La guerre de Troie


 

 

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Polyxène chez Darès le Phrygien - De excidio urbis Troiae, 27

 

[27] Postquam dies anni uenit quo Hector sepultus est, Priamus et Hecuba et Polyxena, ceterique Troiani, ad sepulcrum eius profecti sunt. Quibus obuius fit Achilles, Polyxenam contemplatur, figit animum, amare eam uehementer coepit. Tunc ardore impulsus, odiosam uitam in amore consumere coepit, et aegre ferebat ademtum imperium Agamemnoni, sibique Palamedem praepositum. Amore cogente, Phrygio seruo fidelissimo mandata dat ferenda ad Hecubam : et ab ea sibi uxorem poscit: hoc si fecerit, se cum suis Myrmidonibus domum rediturum. Quod cum ipse fecerit, ceteros quoque idem facturos. Seruus proficiscitur, ad Hecubam uenit, mandata dicit : Hecuba respondit se uelle, sed si Priamo uiro suo placeat : dum ipsa cum Priamo agat, seruus reuerti iubetur: seruus quod egisset Achilli nuntiat. Agamemnon cum magno commeatu ad castra reuertitur. Hecuba cum Priamo de conditione Achillis loquitur. Priamus respondit, fieri non posse : non ideo quod eum affinitate indignum existimet ; sed si ei dederit, et ille discesserit, ceteros non discessuros : et iniquum esse, filiam suam hosti iungere. Quapropter si id fieri uellet, pax perpetua fiat, et exercitus discedat, foederis iura sanciantur. Si id factum sit, se ei libenter filiam daturum. Itaque cum seruus ad Hecubam missus esset ab Achille, eadem Hecuba quae cum Priamo egerat seruo dicit : seruus Achilli nuntiat : Achilles uulgo queritur, unius mulieris Helenae causa totam Graeciam et Europam aduocatam esse, tanto tempore tot millia hominum periisse; tot pericula adiri ; libertatem in ancipiti esse : unde fieri pacem debere, exercitus recedere.

L'anniversaire de la mort d'Hector, Priam, Hécube, Polyxène et d'autres Troyens, se rendent à son tombeau. Achille les rencontre ; ses regards et ses pensées s'arrêtent sur Polyxène, et bientôt il est épris pour cette princesse de l'amour le plus violent. Depuis ce moment, l'existence lui devient odieuse, sa nouvelle passion le consume, et moins que jamais il peut supporter qu'Agamemnon ait été dépouillé du commandement de l'armée, et qu'à lui-même on ait préféré Palamède. Pressé par son amour, il charge un Phrygien, le plus fidèle de ses esclaves, de se rendre auprès d'Hécube, de demander de sa part à cette princesse sa fille Polyxène en mariage, et de l'assurer que s'il en obtient cette faveur, il se retirera avec ses Myrmidons, et que les autres chefs ne tarderont pas à suivre son exemple. L'esclave part aussitôt et exécute les ordres qu'il a reçus. Hécube lui répond qu'elle donnera son consentement à ce mariage si Priam y consent lui-même. Après cette réponse, elle le renvoie vers Achille. Agamemnon revient de la Mysie avec un grand convoi de vivres. Hécube, de son côté, va trouver Priam, et lui rend compte de la demande qui venait de lui être faite. « Je ne puis consentir à cette alliance, répond ce prince ; non que je la croie indigne de moi ; mais parce que je pense que si Achille, après avoir épousé ma fille, s'en retourne en Grèce, les autres chefs ne suivront pas son exemple : d'ailleurs, il n'est pas juste que je donne ma fille en mariage à mon ennemi. Si Achille désire l'accomplissement de cet hymen, qu'il nous procure une paix durable ; que l'armée des Grecs se retire, et qu'un traité inviolable mette le sceau au rétablissement de la bonne intelligence entre eux et moi : à ces conditions je donnerai avec empressement Polyxène à Achille ». Quelque temps après, l'esclave d'Achille étant revenu auprès d'Hécube, elle lui rapporta ce discours de Priam. Bientôt Achille en est instruit par le fidèle émissaire. Alors tout le camp retentit de ses plaintes : « Fallait-il pour la cause de la seule Hélène, d'une seule femme, mettre toute la Grèce, toute l'Europe en mouvement ? Laisser périr chaque jour tant de milliers d'hommes ? s'exposer à tant de dangers ? faut-il que la liberté de la Grèce dépende des hasard d'une telle guerre. Il faut faire la paix au plutôt, il faut se rembarquer ».

[30] Agamemnon, dum induciae sunt, mittit ad Achillem, Nestorem, Ulyssem, Diomedem, ut rogarent illum in bellum prodire. Abnegat Achilles moestus, quod iam destinauerat in bellum non prodire, ob id quod promiserat Hecubae, se minus pugnaturum, eo quod Polyxenam ualde amabat. Coepit male eos accipere qui ad se uenerant, dicens perpetuam pacem fieri oportere : tanta pericula unius mulieris causa fieri, libertatem periclitari, tanto tempore diffidere : pacem expostulat, pugnam renuit. Agamemnoni renuntiatur, quid cum Achille actum sit, illum pertinaciter negare.

Avant l'expiration de la trêve, ce prince députa vers Achille Nestor, Ulysse et Diomède, pour l'engager à combattre. Toujours plongé dans la douleur, ce héros reçut mal les envoyés et leur répondit qu'il avait pris la résolution de se plus se montrer sur le champ de bataille, parce qu'il en avait fait la promesse à Hécube dont il aimait la fille Polyxène ; qu'il fallait conclure avec les Troyens une paix éternelle ; que pour la cause d'une femme, les Grecs ne devaient pas exposer chaque jour leur liberté à tant de dangers, et qu'il désespérait de la victoire après tant de combats inutilement livrés à l'ennemi pendant un si long espace de temps. Lorsque Agamemnon fut informé par ses députés de cette réponse d'Achille, et de la ferme résolution qu'il avait prise de ne plus combattre, il assembla tous les chefs de l'armée pour les consulter sur le parti qu'il devait prendre.

[31] Dum induciae sunt, Agamemnon ex consilii sententia ad Achillem cum Nestore proficiscitur, ut rogaret eum in bellum prodire. Achilles tristis negare coepit se proditurum, sed pacem peti oportere, conqueri : sed tamen, quod Agamemnoni nihil negare possit, cum tempus pugnae superuenisset, se milites suos missurum : ipsum excusatum haberet quod se abstineret a pugna. Agamemnon ei gratias agit.

Agamemnon fait d'abord guérir les blessures de Diomède et de Ménélas ; ensuite, de l'avis de son conseil, il se rend avec Nestor auprès d'Achille, pour l'engager à combattre. Celui-ci, toujours affligé, répondit d'abord qu'il avait pris la résolution de ne plus faire la guerre, et qu'il fallait conclure la paix avec les Troyens. Après beaucoup de plaintes, il promit pourtant à Agamemnon, en lui disant qu'il n'avait rien à lui refuser, d'envoyer ses soldats au combat quand le jour en serait venu ; mais il s'excusa d'y aller lui-même. Agamemnon le remercia du renfort qu'il lui promettait, et partit.

[34] Hecuba, moesta quod duo filii eius fortissimi Hector et Troilus ab Achille interfecti essent, consilium muliebre temerarium iniit ad dolorem suum ulciscendum. Alexandrum filium accersit, orat, hortatur, ut se et suos fratres ulciscatur, insidias Achilli faciat, et eum nec opinantem occidat : quoniam ad se miserit, et rogauerit ut sibi Polyxena in matrimonio daretur, se ad eum missuram Priami uerbis, ut pacem foedusque inter se firment, constituantque in fano Apollinis Thymbraei, ante portam : eo Achillem uenturum, collocuturum : ibi insidias collocari : satis uitae suae esse si eum occiderit : quod temerarius Alexander erat, cito se promisit facturum. Noctu ducuntur de exercitu fortissimi, et in fano Apollinis collocantur : signum accipiunt. Hecuba ad Achillem, Priami uerbis, sicuti condixerat, nuntium mittit. Achilles laetus, Polyxenam amans, postera die ad fanum se uenturum constituit. Et insequenti die cum Antilocho filio Nestoris ad constitutum uenit, simulque ut introiuit in fanum, ex insidiis occurrunt. Undique tela coniiciunt : eos Paris Alexander hortatur. Achilles cum Antilocho, brachio sinistro cooperto, dextro ensem tenens, facit impetum. Achilles multos occidit. Alexander Antilochum et Achillem multis plagis confodit. Ita Achilles ex insidiis, nequicquam fortiter faciens, animam amisit : quem Alexander auferri et uolucribus proiici iubet. Id ne fieret Helenus multa commemorans prohibet, et eos de fano eiici iubet, et suis tradi. Achillem et Antilochum in castra afferunt. Agamemnon Achillem magnifico funere effert : et ut sepulcrum ei faciat, a Priamo inducias petit, ibique ludos funebres facit.

Hécube, affligée de ce que les plus vaillants de ses fils, Hector et Troïle, avaient été tués par Achille, prit pour se venger une résolution aussi lâche que téméraire. Elle manda auprès de sa personne son fils Alexandre, et lui tint ce discours : « Mon fils, il faut que vous me vengiez, moi et vos frères : tendez à cet effet des embûches à Achille, et donnez lui la mort au moment où il s'y attendra le moins. Comme il m'a fait demander Polyxène en mariage, je dois l'inviter au nom du roi, votre père, à se rendre à la porte de la ville dans le temple d'Apollon Thymbréen, pour y conclure la paix et l'alliance qu'il désire. Je ne doute pas qu'il ne vienne aussitôt. Vous cacherez des soldats dans le temple, et lorsqu'il s'entretiendra avec nous, vous vous jetterez sur lui : j'aurai assez vécu si vous le tuez ». Comme Alexandre avait de l'audace, il promit à Hécube d'exécuter au plus tôt ses volontés. Il choisit donc pendant la nuit un certain nombre des soldats les plus courageux de l'armée, les plaça dans le temple, et leur donna le signal auquel ils devraient sortir de leur embuscade quand le moment en serait venu. De son côté, Hécube fit inviter Achille au nom de Priam, à se rendre dans le temple d'Apollon. Celui-ci, toujours épris de Polyxène, reçut ce message avec beaucoup de joie, et remit son départ au lendemain. Ce jour venu, il part, emmenant aven lui Antiloque, fils de Nestor. A peine est-il entré dans le temple, que les soldats qui y étaient cachés sortent de leur embuscade, et, encouragés par Alexandre, lui lancent des traits de tous côtés. Enveloppant alors son bras gauche, et tenant son épée de la main droite, il se précipite avec Antiloque contre ses assassins, dont plusieurs expirent sous ses coups. Après s'être vaillamment défendu, il tombe enfin avec Antiloque, percé de plusieurs traits par Alexandre. Ainsi périt Achille, victime de la plus lâche trahison, non sans avoir vendu bien chèrement sa vie. Alexandre ordonna que son corps fût abandonné aux oiseaux de proie ; mais Hélénus, alléguant plusieurs raisons, s'opposa à l'exécution de cet ordre, et fit rendre aux Grecs les cadavres d'Achille et d'Antiloque. Lorsque ces restes déplorables furent apportés dans le camp, Agamemnon fit déposer avec une pompeuse solennité ceux d'Achille dans un tombeau qu'il lui fit élever, et autour duquel toute l'armée célébra des jeux funèbres, pendant une trêve que Priam avait accordée.

[41] Hecuba, dum fugit cum Polyxena, Aeneae occurrit, Polyxenam ei tradidit, quam Aeneas ad patrem Anchisem abscondit.

Hécube, fuyant avec Polyxène, rencontre Énée, et lui remet cette princesse : Énée la conduit et la cache dans la maison de son père Anchise.

[43] Calchas respondit, Inferis non esse satisfactum. Neoptolemo in mentem uenit, Polyxenam, cuius causa pater perierat, non esse in regia inuentam. Agamemnonem poscit, conqueritur, accusat exercitum. Antenorem accersiri iubet, imperat ut perquirat eam et adducat. Is ad Aeneam uenit, et diligentius perquirit : utque primum Argiui proficiscantur, Polyxenam, ut absconditam inuenit, ad Agamemnonem adducit. Agamemnon Neoptolemo illam tradit : isque eam ad tumulum patris iugulat. Agamemnon iratus Aeneae quod Polyxenam absconderat, cum suis protinus patria excedere iubet. Aeneas cum suis omnibus nauibus proficiscitur, Antenori terram tradit.

Calchas, consulté, répondit que les divinités infernales n'étaient pas encore satisfaites. Alors il vient dans l'esprit à Néoptolème que Polyxène, qui avait été cause de la mort de son père, n'a pas été trouvée dans le palais de Priam. Il en porte ses plaintes à Agamemnon, il en accuse l'armée, et ordonne à Anténor, qu'il a fait appeler, de chercher la princesse et de la lui amener. Anténor se rend donc auprès d'Énée, cherche Polyxène dans sa maison où elle se tenait cachée, et pour hâter le départ des Grecs, la conduit à Agamemnon. Ce prince la remet entre les mains de Néoptolème, et celui-ci l'égorge auprès du tombeau de son père. Agamemnon irrité contre Énée, parce qu'il avait donné asile à Polyxène, lui ordonna de sortir aussitôt de sa patrie avec tous les siens. Le prince troyen obéit et partit avec tous ses vaisseaux, laissant Anténor maître de la ville et de son territoire.


Merci au professeur Francesco Chiappinelli, auteur de l'Impius Aeneas, de nous avoir fourni ce texte.