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Henri Aragon
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| Historique Personnalités Bureau actuel Bibliothèque Conférences Cotisations Bulletin 2007 Publications en vente Bulletins Tables de recherche Autres articles Echanges académiques Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Un regret attriste pour nous l'éclat de cette année jubilaire. C'est que notre ancien Président Henri Aragon ne soit plus là pour fêter ensemble le Centenaire de la Société à laquelle, si magnifiquement, il se dévoua. Explorateur de paysages archaïques, remueur d'archives, traducteur d'inscriptions tumulaires, glaneur de chartes, documents, actes vidimés, savant paléographe, archéologue, folkloriste, notre confrère s'inscrivit tour à tour en chacune des sections qui enrichissent notre groupement. Partout, il se révéla comme un fervent mainteneur de la Tradition, de la race, de l'âme catalanes. Henri Aragon est né à Perpignan le 27 février 1861. Fils d'un brillant officier de marine Edouard Aragon, petit-fils du notaire perpignanais Amédée Jaume et neveu du premier Président de la Cour de Montpellier, notre confrère pouvait choisir entre une vie éclatante et officielle ou une existence recueillie d'étude et de méditation. La solitude laborieuse du mas Codine le prit tout entier. La rencontre de l'éminent archéologue F.-P. Thiers, Conservateur du Musée narbonnais, venu en 1909 pour authentiquer, en compagnie du docteur Donnezan, des fragments de marbre découverts dans les ruines de Castel Roussillon, décida de l'orientation scientifique et sentimentale de notre ami. Toute sa vie de recherches va se développer désormais entre le forum large de 3.000 mètres carrés, découvert en 1911, et les fragments aux inscriptions latines qui révélaient, en ce coin du pays catalan, le passage et le séjour des cohortes romaines. L'initiation va être productive et la moisson archéologique, abondante. Nous ne comptons pas moins de onze ouvrages qui, de 1910 à 1921, vont mettre au jour les divers aspects de ce coin de paysage privilégié. Ce sont Les Vestiges de Ruscino, Le Bilan des Fouilles de Ruscino, La Colonie Antique de Ruscino, La Céramique de Ruscino, etc., etc. ; poursuivant à travers les siècles le développement historique et sentimental de l'oppidum qu'il fréquente en voisin, ce sont encore Castell-Rossello au Moyen Age, L'Eglise de N.-D. de Castell-Rossello, Les Anciennes Familles Seigneuriales de Castell-Rossello... L'étude des ruines de Ruscino n'est qu'un départ pour notre confrère et sa curiosité scientifique va ouvrir ses fenêtres sur tout l'horizon roussillonnais. Après s'être penché sur les fragments de marbre et de poterie, les acanthes, les chapiteaux, les stèles, le savant va faire le tour des parchemins, des manuscrits, des documents. Les lettres de cachets de Louis XV concernant la région arrêtent son attention ; La Vie politique de François Arago le sollicite ; La Vie civile et militaire de Perpignan sous le général de Castellane lui fournit la matière d'un fort volume aussi pittoresque qu'un roman d'aventures. Les Trabucayres lui permettent d'étager de documents et de pièces judiciaires le légendaire procès qu'illustre encore le vieux chêne debout au croisement des routes du Perthus et de Maureillas. Parfois, l'infatigable savant se repose en de subtiles monographies où les Syndicats d'Initiative trouveront matière à propagande. Et ce sont : Les Monuments et les Rues de Perpignan ; La Côte Vermeille ; Les Châteaux Forts de Villefranche et de Salses ; L'Orgue de la Cathédrale, etc., etc. Ainsi s'est réalisée pendant trente ans la personnalité d'Henri Aragon. Chacun révère cet archéologue qui est un sage et un mécène. Il collabore à toutes les revues régionales et sa générosité s'exerce au profit de toutes les Sociétés savantes, artistiques ou littéraires. Avec Pierre Vidal, il fonde Ruscino. Plus tard, il publie et dirige L'Homme Préhistorique ; le Bulletin Archéologique des Pyrénées-Orientales s'inspire de ses initiatives. La Colla del Rossello, à ses débuts, lui confie une de ses trois vice-présidences. Le Genêt d'Or fait de lui un Mainteneur. En 1920, il fait partie de la délégation qui accompagne Joffre à Barcelone et il se mêle à l'escorte du Maréchal présidant les Jochs Florals. En 1920, la Société Agricole, Scientifique et Littéraire l'appelle à la Présidence. L'heure était difficile, le sage historien ne l'ignore pas : il accepte les responsabilités de cette direction et sait maintenir notre prestige. Que n'est-il encore à nos côtés pour jouir d'une renaissance qui l'eût enthousiasmé ? Henri Aragon n'a pas connu la juste récompense des distinctions officielles. Sa philosophie accepta ce mécompte avec sérénité. Mais tant qu'un Catalan, amoureux de son pays et de son passé, voudra retrouver à travers les archives et les documents les lettres de noblesse de notre patrie, les livres d'Aragon seront lus et le souvenir de notre regretté Président sera tendrement évoqué, vénéré, glorifié. Comme l'a dit un de nos confrères : «Henri Aragon est de ceux que l'affreuse mort ne prend pas tout entiers». Par François Tresserre, Doyen de l'Académie des Jeux Floraux. © S.A.S.L. des P-O. Cette notice nécrologique a été publiée dans le LVIIe volume de la SASL, 1933, pp.319-322. | |