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Discours de Fabre de Llaro aux obsèques de Bernard Alart
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| Historique Personnalités Bureau actuel Bibliothèque Conférences Cotisations Bulletin 2007 Publications en vente Bulletins Tables de recherche Autres articles Echanges académiques Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | M. Bernard Alart, archiviste du département, membre de la Société, ancien directeur de la section des Lettres, est décédé à Vinça, le 3 février 1880. La Société a été représentée à ses obsèques par une députation composée de MM. Siau, Labau, de Girvès, Vidal, Raymond Camps et Fabre de Llaro. Ce dernier, au nom de la Société, au milieu d'une nombreuse assistance, a prononcé l'éloge funèbre suivant : MESSIEURS, Il est des hommes que pleurent, à juste titre, une famille et des amitiés dans lesquelles ils concentrèrent tous les sentiments de leur coeur, toute l'énergie de leur vitalité. Il en est d'autres que le pays aussi doit regretter parce qu'ils ont fait plus : parce qu'ils lui ont consacré tout ce qu'ils avaient de force intellectuelle et d'esprit libéral. M. Bernard Alart était de ce nombre. Il naquit à Vinça le 1O mars 1824. L'amour du travail, des inspirations patriotiques lui furent inculqués de bonne heure par des parents intelligents. Un des meilleurs élèves du Collège de Perpignan, à un âge précoce, il fut jugé mûr pour le professorat et chargé de cette délicate mission à La Rochelle, à Dax, à Cahors et à Lectoure. Mais la passion de l'étude le dévorait déjà et sa frôle santé réclama l'air natal. Il dut revenir sous le toit paternel. Il n'y resta pas oisif, emporté qu'il était, malgré tout, par ses goûts de patiente investigation : Titres sur les canaux d'arrosage, manuscrits recélant d'anciens us et coutumes, vieux vestiges de nos trop fréquentes relations avec les peuples de races diverses qui nous envahirent tour à tour, il étudia, il fouilla, il déchiffra tout ce que les administrations publiques, les particuliers, les communes pouvaient lui offrir d'antique et de précieux. Il fut bientôt le correspondant attitré, indispensable de nos chercheurs d'il y a trente ans, Messieurs de Saint-Malo, Puiggari, de Bonnefoy, Alzine. Une nature si ardente pour les souvenirs du passé, si curieuse des moindres détails se rapportant aux anciens temps, avait besoin de se mouvoir dans un cercle moins restreint. L'un des doyens de notre Société, M. Siau, ami de sa famille, le comprit. Il fit recommander notre jeune érudit à un compatriote, M. Barberet, qui venait dans le département remplir les fonctions d'Inspecteur d'Académie. M. Alart devint son secrétaire. Ainsi entré dans les bureaux de la Préfecture, on eut bien soin de l'y garder comme un travailleur de premier mérite. La place d'archiviste départemental devint vacante. A qui la donner ? Au plus digne. M. Alart fut nommé. Enfin, là, il fut au milieu de son véritable élément ; il put puiser, à pleines mains, dans nos vieux documents. Et, nommé membre de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, il en devint facilement un des meilleurs, des plus fermes soutiens. Nos bulletins annuels marquent les étapes que M. Alart fit dans la science historique de notre contrée : Tantôt il y soulève le difficile problème de la voie romaine, tantôt il donne un aperçu des coutumes de viguerie, d'où sort son ouvrage érudit sur les stils de Villefranche. Ici il profite de son séjour pour faire la géographie du Conflent, là il jette un coup d'oeil lumineux sur le procès des Templiers en Roussillon, sur les faits et gestes de Louis XI, sur nos Troubadours... Que sais-je ? La liste de ses savantes productions serait trop longue à établir ici. Ce n'en est pas le lieu. Mais nous devons à sa mémoire, à l'aide des renseignements que nous trouverons dans sa famille, de le faire un jour, nous le promettons sur sa tombe, dans une plus ample et complète biographie. Qu'il suffise de rappeler que M. Alart ne put se borner à notre Recueil, devenu trop étroit pour sa science de plus en plus étendue. Il publia ailleurs d'intéressantes études chronologiques sur l'ancienne résidence de notre évêché, sur divers châteaux-forts, sur des familles seigneuriales qui ont marqué dans notre histoire. Ces différents travaux lui valurent d'abord le titre de membre de la Société archéologique de France, et puis une grande médaille qui lui fut remise, à Perpignan même, dans le Congrès tenu par cette société dans ce chef-lieu. Comme secrétaire de ses séances, je peux certifier combien nos savants visiteurs furent charmés, émerveillés de la science lucide, de l'esprit de précision que déploya notre compatriote dans ces joutes historiques. Ce n'était pas encore assez pour lui. Sous les auspices d'un enfant du Roussillon, son ancien condisciple, le professeur de Faculté, M. Cambouliu, il fut affilié à la Société des langues romanes de Montpellier. Ne se résignant jamais à être inactif, il y apporta des renseignements très appréciés sur notre idiome catalan. Il était consulté pour toutes les questions de passé - très justement. - C'était, en cette matière, l'homme le plus compétent du département. Il fut cependant employé, une fois, pour la solution d'une question contemporaine : celle de la délimitation de notre frontière Hispanique orientale. Un Roussillonnais devait être adjoint à la Commission internationale. Ce ne put être que notre archiviste, d'un zèle toujours dévoué. Il prépara le travail, il y donna des conclusions pratiques, de main de maître. Il était arrivé à amasser d'énormes matériaux, il était encombré, entouré de pierres d'attente, il avait des projets de plan de diverses sortes ; l'heure était venue d'exécuter, à l'aide de tout cela, quelque plan d'ensemble. M. Alart, toujours infatigable, entreprit en même temps trois grands ouvrages : d'abord l'Inventaire des Archives des Pyrénées-Orientales, dont plusieurs séries ont été imprimées ; - en deuxième lieu un Dictionnaire topographique du département, complètement inédit, - en troisième lieu, le vaste recueil des Privilèges et Titres des Franchises et Institutions de Roussillon et de Cerdagne, dont le premier volume a paru, le second est à l'impression, les derniers doivent être en manuscrit. Comment suffire seul à d'aussi multiples occupations ? Comment tout coordonner, comment condenser des travaux si compliqués, quand le classement des archives, les inspections et les voyages sont des nécessités de tous les jours ? L'aes triplex d'Horace était dans la conscience studieuse de ce vrai Roussillonnais. Son courage était à la hauteur de toutes ces tâches. Mais sa constitution physique devait s'y briser. Et nous l'avons perdu, ce vaillant ouvrier restaurateur du passé, au moment où les distinctions, que ne pouvait solliciter sa modestie, allaient venir à lui ! Déjà il avait été nommé officier de l'instruction publique, plus tard correspondant du ministère pour les travaux historiques. Enfin le Conseil général avait demandé pour lui la croix de la Légion d'honneur. Mais il ne devait pas lui être donné de recueillir le fruit de ses soins et de ses veilles. Tout ce qu'il avait le droit d'espérer, ici-bas, s'est évanoui dans l'ombre d'une mort prématurée ! Pour moi, Messieurs, qui appartiens à une famille originaire de votre ville de Vinça, je m'honore d'avoir été choisi par le bureau de notre société académique pour venir ici, au nom des amitiés perpignanaises et scientifiques qu'a laissées votre concitoyen, dire un suprême adieu et rendre un témoignage de regrets sincères et profonds à ce caractère entier et résolu, généreux et digne, à ce laborieux pionnier de l'histoire, véritable bénédictin, qui, sur un théâtre plus élevé, avec des collaborateurs zélés, aurait, sans nul doute, donné à sa patrie un second Dom Brial. © S.A.S.L. des P-O. Cette oraison funèbre a été publiée dans le volume XXIV du Bulletin de la SASL, pp. 377-382, Perpignan 1880 | |