavium nominatum, cui aeternitatem Helicaon ne victor rediret gladio peremit. Antenor potvit non sine causa Antenoris posuit exemplum, cum multi evaserint Troianorum periculum, ut Capys qui Campaniam tenuit, ut Helenus qui Macedoniam, ut alii qui Sardiniam secundum Sallustium ; sed propter hoc, ne forte illud occurreret, iure hunc vexari tamquam proditorem patriae. elegit ergo similem personam ; hi enim duo Troiam prodidisse dicuntur secundum Livium, quod et Vergilius per transitum tangit, ubi ait « se quoque principibus permixtum agnovit Achivis », et excusat Horatius dicens « ardentem sine fraude Troiam », hoc est sine proditione : quae quidem excusatio non vacat ; nemo enim excusat nisi rem plenam suspicionis. Sisenna tamen dicit solum Antenorem prodidisse. quem si velimus sequi augemus exemplum : si regnat proditor, cur pius vagatur ? ob hoc autem creditur Graecis Antenor patriam prodidisse, quia sicut superius dictum est, et auctor reddendae Helenae fuit et legatos qui propter Helenam venerant suscepit hospitio, et Ulixen in mendici habitu agnitum non prodidit.

  • Aen. I, 247-249

    Hic tamen ille urbem Patavi sedesque locavit
    Teucrorum, et genti nomen dedit, armaque fixit
    Troia.

    Sedesque locavit ex votis suis facit invidiam, dicens id concessum Antenori, quod ipsa desiderat. [248]. Et genti nomen dedit hoc est, quod ne victori quidem concedetur Aeneae: quod scimus a Iunone esse perfectum, contra quam oblique loquitur propter considerationem mariti. hi autem primis temporibus ab Antenore dicti sunt Antenoridae. ipsum vero quidam dicunt haec ora se appellasse. aut certe 'nomen' nobilitatem vel dignitatem, ut « et nos aliquod nomenque decusque gessimus ». Armaque fixit Troia hoc est, securus est, quia solent missi militia sive gladiatura quibuslibet templis arma suspendere, ut Horatius « Veianius armis Herculis ad postem fixis » et « Danais de poste refixum ».

  • Aen., I, 250

    Nos, tua progenies

    Nos tva progenies sic loquitur quasi una sit de Troianis ; nam aliter sensus non procedit. quod autem dixit tua progenies, epexegesis est, ut « ast ego quae divum incedo regina ». nos tva progenies] quasi patiatur et ipsa quod et filius. et bene tua progenies propter Antenorem.

  • Aen., I, 601

    Non opis est nostrae, Dido, nec quidquid ubique est
    Gentis Dardaniae

    Multi enim post excidium Troiae orbis diversa tenuerunt, ut Helenus Epirum, Antenor Venetiam, alii Sardiniam secundum Sallustium, alii vicina syrtibus loca secundum Lucanum, ut « portusque quietos ostendit Libyae Phrygio placuisse magistro ».

  • Aen. I, 647

    Munera praeterea, Iliacis erepta ruinis

    iliacis erepta rvinis. erepta ostendit valde pretiosa, quae meruerunt ex ruinis civitatis eripi. laborat autem poeta hoc sermone probare, ab Aenea non esse proditam patriam, si ornatus Helenae, quam cum Antenore Troiam prodidisse manifestum est, ex incendio eripuit bellorum casu, non pro praemio proditionis accepit.

  • Aen. I, 488

    Se quoque principibus permixtum agnovit Achivis

    Se qvoqve principibvs permixtvm agnovit achivis aut latenter proditionem tangit, ut supra diximus... aut virtutem eius vult ostendere ; nimiae enim fortitudinis est inter hostium tela versari... Cornutus tamen dicit versu isto vadimus inmixti Danais hoc esse solvendum.

  • Aen., II, 15

    Instar montis equum, divina Palladis arte

    Eqvvm de hoc equo varia in historiis lecta sunt : ut Hyginus et Tubero dicunt, machinamentum bellicum fuit, quod equus appellatur, sicut aries, sicut testudo, quibus muri vel discuti vel subrui solent : unde est « aut haec in nostros fabricata est machina muros » : ut alii, porta quam eis Antenor aperuit, equum pictum habuisse memoratur, vel certe Antenoris domus, quo posset agnosci. non nulli signum equi datum, ut internoscerent Graeci suos, vel hostes. a quibusdam dicitur facta proditione praedictum, ne quis eas domos violaret, quarum ante ianuam equus esset depictus, unde Graeci, unde et adludit instar montis equum ; ut « pelago credas innare revulsas Cycladas ». aut re vera hoc fuit, quod Vergilius sequitur. sed melius machinamenti genus accipimus. palladis arte aut ingeniose, aut dolose, ac si diceret, consilio iratae deae, quae fuit inimica Troianis.

  • Aen. II, 318-319

    Ecce autem telis Panthus elapsus Achivum,
    Panthus Othryades, arcis Phoebique sacerdos

    Elapsvs verbum aptum his qui vix evaserunt. Panthvs Othryades everso Ilio ab Hercule et occiso Laomedonte, Priamus iudicans vitio potius loci, quam ira deorum calamitatem accidisse patriae, misit Delphos filium Antenoris sciscitaturum, an eversum Ilium fas esset iisdem erigi fundamentis. erat illo tempore Apollinis Delphici sacerdos Panthus Othryadis filius miranda pulchritudine. hunc filius Antenoris, ut dicitur amore captus, rapuit et Ilium perduxit : cuius iniuriam Priamus volens honore pensare, sacerdotem eum Apollinis fecit, ut quo honore insignis apud suos fuerat, eo apud alios non esset inferior.

  • Aen. III, 1-7

    Postquam res Asiae Priamique evertere gentem
    Immeritam visum Superis, ceciditque superbum
    Ilium, et omnis humo fumat Neptunia Troja,
    Diversa exsilia et desertas quaerere terras
    Auguriis agimur Divum, classemque sub ipsa
    Antandro et Phrygiae molimur montibus Idae
    Incerti quo fata ferant, ubi sistere detur ;
    Contrahimusque viros.

    Et significet retro. neptvnia troia bene et subtiliter etiam diis invidiam commovet, ut ea quoque cecidisse dicat quae putabantur deorum. sane fabula talis est. Laomedon, rex Troianorum, sollicitus pro opibus suis petit ab Apolline et Neptuno, ut Ilium cingerent muris mercede promissa. quo impetrato quae diis promiserat denegavit. sed Neptunus iratus cetos, id est beluam marinam inmisit : quod malum Troiani passi sunt nece filiarum, quas belua comedebat, donec apertiore responso Hesiona Laomedontis filia monstro exponeretur, quam Hercules Troia eversa liberavit et amico suo Telamoni dedit uxorem. sane Laomedonte occiso Priamo Phrygiae donavit imperium. diversa exilia multi ad illud referunt « magnum quae sparsa per orbem ». constat namque diversas partes orbis tenuisse Troianos, ut Helenus, ut Antenor : sed melius est specialiter hoc Aeneae dare, qui conpulsus auguriis est diversas terras, hoc est e regione positas, quaerere. ideo incerti quo fata ferant.

  • Aen. IX, 262

    Devicta genitor quae cepit Arisba

    Devicta genitor qvae cepit arisba atqui secundum Homerum Arisba Troianis misit auxilia et ab Achille subversa est. sed accipimus, aut ante bellum Graecorum Arisbam a Troianis captam et in amicitiae foedus admissam : aut certe pocula haec data ab Heleno, qui in Achillis bona per Pyrrhi successerat hereditatem, ut sit quae cepit pro quae accepit devicta Arisba, scilicet ab Achille. dicta est Arisba ab Meropis vel Macarei filia, quam primum Paris in coniugio habuit. quidam ab Abante, qui Troica scripsit, relatum ferunt, post discessum a Troia Graecorum Astyanacti ibi datum regnum : hunc ab Antenore expulsum sociatis sibi finitimis civitatibus, inter quas et Arisba fuit : Aenean hoc aegre tulisse et pro Astyanacte arma cepisse, ac prospere gesta re, Astyanacti restituisse regnum. quod si ita est, merito eam Aeneas et vicisse et haec pocula inde cepisse memoratur.

Tite-Live, Ab Urbe condita, liber I, 1

Iam primum omnium satis constat Troia capta in ceteros saeuitum esse Troianos, duobus, Aeneae Antenorique, et uetusti iure hospitii et quia pacis reddendaeque Helenae semper auctores fuerant, omne ius belli Achiuos abstinuisse.

Voici d'abord un fait sur lequel tout le monde s'accorde : après la prise de Troie, les Achéens s'acharnèrent contre les Troyens ; deux chefs seulement, Enée et Anténor, échappèrent aux représailles, grâce à d'anciennes relations d'hospitalité, et aussi parce qu'ils avaient toujours été partisans de la paix et de la restitution d'Hélène.

Horace - Carmen saeculare, 37-44

Roma si uestrum est opus Iliaeque
litus Etruscum tenuere turmae,
iussa pars mutare Lares et urbem
          sospite cursu,

cui per ardentem sine fraude Troiam
castus Aeneas patriae superstes
liberum muniuit iter, daturus...
          plura relictis.


Si Rome est votre ouvrage, et si les Phrygiens,
Conduits par votre oracle aux champs de l'Etrurie,
Portèrent sur ces bords leurs Dieux et leur patrie ;

Si le pieux Enée au reste des Troyens
Sut frayer une route au milieu de la flamme,
Et fonder un état plus puissant que Pergame...

Traduction de Pierre Daru (1796)

Commentaire de Porphyrion, ad locum : Cui per ardentem sine fraude Troiam.

Non « sine fraude ardentem Troiam », cum utique fraude Graecorum incensa Troia sit, sed « sine fraude Aeneas patriae superstes ».
Quod ideo uidetur dictum, quia quorundam opinione infamatus Aeneas est crimine proditionis.

Sénèque - Ad Helviam matrem, VII, 5-7

Omnes autem istae populorum transportationes quid aliud quam publica exilia sunt ? Quid te tam longo circumitu traho ? Quid interest enumerare Antenorem Pataui conditorem et Euandrum in ripa Tiberis regna Arcadum conlocantem ? Quid Diomeden aliosque quos Troianum bellum uictos simul uictoresque per alienas terras dissipauit ? Romanum imperium nempe auctorem exulem respicit, quem profugum capta patria, exiguas reliquias trahentem, necessitas et uictoris metus longinqua quaerentem in Italiam detulit. Hic deinde populus quot colonias in omnem prouinciam misit ! ubicumque uicit Romanus, habitat.

Toutes ces émigrations de peuples sont-elles donc autre chose que des exils publics ? Mais pourquoi de si longs détours ? pourquoi vous citer Anténor, qui fonda Padoue, Evandre, qui établit, sur la rive du Tibre, le royaume des Arcadiens ? et Diomède, et les autres princes, ou vainqueurs ou vaincus, que la guerre de Troie dispersa dans des contrées étrangères ? L'empire romain ne doit-il pas sa naissance à un exilé, à un fugitif qui, après la ruine de sa patrie, traînant avec lui quelques faibles débris, et forcé, par la nécessité et la crainte du vainqueur, de chercher un établissement lointain, aborda en Italie ? Que de colonies ce même peuple n'a-t-il pas ensuite envoyées dans toutes les provinces ! Rome est partout où elle a vaincu.

Sénèque - De Beneficiis, VI, 36, 1

Quis pium dicet Aenean, si patriam capi voluerit, ut captivitati patrem eripiat ?
Qui donnera à Enée le titre de « pieux », s'il a désiré la prise de sa patrie pour dérober son père à la captivité ?

Tertullien, Ad nationes, II, 9

[12] Patrem Indigetem Aenean crediderunt, militem numquam gloriosum, lapide debilitatum. Quod telum quantum uolgare atque caninum, tanto ignobile uolnus. Sed et proditor patriae Aeneas inuenitur, tam Aeneas quam Antenor. [13] Ac si hoc uerum nolunt, Aeneas certe patria flagrante dereliquit socios, feminae Punicae subiciendus, quae maritum Hasdrubalem, Aeneae timiditate in his supplicantem hosti, non comitata, raptis secum filiis formam et patrem sibi habere non in fugam sapit, sed in ignes ardentis Carthaginis ut in amplexus patriae pereuntis incubuit. [14] Pius Aeneas ob unicum puerum et decrepitum senem Priamo et Astyanacte destitutis ? Atquin Romanis magis detestandus, qui pro salute principum et domus eorum aduersus liberos et coniuges et omne pignus suum deierant. [15] Consecrant filium Veneris, et hoc Volcanus sciens patitur et Iuno concedit. [16] Si baiuli parentum in caelo sedent, cur non potius Argiui iuuenes dei habiti, quod matrem, ne in sacris piaculum committeret, plus quam humano more iugales prouexerunt ? [17] Cur non magis dea, quae magis pia, illa filia patris in carcere fame defecti uberibus suis educatrix ? [18] Quid aliud Aeneae gloriosum, nisi quod proelio Laurentino nusquam comparuit? Rursus forsitan solito more quasi desertor e proelio fugerit.

[12] Ils font grand bruit du courage de leur père Enée, soldat sans gloire qu'une pierre suffit à renverser. Plus le projectile était vulgaire et digne d'un chien, plus la blessure est déshonorante. Il y a mieux, je déclare qu'Enée a trahi sa patrie, Enée comme Anténor. [13] S'ils le contestent, qu'ils se souviennent qu'Enée abandonna ses compagnons, pendant que sa patrie était en flammes, mille fois au-dessous de cette Carthaginoise qui, loin d'accompagner Asdrubal, son époux, dont la pusillanimité demandait grâce à l'ennemi avec des paroles bien dignes d'Enée, prit ses enfants, non pour traîner avec soi des simulacres religieux et son père, mais pour se précipiter avec eux dans les flammes de Carthage, afin d'embrasser une dernière fois sa patrie mourante. [14] Enée fut surnommé le pieux, pour avoir sauvé son fils unique et un vieillard affaibli par les années ; mais il abandonna Priam et Astyanax. Je ne dis point assez. Il devrait être maudit par les Romains, qui, pour le salut de leurs princes et de leur famille, sacrifient tout, enfants, épouses, patrimoine. [15] Vous transformez en dieu le fils de Vénus, et cela sans que Vulcain s'y oppose, sans que Vénus s'en étonne. [16] Si vous avez introduit dans l'Olympe jusqu'aux chevaux de vos ancêtres, que n'y avez-vous placé de préférence ces deux jeunes hommes d'Argos qui, pour conduire leur mère au temple, s'attelèrent eux-mêmes à son char, parce que les boeufs manquaient, dévouement plus qu'humain ? [17] Pourquoi n'avez-vous pas fait une déesse de cette fille si pieuse qui, dans la prison, nourrit de son lait son vieux père condamné à mourir de faim ? [18] Quelle est donc la gloire d'Enée, sinon de ne s'être pas montré au combat de Laurentum, où il quitta, selon sa coutume, le champ de bataille comme un lâche déserteur ?


Merci au professeur Francesco Chiappinelli de nous avoir fourni ces textes.
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