Mythes
Troie Laocoon
Ekphrasis
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Copyright Aspirateurs | Pétrone - Satiricon, 89 Mais je vous vois tout absorbé par ce tableau où la ruine de Troie est représentée : je vais donc essayer en vers une démonstration du sujet.
Les Grecs assiégeaient Troie, et le dixième été S'ouvrait plein de terreurs pour la morne cité. Mais Calchas n'obtenait qu'une foi chancelante. Un dieu seul peut hâter la victoire trop lente : Phébus parle, et l'Ida voit tomber ses sapins Aux chênes enlacés par de savantes mains, Qui bientôt font surgir de cet amas énorme D'un cheval monstrueux la gigantesque forme. Des bataillons entiers vont cacher dans ses flancs D'un courage ulcéré les longs ressentiments. C'est un voeu, disait-on, pour un retour prospère : Sinon vient l'attester d'une voix mensongère. O patrie ! et tu crois sur leurs mille vaisseaux Que Mars avec les Grecs remporte ses fléaux, Et les vers lus au flanc du colosse perfide Confirment de Sinon l'imposture homicide. Le sol enfin est libre, et nos voeux exaucés. Le Troyen hors des murs s'élance à flots pressés : Qu'il est heureux ! Pour lui plus d'assauts, plus d'alarmes : La joie, après la peur, a de si douces larmes ! Mais, les cheveux épars et de cendre couverts, Accourt Laocoon, prêtre du dieu des mers ; Il s'écrie, il brandit sa lourde javeline : Lui seul il va frapper la sinistre machine ; La main d'un dieu l'arrête, et le fer repoussé Le long du bois muet glisse, et tombe émoussé. Sinon triomphe : en vain une arme plus propice, La hache vient sonder l'immobile édifice, Et de tous ces captifs qui vont nous conquérir Le sourd frémissement en vain s'est fait ouïr ; Le peuple, devant eux abattant ses murailles, Perd en un jour le fruit de dix ans de batailles. Ecoutez : ô prodige ! aux bords où Ténédos Voit mourir à ses pieds le vain courroux des flots (Tous les vents sommeillaient), soudain la mer frissonne, S'ouvre, et le noir abîme en tournoyant bouillonne. Dans le calme des nuits, ainsi quand l'aviron Fend la plaine d'azur d'un rapide sillon, Sous la nef qui s'avance elle courbe ses ondes, Et Neptune a gémi dans ses grottes profondes. On regarde, on s'étonne : ainsi que deux vaisseaux Qui de leur noir poitrail domineraient les eaux, Deux monstres, deux serpents d'une sanglante écume Ont fait rougir le flot qui jaillit et qui fume ; Leurs crêtes, leurs regards lancent d'affreux éclairs, Et leurs longs sifflements épouvantent les mers. Tous les coeurs ont frémi : debout sur le rivage, Tes fils, Laocoon, au printemps de leur âge, Portaient les saints bandeaux et le lin révéré. Le couple dévorant, de leur sang altéré, Les a ceints tout entiers de son étreinte horrible. Hélas ! près d'expirer, pour soi-même insensible, Chacun songe à son frère, et d'un pieux effort Voudrait, même en mourant, l'arracher à la mort. Le père infortuné, vainement magnanime, Court offrir au trépas sa troisième victime : Les monstres l'ont saisi ; frappé du coup mortel, Le prêtre en holocauste est tombé sur l'autel ; Et la terre tressaille à ce signal funeste Des malheurs de Pergame et du courroux céleste. Déjà Phébé, montant sur son trône argenté, Des astres de sa cour éclipsait la clarté ; Les paisibles Troyens dormaient dans le silence : Le vin et le sommeil les livraient sans défense. Le colosse aussitôt de ses flancs meurtriers A vomi dans nos murs ses armes, ses guerriers. Tels qu'un coursier farouche, enfant de Thessalie, Tout à coup délivré du joug qui l'humilie, Court, ses longs crins épars, se mêler aux combats ; Les Grecs, l'épée au poing, le bouclier au bras, Tandis que l'incendie autour d'eux se déploie, Contre Troie invoquaient les dieux mêmes de Troie. Pour les fils d'Ilion il n'est plus de réveil, Et ce sommeil sera leur éternel sommeil. |
Traduction de Nisard (1842) |