Le royaume perdu L'ost du bon roi Don Rodrigue défaillait et s'enfuyait, comme en l'octave bataille ses ennemis triomphaient. Rodrigue sa tente a quitté, il sort de son campement. Seul il va, l'infortuné, sans nul accompagnement. Son cheval est tout fourbu, se mouvoir ne pouvait plus. Au hasard va son chemin car le Roi ne le contraint. Défaillant, le souverain est quasi de sens privé, mort de soif et mort de faim, de le voir c'est grand pitié. De sang il est si baigné qu'à la braise il s'apparie. Son armure est bossuée, qu'ornaient force pierreries. Dents de scie est son épée par les coups qu'elle a portés. Son armet si bosselé qu'en sa tête il s'enfonçait. Son visage est tout enflé des grands maux qu'il endurait. Lors il gravit un coteau, le plus haut qu'il avisa, observa ses gens de là, vaincus et fort déroutés. De là-haut voit les bannières, les étendards qu'il avait : ils sont tous foulés aux pieds et les recouvre la terre. Il cherche ses capitaines, aucun d'eux n'est dans la plaine. Voit le camp de sang baigné, en un ruisseau transformé. L'infortuné voit ceci en éprouve grand douleur, de ses yeux coulent des pleurs et il tient ce discours-ci : «Hier d'Espagne j'étais roi, d'une ville ne le suis. Hier des cités, des châteaux, ore ne possède plus rien. Hier des serviteurs à moi et des gens à ma merci, n'ai même plus un créneau que je puisse dire mien. Infortuné fut ce jour où par ma naissance acquis cette grande seigneurie, puisqu'elle me serait ravie tout entière en un seul jour ! Ô mort ! que ne viens-tu pas emporter ma vie, mon âme, de ce corps vif qui se pâme, Ô, je ne t'en voudrais pas !» |
| | L'infant Arnaud Puissé-je avoir sort aussi beau, dessus les flots de l'océan, que celui de l'infant Arnaud en ce matin de la Saint-Jean ! Alors qu'il cherchait du gibier pour nourrir son faucon altier, il vit venir une galère, qui cherche à s'approcher de terre. Les voiles sont faites de soie, d'or torsadé sont les cordages, son ancre d'argent qui chatoie, de fins coraux est le bordage. Le marinier qui la conduit, va fredonnant une chanson. Le calme sur les flots s'ensuit, les vents s'apaisent à l'unissson, les poissons qui nagent au fond nager en surface s'en vont, et les oiseaux qui vont volant sur le mât se viennent posant. L'infant Arnaud parla ici, écoutez bien ce qu'il a dit : «Gentil marin, je t'en supplie, chante-moi cette mélodie». Le marinier lui répondit, cette réponse il lui donna : «Ne chanterai ma mélodie qu'à celui qui suivra mes pas». |
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