Historique Personnalités Bureau actuel Bibliothèque Conférences Cotisations Bulletin 2007 Publications en vente
Bulletins Tables de recherche Autres articles
Echanges académiques
Ecrivez-nous Recherchez
Copyright Aspirateurs | M. Falip, ingénieur-géomètre
J'ai présenté, le 15 mai 1838, au Conseil-Municipal de notre ville, un projet d'agrandissement et d'embellissement pour la ville de Perpignan, par la réunion de la Ville-Neuve, et la suppression de l'ancienne et faible enceinte longeant la rivière de la Basse. Ce projet, accueilli à l'unanimité par le Conseil-Municipal, présentait dans son exécution, non seulement un aspect favorable à la ville, mais il contribuait encore à faire obtenir à notre classe laborieuse, un travail continu pendant un grand nombre d'années : c'est dans ces vues, Messieurs, que j'ai essayé de me rendre utile à mes concitoyens.
Je n'ai pas la prétention de vous entretenir, aujourd'hui, des nombreux avantages qui pourraient résulter de la réunion de la Ville-Neuve à la ville ; ils sont connus et détaillés dans l'exposé qui est joint aux plans dressés et déposés dans les cartons de la Mairie. Une nouvelle question s'agite au Conseil-Municipal ; deux problèmes sont en présence : il s'agit de l'étude de deux projets pour alimenter des fontaines, l'un présenté par M. Léo Dupré, l'autre par M. Fauvelle.
Vous me permettrez, Messieurs, d'aborder cette question, non pour exposer des objections au projet conçu par M. Fauvelle, qui paraît présenter la solution de l'exigé, relativement au volume des eaux ; encore moins contre celui de M. Léo Dupré : examiné sous le rapport de l'économie, ce dernier est à peu près semblable au projet que j'ai présenté au Conseil-Municipal, pour la réunion de la Ville-Neuve à la ville de Perpignan.
La situation du réservoir pour l'alimentation des fontaines est la seule différence qui existe entre le projet de M. Léo Dupré et celui présenté en 1838 ; ce sera donc sur le choix de la localité que je vous entretiendrai, en vous faisant part des motifs qui m'ont déterminé à choisir le local Girone, appartenant à la ville, préférablement à tout autre emplacement.
Dans le projet de 1838, je proposais de faire construire, au local Girone, un réservoir de 5 à 6 mèt. au dessous du sol de la rivière de la Basse, afin d'y attirer toutes les eaux des filtrations qui coulent dans les fossés et celles provenant des rivières de la Tet et de la Basse ; j'ajoutais que l'on pourrait augmenter le volume des eaux, en perforant, aux environs et particulièrement dans le jardin, quelques puits artésiens de peu de profondeur. D'après les observations qui ont été faites sur les puits des Tanneries, il résulte que quelque endroit que l'on choisisse pour perforer, si l'eau n'est pas jaillissante, elle s'élèvera à 1m 50 en contre-bas des affleurements du sol actuel : nul inconvénient alors de construire, à chacun des puits, un canal de conduite à 2m de profondeur, depuis la partie forée jusqu'au réservoir, afin d'y déverser les eaux provenant des filtrations.
Les eaux étant ainsi réunies dans le réservoir, seraient élevées, par une machine hydraulique ou à vapeur, pour être distribuées, en fontaines et plumes d'eau, dans les Tanneries, le lavoir public, les hôpitaux, le collège, le boulevard, la promenade, sur les quais et dans l'intérieur de la ville.
Tel est, Messieurs, le projet concernant les fontaines et les moyens succincts indiqués dans l'exposé du projet de 1838.
J'ai été entraîné dans le choix des localités par de puissantes considérations ; pour en saisir les avantages, elles doivent être développées : c'est ce que je vais essayer de faire.
Si du point de réunion entre la Tet et la Basse, l'on remonte le terrain enclavé par ces deux rivières, jusqu'aux élévations qui limitent le bassin d'Orle, l'on remarquera que le sol s'élève sur une pente peu sensible, et forme, en s'éloignant, un bassin assez considérable, dont une grande partie est traversée par de nombreux canaux d'irrigation ; les filtrations qui s'opèrent sur cette étendue, entre la terre végétale et le tuf, se dirigent vers la ville, ensuivant une faible pente, à peu de profondeur, et parallèlement au sol. Le bassin de réception a lieu sous le sol des Tanneries, où il existe une nappe d'eau, formée par la jonction des filtrations des deux rivières, laquelle s'oppose aux filtrations qui coulent du bassin d'Orle, les comprime et les force de surgir au dessus du sol des fossés de la Ville-Neuve.
La nappe d'eau qui existe sous les Tanneries paraît incontestable ; elle peut être reconnue d'abord par l'abondance des eaux des puits, qui s'élèvent, sur toute la superficie, à la même hauteur ; puis par la source qui a contrarié longtemps les opérations d'art du pont à écluse, qui n'a été comprimée qu'à la faveur du jeu incessant de quatre vis d'Archimède ; par une autre source, très abondante, découverte postérieurement, laquelle est encore protégée par une bâtisse voûtée, et qui servait, avant le rehaussement du terrain, à alimenter la ville, sous la désignation de la fontaine del Toro. Une nouvelle tranchée, pratiquée par le sieur Llombart, est encore une preuve de la puissance des filtrations sur cette localité. Le sieur Llombart, ne possédant pas la quantité d'eau nécessaire pour créer une nouvelle industrie, eut l'idée d'approfondir son puits ; mais l'ouvrier qui opérait, à 3 mètres au dessous du sol, sur une espèce de marne mouvante, s'effraya du danger imminent de sa position. L'approfondissement fut abandonné et remplacé par une tranchée de 12 mètres de longueur sur 1 mèt. de largeur, construite à partir du sol du puits, se dirigeant vers la Basse, distante de cette rivière de 5 mètres, plus élevée de l'étiage de 1m 50. Ce moyen a complètement réussi ; le sieur Llombart possède maintenant, à l'aide d'une machine hydraulique, le volume d'eau nécessaire pour réaliser son industrie ; lequel volume a été évalué, aux diverses époques de l'année, comme il suit :
| Du mois de juin au mois d'octobre | 29.400 litres par jour | | Du mois d'octobre au mois de décembre | 37.800 idem | | Du mois de décembre au mois de juin | 50.400 idem |
Le sieur Marty, fabricant tanneur, désirant construire, il y a peu de temps, un bassin, au centre de son jardin, pour y déverser des eaux provenant du ruisseau des Tanneries, a creusé un fossé de 1m 50 de profondeur : tout aussitôt l'eau a reflué avec abondance ; la quantité qu'il en tire lui suffit aujourd'hui pour arroser son jardin ; et le bassin mis à sec, au moyen d'une pompe, se renouvelle dans très peu de temps.
Une considération très importante, qui démontre l'existence de la nappe d'eau sous le sol des Tanneries, s'offre encore tontes les fois que les deux rivières s'exhaussent, par l'effet des crues que provoquent nos inondations : on observe alors que la pesanteur spécifique des courants des deux rivières fait surgir, sur le sol des Tanneries, les eaux des filtrations, non seulement dans les jardins, mais encore dans les habitations.
La bonne qualité des eaux de filtration, provenant du bassin d'Orle et des rivières, ne peut être contestée ; plusieurs sources qui en dérivent, telles que la fontaine d'Amour, celle de la métairie-Joubert, la fontaine St.-Martin et l'ancienne fontaine de St.-Félix, sont autant de preuves que l'on ne peut révoquer.
Le point le plus favorable pour obtenir des eaux de filtration pour alimenter la ville, serait, sans contredit, le fossé de la Ville-Neuve. Une tranchée qui s'appuyerait en même temps, par ses points extrêmes, sous la rivière de la Basse et celle de la Tet, s'emparerait de toutes les filtrations provenant du bassin supérieur d'Orle, et de celles que l'on obtiendrait des deux rivières ; le lit de la Tet, comme lit de déjection, où l'eau ruisselle par une infinité de canaux souterrains, fournirait une telle abondance, que l'épuisement serait impossible. La tranchée pourrait être construite de manière à former un déversoir dans le local Girone, où un grand bassin serait pratiqué, 4 ou 5 mètres au dessous de la rivière de la Basse ; dans ce bassin l'on dirigerait la source trouvée au pont à écluse et celle dite del Toro.
Les eaux de la tranchée, ainsi que celles des sources, étant ainsi réunies dans le bassin, on pourrait les utiliser au moyen d'une machine hydraulique, ou d'une pompe à feu, qui les élèverait sur un château-d'eau, plus élevé que le rempart ; elles seraient ensuite dirigées dans la ville, soit par syphon ou par conduit en verre ou en poterie, qui longerait la partie culminante du rempart, pour être distribuée, par divers canaux, sur les divers quartiers de la ville. On pourrait ménager, dans la construction du canal de ceinture, un moyen pour diriger, à volonté et instantanément, dans des cas d'incendie, toute la masse des eaux sur différents points. La hauteur qui résulterait de la partie culminante du rempart, comparée â l'intérieur de la ville, pourrait servir, avec avantage, pour favoriser nos fontaines.
Une très grande économie pourrait résulter de l'emploi d'une machine hydraulique, qui mettrait en mouvement quelques corps de pompe à jets continus : celle présentée à la Société par le sieur Joucla donnerait plus de 2.500 litres d'eau par minute ; elle pourrait fonctionner , pendant neuf mois de l'année, par le secours du ruisseau des Tanneries, qui présente la pente nécessaire, et dont on augmenterait le volume d'eau : une pompe à feu fonctionnerait seulement pendant le temps de disette.
Telles sont, Messieurs, les réflexions que je soumets à vos connaissances ; je me fais un devoir de vous les communiquer, dans l'intérêt de la ville.
Je joins à ces observations le plan des lieux et celui des machines hydrauliques. © S.A.S.L. des P-O. Cet article a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, pp.223-228 |