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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
des Pyrénées-Orientales


Saint-Antoine de Galamus et Notre-Dame de Consolation

 

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M. Joseph Sirven, membre correspondant de plusieurs sociétés littéraires

I

Les Pyrénées-Orientales, favorisées par un beau ciel et par leur position topographique, entre la Catalogne, les départements de l'Ariège et de l'Aude d'un côté, et la mer Méditerranée de l'autre, possèdent, outre des monuments historiques qui ont échappé aux ravages du temps et à la hache du vandalisme, plusieurs ermitages offrant aux touristes des sites admirables : tels sont ceux de Saint-Antoine-de-Galamus (1), de Notre-Dame-du-Coral (2), de Font-Romeu, de Notre-Dame-de-Consolation (3), etc. - Presque tous sont sous l'invocation de la Vierge, de cette mère des anges, qui résume en elle toutes les grâces, toutes les perfections, et qui, comme une étoile protectrice, nous guide dans le sentier de la vie et nous en signale les écueils. Ces sites, dignes d'exercer le pinceau de l'artiste à l'imagination poétique, ont acquis une célébrité que le temps n'a fait qu'accroître ; ils sont encore embellis par de délicieux ombrages et des fontaines aux eaux cristallines et pures. La population Roussillonnaise, après les travaux de la moisson, et avant que ceux de l'automne commencent, visite annuellement ces ermitages, et va goûter, sous les voûtes parfumées des tilleuls séculaires, une fraîcheur que ne peut plus lui donner la plaine, dévorée qu'elle est par les feux de la canicule.

Nos pères élevèrent ces monuments dans une pensée éminemment religieuse, et les placèrent, à cet effet, comme des nids d'aigles, au sommet des montagnes ou dans les vallées profondes, parce qu'ils pensaient que, livrée à la solitude et au recueillement, l'âme, n'étant pas distraite par les bruits du monde et les plaisirs terrestres, s'élève avec plus d'abandon vers le Créateur de toute chose. De nos jours, façonnés au joug du scepticisme et initiés à des idées nouvelles, notre foi s'est attiédie, et nous nous glorifions de notre indifférence. Nos pères se rendaient aux ermitages, les pieds nus, un rosaire et un bourdon à la main ; nous, nous visitons ces asiles de paix, moins dans un but religieux, qu'animés du désir de nous procurer des jouissances passagères...

II

L'ermitage de Saint-Antoine-de-Galamus est construit dans un lieu désert, sauvage ; son aspect inspire un vague sentiment de tristesse. Encaissé entre deux hautes montagnes, taillées à pic, au fond d'une gorge étroite et sombre, il voit rouler à ses pieds un torrent qui, dans son cours rapide, prend le nom de rivière. - L'entrée principale de la gorge est fermée par une grille de fer, et, lors même que cette grille se ferme sur vous, l'espérance guide vos pas et vous promet un heureux retour...

Parvenu à l'ermitage par un sentier, ayant, d'un côté, un précipice dont l'oeil ne sonde la profondeur qu'avec effroi, et, de l'autre, la roche abrupte et nue, on est tellement à l'étroit dans ce sanctuaire mystérieux, qu'il semble qu'on y manque d'air et de lumière : on y a froid... La chapelle est creusée dans les flancs du granit ; l'eau qui suinte de ses parois vous fait éprouver un malaise indéfinissable.

Et cependant, cette Thébaïde, cette belle horreur, comme aurait dit Chateaubriand, attire une grande foule, à la Pentecôte, foule si grande que souvent elle ne peut la contenir ; c'est qu'alors renaît la saison des fleurs, que la terre se pare comme en un jour de fête, et que du haut des monts d'où s'exhalent des parfums balsamiques, l'homme se plaît à saluer le réveil de la nature, et à rêver un avenir de gloire et de prospérité !...

III

Consolation présente au voyageur un contraste frappant avec Saint-Antoine-de-Galamus. En partant de Collioure, le sentier que l'on parcourt, tracé d'abord au milieu des vignes, ensuite dans le roc, s'élève insensiblement pendant une demi-lieue ; le vallon alors s'élargit, se développe, devient plus riant, plus animé ; et, quand vous êtes arrivé au terme de votre course, l'ermitage vous apparaît tout à coup, comme une oasis, avec ses terrasses élégantes, disposées en amphithéâtre, son église rustique, ses vastes locaux appropriés aux besoins des visiteurs, ses fontaines salutaires et abondantes, ses arbres séculaires servant de barrière infranchissable aux rayons du soleil. Plus de deux mille personnes peuvent là être à l'aise. Une brise douce et légère s'y fait régulièrement sentir ; jamais le vent impétueux du Nord ni le vent chaud du Midi n'ont pu y pénétrer. On éprouve, en y arrivant, une quiétude, un bien-être qui ont fait dire que si la mère du Sauveur devait se reposer quelque part sur la terre, c'est Consolation qu'elle choisirait.

Cet ermitage est placé dans un vallon délicieux, entouré de hautes montagnes d'un accès facile et tapissées de verdure ; mais sa vue est bornée du côté de la Méditerranée ; ce n'est que derrière l'église, au Nord-Est, à travers une échappée, entre deux pics, qu'on voit la mer sillonnée de voiles latines, la ville de Collioure, ses forts, son clocher à la forme arabes, ses côteaux couverts de vignes, produisant le Falerne du Roussillon, et la chapelle de Saint-Vincent, bâtie sur un écueil, au milieu des flots, comme un phare protecteur : vaste panorama dont l'imagination aime à reproduire l'image fidèle, alors que l'espace nous sépare de ces lieux enchanteurs.

Et puis, lorsque vous quittez Consolation, que vous dites adieu au vieil ermite, que vous retrouvez la plaine avec sa monotonie prosaïque, votre coeur se serre, le regret vous accompagne ; car il semble que c'est à l'ermitage de Consolation que vous voudriez passer une partie de votre vie, entre le ciel et lui !...

 


© S.A.S.L. des P-O.
Cet article a été publié dans le volume VIII du Bulletin de la SASL, 1851, pp.378-382.

 

(1)Cet ermitage, non loin de Saint-Paul-de-Fenouillet, arrondissement de Perpignan, au pied de la brêche que s'est ouverte l'Agly, à partir de 1482, fut colonisé pendant un siècle environ par des religieux Observantins.
(2) L'ermitage du Coral fut construit en 1260. - Coral, vieux mot catalan qui signifie chêne, arbre. La tradition populaire dit que cette vierge fut trouvée dans le coeur d'un chêne. (Annales de Catalogne)
(3) Consolation a été construit dans le XVIIe siècle ; en 1811 de grands embellissements y furent faits ; c'est de cette époque que datent les terrasses, les cuisines, etc.
(4) Ce clocher, en forme de tour, servait de phare avant 1642. L'église de Collioure, incendiée par les troupes Françaises, lors du siège de cette place, et démolie en 1675, a été élevée en 1684, tout joignant cette tour ou clocher. L'église ancienne était située au glacis du château.