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Copyright Aspirateurs | M. Companyo, docteur-médecin
La communication, faite à la Société, du catalogue des oiseaux qui ont été observés dans ce département, soit sédentaires soit de passage, date déjà de six ans. L'impression en fut votée, et ce travail fait partie de ceux que contient votre Bulletin publié en 1839 ; quelques observations, faites depuis cette époque, sont dignes de remarque, et j'ai cru utile de vous les soumettre.
Tous les ans, quelque nouveau sujet, observé dans cette contrée, vient grossir la somme des richesses de la faune du département des Pyrénées-Orientales ; nous pouvons dire, avec raison, que c'est un de ceux qui a été le plus favorisé par la nature, et le mieux partagé, dans la distribution des êtres, dans toutes les branches de l'histoire naturelle.
En peu de temps, trois oiseaux de taille et d'espèce remarquables, dont deux appartiennent à l'ordre des Rapaces et au genre Vautour, ont été tués dans cette contrée ; le troisième appartient au 13e ordre, les Grallutores (GRALLES) et au genre Talève, oiseau d'une beauté admirable et excessivement rare dans les collections.
Au milieu des gorges escarpées de Montalba, un chasseur vit planer dans l'air un oiseau de proie d'une grande taille. Habitué à observer les oiseaux qui s'établissent dans cette vallée pour y élever leur famille, il chercha à s'en emparer, et étant parvenu à le tuer, il le transporta à Arles-sur-Tech. Cet oiseau fut acheté par un de ces hommes qui savent monter et préparer un animal, sans s'occuper le moins du monde de science. C'est chez ce préparateur que je l'ai vu à mon passage en cette ville, et j'ai pu me convaincre qu'il est nouveau pour notre localité.
Par ses caractères extérieurs, j'ai aussitôt reconnu qu'il appartenait au genre Vautour et à l'espèce Oricou (Vul. auricularis, Daudin) (1), le plus puissant des vautours d'Europe connus. Sa longueur totale est de 1m 50, et son envergure est de 3m 10. Son plumage,en général, est d'un brun couleur de suie, les plumes du ventre sont longues, acuminées, contournées, courbées en lame de sabre, et bordées d'un brun plus foncé ; les cuisses brunes, les plumes courtes et laissant voir le duvet qui les couvre, qui est d'un blanc pur.
Le bec est fort, vigoureux, élevé et fortement courbé, d'un jaune d'ocre, la nudité, couleur de chair blafarde, l'iris, noisette clair ; un repli de la peau ou fanon s'étend de l'orifice des oreilles jusques à la moitié de la partie nue du cou ; tête et cou nus ou du moins couverts d'un duvet brun, rarement parsemé ; sa fraise remonte presque jusqu'au fanon, elle est touffue et composée de plusieurs rangs de plumes courtes et arrondies, elle couvre les deux tiers de la circonférence du cou ; le jabot est entouré d'un duvet blanc et touffu, qui est mal recouvert par les plumes de la poitrine.
Les tarses gros et couverts par des plumes courtes, les pieds forts, les doigts longs, terminés par des ongles robustes.
Sa patrie est l'Afrique, où Daudin l'a observé et décrit, ainsi que M. Viulliot ; la Grèce, et surtout les environs d'Athènes, où il a été observé par M. Savigni.
En mai 1844, j'ai reçu un oiseau de proie qui a été tué près des mines de fer de Batéra, revers méridional du Canigó ; il m'a été envoyé par M. Tixador, chirurgien à Corsavi. Cet officier de santé ne néglige aucune occasion, toutes les fois qu'elle se présente, d'enrichir notre Muséum.
L'oiseau tué aux mines de Batéra est aussi un vautour d'une force majeure, belle espèce, qui ressemble au premier aspect au vautour griffon ; mais qui s'en distingue par la forme des plumes des ailes et des parties inférieures, qui, toutes, sont arrondies par le bout ; on le distingue aussi à la couleur du plumage, qui est d'un isabelle très clair, tandis que le griffon est d'un brun très foncé. Cette espèce est le V. chasse-fiente ou Vultur kolbii, Daudin (2).
Tête et cou garnis d'un duvet blanc court, bec couleur de corne clair, cire qui entoure le bec d'un blanc blafard, iris noisette, base du cou entourée de plusieurs rangs de plumes très effilées et filiformes, d'un blanc parfait, qui forment une fraise très touffue. Le jabot est couvert d'un duvet qui ressemble à du poil d'un brun foncé, et encadré par un duvet blanc ; couleurs générales du plumage d'un café au lait clair ou isabelle blanchâtre, les remiges sont noirâtres, ainsi que la queue, les jambes fortes, les tarses à demi couverts par des plumes longues, les doigts longs et terminés par des ongles assez robustes. - Longueur totale lm 25 ; envergure lm 85.
Cette espèce est commune en Afrique : elle se trouve aussi assez communément en Sardaigne. Nous ne l'avions pas encore observée dans cette contrée, tandis que le griffon y est assez commun.
Le troisième oiseau observé est un fait fort curieux à constater : les vautours, et bien d'autres oiseaux de haut vol, peuvent se transporter à de grandes distances ; les talèves, oiseaux coureurs, plutôt que grands voiliers, ne sont pas configurés comme les premiers ; leurs ailes ne sont point disposées pour les grands voyages, surtout lorsque des mers les séparent de nous.
Cet oiseau, un des plus beaux que nous possédions, se distingue par sa taille, qui égale presque celle d'une poule ordinaire, et par son bec fort, dur, épais et conique, presque aussi haut que long, et plus court que la tête ; l'arête se dilate jusque très avant sur le crâne ; la plaque frontale, ainsi que le bec, sont d'un rouge cramoisi ; un beau bleu de turquoise couvre les joues ; la gorge, tout le devant et les côtés du cou de cette même couleur, plus claire ; l'occiput, nuque, cuisses et abdomen, d'un bleu d'indigo très foncé et peu vif ; poitrine, dos, couvertures des ailes et grandes pennes de celles-ci, ainsi que la queue, d'un bleu d'indigo éclatant, qui contraste singulièrement avec les couvertures inférieures de la queue, qui sont d'un blanc pur. La plaque frontale et coronale aboutit derrière les yeux. Pieds longs, forts, doigts très longs, garnis latéralement de petites membranes très étroites, d'une couleur de chair rougeâtre.
Longueur du bec à l'extrémité de la queue 48 c. ; hauteur jusqu'au sommet de la tête 42 c.
Le corps de cet oiseau est ramassé, sa tête posée majestueusement sur un long cou, ses jambes, un peu longues, donnent à son port un air noble. Ajoutons à toutes ces dispositions la beauté d'un plumage éclatant, où le bleu de turquoise domine, et nous dirons, avec raison, que c'est un des plus beaux oiseaux que nous possédions.
Cet oiseau, d'après les observations de M. Cantraine, est très commun en Sicile, dans les environs de Lentini ; il n'est connu ni en Dalmatie ni en Calabre, et il est assez rare en Sardaigne. Il vit dans les champs inondés ou dans les rivières. - Il a été décrit par M. Temmink, sous le nom de Talève porphyrion (porphyrio hyacinthinus).
La présence de cet oiseau, dans ce département, est un fait à constater, en ce qu'il détruit ce que nous avions avancé : que le genre Talève n'avait pas de représentant dans la contrée (page 55 du Bulletin de la Société, 4me année). C'est un oiseau fort rare et qui n'a été observé en France que par M. Verneuil, qui dit qu'on en voit, parfois, des individus isolés dans le Dauphiné, que le Musée de Grenoble en possède un, qui fut tué dans les marais de Bourgoin.
Celui que l'on voit dans notre Musée a été tué dans les environs du grau d'Argelès, près de Collioure. Fidèle à sa manière de vivre, c'est sur le bord du lac qui entre dans les terres de cette contrée, que le chasseur l'a surpris. Les Grecs et les Romains connaissaient déjà cet oiseau et en faisaient un cas tout-à-fait extraordinaire, non comme un objet de luxe extravagant de leurs tables somptueuses, mais comme un hôte digne d'être placé dans les temples et dans les autres sanctuaires de leurs divinités, ainsi que le fait remarquer M. Temmink, enceintes qui renfermaient les premières collections d'histoire naturelle. © S.A.S.L. des P-O. Cet article a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, pp.229-234.
(1) Cet oiseau a été décrit par M. Temmink, appendice à la troisième partie du Manuel d'Ornithologie. La description de notre vautour diffère un peu ce qui doit être attribué à l'âge de l'oiseau. (2) Décrit par M. Temmink, Manuel d'ornithologie (appendice à la troisième partie). Différence aussi dans la description que nous en donnons, et qui doit être attribuée à l'âge. |