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Impression du 8 juillet. A monsieur Arago

 

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Adolphe Duverney

L'aube du huit Juillet à peine de la nue
Dorait-elle les bords, que protégeant ma vue
          D'un verre à la lampe noirci,
Aux sons de l'Angélus, qui tintait à l'église,
Je courus de l'Eclipse à nos regards promise
          Prendre au-dehors ma part aussi.

En face du logis, une haute colline,
Dont le rude sommet, qu'au loin nul ne domine,
          M'offrait un siège de gazon,
Fut le lieu d'où je pus, par cette aube limpide,
Voir s'ouvrir sans obstacle à mon regard avide
          Un immense et riche horizon.

Là, d'abord haletant de ma course empressée,
Je sentis, par degrés, s'absorber ma pensée
          Dans l'unique souci de voir
Si tout était prévu, tout prédit par l'oracle,
Si rien ne manquerait au magique spectacle
          D'un second jour, d'un second soir.

Car c'était à mes yeux comme un merveilleux songe,
Que tout fût vérité, que rien ne fût mensonge
          Dans les mille récits divers
Qu'on faisait du savant qui, dans ses longues veilles,
A lu tant de feuillets du livre des merveilles
          Que Dieu réserve à l'univers.

Mais dès qu'Astre et Planète, en traçant leur ellipse,
Eurent atteint le point désigné pour l'éclipse,
          Qu'il fut visible à tous les yeux
Que d'un simple mortel la rare intelligence
Avait su, sans erreur, nous confier d'avance
          Des secrets dérobés aux cieux ;

Eh bien ! alors, la nuit promise étant venue,
Loin d'admirer l'aspect étrange de la nue,
          Au lieu de rechercher pourquoi
L'alouette dans l'air, joyeusement bercée,
Oubliait tout-à-coup sa chanson commencée,
          Et se taisait avec effroi ;

Au lieu d'ouïr le val s'agiter sous des voiles
Epais et noirs, au lieu de nombrer les étoiles
          Luisant au front du firmament,
De glaner, barde obscur, un peu de poésie
Dans les bruits de la terre attentive et saisie
          Comme d'un vaste étonnement,

Plein de mon ignorance en face du prodige
Qu'un homme avait prédit, je m'écriai : Que suis-je ?
          Et puis, soudain, en comparant
Tout savoir au savoir du glorieux prophète,
Je m'écriai, debout, en découvrant ma tête :
          Mon Dieu ! combien cet homme est grand !

Oui, ce n'est pas venir au secours de la rime
Ou d'un vers paresseux, que d'appeler sublime
          Le mortel au puissant compas,
Qui, parcourant les cieux, du fond d'une demeure,
Trouve, à travers les ans, que tel jour, à telle heure,
          Le soleil ne brillera pas.

Et lorsqu'on reconnaît, ô surprise profonde !
Qu'en ces calculs bannir l'erreur d'une seconde
          De la science n'est qu'un jeu,
On s'incline devant sa puissance infinie ;
On le peut, on le doit... Vénérer le Génie,
C'est encore vénérer Dieu !

 


© S.A.S.L. des P-O.
Ce poème a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, p.255-256.