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des Pyrénées-Orientales


Rapport sur une carte du département des Pyrénées-Orientales de M. Giraudeau de Saint-Gervais

 

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M. Falip, ingénieur-géomètre

M. Giraudeau témoigne à la Société le désir qu'elle constate l'utilité de la carte de notre département, par un rapport, qu'il se dispose à faire imprimer en tête de son Atlas de France, avec les comptes rendus du Siècle, du 30 mars, du Constitutionnel, du 20 mai, et du Moniteur Universel, du 21 mai, où est également insérée l'autorisation de l'Université, pour l'emploi de cette carte dans les collèges et institutions dépendants du Gouvernement.

Chargé par la Commission de répondre, par un rapport, au voeu de M. Giraudeau de St.-Gervais, j'ai examiné avec soin le travail qu'il nous a présenté, et j'ai reconnu que sa carte du département des Pyrénées-Orientales n'est qu'une copie de celle de Cassini, décrétée par l'Assemblée-Nationale, en février 1790, à laquelle on a ajouté quelques signes indiquant les bureaux des postes, les relais, les lieues d'étape, les champs de bataille avec la date de l'action, quelques hameaux, le chiffre de la population, les routes départementales, les chemins vicinaux, et un abrégé de statistique.

La seule carte complète et détaillée qui existe en France, est celle du savant Cassini. Cet immortel ouvrage, aussi bien conçu qu'executé, est destiné à être exploité jusqu'au moment où il sera remplacé par la carte dressée au 40/1000, par le Ministère de la guerre, d'après les travaux exécutés, depuis 1809, par un concours d'hommes laborieux, aujourd'hui délaissés par leurs départements.

On a édité de nombreux ouvrages sur la géographie et la topographie des départements de la France ; je citerai particulièrement les atlas d'Alès, Perrot, Thierry, Arnoul et Lallemand, qui se distinguent par le dessin et la netteté de la gravure. Ces productions ont sans doute engagé M. Giraudeau de St.-Gervais à exploiter à son tour le savant géomètre ; mais pour arriver à ce but, il convenait d'offrir au public une nouvelle combinaison, afin d'engager, par la nouveauté et les améliorations, et obtenir, par ce moyen, un rang de supériorité sur ses devanciers. Une autorisation du Conseil royal de l'Instruction publique, recommandée aux Recteurs des Académies par le Grand Maître de l'Université, devait ensuite imprimer le cachet de suprématie.

Une observation, sur la carte, nous prévient que l'adoption de l'Université a été obtenue pour l'usage de l'atlas dans les collèges royaux, les écoles normales-primaires, et les écoles primaires-supérieures.

C'est avec ce précédent que nous apparaît le travail présenté par M. Giraudeau. Le public, accoutumé à suivre l'impulsion favorisée par les hommes supérieurs de notre époque, doit être propice au développement de cette nouvelle industrie, aussi brillamment présentée. Tel est, Messieurs, l'exposé de l'avenir que se propose M.Giraudeau de St.-Gervais : il compte sur notre participation.

La Société des Pyrénées-Orientales renferme, dans son sein , des hommes qui cultivent les arts ; elle constate avec empressement les nouvelles inventions ; elle apprécie de même toute amélioration utile à ses concitoyens : ses devoirs sont donc tracés ; elle doit se rendre favorable au mérite, mais au mérite seulement.

Nous avons déjà observé que la carte présentée était une copie exacte de celle de Cassini ; nous pouvons ajouter encore qu'elle reproduit ses erreurs, notamment celle qui attribue les étangs de la Nou au département de l'Ariège, tandis qu'ils appartiennent au département des Pyrénées-Orientales.

Au dessous du village d'Elne, la désignation de la rivière du Tech est indiquée également sous le canal d'un moulin.

A ces erreurs, je signale encore un bois, dessiné de Taxo-d'Amont à Taro-d'Avall, qui n'existe pas ; un autre bois est indiqué au lieu et place d'un terroir complanté en vigne : il se développe sur la crête du cap Béarn, et se prolonge jusqu'à Banyuls-sur-Mer.

Parmi les améliorations apportées sur la carte, l'on distingue une augmentation de points indiquant les hameaux ; de telle sorte que les habitants de nos montagnes seront tout-à-coup émerveillés de voir nos métairies de la plaine transformées en hameaux : il est constant qu'il en a peu coûté, aux architectes de la carte, pour construire les hameaux de St.-Jacques, du Comte-Roux, de l'Esparro, de Bigorre, du Mas-Blanc, des Routes, de Vézian et de Latour (près du Vernet).

Parmi les améliorations à introduire dans le dressé d'une carte, une des plus avantageuses serait celle qui distinguerait la plaine de la montagne, en indiquant les diverses gradations des terrains, soit par des hachures horizontales, soit par des teintes graduées ; alors, seulement, l'on aurait la faculté de connaître à l'avance le chemin que l'on devrait parcourir, soit sur les élévations, le penchant d'une colline, les bas-fonds ou dans la plaine.

L'auteur de la carte présentée par M. Giraudeau de Saint-Gervais, a sans doute conçu tous ces avantages ; mais, arrêté par la difficulté d'exécution, il a trouvé le moyen d'y suppléer, en transformant la montagne en plaine ; et il a profité de cet aplanissement simultané, pour tracer les chemins d'une commune à l'autre, par une ligne droite, cause, il est vrai, d'inexactitude, mais moyen facile de surmonter les obstacles, de franchir les lieux inabordables, les précipices, pour parvenir d'un clocher à un autre.

La défectuosité du tracé des chemins vicinaux n'est pas le seul objet que je dois signaler à votre attention ; veuillez me suivre dans la comparaison du chiffre indiquant la population des villages, en opposant à la carte l'annuaire du département, 1841.

CANTON DE PERPIGNAN (Ouest)

L'annuaire porte pourLe plan indique pour
Baho716 âmesBoxo686 âmes
Pia956Pia856
Bonpas1418Bompas1362
Vilanova456Villeneuve338
Villalonga581Villelongue501
St.-Estève704St.-Estève601
Ste-Marie417Ste-Marie402
Total
5248
Total
4746

Différence en moins 502, ou 1/10 d'habitants.

Ces différences proviennent de ce que l'auteur s'est servi d'un état dressé en 1833, qu'il a adapté à son ouvrage.

De nombreuses omissions peuvent encore vous être signalées : c'est en vain que vous chercherez sur la carte les villages d'Alénya, de Néfiach, de Reynés, d'Espira-du-Conflent, d'Angustrina, de Bourg-Madame, de Sansa, de Dorres, d'Egat, de La Selva et de La Vall. Le village de Fulla est indiqué Falla, Strach pour Sirach, Corneille-la-Rivière pour Cornella-la-Rivière, Moluer pour Montner, Roquepidère pour Rupidère, la rivière de la Teta pour la Tet, Campouce pour Campoma, le Col de Cambradassai pour le Cambres-d'ase.

La statistique n'a pas été mieux soignée ; elle renferme pareillement d'autres inexactitudes qu'il importe encore de signaler.

La population du département ayant été calculée d'après celle des communes, il résulte pour les arrondissements des différences très sensibles. L'arrondissement de Perpignan est indiqué comme ayant une population de 72.814 habit., tandis que l'annuaire donne le chiffre de 76.434, en moins 3.620.

Le nombre des communes, dans le même arrondissement, est, selon la statistique, de 86 : le chiffre réel est de 85.

La superficie du département, selon le plan, est de 411.376 hectares, le chiffre réel est de 413.558.

La surface du département est ensuite divisée ainsi qu'il suit :

Contenances d'après la statistiqueContenance d'après le relevé
des contributions directes
Différences
Terres arables1400008960150399
Forêts603744813612238
Vignes39526383511175
Landes et côtes, etc16000023255172551
Etangs32049194599
Total
400220 h

413558 h

Au lieu de 411.376. Par ce chiffre, l'auteur a indiqué toutes les autres natures de cultures, telles que les prés, les propriétés bâties, les rues et places, les chemins, les ravins, les rivières, les pâtures, etc.

L'on peut remarquer encore dans la statistique, que Perpignan fait partie de la 38me Conservation des Forêts, au lieu de la 27me ; de la 10me Division militaire, avec son quartier-général à Toulouse, au lieu de la 21me, son quartier-général à Perpignan.

Il est encore indiqué dans la statistique, que les chevaux de la Cadage sont fort estimés : grand commerce de céréales, pêche et préparation en grand du thon ; il est probable que l'auteur de cet article a pris la Cadage pour la Cerdagne, et notre côte pour une autre.

Passons à la partie historique.

L'auteur de la carte parle dans ce chapitre d'une vieille mosquée, des restes de l'ancienne ville de Ruscilla pour Ruscino : il aurait dû nous dire dans quel arrondissement se trouve cette vieille mosquée ; car nous sommes sûrs, nous, qu'elle n'existe nulle part sur le sol roussillonnais. L'église de Planés, par la forme singulière de sa construction, a été prise pour une mosquée par des touristes, et il est fâcheux que l'auteur de la carte ait adopté sans examen cette opinion erronnée, car il aurait évité une bévue.

Et dans l'article : hommes célèbres, combien d'erreurs ne commet-il pas ? Il est prouvé que le troubadour Pierre de Corbiac n'est pas roussillonnais, et cependant il en fait un de nos compatriotes ; puis, si l'auteur avait bien copié, il n'aurait pas écrit Bistorls pour Bistors, Dombriol pour Dom Brial, Jaubert de Passu pour Jaubert de Passa, Jules Tastu pour Joseph Tastu ; il n'aurait pas donné à Jean Blanca une célébrité que l'histoire lui refuse. Nous lui reprocherons encore de citer des hommes vivants : c'est placer la modestie de ces derniers dans une position fausse ; c'est manquer aux convenances, surtout lorsqu'on oublie : le théologien Gui de Perpignan, le savant chimiste Anglada, le poète Carbonnell, le sculpteur Boher, le lieutenant-général du génie Bon-Berge, etc.

Tel est, Messieurs, l'exposé de l'examen qui a eu lieu sur la carte de notre département, exploitée par MM. Dussilon, Fremin, Donnet et Levasseur, exécutée par Malo et Labanier, ouvrage qui nous a été présenté sous les auspices de M. Giraudeau de Saint-Gervais. Cette carte a été autorisée, le 26 février 1841, par le Conseil royal de l'Instruction publique, et recommandée aux Recteurs des Académies par le Grand Maître de l'Université, qui a adopté son emploi dans les collèges et institutions dépendant du gouvernement.

Malgré de semblables précédents, il importe, Messieurs, que la Société suive la voie qui lui est naturellement tracée pour signaler cette nouvelle exploitation à ses concitoyens, afin que les industriels soient désormais persuadés que la province peut distinguer le vrai mérite, et se prémunir contre le brillant dont on entoure souvent les mauvaises productions.

 


© S.A.S.L. des P-O.
Ce rapport a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, p.241-248.