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Le Romancero - Florilège

Françoise Capdet

 

La préfacière

Sommaire

Florilège :
  • Le royaume perdu
  • L'infant Arnaud

 

ISBN 2-908866-23-4, 2005, 232 pages
13 reproductions en couleurs d'oeuvres originales du peintre Etienne Gony
27 €

 

 

La préfacière

Michelle Débax est maître de conférences honoraire à l'Université de Toulouse II-Le Mirail. Spécialiste du Romancero, elle est l'auteur d'une anthologie publiée en Espagne aux éditions de l'Alhambra (1982), et du chapitre consacré au Romancero dans l'Histoire de la littérature espagnole (t.1) publié sous la direction de Jean Canavaggio aux éditions Fayard (1993).
 
Sommaire
  1. Romances du roi Rodrigue
  2. Romances de Bernard du Carpio et de la bataille de Roncevaux
  3. Romances des infants de Lara
  4. Romances du Cid Campeador
    • Les enfances de Rodrigue Diaz que les Maures appelèrent le Cid
    • Le siège de Zamora
    • Les filles du Cid
  5. Romances mauresques et de la frontière
  6. Romances d'amour et de mort
  7. Romances pastoraux et rustiques

 

FLORILEGE

Le royaume perdu

L'ost du bon roi Don Rodrigue
défaillait et s'enfuyait,
comme en l'octave bataille
ses ennemis triomphaient.
Rodrigue sa tente a quitté,
il sort de son campement.
Seul il va, l'infortuné,
sans nul accompagnement.
Son cheval est tout fourbu,
se mouvoir ne pouvait plus.
Au hasard va son chemin
car le Roi ne le contraint.
Défaillant, le souverain
est quasi de sens privé,
mort de soif et mort de faim,
de le voir c'est grand pitié.
De sang il est si baigné
qu'à la braise il s'apparie.
Son armure est bossuée,
qu'ornaient force pierreries.
Dents de scie est son épée
par les coups qu'elle a portés.
Son armet si bosselé
qu'en sa tête il s'enfonçait.
Son visage est tout enflé
des grands maux qu'il endurait.
Lors il gravit un coteau,
le plus haut qu'il avisa,
observa ses gens de là,
vaincus et fort déroutés.
De là-haut voit les bannières,
les étendards qu'il avait :
ils sont tous foulés aux pieds
et les recouvre la terre.
Il cherche ses capitaines,
aucun d'eux n'est dans la plaine.
Voit le camp de sang baigné,
en un ruisseau transformé.
L'infortuné voit ceci
en éprouve grand douleur,
de ses yeux coulent des pleurs
et il tient ce discours-ci :
«Hier d'Espagne j'étais roi,
d'une ville ne le suis.
Hier des cités, des châteaux,
ore ne possède plus rien.
Hier des serviteurs à moi
et des gens à ma merci,
n'ai même plus un créneau
que je puisse dire mien.
Infortuné fut ce jour
où par ma naissance acquis
cette grande seigneurie,
puisqu'elle me serait ravie
tout entière en un seul jour !
Ô mort ! que ne viens-tu pas
emporter ma vie, mon âme,
de ce corps vif qui se pâme,
Ô, je ne t'en voudrais pas !»
 

L'infant Arnaud

Puissé-je avoir sort aussi beau,
dessus les flots de l'océan,
que celui de l'infant Arnaud
en ce matin de la Saint-Jean !
Alors qu'il cherchait du gibier
pour nourrir son faucon altier,
il vit venir une galère,
qui cherche à s'approcher de terre.
Les voiles sont faites de soie,
d'or torsadé sont les cordages,
son ancre d'argent qui chatoie,
de fins coraux est le bordage.
Le marinier qui la conduit,
va fredonnant une chanson.
Le calme sur les flots s'ensuit,
les vents s'apaisent à l'unissson,
les poissons qui nagent au fond
nager en surface s'en vont,
et les oiseaux qui vont volant
sur le mât se viennent posant.
L'infant Arnaud parla ici,
écoutez bien ce qu'il a dit :
«Gentil marin, je t'en supplie,
chante-moi cette mélodie».
Le marinier lui répondit,
cette réponse il lui donna :
«Ne chanterai ma mélodie
qu'à celui qui suivra mes pas».

 


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