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Roland Serres-Bria - La Menera de Cabrenç
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| Historique Personnalités Bureau actuel Bibliothèque Conférences Cotisations Bulletin 2007 Publications en vente Bulletins Tables de recherche Autres articles Echanges académiques Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Je ne sais pas si ce nouveau livre dans lequel vous allez vous plonger vous causera, comme à moi, une grande joie, une émotion certaine et - pourquoi ne pas l'avouer ? - un soupçon d'orgueil. Rien de moins étonnant puisqu'il s'agit de La Menera, que c'est le premier livre, le seul à ma connaissance, qui s'intéresse à cette «région oubliée», ce «bled» fourré dans le fond d'une vallée du Haut Vallespir, ce «racó de món», comme nous l'appelons avec infiniment d'affection, nous qui avons ouvert les yeux dans ses maisons aux pierres mauves, nous qui avons été bercés par le clapotis des deux rivières et par le chuchotis des châtaigniers et des hêtres qui l'enchâssent. Ce coin de monde, ce bout de territoire français, ce village qui avait pour seul titre de gloire d'être géographiquement le plus au sud de la France métropolitaine va avoir une deuxième raison de s'enorgueillir puisqu'il est le principal personnage de ces pages d'histoire signées Roland Serres-Bria à qui nous devons déjà deux ouvrages parus en 1989.L'un ouvrait l'année du bicentenaire de la Révolution Française en traitant de Toulouges en Roussillon, village qui sut lancer dans le monde batailleur du XIe siècle un message de paix avec la fameuse Trêve de Dieu. Roland Serres est de Toulouges où il vit actuellement après de longues années dans l'enseignement au Maroc. Il était normal qu'il veuille rappeler à ses concitoyens les pans d'un passé oublié ou ignoré et l'honneur qu'ils ont de vivre là où naquirent les «deux droits élémentaires de l'homme : non seulement celui de vivre mais encore celui de vivre en paix». En décembre 1989 sort des presses Itinéraire catalaniste pour le Roussillon dont le sous-titre révèle mieux qui est Roland Serres-Bria : Documents pour la recherche d'une authenticité. L'auteur se sent catalan, il le proclame, il recherche l'authenticité de sa catalanité dans sa propre vie, dans son environnement, à travers tous les actes politiques, économiques et sociaux, loin de ce qu'il appelle «mascarades» quand les gestes ne répondent pas à un esprit. La Catalogne est sa patrie, étymologiquement la vraie terre des pères, «ara i sempre», maintenant et toujours. Nous voilà donc devant un historien catalaniste, mais pas seulement historien, poète et musicien aussi : tel est le portrait esquissé à grands traits de Roland Serres-Bria. Mais alors, qu'est-ce qui fait écrire ce monsieur de la plaine sur cette poignée de maisons accrochées dans la «Vallée âpre», sur les dernières pentes qui ferment la Catalogne Nord ? Dans son avant-propos l'auteur donne deux raisons : tout village, si petit soit-il, apporte un enrichissement à notre culture dès que nous cherchons à faire revivre son passé catalan. De plus, la généalogie de Roland Serres lui a fait retrouver une branche «menerenca» à Can Padern et, de fil en aiguille, ou, si vous préférez, de la vieille maison ancestrale au village tout entier, le besoin de savoir s'est conjugué au désir d'honorer ceux qui nous ont précédés. Voilà comment Lamanère a trouvé son historiographe. Que Roland Serres-Bria me permette d'ajouter deux ou trois autres explications. Tout d'abord le plaisir réel qu'il éprouve en allant réveiller ceux qui dorment dans les archives et en amenant chez nous, le temps de quelques pages, des Bernard Hugues, des Guillem Hugues, des Garau de Rocaberti, des Bernard de Peguera et autres seigneurs ou dames de Cabrenç afin que nous les connaissions mieux dans leur rudesse, leurs frasques ou leur sévérité. Défilent aussi les Angelets, intrépides nationalistes rusant avec les Français dans la complicité des montagnes tutélaires. Viennent les édiles révolutionnaires, les prêtres assermentés ou non. Des déserteurs fuient les conflits, le docteur Noguer et l'abbé Xicoy jouent Peppone et don Camillo. Tous ces personnages surgissent des parchemins jaunis et nous font un pied de nez en disant «nous étions déjà là». Et Roland continue à recréer : la «criée» des édits du seigneur interdisant aux manants le braconnage et le port d'armes, la luxure et le concubinage, les «renecs», ces sonores jurons qui mettent l'âme en danger ; l'enfer de la guerre lors de l'annexion française, les dévastations de notre église ou les fêtes qui s'y déroulaient. Bref, toute une atmosphère, c'est comme si on y était. Une autre raison qui fait écrire Roland Serres Bria. Une sorte de défi intellectuel de celui qui essaie d'insérer dans l'histoire un village «in-insérable» (pardonnez cet affreux néologisme) par sa situation. Tout en haut d'une vallée, au pied d'une montagne dont la crête fait frontière administrative mais dont deux cols aisés permettent le franchissement rapide, où classer La Menera ? Avec des voies de communication difficiles vers le nord, dépendant de Serrallonga pendant longtemps (ce qui rend le livre aussi intéressant pour nous que pour nos voisins autrefois plus puissants... par le bon vouloir du seigneur, bien sûr !), où classer La Menera ? Tantôt à La Sadella, tantôt à Bocabartella, parfois à l'Assalador, parfois à Monas, les «menerencs» ont toujours hésité entre deux amours... ou deux nécessités : le sud de la France ou le Nord de l'Espagne, pour le commerce ou les conflits, pour fuir la conscription de 1798 ou le Service du Travail Obligatoire de la dernière guerre. Alors, où classer La Menera ? Les nombreux documents étudiés par Roland Serres-Bria montrent clairement cette position originale. Enfin, je vais me hasarder à donner une troisième explication. Un village n'est pas qu'un groupe de maisons, un ensemble de rues, un rassemblement des hommes et des femmes qui le peuplent : c'est un être vivant L'auteur de ce livre le sent profondément, allant jusqu'à donner comme titre aux quatre chapitres les quatre âges de la vie : GESTATION, «veïnat» de Serallonga, NAISSANCE, paroisse au XVIIIe siècle et commune (1790), CROISSANCE avec les mines, les forêts, l'élevage et DECLIN. Comme lui, nous nous refusons cependant à parler de mort puisque nous avons créé notre «Association de Sauvegarde et de Renouveau» afin de revivifier cet être affaibli mais qui a donné dans le passé tant de preuves de sa pugnacité. En conclusion, qu'est-ce qui pousse certaines personnes à écrire ? La passion du lucre, le goût des honneurs, la gloriole des médias ? Sans considérer ces aspects comme uniquement supefétatoires, je vais emprunter la réponse à Roland Serres-Bria lui-même : «Tout catalaniste approfondit toujours davantage sa culture, en communique les richesses aux autres, les fait apprécier des étrangers». En refermant La Menera de Cabrenç je crois que ce contrat moral et intellectuel sera rempli et que Roland a gagné le droit de venir s'asseoir avec les menerencs sur «l'escaler» de l'église, aréopage séculaire, pour regarder vivre ce village qu'il aura contribué à tirer de l'oubli. Marie Cabanas-Laïlle Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, Perpignan 1993
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