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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
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In memoriam : Noël Bailbé

 

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Par Fernand-Gérard Belledent

Le Docteur Noël Bailbé n'est plus. Avec sa discrétion habituelle, comme il faisait en toutes choses, il s'en est allé un soir de juin. Il n'aura pas eu la joie de voir paraître cette dernière étude à laquelle il tenait beaucoup. Il l'aura néanmoins quasiment achevée.

Cette oeuvre met un terme à une quête passionnée à travers le patrimoine roman du pays catalan. Pendant plus de quarante ans, celui qui était président honoraire de notre Société a arpenté tout le département, a photographié et étudié tous les aspects des églises romanes du Roussillon, n'hésitant pas, pour compléter son information, à entreprendre des voyages à l'étranger, en particulier en Italie du nord.

Encouragé par son maître, le professeur Henri Guiter, malgré une vie professionnelle très prenante, il devait suivre les cours d'archéologie médiévale du professeur Dupont à la faculté des Lettres de Montpellier et ainsi acquérir une solide formation qui lui permit de mieux pénétrer cet art roman qu'il avait aimé d'instinct et vers lequel l'attirait sa haute spiritualité. Sa vaste culture et sa fréquentation quotidienne des Saintes Ecritures lui permirent ainsi d'approcher la signification de la symbolique romane et d'apporter des interprétations plausibles. Il constitua ainsi une documentation unique : iconographie et études d'autant plus précieuses aujourd'hui qu'elles sont souvent le seul témoignage restant d'oeuvres parfois disparues. Il devait d'ailleurs donner plusieurs articles dans le bulletin de la S.A.S.L.des PO et participer à plusieurs congrès des sociétés savantes. Ce fut ensuite en 1989 et 1990, toujours à la Société, la publication des Clochers-Tours du Roussillon et du Symbolisme des clochers-Tours du Roussillon, deux oeuvres que ne peuvent ignorer aujourd'hui ceux qui s'intéressent à l'art roman du Roussillon.

A partir de la même méthode rigoureuse de recherche et de classement qu'il avait utilisée dans les ouvrages précités, il nous donne dans le présent livre, de ces portes romanes et de leurs ornementations (pentures et ferrures), une description minutieuse et quasi exhaustive qui nous permet d'en mieux apprécier la qualité artistique. Avec son souci habituel de précision, il a tenu à attribuer à chacune des nombreuses photographies qui illustrent chaque église citée et que nous avions choisies ensemble, une légende adéquate. Tout a été noté avec soin et référencé à l'important corpus de photos qu'il avait constitué. Par là même, Noël Bailbé réalise un inventaire quasi complet qui n'a pas d'équivalent par son ampleur dans ce domaine et dont l'actuelle publication ne met en valeur, même si elle est très riche, que l'essentiel. Il aura ainsi ouvert la voie dans l'étude de la ferronnerie médiévale exceptionnellement riche en Roussillon. D'autres viendront mais devront se référer à ce travail initial et notre Société s'honore particulièrement d'en assurer la publication.

Il lui restait à conclure mais cette étude, en fait, pourrait se suffire à elle-même, telle qu'elle est présentée. Je crois néanmoins devoir rapporter les éléments les plus importants de conclusion qu'il avait eu le temps d'élaborer.

Pour le docteur Bailbé : «Ce qui caractérise le portail et la porte qui embellissent la plupart des églises du Roussillon est d'être 1'expression magnifiée des ressources de la région : le portail en particulier qui utilise le granit et le marbre. Le premier abonde en Cerdagne où il est toujours recherché pour la construction des monuments et des demeures particulières, le second exploité à partir des gisements de Baixas, de Villefranche et de Py. Quant aux ferrures, elles bénéficient de la maîtrise des forgerons d'alors, utilisant le minerai local et de leur savoir-faire, en battant le fer que les fours du Conflent avaient libéré de leurs scories. Il est significatif que l'on trouve à Taurinya la plus grande cuve en place de France. Il faut signaler de plus l'amélioration, à l'époque, de la technique du traitement du fer, due aux modifications du fourneau permettant d'atteindre aisément de hautes températures et surtout à l'apparition, au XIIe siècle, du martinet hydraulique. Cet instrument devait favoriser le développement de la serrurerie catalane au cours de ce siècle. Ces forgerons, véritables artistes, réalisèrent alors un nombre impressionnant de ferrures, pentures et serrures dont la remarquable ordonnance et le style harmonieux transforment en véritables joyaux les portes de nombre d'églises romanes, même parmi les plus humbles du Roussillon».

Ainsi, en quelques phrases, Noël Bailbé avait tout dit. Son sens esthétique poussé et son inlassable travail d'investigation soutenus par une foi ardente lui ont permis de mieux comprendre, de penétrer les mystères d'oeuvres d'art souvent ignorées de son Roussillon natal et aussi de faire partager sa passion à un public choisi.


© Fernand-Gérard Belledent
© S.A.S.L. des P-O.
Cette notice nécrologique a été publiée dans l'ouvrage de Noël Bailbé, Les portes des églises romanes du Roussillon, p.199-200, CVIIe volume de la SASL, 2000.