![]() | Le mythe d'Ulysse | |||||
DarembergMythes Ulysse Epreuves Sirènes Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Article Sirenes - Daremberg et Saglio (1877)Etres fabuleux dont le chant séduit et attire les hommes qui passent à leur portée. «Mais, dit Homère, il est perdu celui qui, par imprudence, écoute leur chant ; jamais sa femme et ses enfants ne le reverront dans sa demeure et ne se réjouiront». | |||||
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M. Bulle a publié récemment un curieux aryballe corinthien, provenant d'Athènes dont la panse représente l'épisode fameux de l'Odyssée.
Ulysse, le casque en tête, est attaché au mât de son navire, dont les voiles sont amenées. Ses compagnons, casqués comme lui, rament avec ardeur vers l'île des Sirènes. L'eau est indiquée par une ligne ondulée. Deux oiseaux volent au-dessus du navire. Sur l'île, figurée comme un rocher élevé, se tiennent deux Sirènes, oiseaux à tête de femme, dont la bouche est ouverte comme pour chanter, tandis que derrière elles est assise une femme dans laquelle M. Bulle voit, avec beaucoup de vraisemblance, leur mère Chthon, la Terre. Derrière le navire est figurée une habitation dont la porte est ouverte : sans doute la demeure de Circé que les Grecs viennent de quitter.
Un très beau stamnos à figures rouges du style sévère, actuellement au British Museum représente le même épisode. La mère des Sirènes a disparu ; elles sont au nombre de trois et l'une d'elles semble se précipiter dans la mer. Ce vase nous donne aussi le plus ancien nom connu d'une sirène : Himéropa. | ||||||
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III. Il est inutile de passer en revue les anciennes interprétations du mythe des Sirènes. M. Weicker les a énumérées d'une façon très complète dans sa dissertation doctorale ; elles paraissent, d'ailleurs, abandonnées définitivement. Depuis les études d'E. Rohde et de M. O. Crusius, on semble, en effet, s'accorder pour rattacher les Sirènes au groupe nombreux des Harpyes, des Erinyes, des Lamies, etc., et pour voir en elles des esprits des morts, simples variations du type fondamental de l'âme ailée, de la Ker, avide de sang et d'amour. Homère et les poètes grecs n'ont fait, ici encore, qu'emprunter aux croyances populaires une de leurs créations les plus répandues. C'est littéralement dans le monde entier que l'on retrouve cette représentation de l'âme des morts sous la forme d'un oiseau, en Amérique comme chez les Arabes, en Bretagne, dans le Languedoc et en Alsace comme chez les Finnois. Et de même que des vases grecs nous montrent l'âme s'échappant comme un oiseau à tête de lemme du corps d'un mourant, la vieille cantilène française nous parle d'une sainte qui, à sa mort «in figure de colomb volai a ciel». Ces âmes résident aux Enfers, comme les Kères, les Harpyes, les Furies, les Stryges et les Moires, qui, avec les Sirènes ne sont que d'autres noms venus sans doute de diverses parties de la Grèce, pour désigner des démons de même nature.
Mais souvent elles quittent leur résidence habituelle pour parcourir les campagnes, aveugler et affoler les hommes et jouer le rôle de vengeresses ; ce sont elles qui causent les rêves effrayants et les cauchemars, et c'est sous cet aspect que M. Crusius a reconnu une Sirène dans un beau bas-relief attique, représentant une jeune femme ailée aux pieds palmés s'approchant d'un berger endormi. Mais elles peuvent être apaisées par des sacrifices : quand elles ont obtenu la satisfaction qu'elles réclamaient, elles deviennent bienveillantes et favorables, et comme les Furies, dans les mêmes conditions, se transforment en Euménides, les Sirènes mettent leur chant et leurs instruments au service des mortels affligés qui sauront les adoucir. C'est ainsi que, dans Euripide, Hélène les invoque : «Vierges ailées, filles de la Terre, Sirènes mélodieuses, venez accompagner mes gémissements avec le son plaintif de la syrinx et de la flûte libyenne, afin que vos chants en accord avec mes larmes et mes maux déplorables envoient à Proserpine des choeurs lugubres répondant à mes lamentations». C'est là sans doute la raison de leur présence sur les tombeaux ; elles sont proprement «l'oiseau de l'âme» et comme un symbole de l'eidôlon ; et elles représentent, pour les Romains comme pour les Grecs, l'âme apaisée qui prend part à la peine des vivants après avoir été pour eux un danger. En même temps, elles constituent pour la tombe une protection contre les entreprises des mauvais esprits, un puissant apotropaion, comme les têtes de Gorgone que l'on y plaçait aussi. Suivant un principe bien connu de la superstition, le baskanos protège contre la baskania. C'est aussi comme symbole et substitution de l'âme qu'on a placé souvent leurs images à l'intérieur même des tombes, ainsi que nous l'avons vu plus haut. | ||||||