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Mgr de Carsalade du Pont, évêque d'Elne et de Perpignan
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| Historique Personnalités Bureau actuel Bibliothèque Conférences Cotisations Bulletin 2007 Publications en vente Bulletins Tables de recherche Autres articles Echanges académiques Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | La cloche d'Olot plettre et lamente. Clémence Isaure est en deuil. Je voudrais me recueillir seulement et me taire. Une amitié de trente ans mise au tombeau ne veut que le silence. Il nous faut cependant saluer une dernière fois le plus aimé des confrères, le grand Catalan qui s'en va. Le gentilhomme gascon qui s'était, dès la première rencontre, donné tout entier au Roussillon et nous disait : «Je veux que mes os reposent en terre catalane», a droit à la lamentation qui traîne des pins de Font-Romeu aux rochers de Saint-Martin. Et je voudrais dire comment Mgr de Carsalade du Pont, à côté de Joffre, non loin des Académiciens René Doumic, Henri Bordeaux, Pierre de Nolhac et de nos compatriotes J.-S. Pons et Henry Muchart, prit rang un jour parmi les maîtres ès-Jeux Floraux. Le doux Evêque avait commencé par fréquenter «ces temples silencieux que sont les salles d'archives et s'agenouiller devant ces reliquaires qui gardent les secrets des siècles passés». Son arrivée à Perpignan, notre ciel ébloui, le voisinage de la mer sonnante, le rythme de la tramontane, l'exaltation de nos montagnes, nos ermitages bercés par la chanson de la solitude révélèrent à l'archéologue l'âme du poète qui n'attendait pour s'exprimer que notre langue venue de Rome, llengua que Roma ens dona. Réalisateur d'idéal, ami des poètes et des artistes, le doux Maître apprend le catalan, ressuscite nos goigs, remet en vigueur le catéchisme catalan de Mgr Gaussail, devient l'ami de Verdaguer, de Francesch Matheu, de Pierre Vidal, du Dr Solé i Pla, si bien que, dès 1903, les Jochs Florals, proscrits sur les Ramblas, viennent célébrer leur fête solennelle à Saint-Martin du Canigou. Le premier chemin de sympathie et de sentimentale communication entre la Catalogne et le Roussillon venait de s'ouvrir. Nos poètes le parcourront souvent. L'apostolat de beauté va désormais se développer dans le sens d'une Renaissance catalane. Trois stations majeures auront marqué cette ascension : la Santo-Estello célébrée à Perpignan, les fêtes du Couronnement de la Vierge de Font-Romeu, le 3 mai 1928, dans la salle des Illustres, au Capitole de Toulouse : et chacune de ces claires journées révèle une âme plus ardente, une foi plus exaltante. S'il accueille les Académies régionales, ce n'est point simple geste de courtoisie ou qu'il veuille flatter une mode d'un jour, mais qu'il sent s'émouvoir en elles le coeur même de la Tradition. Il n'ignore point qu'en ces cénacles régionaux se maintient l'âme de la Race. Un goig égrené devant une Mare de Deu de bois noir, une sardane qui déploie son écharpe sur une place de village, lo Pardal soupiré dans une nuit d'été, il n'en faut pas davantage pour empêcher qu'une pure tradition ne meure. - Dieu a donné à chaque peuple un caractère particulier, une personnalité propre qui sont le reflet de la terre qu'il habite, de la langue qu'il parle et qui détermine la race... ainsi se confiait le Sage, qui fut un saint, promenant ses méditations dans le petit jardin fermé d'où nous regardions le soleil envelopper de pourpre les ruines de l'ancienne Académie et le coq de bronze de Saint-Jean. Ainsi se développait sa mission littéraire vivante, sentimentale, agissante, sacrée. Pour recevoir les Félibres venus le 5 juin 1907 fêter la Santo-Estello, à Perpignan, notre vénéré confrère arborait au clocher de la cathédrale la bannière aux quatre Barres et honorait la reine d'une aubade de jutglars. En 1926, les fêtes du Couronnement de la Vierge de Font-Romeu lui étaient occasion nouvelle d'affirmer sa foi racique. De tous côtés, des deux côtés des Pyrénées accouraient les poètes. L'Académie des Jeux Floraux déléguait le marquis de Palaminy et le chanoine Tournier à ce décaméron que présidaient S. E. Mgr Dubois, cardinal de Paris, et Louis Bertrand, de l'Académie française. L'heure fut émouvante et pathétique. On sentait battre le coeur de la race dans les strophes bilingues que le vent emportait sous les pins. En novembre, les Mainteneurs de dame Clémence ouvraient leurs rangs à l'Evêque, maître ès-jeux. Le 3 mai 1928, Mgr de Carsalade était appelé, selon les usages académiques, à prononcer l'éloge de Clémence Isaure. Joffre présidait la séance. Notre éminent confrère prit la parole avec l'aisance souriante d'un grand seigneur qui se retrouve en famille. N'était-il pas le petit-neveu de notre illustre prédécesseur, Simon de Laloubère, seigneur de Montesquieu, du Catla et de Saverdun, membre de l'Académie française qui avait préparé les statuts que Louis XIV devait approuver en instituant, par Lettres patentes du l0 juillet 1637, la nouvelle Académie ? Et le fin prélat nous parla de la poésie dans les Chansons de geste. «Ah Messieurs, combien seraient mornes les récits de l'historien sans les bleuets de la glaneuse». Ce fut une heure exquise. Toute la grâce des vieilles Cours d'amour riait dans le texte. Mais lorsque se tournant vers le grand Soldat de la Marne : «... Je voudrais être poète pour composer une chanson de Joffre, égale en beauté à la chanson de Rolland. Je voudrais être poète et grand poète pour que mes vers rendent impérissable dans la mémoire des hommes le geste héroïque de votre épée. Vous l'avez brandie devant vous, cette épée, et vous avez crié aux barbares envahisseurs : Je suis le droit, vous ne passerez pas. Je suis la justice, vous ne passerez pas. Je suis la liberté, vous ne passerez pas. Et ils ne sont pas passés !» L'émotion nous prenait à la gorge, nos yeux s'embuaient et la salle tout entière, debout, frémissante, dans un grand élan d'amour et de reconnaissance, acclamait le grand Evêque et le grand Soldat qui s'étreignaient... Et maintenant, c'est fini. Les voix se sont tues. Ces souvenirs ne sont plus que de l'histoire. Penchons-nous sur cette tombe et écoutons les conseils de paix et d'amour que nous donne le grand Mort. Il fut celui qui fit de tous temps la trêve des discussions et des partis. Il a regardé par-delà l'horizon quotidien ; il a oeuvré dans la ferveur et le culte du passé. Par ces temps d'égoïsme forcené, il a su recréer de la tendresse, de l'enthousiasme, de l'idéal : La médaille de la Reconnaissance de 1927 lui fut agréable parce qu'elle faisait prévoir dans notre pays un renouveau de justice et de tendresse ancestrale. Notre grand ami peut dormir rassuré. La théorie émue qui, depuis vendredi, monte en pèlerinage le long de la rue du Saint-Sacrement et de l'Académie pour s'incliner devant le lit funéraire autour duquel se fondent dans l'égalité de la douleur toutes les nuances de la foule, doit nous consoler. Le grand Evêque catalan est toujours là. La cloche d'Olot lamente et pleure. Vous qui l'aimiez, pleurez aussi comme la cloche, dans la lumière, en plein azur. Par François Tresserre, Doyen de l'Académie des Jeux Floraux. © S.A.S.L. des P-O. Cette notice nécrologique a été publiée dans le LVIIe volume de la SASL, 1933, pp.327-331. | |