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Copyright Aspirateurs | M. Caffe, rapporteur
S'il est vrai, comme l'ont écrit tous les économistes, que la gloire, la richesse, l'illustration d'un pays sont en raison directe de son industrie, nous devons être profondément humiliés du rang que nous occupons dans la famille industrielle.
En effet, à quelques légères exceptions près, le département des Pyrénées-Orientales est totalement dépourvu de fabriques. Cela tient-il au climat, au sol, à l'esprit des habitants ? Evidemment non, car le climat est le plus doux de France, le sol est le plus fertile, et les habitants sont doués d'une vivacité d'imagination qui développe au plus haut point leur aptitude pour toutes choses. Serait-ce une population trop peu nombreuse ? Nous ne le pensons pas. Les bras se transplantent facilement et prospèrent d'autant mieux qu'ils n'ont point à réagir contre une nature marâtre.
Mais alors pourquoi le Nord a-t-il vaincu le Midi ? Pourquoi l'homme, si jaloux de son bien-être, a-t-il choisi des régions si âpres, où, pendant six mois de l'année, il lutte contre l'intempérie des saisons, où la vie animale est plus chère, où le pays est déshérité de ce précieux fruit de la vigne, source de vie qui multiplie les forces du travailleur ? Serait-ce que nous sommes dépourvus de ces deux éléments de force, le fer et la houille, puissances souveraines de toute in-dustrie ? Mais le fer, nous en avons en abondance et de la meilleure qualité ; quant à la houille, la mer, qui est à nos portes, nous donne toutes les facilités d'en obtenir à bon marché.
C'est donc un sujet de profonde méditation que l'un des plus beaux pays de cette noble France soit infécond pour l'industrie, quand elle pourrait y prospérer avec succès. Toujours est-il que, placé sur les frontières d'Espagne, assis sur les rivages de la Méditerranée, notre département pourrait être appelé aux plus hautes destinées commerciales, si les capitaux étaient plus intelligents.
Ces réflexions nous ont été suggérées par l'examen que nous avons fait de l'art céramique dans le pays. Jamais art n'a été plus entièrement livré à la routine et à l'imperfection. Nos poteries sont des produits grossiers de forme et de matière. Lorsqu'en tous lieux on s'applique à mieux faire, nous sommes restés, ici, au dessous des limites du passable. Si nous remontons l'échelle des temps, nous verrons que nos ancêtres faisaient peut-être mieux que nos contemporains.
Aussi avons nous le regret de vous proposer de remettre au concours de l'année prochaine le prix que vous aviez réservé pour cette branche d'industrie.
Il est un autre art céramique qui consiste à fabriquer en terre cuite les briques, tuiles, carreaux de toutes dimensions et de toutes formes. Depuis quelques années, cet art a fait des progrès manifestes, et plusieurs concurrents se sont mis sur les rangs pour obtenir l'honorable distinction que vous avez votée. Néanmoins, à l'exception d'un seul briquetier, nul n'a atteint le point de perfection que l'on serait en droit d'exiger anjourd'hui. Cet art se continue avec les mêmes conditions défavorables d'autrefois.
La construction du four, la cuisson de l'argile se pratiquent d'une manière déplorable. Aucun des nouveaux engins n'a été introduit dans les ateliers ; ce qui explique le tribut que nous payons encore à Marseille, Trèbes, Narbonne, pour les carreaux perfectionnés. Il serait facile d'obtenir des produits analogues en tamisant les terres, en faisant un choix intelligent de leurs qualités diverses, et surtout en fabriquant les briques et carreaux par compression, soit au moyen de presses à vis, soit par l'action très puissante de la presse hydraulique.
Depuis trente ans, l'on voit, dans les briqueteries un peu soignées, des presses à vis, au moyen desquelles on moule par compression. Les briques y prennent toute sorte de formes, elles sont toutes d'une exécution parfaite, à angles vifs ; leur surface est fort unie et très lisse ; enfin elles conservent à la cuisson tout leur poli et toute leur régularité.
C'est ici le cas de signaler une amélioration qu'il serait facile d'introduire dans les dimensions de la brique, afin de les mettre en harmonie avec le système décimal. Les règles de la bonne construction exigent une retraite de dix centimètres par étage : on ne peut l'obtenir avec les dimensions actuelles, à moins de fractionner la brique, opération longue et dispendieuse. Aussi, dans la pratique ordinaire, passe-t-on subitement de l'épaisseur de Om 66 à celle de 0m 44 et 0m 22 : ce qui donne bien souvent, sans avantage, des dimensions sans proportion à la base des édifices et de beaucoup trop faibles au couronnement.
Nous pensons donc qu'il serait convenable de fabriquer des briques de trois dimensions, savoir : | De 0m 20c | sur 0m 10c | | De 0m 30c | sur 0m 15c | | De 0m 40c | sur 0m 20c |
en laissant les épaisseurs égales.
On pourrait alors construire une maison, dont la base jusqu'au premier étage aurait Om 60 d'épaisseur, du premier au deuxième 0m 50, du deuxième au troisième Om 4O, du troisième au quatrième 0m 30.
Nous avons dit que des perfectionnements seraient à désirer dans la construction des fours et dans le mode de cuisson ; aujourd'hui, il est parfaitement démontré que l'on peut cuire les briques à la houille, avec le charbon de Tuchan, et que l'économie pourra s'élever aux quatre dixièmes.
Tous ces détails, Messieurs, étaient nécessaires pour vous faire comprendre l'étendue des améliorations introduites par M. Comte dans l'art du briquetier. Avant lui tout se faisait comme nous avons eu l'honneur de vous le décrire. Aujourd'hui, grâces aux perfectionnements de sa fabrication, nous ne serons plus tributaires de Trèbes, ni de Narbonne, et ses produits, s'ils ne sont pas supérieurs à ceux provenant de ces localités, leur sont au moins égaux, et surtout moins chers.
Mais là seulement ne se sont pas bornées les importations de M. Comte : son plus beau titre, celui pour lequel nous appelons sur cet industriel les encouragements de notre Société, c'est d'avoir introduit, dans le pays, de nouveaux échantillons architectoniques, qui déjà embellissent plusieurs de nos maisons.
L'art céramique a fait, dans ces derniers temps, une conquête précieuse ; et Toulouse, cette illustre capitale du Languedoc, l'a vue naître et se développer sur une large échelle. Il n'y a pas un de vous, Messieurs, qui, en visitant cette grande cité, n'ait été frappé de la beauté de ses constructions en brique, et surtout de cet heureux emploi d'ornements en terre cuite, qui décorent l'intérieur et l'extérieur de ses édifices : c'est là une révolution qui a changé la physionomie de Toulouse.
M. Comte est non seulement un ouvrier habile, mais encore un théoricien distingué, qui raisonne son art avec l'aptitude la plus complète. Son exploitation est montée sur une échelle très étendue ; tandis que plusieurs ouvriers travaillent à la grosse brique, à la rajolle, à la barcelonine, à la brique à couvrir, à la tuile ordinaire, à la tuile à la romaine, pour les appuis des terrasses, à la brique pour voûtes et puits, montants de portes et fenêtres, avec fouillures et évasements, d'autres ouvriers, abrités sous de vastes hangars, façonnent des briques carrées, hexagones, façon Narbonne et façon Marseille ; enfin, l'argile, sous des mains exercées, prend la forme de chapiteaux de divers ordres, de cimaises, de tailloirs, de larmiers, de quart-de-ronds, de gorges, de denticules, de tores, d'astragales, de modillons, de consoles, de balustres, dont les divers échantillons sont étalés sous vos yeux.
La Commission dont je suis l'organe estime que M. Comte a mérité la médaille d'argent que vous avez destinée au fabricant qui présenterait les plus beaux produits en objets de construction, et vous propose, à l'unanimité, de lui décerner cette médaille. © S.A.S.L. des P-O. Ce rapport a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, p.270-274. |