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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
des Pyrénées-Orientales


Le docteur Albert Donnezan

 

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Chaque année, la mort vient frapper à coups redoublés dans les rangs de la Société ; cette fois, c'est la tête qu'elle a fauchée en lui enlevant son Président, le docteur Albert Donnezan, terrassé en quelques jours par une maladie impitoyable.

Pendant plus de quarante ans, le docteur Donnezan a exercé la médecine à Perpignan. Ce n'est pas ici que son éloge est à faire au point de vue médical ; cet honneur revient de droit à la Société des Médecins des Pyrénées-Orientales, dont il fut longtemps le Président, puis le Président d'honneur. Ici, il faut retracer sa carrière scientifique extra-médicale ; il faut dire les services qu'il a rendus à la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales et à la Science en général.

Né à Perpignan le 14 octobre 1846, le docteur Donnezan fut admis comme membre de la Société en 1872 ; il entra aussitôt dans la Section des Sciences et fut chargé la même année de faire un rapport pour résumer les travaux de cette Section ; ce rapport le fit remarquer suffisamment pour qu'il fût proposé et élu secrétaire de cette Section.

En 1877, 1878 et 1879, il fut encore chargé de ce résumé, tâche ingrate et difficile, pour lequel ses connaissances générales l'indiquaient tout particulièrement.

Lorsque les fonctions de Directeur de la Section devinrent vacantes, ce fut à l'unanimité qu'il fut acclamé, et de 1885 à 1909, il a dirigé les séances de cette Section avec une maîtrise qu'ont appréciée tous ceux qui, nombreux, ont assisté à ces réunions qu'il savait rendre intéressantes, même à des auditeurs que certaines questions ardues auraient pu laisser froids. Quand les séances semblaient manquer de questions à traiter, il avait toujours quelque chose de nouveau à apporter. Paléontologie, archéologie, histoire locale, tout lui était bon pour intéresser son auditoire, provoquer des discussions sur ces sujets et animer ainsi nos réunions. Il a de cette façon fait naître chez plusieurs le goût des recherches scientifiques et réveillé chez d'autres l'amour du travail qui s'endormait, faute d'excitation. Par lui, la Section des Sciences a vécu d'une vie active pendant plus d'un quart de siècle et le contre-coup en a rejailli sur la Société toute entière. Quand les agitations agricoles eurent cessé, que le calme eut succédé à l'orage, la Société se renferma dans son rôle de société savante. Le Président des jours de combat, M. Prosper Auriol, voulut rentrer dans les rangs. Alors le docteur Donnezan fut élevé à cette place où il a continué à diriger la Société avec son entrain habituel.

C'était en 1909. Ce ne fut pas, hélas ! pour bien longtemps. Cinq ans à peine et la mort nous l'a enlevé. Mais son souvenir reste pour toujours dans la Société et les traces de son passage sont suffisantes pour que les générations futures des membres qui ne l'auront pas connu puissent encore l'apprécier à sa valeur.

Le docteur Donnezan était Chevalier de la Légion d'Honneur, Officier d'Académie, Commandeur de l'Ordre du Christ de Portugal, Médaillé d'Honneur des épidémies et décoré de la Société de Secours aux blessés. Docteur en médecine, titre qu'il affectionnait avant tous, il était correspondant du Muséum d'Histoire naturelle de Paris, membre de la Société de Géologie, de la Société d'Anthropologie de Lyon, de l'Association française pour l'avancement des Sciences, de la Société française d'Archéologie, inspecteur des sites et monuments historiques de France, médecin de l'Assistance publique, de l'Asile des vieillards, de l'Administration des Haras, directeur du service de santé départemental de la Croix-Rouge, professeur du cours départemental d'accouchement, membre du Conseil central d'Hygiène du département, président du Comité départemental de protection des enfants du premier âge, président d'honneur de la Société des Médecins des Pyrénées-Orientales et de la Société d'Archéologie en formation à Perpignan.

Entre temps, il avait obtenu une médaille d'or pour services rendus pendant les épidémies, une médaille de vermeil de la Société française d'Archéologie, une médaille d'argent de l'Académie de Médecine, une médaille d'argent de première classe pour la protection des enfants du premier âge, une médaille d'or de la mutualité.

Le docteur Donnezan a publié dans les divers bulletins de notre Société des articles fort intéressants, mais que nous aurions voulu plus nombreux. Malheureusement, ses occupations médicales lui laissaient peu de liberté et il était obligé de prendre sur ses nuits pour écrire. Nous relevons dans les bulletins, outre les rapports scientifiques cités plus haut, les travaux suivants : 1885, Découverte de fossiles ; 1890, Découverte de nouveaux fossiles au Serrat d'en Vaquer ; 1891, Nouvelle découverte de fossiles aux environs de Perpignan ; 1892, Notes sur quelques sépultures du Roussillon ; 1893, Découverte du Mastodon Borsoni en Roussillon ; 1895, Grotte d'Estagel ; 1901, Communication sur la tuberculose ; 1905, Note sur le Château royal et le Puits de Sainte-Florentine ; 1907, Note sur le vieux Perpignan ; 1911, Note sur les fouilles de Château-Roussillon.

En dehors des Bulletins de la Société, il avait publié : 1885, Le musée régional de Perpignan ; 1894, Découverte de vertébrés fossiles à Perpignan (dans le bulletin de l'Association française pour l'avancement des Sciences) ; 1907, Les fouilles des cavernes et les monuments mégalithiques du Roussillon (au Congrès archéologique de France session de Perpignan).

Le docteur Donnezan etait collectionneur dans l'âme. Monnaies, armes, livres, pierres tombales, fûts de colonnes, il recueillait tout et classait tout avec amour. Mais c'est surtout à la Paléontologie qu'il donna ses soins. Il ne se faisait pas la plus petite tranchée qu'il n'y allât voir ; on le savait et on le prévenait dès qu'on trouvait la moindre chose ; les ouvriers étaient sûrs d'en être récompensés. Ainsi trouva-t-il aux environs de Canet une remarquable collection de poteries ; ainsi, sur l'emplacement de la gare d'Estagel, découvrit-il une caverne préhistorique contenant des crânes humains, des os de renne, des aiguilles en os et autres restes d'une lointaine habitation humaine. Mais c'est le Serrat d'en Vaquer qui fut le grand théâtre de ses recherches. Là, en 1887 et pendant plusieurs années, il fouilla à ses dépens tout le terrain que lui livrait le Génie militaire. C'est là qu'il trouva des débris qu'il fit porter chez lui, chargés avec soin sur des tombereaux, et qu'il reconstitua avec une patience inouïe la plus belle pièce qu'on put rêver, une tortue gigantesque, dont il fit don au Muséum de Paris et qui fut appelée Testudo Perpiniana. Le Muséum en a fait faire un moulage qui est exposé au Muséum d'Histoire naturelle de Perpignan.

Au Serrat encore, il reconstitua le Paleorix boodon, l'Hipparion, des singes, des renards, des empreintes de poissons et de plantes, toute la flore et la faune préhistorique du Roussillon.

Quelle patience, que de nuits passées représentent tous ces travaux ! Et le matin, heureux de son travail de la nuit, le docteur Donnezan reprenait ses visites à ses malades, sans que parût la moindre fatigue de ses sens.

A ce genre de vie, les plus vaillants s'usent vite, et notre ami, malgré sa robuste constitution, avait déjà plusieurs fois ressenti des atteintes sérieuses. Mais la crise une fois passée, il n'y songeait plus et reprenait son train de vie habituel. La maladie qui le guettait est revenue à la charge et l'a brisé. Il est mort en plein travail, avec toutes ses facultés, comme un soldat sur le champ de bataille. Sachant ce que valent les oraisons funèbres que l'on prodigue actuellement le plus à ceux qui le méritent le moins, il ne voulut pas qu'il fût prononcé de discours à ses obsèques ; mais aucun discours n'aurait été plus éloquent que la foule qui l'accompagna à sa dernière demeure ; tout le monde était là, riches et pauvres, tous unis au chagrin de sa famille, pour laquelle cette manifestation de sympathie a été un adoucissement au deuil qui la frappe ; la Société Agricole, Scientifique et Littéraire prie Madame Donnezan et sa famille de recevoir ici l'expression des regrets profonds de tous ses membres et leurs condoléances les plus sincères.


© S.A.S.L. des P-O.
Cette notice nécrologique a été publiée dans le volume LV du Bulletin de la SASL, 1914, pp.425-430.