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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
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Rapport sur l'Ebénisterie

 

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M. le baron Guiraud de Saint-Marsal, rapporteur

De concert avec M. Tignères, membre de la Commission chargée de faire un rapport sur les ouvrages d'art présentés au concours, nous avons examiné avec attention et dans tous ses détails, un secrétaire en bois de noyer, plaqué sur chêne et orné de filets et de pièces de marqueterie. Ce joli meuble a 1m 50 de hauteur, sur 0m 80 de largeur. Ses formes sont élégantes, suivant le goût du jour ; car en fait de meubles, il faut sacrifier à la mode. La base et le couronnement en doucine, le contour creusé en gorge, les coins ronds de la corniche composent un ensemble qui plaît et que relève la beauté du placage, dans lequel sont incrustés des filets en cuivre et en étain, de coupe carrée, posés dans le bois en lignes droites, ou formant des noeuds réguliers et symétriques.

A l'intérieur, la fermeture qui s'abat est retenue par des croissants. Un petit pupitre, très commode, s'élève du milieu de la tablette : nous pensons qu'on peut perfectionner cette disposition en rendant le mouvement moins frêle. Le placage des tiroirs, en surface courbe, est formé de pièces triangulaires en bois d'ébène, citronier, palissandre, genévrier, etc., dont le contraste des couleurs fait un charmant effet. Deux consoles supportent le grand tiroir supérieur. L'élégance, la délicatesse du travail de tout l'intérieur ne nuisent pas à la solidité.

L'armoire du bas est simple, proprement travaillée, fermée d'un double verrou qu'une seule clef met en jeu. Il paraît que l'ouvrier qui a composé ce joli meuble y a ménagé cinq tiroirs à secret : ils seront indiqués à l'acheteur.

On remarque dans les placages un mode d'exécution ingénieux qui réclame, pour leur confection, de l'adresse et une pleine connaissance de l'art. - Une feuille entière se plie aux concavités prononcées, et s'y adapte parfaitement, comme sur les parties convexes. On regrette que les coins ronds soient nécessairement en bois plein ; il en résulte peu d'harmonie avec tout le reste du meuble.

Nous pensons que l'ouvrier qui a confectionné ce secrétaire, mérite des éloges et les encouragements que la Société se propose d'accorder. On doit le louer, d'ailleurs, d'être entré dans ses vues, et de l'avoir secondée dans ses efforts pour donner aux arts et à l'industrie une impulsion, un stimulant, vraie source du progrès. La Commission a vu avec peine que les ouvriers de Perpignan ne l'ont pas comprise et n'apprécient pas tout ce que peut produire une chaleureuse émulation. La Société s'étonnera sans doute comme elle, qu'ils restent froids et indifférents, lorsque, jalouse de les voir se placer au premier rang, elle apporte tant de sollicitude dans la recherche des moyens de leur créer un avenir prospère. Espérons qu'ils entendront mieux leurs vrais intérêts, et que la concurrence produira les résultats qu'on a droit d'attendre des ouvriers du Roussillon, lorsque la volonté répond à leur intelligence.

 


© S.A.S.L. des P-O.
Ce rapport a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, pp.268-269.