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Le catalanisme de Jean Amade

 

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Par Christian Camps

Jean Amade a été, avec J.-S. Pons, un des principaux représentants de la seconde génération de la Renaissance roussillonnaise. Très tôt, il s'est affirmé comme un des authentiques chefs de file de ce mouvement.

Nous nous proposons d'évoquer ses conceptions du catalanisme à travers des manifestations diverses, tout d'abord avec la création de la S.E.C., ensuite dans ses écrits, et notamment, son Anthologie catalane et ses Mélanges de folklore, puis lors de ses conférences et enfin, au sein de la Compagnie du Genêt d'Or.

Dès son adolescence, Jean Amade, amoureux de sa province natale, a oeuvré, à sa manière, en faveur de l'idée catalane. En 1896 - il avait à peine 18 ans - il déplorait l'abandon de certaines traditions, et son article paru dans le journal L'Alliance de Céret est particulièrement éloquent. Il y écrit, en substance, que le port du bonnet catalan et de la barratina se perd et que les coutumes sont vouées à une disparition prochaine, tout comme la langue catalane.

Sorte de cri d'alarme devant la raréfaction des traditions, cet article était le prélude de nombreuses réflexions de la part des catalanistes, soucieux du maintien et de la pérennité des us et coutumes, ainsi que de l'idiome des aïeux. Chaque jour, une quantité croissante de Roussillonnais étaient très préoccupés par l'indifférence que manifestaient leurs compatriotes vis-à-vis de la langue catalane.

Nous pouvons dire que la chronique de Jean Amade sur le bonnet catalan a été, à sa façon, une des premières déclarations de l'idée qui a conduit à la fondation de la Société d'Etudes Catalanes. Cependant, il serait injuste de ne pas mentionner l'activité déployée par le clergé et, plus spécialement, par l'évêque de Perpignan, Mgr de Carsalade du Pont, qui conseilla à ses prêtres d'employer le plus possible le catalan. L'ébauche de la constitution d'un groupement catalaniste en Roussillon a pris naissance en 1905, lors d'une conférence que fit Jean Amade sur la Poésie populaire catalane.

Jean Amade lui-même, au cours d'un de ses voyages à Madrid, en avril 1906, annonce à J.-S Pons, alors étudiant dans la capitale espagnole, la prochaine fondation d'une importante revue d'études sur le catalan. Pons ne cache pas son enthousiasme et transmet à ses parents qu'à ses yeux ce sera un dernier spasme du catalan ou une formidable renaissance comme la renaissance provençale. J. Amade, L. Pastre et Pierre Vidal dressèrent une liste de personnes s'occupant de langue catalane ou d'histoire locale, afin de créer avec elles le noyau de la Société. La liste une fois établie, la première réunion eut lieu le 6 juin 1906 à Perpignan. Un bureau provisoire fut constitué ; une assemblée générale se réunit le 7 octobre 1906 et procéda à l'élection des membres du Conseil d'administration. Le 11 octobre suivant, le bureau définitif était élu et se composait comme suit :

PrésidentEmmanuel Vergès de Ricaudy
Vice-présidentsJean Amade et Gustave Violet
SecrétaireLouis Pastre
TrésorierJules Delpont
ArchivisteLouis Piquiral


La Société d'Etudes Catalanes était définitivement formée. Elle se proposait de conserver tout ce qui avait constitué et constituait encore l'esprit et la physionomie caractéristiques des pays catalans ; de susciter ou d'encourager toutes les initiatives tendant à développer la vie littéraire, artistique et scientifique de la région. Une revue, qui portait le nom de Revue catalane était l'organe de la société ; tirée à trois cents exemplaires de trente-deux pages, elle paraissait mensuellement et était vendue un Franc le numéro. Cette revue succédait à la Revue d'Histoire et d'Archéologie du Roussillon, qui avait cessé d'exister, et dont Pierre Vidal, dès 1900, avait été lui-même un des fondateurs.

Le premier numéro de la Revue catalane parut le 15 janvier 1907. Cet exemplaire publiait les noms des cent douze premiers adhérents à la S.E.C. A partir de cette liste, il nous est facile d'étudier le recrutement et les couches sociales représentées au sein de la Société. Par ordre décroissant, l'association comptait, dès sa fondation, et jusqu'au 15 janvier 1908, par exemple : 19 ecclésiastiques, 16 professeurs, 14 propriétaires fonciers, 13 fonctionnaires, 12 avocats et avoués, 12 médecins, 10 négociants, 6 banquiers, 6 instituteurs, 4 hommes de lettres, 4 notaires, 4 parlementaires, 4 militaires, 3 archivistes-bibliothécaires, 3 artistes, 3 pharmaciens, 2 imprimeurs, 2 ingénieurs, 2 publicistes, 1 architecte, 1 chirurgien-dentiste, 1 courtier en vins, 1 étudiant, 1 libraire et 1 musicien.

Nous remarquons que les catégories les plus représentées sont les professions libérales et intellectuelles. En ce qui concerne les zones de recrutement, nous trouvons d'abord le département des Pyrénées-Orientales, mais certains membres résidaient dans d'autres régions françaises et dans la capitale ; d'autres étaient étrangers, originaires de la Catalogne du Sud (16 au total), des Baléares (2), d'Alguer, en Sardaigne (1), d'Allemagne (2).

Par ailleurs, nous observons que trois adhérents étrangers étaient membres du Conseil d'Administration, à la fondation de la Société et parmi eux Antoine Alcover, auteur du Diccionari català-valencià-balear.

Des associations barcelonaises avaient donné leur adhésion : Associacio Artistica Arqueologica, Centre excursionista de Catalunya ; un journal barcelonais était membre de la S.E.C., à sa fondation : La Tralla, diari nacionalista català.

Ainsi, la constitution de la S.E.C. avait été accueillie favorablement outre-Pyrénées. Le journal catalan, La Veu de Catalunya, du 4 février 1907, publia un article de 2 colonnes dans lequel il faisait connaître à ses lecteurs la société perpignanaise et sa revue.

A sa fondation, la société comptait donc 112 membres ; l'année suivante, le nombre de ses adhérents augmente de 14 unités (126) ; en 1908, elle en compte 131, tout comme en 1909. En 1910, le chiffre grossit de 2 unités (133) ; en 1912, il tombe à 125 ; en 1913, la société comprend 127 adhérents ; en 1914, 119 ; en 1915, 110 ; 121 en 1916 ; 106 en 1917 ; 126 en 1918 et, enfin, 127 en 1919 et 144 (maximum) en 1921.

Mais la création de ce groupement catalaniste eut des adversaires. Certains y virent une mauvaise intention à l'égard de la langue française, et le désir de briser ou de relâcher les liens avec la France. Les avis étaient donc partagés quant à la constitution de la société. Les membres du bureau, loin de se décourager et forts de l'appui qu'ils recevaient de personnalités éminentes du monde intellectuel allaient entreprendre dans tout le Roussillon une oeuvre de propagande en faveur de l'idée catalane. La S.E.C. tirait ses ressources des cotisations et aussi des annonces. Mais la situation était modeste : les soldes en caisse n'étaient pas très élevés (par exemple, le solde en caisse au l'a' janvier 1911 était de 17,60 F ; le 31 décembre 1912, il y avait en caisse 7,50 F ; un an plus tard, 3,65 F et, en 1914, 45,35 F).

Jean Amade déploya une activité inlassable au sein de la S.E.C., et à la Revue catalane dont il était resté longtemps secrétaire général (66 articles publiés). Il était, en quelque sorte, l'âme du mouvement, pour reprendre une expression de Louis Pastre. C'est lui qui avait sonné le réveil de l'esprit roussillonnais et c'est lui qui allait intéresser les Roussillonnais aux manifestations régionalistes, et les rendre conscients de leur identité et de leur petite patrie. Afin d'arriver au but qu'il s'était fixé, il devait multiplier les conférences, qui bénéficiaient toujours du concours des Chanteurs Catalans de Céret, dirigés par le père du conférencier. Ces artistes, vêtus du costume catalan, faisaient entendre de vieilles mélodies roussillonnaises.

Perpignan, Toulouse, Montpellier accueillirent le conférencier, mais c'est au théâtre de Perpignan, en 1912, que J. Amade devait donner une conférence particulièrement remarquable sur «L'âme roussillonnaise». La salle était comble une heure avant la causerie. Amade démontra que c'était surtout par la langue que s'exprimait l'âme catalane. Il demanda qu'on la cultivât avec amour et qu'on ne la laissât pas à l'abandon. Il considérait qu'il fallait se tourner vers le folklore et que celui-ci devait faire partie de la vie quotidienne.

Les livres qu'il publia, depuis la fondation de la société, Etudes de littérature méridionale, Anthologie catalane, Pas taure et son maître, L'idée régionaliste, illustrent la position de l'auteur. Amade était un fervent apôtre de cette idée régionaliste. Les nombreux articles qu'il écrivait pour la revue sont là pour préciser sa pensée. Jean Amade, cheville ouvrière de l'association, était entouré de personnes dévouées, et nous pensons particulièrement à Louis Pastre, au président Vergès de Ricaudy et à l'abbé Bonafont.

J.-S. Pons offrira régulièrement plusieurs de ces compositions aux lecteurs de la revue. Jusqu'à 1919, 51 poèmes seront ainsi publiés par l'organe de la S.E.C., sans compter les nombreux articles d'histoire littéraire, de folklore et de vocabulaire (32) ou des contes (11). Pons ne tarissait pas d'éloges sur la présentation et le contenu de la revue.

Les membres de la société ont utilisé tous les moyens à leur disposition pour introduire le catalan dans les écoles. Les instituteurs d'alors, qui n'étaient pas tous des Roussillonnais, éprouvaient un mépris certain pour l'idiome catalan et les écoliers n'osaient pas prononcer un mot catalan, même en récréation, par crainte de punitions. Afin de divulguer la langue catalane, la société organisa des concours et des Jeux Floraux, et fonda, dès 1907, une collection du nom de Bibliothèque Catalane, dont la direction fut assurée par Jean Amade.

Cette collection avait pour but de susciter et de favoriser en France la publication de travaux critiques ou d'érudition portant sur la langue et la littérature catalanes, de traductions françaises des meilleurs poètes et prosateurs catalans, d'éditions de textes anciens et modernes offrant un intérêt au point de vue des études catalanistes, d'oeuvres personnelles même, comme romans, poésies, nouvelles, pièces de théâtre présentant des rapports très étroits avec la terre catalane. La Revue catalane proposa à ses lecteurs des pages choisies, tirées des meilleurs auteurs catalans, afin de leur permettre de mieux connaître la littérature. La société décida de réimprimer des ouvrages catalans anciens et rares, publia des documents sur la langue parlée en Roussillon du XIXe au début du XXe siècle, pour montrer l'évolution de l'idiome. Louis Pastre proposa à ses lecteurs des textes de la langue parlée alors dans le Roussillon, le Conflent, le Vallespir et la Cerdagne, afin de situer les différences dialectales.

La société participa à de nombreuses manifestations culturelles, en France et en Espagne, et institua les Jeux Floraux du Roussillon en 1913. Pons fut secrétaire du concours et Amade, assesseur.

Parmi les autres activités de la société, signalons l'organisation de représentations artistiques, au théâtre municipal de Perpignan. Une des ambitions du groupement fut de publier un dictionnaire. Plusieurs membres de la société étaient chargés des recherches, mais finalement, cette oeuvre, qui aurait assurément rendu de grands services, n'a pas vu le jour. La société, grâce à sa revue, a pu entretenir ses lecteurs de tout ce qui touchait à la terre roussillonnaise ; des articles remarquables sont proposés sur les cris de la rue, sur la cuisine catalane, les Noëls, les Albades, les danses, les Goigs, le carnaval, la magie en Roussillon, etc.

La revue présente, en outre, des poésies et de la critique littéraire, des études de botanique, d'histoire naturelle, des monographies, des chroniques historiques, des articles sur l'art local. Mais une des dernières préoccupations de la société, c'est, à partir de 1919, l'idée d'une renaissance de l'antique Université perpignanaise qui est très favorablement accueillie dans les milieux intellectuels roussillonnais.

La guerre de 1914-1918 fut, pour la société, l'occasion de démontrer qu'elle était aussi une association philanthropique. En octobre 1915, elle organisa un grand concert au profit des mutilés de guerre roussillonnais. Le 5 novembre 1916, une journée catalane était mise sur pied ; son but était d'en appeler à la générosité roussillonnaise. La société a fait des démarches pour tenter de retirer un de ses adhérents, le professeur Joseph Pons, d'un camp de représailles, où il était prisonnier. Le 20 mai 1917, sous les auspices de l'Association Polytechnique, la S.E.C. proposa, au théâtre municipal de Perpignan, une conférence avec intermède de chant et de diction, sur la langue catalane et la guerre.

La société, qui poursuivait son oeuvre d'encouragement à l'étude de la langue catalane, allait disparaître brutalement à la fin de l'année 1921, après quinze ans d'existence. Tout portait à croire, cependant, que le numéro 175 de la Revue Catalane de 1921 ne serait pas le dernier. Le bureau avait été renouvelé en mars 1920 et, depuis cette date, un des promoteurs du mouvement, Pierre Vidal, assumait la présidence de la société. La nouvelle équipe avait décidé de donner à son organe une présentation nouvelle. Elle désirait notamment faire de la S.E.C. et de la Revue catalane une société et une revue spécifiquement roussillonnaises, en associant à ses efforts les poètes de langue française du Roussillon.

Pierre Vidal et ses collaborateurs voulaient ainsi constituer la principale force intellectuelle de la région, en participant à l'oeuvre de décentralisation qui se préparait alors dans le pays. La revue allait comprendre 32 pages et un encartage spécial destiné à la publication des oeuvres des poètes français du Roussillon. Jean Amade avait déjà exprimé le voeu que la société fût, en même temps qu'une société d'études, une société d'édition des auteurs roussillonnais, lors d'une conférence sur les poètes français du Roussillon. Mais la transformation de la revue catalane obligeait les membres du bureau à porter à 12 francs le prix de l'abonnement, ce qui était une somme très forte pour l'époque. D'autre part, la société n'était pas sans concurrents. Une nouvelle revue régionaliste avait vu le jour en janvier 1921 : Revue historique et littéraire du diocèse de Perpignan, dirigée par Mgr Carsalade du Pont. Le 25 avril 1921, était formée la Colla, entité qui regroupait les mainteneurs de la langue et de la tradition roussillonnaises. Son bureau était présidé par Horace Chauvet, qui avait pour collaborateurs Jules Delpont, Charles Grando et P. Francis.

Nous croyons qu'une des causes de la disparition de la Société d'Etudes Catalanes a été l'augmentation des frais, et, par là, une situation financière précaire. De plus, celui qui avait été l'instigateur du réveil catalaniste, celui qui lui donnait l'élan nécessaire pour gravir les échelons du régionalisme, l'âme de l'association ne faisait plus partie du bureau, volontairement. Jean Amade, en effet, avait été nommé chargé d'enseignement à l'Université de Montpellier en 1919. Et, désormais, il allait se consacrer entièrement à ses thèses et, de ce fait, ne pouvait plus prêter le même concours à la société. Dès 1920, aucun article d'Amade ne paraissait dans la revue. C'est là, croyons-nous, la cause majeure de l'effondrement de la société. Jean Amade n'étant plus là d'une manière active, le bureau ne bénéficiait plus de ses précieux conseils et, surtout, de sa collaboration, et ne pouvait mener à bien la tâche qu'il s'était assignée.

Faisons à présent le bilan des quinze années d'existence de ce groupement catalaniste. Cette association avait entrepris dans tout le Roussillon une oeuvre de propagande en faveur de l'idée catalane. Avec la publication mensuelle de la Revue catalane, les Roussillonnais s'intéressaient de plus en plus aux manifestations régionales et devenaient donc moins indifférents à tout ce qui avait trait à la spécificité catalane et à la province. La société avait atteint son but ; elle avait su éveiller la curiosité et la sympathie de ses compatriotes. Certes, nous devons souligner que les fondateurs du mouvement ont été aidés, dans leur campagne, par le développement constant des idées de l'esprit français.

Jean Amade, qui voulait que la revue fût une arme puissante et sûre, avait, pour sa part, ardemment contribué à l'épanouissement de l'association, à son impact parmi la population roussillonnaise, et à son rayonnement. Les nombreux articles de J.S. Pons étaient appréciés. La revue était lue au Canada, et des Sardes envoyaient régulièrement des articles. La vitalité catalane était un fait acquis. Des jeunes talents se sont formés au contact des membres de la S.E.C., comme Charles Grando.

Pour juger du chemin parcouru par le catalan depuis la fondation de la S.E.C., il suffit de rappeler les concours permanents de langue catalane organisés depuis lors par la même société, les fêtes de la Sainte Estelle de 1910, les Jeux Floraux de langue catalane institués par la société, les fêtes catalanes de Céret et les manifestations devenues courantes, jusqu'en 1921, de l'état d'esprit catalaniste en Roussillon.

Avec la disparition de la S.E.C., en décembre 1921, c'est un maillon de la chaîne catalaniste qui s'est rompu, car la Revue catalane, écrite en catalan et en français, touchait de nombreux lecteurs.

Une autre manifestation du catalanisme de Jean Amade est le contenu des livres qu'il a proposés et, notamment, de son Anthologie catalane, publiée en 1908. Amade a voulu éduquer, instruire et plaire à la fois. C'est un ouvrage de 260 pages, dont une introduction de 56 pages.

Dans cette introduction, Jean Amade justifie son choix. Il estime que la poésie roussillonnaise, même si le catalan est bafoué et discrédité, est parvenue à des résultats appréciables et dignes de louanges, étant donné la grande importance prise en Catalogne du Nord par le français. Par son oeuvre, Amade voulait montrer à ses compatriotes et aux étrangers au Roussillon que la poésie était encore cultivée dans sa province. D'autre part, il poursuivait un but moral, en même temps qu'artistique et littéraire.

Il désirait faire comprendre, à tout Catalan, son pays, sa langue, par la récitation de très beaux vers. Il se proposait surtout de présenter un modèle aux futurs poètes catalans. Et c'est à ces derniers qu'il lançait un véritable appel, car, selon lui, il fallait combattre tous les préjugés dont était victime l'idiome catalan.

Pour que les jeunes poètes parvinssent à produire une poésie digne de ce nom, Jean Amade leur prodiguait quelques conseils : «en elle doit s'exprimer tout l'homme», soulignait-il, et il leur suggérait de reconstituer la langue, en éliminant les castillanismes, les archaïsmes, le patois, les gallicismes, en recherchant les mots catalans, et en élaborant un dictionnaire, devenu une nécessité. Amade fait ensuite l'historique de la poésie catalane roussillonnaise depuis le XVIIe siècle, il commente les oeuvres des différents poètes et n'hésite pas à inclure dans son livre de jeunes poètes, comme El Refilayre de Carençà et Joseph Pons, deux espoirs, selon lui, de la poésie roussillonnaise.

Jean Amade affirme que c'est à ces derniers que s'adresse tout particulièrement son Anthologie catalane. Il insiste sur le fait que la terre roussillonnaise favorise l'inspiration, la sollicite même, et leur conseille de relever le défi que d'aucuns ont jeté en disant que le catalan n'était pas une langue poétique, à cause de ses rudes sonorités.

Un autre ouvrage digne d'intérêt pour étudier le catalanisme de Jean Amade est Mélanges de folklore, publié en 1936. Il est consacré, comme le souligne le titre, au folklore et comprend un ensemble de légendes, chansons, coutumes, mimologismes et manifestations de l'âme catalane. Dès les premières pages, Jean Amade évoque l'invisible et le mystère dans le folklore catalan. L'auteur expose ses idées sur une critique du génie latin. Il ne partage pas, en effet, le reproche adressé aux populations méditerranéennes de manquer du sens des profondeurs intimes et secrètes qui serait l'apanage des populations septentrionales, du génie nordique. La littérature populaire méridionale démontre combien une telle critique est peu fondée. La montagne est la plus féconde créatrice des mythes populaires, des traditions poétiques ; l'auteur étudie ensuite le milieu et l'atmosphère des légendes : la légende du mauvais chasseur ; le comte Arnau.

Amade rapporte ensuite les traditions du pays catalan, à Pâques : le chant du Regina, lors de la procession de Céret ou d'Ille ; les Goigs dels ous, dont la popularité ne se dément pas en Roussillon ; les Cantarelles où l'on note des demandes hétéroclites et de rudes intimidations ; l'odeur des bunyetes.

L'auteur fait allusion aux cerisiers cérétans, et à la poésie qui anime les coteaux vallespiriens, lors de la cueillette des cerises. Puis il souligne les clairs de lune resplendissants au mois de décembre, et fait état des croyances paysannes en rapport avec cet astre ; les gens des campagnes acceptent comme vraie et indiscutable l'action de la lune sur les végétaux, sur la qualité des champignons, sur la récolte des fruits, sur la coupe du bois, entre autres.

Dans le chapitre III, Jean Amade traite des animaux : la huppe, le coucou, le rossignol, la cigale, dont le chant représente un poème, tissé de lumière et d'azur. Le peuple, observe Amade, s'est préoccupé des chats et a essayé de traduire leur langage. Les légendes qui les concernent sont nombreuses, et la plupart ne manquent pas d'intérêt. Une, en catalan, demeure encore vivace. Les chats noirs ont toujours passé en Roussillon pour des sorcières. Mais, quelle que soit leur couleur, les chats ont paraît-il, 7 ou 9 vies.

Amade a recueilli, dans sa province natale, un certain nombre de mimologismes et a ainsi pu montrer l'esprit d'observation et la finesse du peuple catalan. Ainsi le coq annoncerait la naissance de Jésus la nuit de Noël et le cri vorace du corbeau est rendu avec force.

L'auteur consacre un chapitre à la poésie et au lyrisme populaire. Le Roussillon est une des régions où les folkloristes font sans cesse de précieuses découvertes. Les chansons catalanes sont l'oeuvre de bergers, de bûcherons, de travailleurs de la terre. Les deux chansons les plus connues en Roussillon sont Montanyes regalades et El Pardal ; la première est devenue un hymne patriotique, et la seconde est très populaire. D'autres, plus traditionnelles, sont la chanson de La Bepa, une des plus typiques du patrimoine lyrico-populaire catalan, et celle d'En Jan del Riu, comique et plaisante.

Les enfants roussillonnais se servent de chansons dans leurs jeux. L'auteur en réunit un certain nombre qui sont de petits chefs-d'oeuvre de grâce et de poésie, de menues pièces où s'exprime le réalisme catalan : chanson de l'escargot, de la singlantana, de la lune, des étoiles, du tas de sable, et de la coccinelle, dont voici le texte :

Margarideta, Margarideta, mostrame el cami del cel : te donaré pà i mel.



Les enfants prennent la coccinelle du bout de leurs doigts, et la posent avec précaution sur le dos de leur main gauche. Ils lui chantent la chanson, la répètent jusqu'à ce que la coccinelle prenne son vol. J. Amade ajoute les cançons de bressola avec lesquelles les mères catalanes bercent le sommeil de leurs enfants, ou avec lesquelles elles les amusent quand ils pleurent.

La Saint Jean tient une place importante en Roussillon. Dans cette province, il était de tradition de célébrer cette fête par des réjouissances, des promenades et, aussi, par des chants. La veille de la Saint Jean, après les feux de joie, c'étaient jadis de longues sérénades dans les rues, sous le balcon d'un ami ou d'une belle. Puis, au lever du jour, les jeunes gens allaient cueillir la bona ventura, bouquet de fleurs champêtres et feuilles de châtaignier, qu'ils fixaient, au retour, sur une porte connue, ou qu'ils emportaient chez eux pour éloigner les sortilèges.

La Saint-Jean est un des plus purs joyaux du patrimoine roussillonnais, mais les chants de Noël sont aussi très typiques : Salten i ballen els pastorells et Cant dels ocells.

Le dernier chapitre est consacré aux croyances et aux superstitions ; Amade y rapporte notamment que, dès l'école communale, on lui avait appris à «lutter d'un esprit clairvoyant contre les superstitions de toute nature».

Le livre de Jean Amade est un recueil de documents sur tout ce qui touche au folklore roussillonnais, depuis les chansons, les légendes, jusqu'aux mimologismes et à la poésie populaire.

Un autre aspect de son catalanisme est celui que nous apprécions avec ses conférences. Amade a été un orateur distingué, de par le nombre de ses causeries (il en a donné 28, seulement pour l'Association Polytechnique de Perpignan) et de par le choix de ses sujets. Ces derniers portaient presque toujours sur son pays natal, son folklore, ses coutumes, ses chansons, ses danses, ses traditions, sa littérature. Dès 1903, et même quelques années avant, à Paris, dans des hôpitaux, et à Céret, vers 18 ou 20 ans, J. Amade avait choisi d'exalter sa province. Désirant en effet créer un état d'esprit catalaniste parmi ses compatriotes, il allait multiplier ses interventions, non seulement à Perpignan, mais encore à Montauban, Toulouse, Montpellier, Nîmes, Pézenas, Barcelone. Citons les titres de quelques-unes de ses conférences : Les poètes catalans, L'Art catalan, La sardane, Les vieux Noëls catalans, Le rire catalan, Les Goigs dels ous, Nos légendes catalanes, Bandits catalans et amour féminin, Céret et les Muses, etc...

A travers n'importe quelle causerie, Jean Amade manifestait son amour pour sa petite patrie et savait mettre en relief les qualités et les aptitudes de ceux qui l'ont chantée ou célébrée. Chaque année, ses conférences attiraient une nombreuse assistance. Son attachement à la terre natale explique en partie ce succès, mais, c'est, plutôt, la manière dont il traitait le sujet choisi, le concours d'interprètes confirmés, l'exécution de mélodies populaires par les chanteurs catalans qui ont contribué à la réussite de ses causeries et à leur multiplicité. Il a incontestablement marqué de son talent, de sa persévérance et de son art, le cycle des conférences organisées par l'Association Polytechnique. En 1925, ne disait-on pas qu'il faisait déjà partie des orateurs les plus anciens, alors qu'il n'avait que 47 ans. Amade avait le don de transmettre à l'auditoire ses goûts et ses préférences ; une correspondance s'établissait entre lui et le public, et la conférence se transformait alors en une vraie fête - fête de l'amitié et de l'amour. La causerie devenait ainsi, l'occasion d'exprimer un attachement réciproque à une cause commune, en l'occurrence, la défense de la langue catalane, le maintien des traditions et l'exaltation du terroir. J. Amade, plus qu'un simple conférencier, est vite apparu comme le chef de file d'une nouvelle renaissance roussillonnaise. Il faisait de sa conférence un cours de littérature illustré et, qu'il s'agît des thèmes les plus divers, le but recherché était toujours le même : instruire, éduquer, apprendre à aimer et, éventuellement, à vibrer. Authentique manifestation catalane, chaque causerie de J. Amade représentait a priori, un succès populaire ; seul, avec son dévouement, sa conscience et sa foi catalaniste, il pouvait séduire les foules et les faire participer activement à l'illustration et à la survie du folklore et des traditions roussillonnaises. François Tresserre rapporte qu'il a beaucoup appris auprès de Jean Amade : C'est par lui qu'il a réappris les goigs, les sardanes, le folklore et le rire catalans.

Le nombre élevé de conférences données aussi bien à Montpellier et Toulouse qu'à Perpignan est le témoignage concret de l'affection portée par J. Amade à son pays natal et de son désir d'instruire ses compatriotes. «Quoique éloigné de la terre catalane, Amade n'a jamais cessé de l'aimer, de l'exalter et de faire partager cette exaltation chaque fois qu'il en a eu l'occasion». P. Francis écrivait, en 1948 : «Nous lui souhaitons de venir se faire entendre pendant de nombreuses années encore pour exalter le Roussillon et perpétuer ses touchantes traditions».

Conférencier d'exception, distingué, J. Amade, avait su, en puisant largement dans le folklore, amuser et éduquer à la fois. Notons, enfin, que les préparations de ses causeries étaient irréprochables. Une lettre adressée à Charles Grando illustre cette minutie, tous les moindres détails sont évoqués.

Examinons à présent le rôle qu'a joué J. Amade au sein de la Compagnie des Jeux Floraux du Genêt d'Or.

La création des Jeux Floraux du Roussillon date de 1924. Ce groupement avait pour but de réunir tous ceux qui voulaient développer le patrimoine intellectuel du Roussillon, encourager et honorer les poètes et artistes locaux, maintenir le culte de la tradition et défendre la langue catalane.

En 1926, les Jeux Floraux du Roussillon prirent le nom de Jeux Floraux du Genêt d'Or. Mainteneur-fondateur de l'Académie du Genêt d'Or, Jean Amade a été responsable de la section catalane, aux côtés de J.S. Pons et de Charles Grando. Plus spécialement chargé de sélectionner les compositions envoyées aux Jeux, il s'employait à cette tâche avec conscience, justice et méthode, comme nous avons pu nous en rendre compte à travers la correspondance qu'il a adressée à C. Grando. Dès 1926, il affirme qu'il ne faut pas être trop exigeant, que les Jeux Floraux jouent un rôle particulier, qui est l'encouragement à la pratique poétique de la langue, à l'amour de cette langue et de cette poésie. A ses yeux, c'est capital. Les années qui vont suivre viennent honorer les activités de J. Amade. Amade est choisi comme président des Jeux à Perpignan, puis rapporteur du concours de la section catalane à Font-Romeu. En 1928, Amade est encore chargé du rapport du concours de la section catalane. En 1943, il sera à nouveau président des Jeux Floraux.

Il a toujours pensé que les Jeux Floraux pouvaient jouer un grand rôle dans la Renaissance, car les concours annuels étaient un stimulant pour les écrivains locaux et une incitation à rivaliser avec d'autres poètes ; en effet, à ces Jeux bilingues participaient des personnalités littéraires venues de la Catalogne du Sud et de France. Chaque fois qu'il en a eu l'occasion, Amade n'a pas manqué d'exalter le côté salutaire de cette entreprise et n'a cessé d'encourager ses compatriotes. Dans ses discours, comme dans ses rapports, il s'est surtout attaché à développer ses idées maîtresses sur le régionalisme, la poésie, la langue catalane, la tradition, l'amour du terroir. Assumant la présidence des Fêtes du Genêt d'Or qui se déroulèrent à Perpignan le 30 mai 1926, fidèle à ses options, il défend avec ardeur la langue catalane et affirme solennellement qu'à son avis, le catalan doit être parlé, afin de préserver sa vitalité et son action. S'adressant plus particulièrement aux membres de l'assemblée, il leur suggère de pratiquer cet idiome et de l'utiliser chaque fois que l'occasion s'y prête. Jean Amade termine son discours en s'adressant aux jeunes poètes ; il leur conseille de suivre l'exemple des aînés, J.-S. Pons et Pierre Camo. En août 1926, dans son allocution de rapporteur du concours de la poésie catalane des Jeux Floraux de Font-Romeu, il met l'accent sur l'essor, le dynamisme et la vitalité de la Renaissance roussillonnaise, note l'éclosion de nouveaux talents, mais, afin de préserver les chances de succès de ces écoles, de les développer et de les consolider, Amade évoque l'avenir et prône surtout l'union. Conjuguer les efforts, se rassembler pour un même combat, tels sont ses souhaits les plus ardents, car c'est de la concorde que dépend la réussite de toute entreprise. Eviter les querelles et collaborer dans le meilleur esprit ne peuvent que revigorer la Renaissance roussillonnaise. En 1928, à nouveau rapporteur de la section catalane, J. Amade rappelle la fondation de la Revue catalane et l'éveil de la seconde Renaissance roussillonnaise ; il loue les qualités poétiques de J.-S. Pons et voit déjà en lui le plus grand représentant de ce mouvement. La poésie a permis à d'autres talents de s'affirmer, et Amade cite notamment Jules Delpont, Joseph Sanyas, Pere de l'Alzina, L'Ermità de Cabrenç, Paul Berga, Charles Grando, Francis i Ayrol, Etienne Caseponce, E1 Refilaire de Carença, l'abbé Jampy, Edmond Brazès, Horace Chauvet, Victor Peix, François et Louis Salvat, Simone Gay, Jean Narach, Antoine Batlle, Etienne Canal. Pour lui, la meilleure preuve de la vitalité de la Renaissance roussillonnaise est apportée par les compositions envoyées aux Jeux Floraux. Il loue les mérites de deux ecclésiastiques, l'abbé Borateu, curé de Saint-Nazaire, et l'abbé Castellà-Roger, curé d'Err. Leur action et leur courage se doivent d'être relevés. Et là, Amade lance un véritable appel aux prêtres et aux instituteurs : «Es una bona cosa per la nostre Renaixença (diguem ho ben fort) que sacerdots com ells cultivin amb convicció y amor la llengua y la poesia rosselloneses : si els mestres d'escola del nostre pais volen seguir el mateix camí, com els hi demani, com els hi demenaba el malaguanyat Lluis Pastre, ja la victoria de la nostra causa será segura y completa. Mestres i sacerdots poden ser, en efecte, els propagadors i mantenedors més poderosos i actius del tradicionalisme català a Rosselló». Il insiste sur la défense de la langue catalane en Rousillon et fait observer qu'il ne ménagera point ses efforts pour le maintien de la tradition. Il veille, par ailleurs, à la bonne marche des Jeux et surtout au bon esprit, et il n'admet pas que des sous-entendus ou des partis pris s'installent parmi les mainteneurs. En 1933, il remarque que les compositions adressées au Jury sont meilleures, surtout celles venant du Roussillon : «Le Roussillon m'a paru en progrès très net ; et ceci m'a été fort agréable à constater. Je trouve que les pièces de Jean Narach sont beaucoup mieux venues comme forme et qu'elles sont toujours d'un sentiment sincère, pur et touchant».

En 1937, il est fort préoccupé par l'avenir et pense à la création d'une section de jeunes. Encourager les jeunes à participer aux Jeux Floraux ne pouvait qu'être bénéfique, car, malgré les appels répétés de Jean Amade, la relève n'était pas assurée. Seuls, deux poètes faisaient exception : Jean Narach et Joseph Médina. Amade constatait lui-même, en 1938, «a la poesia catalana rossellonesa falta gent».

Président des Jeux, en 1943, J. Amade se félicite de l'existence de tels Jeux, car ils sont «comme un réveil et une autre jeunesse ; ils sont comme l'invitation à une nouvelle vie, mais une vie où la tradition garde sa place, qui demeure la première». Pour lui, ces concours représentent le témoignage d'un attachement à la terre ancestrale, à sa tradition, à son trésor : «Nos Jeux Floraux donnent à notre vieille et vénérable terre de Roussillon comme un second enchantement. Gardons-en jalousement le culte, et ne nous montrons point sceptiques à leur endroit... Donnons, si c'est possible, à nos Jeux Floraux plus d'éclat encore, plus de valeur et d'efficacité : laissons-nous conduire par l'esprit même de la tradition qu'ils représentent, tout en gardant notre personnalité, nos vertus propres, le sens enfin de l'originalié. Soyons intelligents et artistes, soit ; mais demeurons fidèles aux voix secrètes du terroir. Et, sur ce point, ne capitulons pas !»

Prononcées d'un ton ferme, décidé, ces paroles s'adressaient surtout aux jeunes, porteurs d'espérance. La jeunesse doit, effectivement, selon Amade, trouver dans les Jeux Floraux une occasion propice pour s'y exprimer toute entière.

Dès 1938, Amade avait lancé un véritable cri d'alarme devant le manque de vrais poètes en Roussillon. Neuf ans plus tard, il persiste dans son idée, et constate à nouveau la raréfaction des talents. Les jeunes ne sont pas nombreux, et le constant appel aux jeunes, à l'avenir, ne pouvait que garantir une continuité et une relève.

Animateur, membre des jurys des Jeux Floraux, Amade a apporté à cette institution un concours dévoué, consciencieux et honnête. A travers ses discours et ses rapports, il s'est affirmé comme le porte-parole d'un courant d'idées : maintien de la tradition, de la race, des coutumes et de la langue catalanes. Tel un théoricien, il est devenu, au cours de son existence, le véritable maître de l'activité littéraire roussillonnaise. Ayant le don de rassembler, de soulever l'auditoire, il a su lui faire prendre conscience des difficultés et des dangers d'une position d'attente. Seul, un groupement uni, dynamique, pouvait envisager l'avenir avec sérénité. Représentant le mouvement régionaliste, il ne cessait, par ses formules percutantes, de harceler ses compatriotes, afin qu'ils se mobilisassent et travaillassent pour le futur, en collaboration avec les jeunes. Constamment préoccupé par le problème de la relève, tout comme Pons, il cherchait à attirer la jeunesse, unique source d'avenir et de succès prolongés.

Comme nous venons de le voir, au sein de sa province natale, Jean Amade s'est dépensé sans compter afin de faire triompher ses idées et ses conceptions du catalanisme : création de la Société d'Etudes Catalanes, articles dans la Revue Catalane et dans L'Indépendant, multiplication de conférences à Perpignan, ouvrages.

Les progrès de l'idée régionaliste en Roussillon ont été, pour une large part, dus à son action personnelle. Amade donna le départ de manifestations originales. C'est ainsi qu'un des vice-présidents de la S.E.C., l'artiste Gustave Violet, pensant que le catalanisme ne pouvait prospérer si l'on ne s'intéressait pas au peuple, créa à Prades un théâtre de la nature et fit interpréter, le 5 août 1909, par une troupe barcelonaise, L'Arlésienne, traduite en roussillonnais par Gustave Violet lui-même. Des représentations artistiques eurent lieu au Théâtre municipal de Perpignan, sous l'égide de la S.E.C., et, en 1913, fut mise en scène, pour la première fois, la comédie catalane de Charles Grando, Aqueixa mainada, dans laquelle l'auteur s'est appliqué à rechercher le mot catalan exact, la tournure adéquate et a proscrit les expressions languedociennes ou les gallicismes qui tendaient à travestir le catalan roussillonnais.

Tout au long de sa vie, Amade a défendu ses idées ; même hors de sa province natale, pour matérialiser ses positions, Amade, membre élu de l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, faisait des communications sur les traditions de son Roussillon, comme «Contribution à l'étude du folklore méridional : l'invisible et le mystère», le 18 avril 1932 ; «Les chansons de la Saint-Jean en Roussillon», le 25 juin 1934 ; «Croyances et superstitions populaires devant la science moderne», le 18 février 1935, et «Les trois plus vieilles mélopées catalanes en Roussillon», le 15 avril 1940.

D'autre part, en acceptant d'écrire la préface de Flors d'hivern, de Jean Narach, d'Impressions et souvenirs de Pierre Bonet, d'Abrégé d'histoire du Roussillon, d'Emmanuel Robert Brousse, il est resté fidèle à sa ligne de conduite, à savoir, favoriser tout ce qui pouvait contribuer à l'enrichissement culturel de sa petite patrie.

En un mot, il a été une des locomotives du catalanisme en Roussillon. Il a métamorphosé la seconde génération de la Renaissance roussillonnaise et lui a permis d'inscrire son nom en caractères lumineux dans l'histoire littéraire nord-catalane.

Christian Camps


© S.A.S.L. des P-O.
Cet article a été publié dans le volume XC du Bulletin de la SASL, 1982, pp.129-145.