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«Quand on aspire à l'immortalité, c'est une grande avance que d'être Chrétien.» (Chateaubriand) Les songes du génie Descendent sur des fronts qui n'ont dans l'insomnie Qu'une pierre pour oreiller. (Lamartine) Il est pendant la nuit une heure, où le poète, Dont rien n'a révélé la grande mission, Sent la pensée, à flots, bouillonner dans sa tête, Sous le souffle puissant de l'inspiration.
Alors, délire, orgueil, fièvre de l'insomnie, Je ne sais quel pouvoir, quel brûlant souvenir, Evoque ces mortels, qui ceints de leur génie, Ont traversé les temps et conquis l'avenir.
En cercle, autour de lui, se pressent leurs phalanges, Et, gloires du passé, font briller à ses yeux, Depuis la lyre d'or des terrestres archanges, Jusqu'au hardi compas qui mesure les cieux.
Dans mes nuits sans sommeil, c'est ainsi que moi-même Je les vis couronnés de leur célébrité, Quand sur mon front obscur j'appelais le baptême Qui doit me faire un nom dans la postérité :
De leur gloire attributs, lyre, ciseau, palette Etaient les sceptres d'or de ces rois des beaux-arts, Qui venaient tour-à-tour, à mon coeur de poète, Inoculer le feu de leurs divins regards.
L'un d'eux... qu'il était beau de son profil attique Le contour et si doux et si noble à la fois ! Que son front était large et son oeil poétique ! Comme je tressaillis aux accents de sa voix !
L'un d'eux... un cordon noir tombant sur sa poitrine, Le bistre de son teint, au ton vivace et chaud, Tout d'un fils du Midi me disait l'origine ! Tout nommait à mes yeux... HYACINTHE RIGAUD !
Salut à toi !... dit-il,... poète !... de ton âme J'aime le noble orgueil : c'est ainsi que jadis L'insomnie a couvé sous ses ailes de flamme Et mes désirs de gloire et mes rêves hardis.
Il se tut,... et la nuit autour de moi fut sombre ; Mais sa voix dans mon coeur vibra longtemps encor, Ainsi qu'un chant lointain qui murmure dans l'ombre Et que la brise apporte, insaisissable accord.
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Il naquit sur tes bords, ô plage fortunée, Qui vois, chaque matin, un immense soleil, Devant lui projetant une ardente traînée, Surgir, arche de feu, d'un fleuve de vermeil,
Puis monter, et perçant la brume qu'il colore, Comme une écharpe d'or au reflet irisé, Se couvrir de rayons et de rayons encore, Foyer toujours brûlant et jamais épuisé !
Qu'ils sont beaux de ton ciel, ô ma terre natale, Et le bleu diaphane et l'azur étoilé !... Qu'ils sont vifs de tes soirs les longs reflets d'opale Qui frangent de nos monts le sommet dentelé !
Patrie où l'oranger, aux baisers de l'abeille, Livre sa blanche fleur au parfumé satin ! Où du vert grenadier, la corolle vermeille, Entr'ouvre aux pistils d'or ses lèvres de carmin !
Terre où la poésie à flots pressés ruisselle, Sois fière de RIGAUD !... De tes beautés épris, Ton nuage, pour lui, fut la vive étincelle Qui sous un ciel glacé réchauffa ses esprits !...
Oui, son coeur traduisait avec idolâtrie Les souvenirs aimés de son premier berceau, Lorsque teintes, soleil, beau ciel de la patrie, Il reproduisait tout sous son divin pinceau.
Voyez sur cette large toile, Par la Foi chef-d'oeuvre inspiré, Resplendir, ainsi qu'une étoile, La Croix, symbole vénéré ! Voyez, par les mains d'un Génie, Cet or à l'empreinte bénie Offert, vivante allégorie D'un pardon qui vient nous chercher ! Tandis que, figure immortelle, Un Ange garde la truelle Qui bâtit l'Eglise éternelle Sur l'inébranlable rocher.
Pourquoi ce prince de l'Eglise, Assis sur le trône papal, Tient-il le marteau d'or qui brise Les autels impurs de Baal ? Son oeil plein d'une chaste ivresse Sur la Croix se fixe sans cesse, Sa lèvre sourit d'allégresse, Le bonheur rayonne à son front : C'est qu'il va, saint dépositaire Du plus grand pouvoir de la terre, Ouvrir l'époque salutaire De l'indulgence et du pardon.
D'autres, de cette page sainte, Suivront d'un profane regard Le dessin, l'ensemble, la teinte ; Pour eux, ce n'est qu'un objet d'art. RIGAUD, le siècle est trop frivole Pour comprendre cette auréole Dont tu couronnas le symbole De la croyance et du salut ! Cet or, à l'image mystique, Cette truelle symbolique, Ne sont pour les yeux du sceptique Qu'un ornement, qu'un attribut.
Oh ! plus grande était la pensée Qui guidait ta savante main ! Et retraçait ineffacée La pompe du culte divin ! Alors qu'une mère adorée Venait dans l'enceinte sacrée Guider ton enfance enivrée Des chants, des parfums du Saint-Lieu ; Et que, déployant ses bannières A l'éclat de mille lumières, L'Eglise et la foule en prières Chantaient les louanges de Dieu.
Le Temple, du parvis au cintre, Brillait d'un luxe oriental ; Car alors tel était, ô peintre, Le culte du pays natal... Alors la Foi, regard de l'âme, Voyait sur des ailes de flamme Et la prière et le cinname Monter aux pieds de l'Eternel ; Mais, puissance trompeuse et vaine, Aujourd'hui la raison humaine Etend son orgueilleux domaine Jusqu'aux mystères de l'autel.
Le sophisme a mis en problème L'âne et son immortalité ; Aux yeux du peuple le Baptême N'est plus qu'une formalité ; Aussi pas un nom sur la houle De ce flot humain qui s'écoule Ne surnage... et de cette foule Rien ne doit survivre à l'oubli ; Car, pour léguer une mémoire Toute rayonnante de gloire, Il faut espérer, il faut croire : Et la croyance a bien faibli...
Moi, j'ai gardé la Foi bénie, Vierge de tout contact impur ; Aussi la nuit, divin Génie, Tu viens près du poète obscur ; RIGAUD ! ... je veux, sous ton égide, A mon front, de rayons avide, Ceindre une auréole splendide, Et, comme toi, dans l'avenir Me faire un nom que rien n'efface ; Car tu l'as dit à mon audace : La gloire a toujours un espace Ouvert aux soleils à venir. © S.A.S.L. des P-O. Ce poème a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, p.290-294. |