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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
des Pyrénées-Orientales


Jean-Baptiste Alzine

 

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Discours prononcé aux funérailles de M. Alzine, membre fondateur de la Société, par M. Léon Fabre de Llaro, Archiviste, le 26 mars 1883.

Messieurs,

Vieille amitié traditionnelle de famille, confraternité d'efforts à faire et nécessité de rappeler, avec gratitude, ceux déjà faits pour l'honneur de la patrie Roussillonnaise, tels sont les sentiments qui m'encouragent à jeter quelques paroles de sympathie sur la tombe d'un partisan fidèle des aspirations les plus spiritualistes, M. Jean-Baptiste Alzine.

Il est bon de dire aux générations qui arrivent que, si, de jour en jour, disparaissent de l'horizon Perpignanais des doyens pareils à notre estimable défunt, comme M. Louis Fabre, notre ancien professeur-poète, hier aussi conduit par nous à sa dernière demeure, comme M. le premier Président honoraire Massot, cet érudit et éloquent magistrat, aussi pleuré aujourd'hui, ce n'est qu'après avoir laissé quelques traces, chacun en son genre, d'idées élevées dont ils puisèrent l'inspiration dans l'amour du pays, dans la culture des lettres et des beaux-arts.

M. Alzine eut par dessus tout, d'abord, le sentiment de la Famille. Durant une vie droite et honnête de 80 ans, il lui consacra un culte tout particulier, autant intime qu'extérieur. Nous l'avons toujours vu digne de ce que comportent d'aimables concessions, de résolutions énergiques, de vénérations méritées, de tendresse et d'affection, ces titres si beaux - quand ils dictent le devoir - de fils, de frère, d'époux, de père et d'aïeul.

Ce sont pour le sage autant de degrés de perfection qu'offre la Providence à ceux qui veulent s'améliorer. Si, à l'exemple de M. Alzine, on s'est élevé sur cette échelle familiale, avec le respect de soi-même, on recueille pour récompense en ce monde, en attendant mieux, le respect des autres, ou, du moins, de ceux qui savent sainement tout pondérer et juger.

L'Amitié ! M. Alzine fut aussi un de ses plus fervents adeptes. Il sut faire un choix entre tous ceux que des traditions et des espérances communes avaient mis sur son chemin. Dans l'imprimerie qu'il hérita de son père, il y eut de bonne heure une réunion d'élite de concitoyens qui s'intéressaient le plus au véritable progrès, à celui de la science combinée avec le patriotisme.

Il suivit en cela les leçons de son oncle maternel le chanoine Jaubert, le réformateur de notre collège qui, sous son habile direction, donna plusieurs candidats heureux aux Ecoles et aux postes les plus élevés.

Confraternité de travaux et gratitude mutuelle partagée avec plusieurs autres enfants du Roussillon, aussi fiers que lui de notre beau pays natal, ce fut le grand ressort de l'activité de M. Alzine, dès ses brillants débuts dans sa carrière industrielle et commerciale.

Une de ses premières publications, celle qui a rendu le plus de service à l'histoire et à l'archéologie locale, le journal hebdomadaire le Publicateur, vit le jour le 4 février 1832, juste à point pour faire participer notre contrée au grand mouvement de renaissance artistique et littéraire qui se manifesta en France sous la Restauration et se continua sous le Régime de 1830.

En 1833, M. Alzine aida ses amis MM. Capdebos et Farines à rassembler les premiers éléments de notre Musée de peinture et du cabinet d'histoire naturelle.

La même année, il participe à la création de la Société Philomatique, plus tard Société Agricole, Scientifique et Littéraire, dont les bulletins furent soignés par lui avec une attention toute paternelle.

En 1834, il publia l'intéressant annuaire historique et statistique des Pyrénées-Orientales qui porte son nom.

Inutile de relater ici la série des autres travaux et services de M. Alzine. Il faut cependant louer sa mémoire de la précieuse hospitalité qu'il donna aussi dans son imprimerie aux savantes productions de nos regrettables compatriotes MM. Puiggari, Alart, de Gazanyola et Companyo.

Il sut enfin prendre l'heure propice pour la retraite. Mais il sut aussi, dès lors, faire une part fructueuse de ses journées entre ses devoirs de famille, ses pratiques religieuses, ses goùts littéraires, scientifiques et philanthropiques. On reconnut encore en lui les ressources d'un homme utile, et ses anciens pairs allèrent le prier d'accepter les honneurs consulaires qu'il exerça avec sa conscience à toute épreuve.

Si, à la longue, l'âge le priva de se montrer membre actif et zélé de notre Société Agricole et Scientifique, il n'en resta pas moins membre de coeur, s'intéressant plus que jamais et applaudissant de loin à ses succès.

Aussi c'est avec le plus profond regret que nous disons adieu à celui qui, après les Arago, les Jaubert de Réart, les Siau, les Fraisse et les Xatart, était le dernier survivant de ses savants fondateurs.


© S.A.S.L. des P-O.
Cette notice nécrologique a été publiée dans le XXVIe volume de la SASL, 1884, pp.353-356.