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Extrait d'un mémoire sur les torrents-rivières

 

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M. Caffe, architecte de la ville de Perpignan

Travaux à faire pour le redressement des rives, l'approfondissement du lit des rivières et la réparation des anses, ou trouées, par les moyens les plus prompts et les plus économiques. - Système de l'auteur.

Avant de procéder à la rédaction du projet de redressement de la rivière que nous avons donnée pour modèle, il convient de développer par quelle série d'études nous avons été amené à adopter le système d'ouvrages que nous proposons.

Détruire les causes du mal, par les moyens les plus simples et les plus économiques ; imprimer aux courants un cours direct, sans jamais les choquer, tel est notre système.

Il est certainement peu de personnes qui, en parcourant le lit des torrents-rivières, n'aient remarqué, comme nous, que le désordre des lits et des rives provient généralement d'une pointe ou d'un atterrissement qui a donné naissance à une anse ; que cette anse en a occasionné une plus grande encore sur la rive opposée, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'une cause quelconque ait imprimé une autre direction aux courants. Cette remarque, abstraction faite des événements accidentels qui peuvent survenir pendant une crue, nous porte à penser que les principaux désordres doivent être attribués à une rive qui avancera obliquement dans le lit d'une rivière, ou à un atterrissement qui déviera le courant de la ligne directe, en un mot, à tout ce qui choquera le courant.

Nous avons déjà démontré que, si une rivière est régulièrement dirigée, les eaux suivront la direction imprimée sans occasionner de dommages ; mais que, si une cause quelconque dévie le courant, il se formera aussitôt une coupure, laquelle, à son extrémité inférieure, donnera naissance à un atterrissement, et, sur la rive opposée, à une anse plus grande : nous avons dit encore, que l'énergie du courant qui sortira de l'anse, en suivant le ravin formé par le soulèvement des terres, sera telle que tous les ouvrages qu'on lui opposera, tant dans le lit principal qu'en tête de l'anse opposée, seront renversés. C'est là un fait que nous avons souvent constaté et que nous avons démontré.

Pour remédier au mal, on a employé et on emploie encore, sur toutes les rivières que nous avons visitées, des digues avec revêtement, des épis placés carrément sur les rives ou dans des directions plus ou moins inclinées ; ces ouvrages sont, d'ailleurs, indiqués par les auteurs qui ont écrit sur le redressement et les travaux des rivières.

En démontrant les effets produits par les épis, selon la direction du courant qui les heurte, ou selon la hauteur des eaux, nous avons fait voir que ces ouvrages sont dangereux, presque toujours nuisibles, et qu'ils ne produisent que bien rarement les résultats qu'on espérait. En conséquence, nous conseillons de n'en faire usage que dans des cas exceptionnels.

Il est surprenant que l'on persiste, néanmoins, malgré tous leurs résultats désastreux, à employer les épis, soit pour chasser des bancs de sable et de gravier, soit pour reprendre un terrain emporté. Car, si par ce système, on n'a pas réussi, même en détruisant la cause première du mal, l'atterrissement ou la pointe, il est évident qu'il est insuffisant pour corriger la cause secondaire, l'anse ou la courbe. En effet, soit 1a pointe A, B, C, qui ait déterminé l'anse D, E, F, et par suite celle G, H, J ; que 1a pointe A, B, C ait été extirpée, et les anses D, E, F, G, H, J, défendues par une succession d'épis tels que a, b, il en résultera que les anses, diminuées de quinze ou vingt mètres par la longueur des épis, n'en existeront pas moins ; que le courant pourra être contrarié par leur résistance, mais qu'il suivra la courbe dans tous ses développements, et qu'en sortant de l'anse il ira se projeter sur la rive opposée avec la même impétuosité qu'auparavant.

Admettons, chose impossible, que tous les épis résistent à l'impétuosité du courant, qu'aura-t-on gagné ? une zone de terre de quinze à vingt mètres de large sur toute la longueur de l'anse, et en avant de laquelle le courant aura fixé son nouveau lit.

Admettons encore que les affouillements que nous avons toujours remarqués en amont et en aval des épis n'existent pas, et que le terrain soit assez consistant pour y faire des plantations ; nous demanderons alors quel est l'obstacle qui les défendra ? Ce ne seront point les épis, car si le système réussit, le terrain se sera relevé peu à peu à leur hauteur. Dans ce cas, quelle garantie donnera t-on au propriétaire pour effectuer des plantations qui seront menacées, en arrière par une branche du courant qui s'établira indubitablement entre la berge et les plantations, et en avant par le grand courant, qui aura fixé son lit à l'extrémité des épis, c'est-à-dire, à quinze ou vingt mètres en avant de l'ancienne berge ?

Admettons, enfin, que les plantations résistent à l'énergie des eaux ; nous demanderons, alors, combien il faudra dépenser, pour peu que les anses aient, comme sur nos rivières, de 510 à 900 mètres de corde, sur 100 à 200 mètres de flèche ?

Du raisonnement passons aux faits, et déclarons humblement les fautes que ce système déplorable nous a fait commettre :

Les rives du syndicat de Castell-Rosselló à la Mer (rivière de La Tet) étaient découpées par huit anses, qui avaient été occasionnées par quatre pointes, lesquelles dépassaient l'alignement de 100 mètres environ. Depuis longues années les riverains demandaient l'extirpation de ces pointes ; en attendant, on se défendait, comme on pouvait, par des épis, placés en tête et dans l'intérieur des anses ; mais chaque inondation détruisait la majeure partie des ouvrages, et les courbes prenaient plus de développement. Le mal était devenu si grand, les anses avaient pris un tel degré d'extension, qu'on en vint à craindre que la rivière, à la première crue, n'abandonnât son lit pour se fixer définitivement sur les fertiles champs de l'une ou de l'autre rive. La commission syndicale décida qu'on extirperait immédiatement les pointes et qu'on réparerait les anses.

Ces réparations furent exécutées en employant le système des épis inclinés : on traversa les atterrissements par des canaux à écharpes ; on modifia les sinuosités du lit par de petits barrages ; enfin, les ouvrages furent disposés de manière à obtenir l'ensablement d'une partie des anses et la destruction entière des pointes.

On espérait les meilleurs effets de ces travaux ; on était tellement assuré de leur réussite, qu'on désirait une crue, afin de recueillir le fruit de tant de sacrifices imposés à la propriété.

La crue ne se fit pas longtemps attendre : l'eau arrive et emporte avec elle travaux, illusions, propriétés, après s'être frayé des passages profonds sur les deux rives. Les désastres furent si grands que la commission syndicale décida qu'un nouveau projet serait présenté, et que les travaux seraient payés au moyen d'un emprunt, car les ressources de l'association étaient entièrement épuisées.

Les derniers sinistres nous avaient démontré que le système de travaux suivi jusqu'à ce jour était vicieux, puisque les pointes, que nous regardions avec raison comme les causes premières des désordres, avaient été extirpées, et que les ouvrages avaient été détruits comme par le passé.

Après de nouvelles études, nous reconnûmes, malheureusement trop tard, que pour réussir, il fallait nécessairement détruire les deux causes principales du mal ; et que le seul moyen d'y parvenir était de redresser les rives pour imprimer au courant sa direction première. Pour atteindre ce but, il s'agissait d'établir une rive artificielle sur la corde de l'anse, afin de relier les deux extrémités ; de diviser l'anse, suivant sa profondeur, par deux ou trois barrages parallèles à celui d'alignement, et de rattacher le tout par des barrages partant carrément de la rive artificielle à la terre. On formait ainsi des parallélogrammes, qui devaient être plantés par les propriétaires.

Ce système nous parut devoir résoudre toutes les questions du problème : en effet, le courant, suivant la direction régulière qui lui était imprimée par la ligne supérieure, ne pouvait plus se dévier de son cours, et devait suivre la rive artificielle qu'on lui avait tracée, sans lui occasionner des dommages, puisque rien ne heurtait ce courant sur son passage.

D'un autre côté, un canal creusé, suivant l'alignement de la rive artificielle, sur l'atterrissement formé à l'extrémité de l'anse, devait forcer l'eau à établir son principal courant en avant de la rive nouvelle et sur le point culminant de l'atterrissement. Les travaux ainsi établis, l'anse de la rive opposée devait être réparée d'après le même système, mais avec moins de dépense, puisque le courant, déjà modifié, ne tendait à se porter vers elle que par la pente seule du terrainaet non parla direction imprimée par la courbe.

Ce raisonnement paraissait rationnel, tant que la crue ne s'élèverait pas au-dessus de la digue artificielle ; mais dès le moment qu'elle la surmonterait, il pouvait arriver : 1° que la chute déterminât la destruction de la digue ; 2° qu'il s'établît encore, dans l'anse, un courant curviligne, qui aurait bientôt renversé et les travaux de la rive opposée et tout notre système.

Pour parer au premier inconvénient, nous pensâmes qu'il suffirait de former la rive artificielle avec des piquets clayonnés, de manière à laisser passer l'eau par les interstices des clayons, de telle sorte que le niveau de l'eau devait être le même, tant dans le lit de la rivière que dans l'anse, et dès lors toute chute devenait impossible.

Le second inconvénient ne pouvait exister, car le courant établi en avant de la digne artificielle devait naturellement contrarier celui de l'intérieur de l'anse, l'empêcher même de s'établir, et cela avec d'autant plus de facilité, qu'il était déjà brisé par des milliers de pieds de plantations.

Sous le rapport de l'économie, ce projet offrait des avantages immenses : d'après les calculs les plus exacts, il fallait 2.700 fr. pour défendre, par le système des épis, une faible partie d'une anse de 800 mètres de longueur, tandis que par le nouveau système, 2500 fr. étaient suffisants pour défendre toute l'anse. Ainsi, en admettant la réussite des deux systèmes, on obtenait, par le premier, un atterrissement de quinze à vingt mètres sur la longueur de l'anse, tandis que, par le second, on obtenait l'atterrissement de toute l'anse.

Par le système des épis, il aurait fallu lutter contre l'action du courant au moins pendant quatre années, et dépenser de huit à dix mille francs : ce qui aurait fait élever à 80.000 fr. la dépense totale des huit anses seulement ; tandis que, parle nouveau système, toutes les anses pouvaient être reprises, en une seule année, avec une dépense de 20.000 francs.

Ce projet, présenté à la commission syndicale, fut combattu par plusieurs membres de cette association ; on était sur le point de le rejeter, lorsque deux membres proposèrent d'en faire l'essai sur leurs propriétés ; d'autres demandaient la combinaison des deux systèmes. Enfin, 11.000 fr. furent votés pour la réparation de six anses, et on donna l'ordre de mettre la main à l'oeuvre.

La réparation de ces six anses, formant entr'elles une superficie de 126.000 mètres carrés, fut faite d'après le système que nous avions proposé : plusieurs inondations survenues depuis cette époque ont démontré la supériorité de ce système sur celui des épis, puisque les anses ont été entièrement gagnées sur la rivière ; que chaque inondation a amélioré le sol, en y déposant des alluvions ; et, enfin, que 126.100 mètres carrés de terrain, qui étaient perdus pour l'agriculture, sont couverts de bois taillis plantés au fil de l'eau.

Une réussite si complète, sur six points différents, nous donne la confiance que les commissions syndicales du département des Pyrénées-Orientales, éclairées sur leurs véritables intérêts, adopteront un système consacré par le raisonnement et l'expérience.

EMPLOI DU SYSTEME DE L'AUTEUR A LA REPARATION DUNE ANSE

Les travaux doivent être commencés par des échouages d'arbres contre la rive, afin d'obtenir l'ensablement du ravin profond que le courant s'est creusé dans la partie la plus déclive de l'anse.

Ce ravin est presque toujours assez profond pour rendre les travaux très difficiles et quelquefois même impraticables. Il est donc important de le combler le plus promptement possible, sinon en totalité, du moins en partie, dans la crainte que, s'il survenait une crue, le courant ne s'établît de nouveau dans l'anse, ce qui pourrait occasionner de nouvelles dégradations.

Cette opération terminée, on laboure dans tous les sens l'atterrissement qui est en face de l'anse : on se sert, à cet effet, de la charrue simple, dite araire (Dental) sans oreillons.

Nous supposons que l'atterrissement n'est composé que de couches de gravier et de sable ; si, au contraire, il était composé de gros blocs de silex, de granit ou autres roches, et qu'on ne pût employer la charrue, il faudrait, autant que possible, faire retirer les plus gros blocs à la main, et les mettre en dépôt pour les employer dans les travaux de défense. Nous nous occuperons de ce dernier cas lors du projet des travaux à faire pour la rivière que nous donnons pour exemple. Pour le moment, nous prendrons le lit de la rivière tel qu'il est ordinairement au milieu du trajet entre la source et l'embouchure.

Lorsque l'atterrissement a été labouré dans tous les sens et aussi profondément que le sol et les instruments ont pu le permettre, on creuse, selon l'étendue de l'atterrissement, deux, trois ou quatre canaux, auxquels on donne de trois à cinq mètres de largeur au plafond. A la tête de chaque canal et sur son alignement, on construit un barrage avec fascines en roseaux, pour faire élever les eaux et les forcer à passer dans les canaux. Ces barrages doivent toujours être parallèles à la rive d'alignement, et prolongés de quinze à vingt mètres en amont du ravin formé par le courant qui se dirige dans l'anse. Dans certains cas, il ne serait pas prudent d'établir un barrage à l'entrée du canal le plus rapproché de la rive ; il pourrait occasionner des éboulements qui fermeraient l'entrée du canal, et qui, dans une grande crue, détermineraient une trouée à la rive même. Ainsi dans l'exemple que nous donnons, planche 18, nous n'avons point indiqué de barrage à l'entrée du canal le plus rapproché de la rive.

Néanmoins, contrairement à ce que nous venons de dire, nous avons fait construire des barrages à l'entrée de ces canaux, et ces ouvrages nous ont parfaitement réussi ; cependant, il est essentiel d'étudier la nature du sol et les directions des courants, avant de se décider à les établir.

Quand, par des échouages, on a obtenu des atterrissements au pied de la rive de l'anse, et qu'au moyen des canaux on a diminué le volume de l'eau et la force du courant qui aurait incommodé les travailleurs, on procède de la manière suivante :

On établit, sur la corde de l'anse et à l'alignement de la rive, une file de piquets, espacés les uns des autres de 80 centim. à 1 mètre, de milieu à milieu, qui en relie les deux extrémités. Immédiatement en arrière de cette première file, on en établit une seconde, à laquelle on ne donne que les deux tiers de l'étendue de la première ; enfin, on en construit une troisième qui n'a que le tiers de cette étendue. L'étendue de la seconde et de la troisième rangée de piquets n'est pas absolue ; l'état des lieux peut seul la déterminer. Ainsi, bien souvent, cette étendue peut être moindre ; quelquefois, aussi, elle doit être plus grande : nous le répétons, elles doivent être déterminées par l'état des lieux, la largeur du lit raviné qui entre dans l'anse et la force du courant.

Les piquets d'alignement, qui doivent servir à la formation de la ligne factice, étant enfoncés à la profondeur convenable, on divise la longueur en parties égales de trente, quarante, cinquante mètres, et, sur chacune des divisions, on construit, en retour d'équerre, des files de piquets qu'on rattache à la rive ; nous appellerons ces retours en équerre, barrages transversaux.

Les deux premiers barrages transversaux et quelquefois même les troisième et quatrième doivent être à deux rangs de piquets, selon l'étendue de l'anse, la nature du sol et la largeur du ravin formé par le passage du courant.

Si l'anse est profonde, on la divise par une ou deux rangées de piquets, placées parallèlement à l'alignement, de manière à former des compartiments carrés, destinés aux plantations.

Lorsque tous les piquets sont enfoncés, on procède, alors seulement, au clayonnage et ensuite au cailloutage des cases. Il est important de n'opérer le clayonnage qu'après le placement de tous les piquets, afin d'égaliser, sur toute la surface du sol, les dépôts qui se forment pendant les travaux. Si on agissait différemment, les alluvions ne rempliraient que les cases les plus rapprochées de la rive artificielle, et celles placées le plus près de la terre resteraient creuses jusqu'à l'époque des crues. Ainsi, il convient de faciliter, autant que possible, les atterrissements intérieurs avant l'achèvement des travaux. Du reste, les ouvrages sont moins susceptibles d'être détruits lorsqu'ils ne sont point clayonnés, que lorsqu'ils le sont en partie ou sur des points différents. Nous pourrions, au besoin, citer plusieurs cas où des trouées ont été comblées, quoique défendues par des files de piquets non clayonnés.

Enfin, lorsque tons les travaux sont achevés, on plante en bois taillis les cases formées par les barrages dans l'intérieur de l'anse. Les plants doivent être peu espacés et assez longs pour ne point être entièrement enterrés sous le limon que les crues déposeront jusqu'à la hauteur des barrages.

S'il ne s'agissait que de la réparation d'une seule anse, on pourrait creuser un seul canal sur l'atterrissement formé à la partie aval de l'anse, afin d'imprimer au courant un sens direct et de diminuer son action sur la rive opposée. Si, au contraire, on devait défendre et réparer l'anse de la rive opposée, on devrait alors procéder sur l'atterissement et dans l'anse de la même manière que nous l'avons indiqué pour celle supérieure, en diminuant, toutefois, la force des barrages, puisque le courant ne se portera plus vers cette anse avec la même vitesse.

Après avoir décrit la théorie de notre système pour la destruction d'un atterrissement et la réparation d'une anse ; après avoir indiqué les travaux et la manière d'y procéder, il nous reste à établir le montant de la dépense qu'exigerait, par exemple, la défense d'une anse de 400 mètres de longueur, sur 100 mètres de profondeur.

Ainsi donc, pour reconquérir et planter en bois taillis 36.000 mètres carrés de terrain, la somme nécessaire serait de 4.200 fr., ce qui porterait à 700 fr. la valeur de 60 ares, ou 6.000 mètres carrés (ayminate des Pyrénées-Orientales).

Mais la valeur de 60 arcs de bois taillis étant, terme moyen, de 800 fr., il y aurait encore avantage pour le propriétaire à faire exécuter, à ses frais, les travaux que nous avons indiqués, lors même qu'il n'y serait pas entraîné par le besoin de défendre les propriétés contiguës.

Dès lors, les commissions syndicales ne devraient s'occuper que des travaux propres à déblayer le lit de la rivière et à construire la rive factice ; tandis que les travaux de l'intérieur de l'anse devraient être mis à la charge du propriétaire.

Si une ordonnance royale imposait aux syndicats l'obligation de réparer immédiatement les trouées formées à la suite des inondations, et forçait les propriétaires aux mêmes travaux, dans la limite que nous venons d'indiquer, il y aurait avantage pour les uns et pour les autres.

Les syndicats diminueraient les charges qui pèsent sur les caisses des associations et dont les ressources sont généralement absorbées par des travaux faits hors de leur zone.

Les propriétaires ne seraient plus exposés à voir de simples trouées devenir des anses profondes. Du reste, en plantant les terrains reconquis, les propriétaires rentreraient bientôt dans les avances qu'ils auraient faites.

Tels sont les avantages qui résulteront de l'emploi de notre système et de la bonne harmonie entre les syndicats et les propriétaires riverains ; mais, si par une force d'inertie mal entendue, si par l'intérêt minime que pourraient avoir les propriétaires à reconquérir un terrain envahi, ou même par l'impossibilité où ils seraient de subvenir aux dépenses nécessaires, ils n'exécutaient pas les travaux, alors les commissions syndicales ne devraient pas hésiter à faire exécuter elles-mêmes les travaux et les plantations, soit au moyen des ressources dont elles pourraient disposer, soit au moyen d'un emprunt, qui serait soldé par le revenu du terrain reconquis.

De tout ce qui précède, il résulte : que les travaux doivent être coordonnés et exécutés en même temps ; que les isoler serait compromettre tous les intérêts et la réputation même de l'ingénieur qui aurait été chargé de la direction des travaux, quels que fussent d'ailleurs ses talents.

D'un autre côté, il est aisé de voir que, lorsque les commissions syndicales entreprendront des travaux en dehors de l'alignement, elles ouvriront une porte aux abus, aux réclamations incessantes des propriétaires, et que dès lors elles dépenseront, sur un seul point, des fonds votés pour la généralité de la défense des deux rives.


© S.A.S.L. des P-O.
Ce rapport a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, p.31-46.