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Note sur l'industrie sétifère dans le canton de Latour (P.O.)
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| Historique Personnalités Bureau actuel Bibliothèque Conférences Cotisations Bulletin 2007 Publications en vente Bulletins Tables de recherche Autres articles Echanges académiques Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | «Si le petit propriétaire joint à la culture du mûrier Le développement de nos mûriers vient de nous permettre un nouvel essai assez important à Bélesta, commune d'où dépend Caladroit. Les faits sont venus à l'appui de cette théorie que l'exposition de Bélesta est plus favorable à une éducation que celles de Latour, Millas et de toute autre localité située dans la plaine. Les cocons s'y sont trouvés supérieurs en qualité, comme en quantité. Cela se conçoit facilement, en présence de deux considérations : d'abord les mûriers du territoire montagneux de Caladroit, n'étant pas arrosés, végétant dans un sol léger et n'ayant pas autant à redouter les gelées et les rosées blanches (deux des plus fortes causes d'altération pour la feuille du mûrier), produisent, pour les vers à soie, une nourriture moins grasse, moins chargée de substances aqueuses non sétifères laquelle est, par ce fait même, moins indigeste. En second lieu, Bélesta, étant sur un point élevé, loin et au-dessus de tout cours d'eau, à l'abri du vent de mer par les montagnes qui l'en séparent, bien aéré sur les autres points, les miasmes du dehors et de l'intérieur des salles s'y trouvent à peu près annulés. Dans les autres magnaneries il faut, (et ce n'est pas partout et toujours facile,) se procurer une aération convenable. Bélesta jouit naturellement de cet avantage, grâce surtout à sa position topographique. Les habitants de ce village, qui ont été dressés à ce genre d'industrie, maintiennent, de même que ceux de Latour, la plus grande propreté dans leurs chambrées. Aussi le résultat d'un premier essai a-t-il été très remarquable, aux deux points de vue de la qualité et de la quantité des cocons. M. Mérou, maire de Bélesta et M. Pommès, ont obtenu chacun 45 kil. de magnifiques cocons jaunes, avec 30 gr. d'oeufs ; chez Baptiste Dauriac, 15 gr. ont rendu 27 kil. de cocons, non moins beaux ; preuve nouvelle que, moins on opère en grand, mieux on réussit. La comparaison de ce résultat avec celui qui a été constaté à Latour, ne saurait encore s'établir d'une manière bien exacte. Les éducateurs du chef-lieu de notre canton ont eu des succès très divers. Tel d'entr'eux a pu réaliser de 47 à 48 kil. de cocons avec 39 gr. d'oeufs ; tel autre, dans les mêmes conditions, n'a pu recueillir que 14 kil. En moyenne (1847-1848) 30 gr. ont rendu 29 kil. de cocons beaux et bons. Cet état de choses ne peut que s'améliorer. Une réussite complète dépend absolument de l'intelligence et des soins minutieux, donnés à une éducation. L'exposition des locaux doit sans doute entrer en considération ; mais une surveillance de tous les instants, la propreté, la ventilation, le choix de la feuille et l'intervalle régulier, mis entre les repas des vers à soie, sont des moyens infaillibles de succès. Mme veuve Marthe, et en seconde ligne MM. Bonnet et Conte leur ont dû l'avantage le plus marqué sur leurs concurrents. Un appartement de ville n'est pas mieux tenu que les locaux de ces éducateurs, et surtout que la modeste habitation de la pauvre Marthe. Il serait très essentiel de déterminer la proportion qui existe entre la feuille consommée et la quantité des cocons recueillis ; mais nos observations à cet égard n'ont pu encore se compléter. Nous avons bien essayé quelques éducations à mi-fruit ; mais, en cueillant la feuille de nos mûriers, on a négligé de la peser. Cette partie essentielle du service d'une magnanerie sera régularisée à l'avenir ; et c'est alors que nous pourrons établir la différence qui existe entre les éducations de Latour, pays où la feuille des mûriers est grasse et chargée d'une matière aqueuse, et celles de Bélesta où cette même feuille plus légère ne recèle pas de liquide nuisible aux vers à soie. Nous persistons à croire que Bélesta doit l'emporter. Le résultat, en 1848, a réellement été immense. Dans le département du Gard, le quartier par excellence de l'art séricicole, on ne saurait guère mieux faire pour le rendement, en proportion de la graine. Le vrai moyen d'en juger, c'est moins le coup-d'oeil que la filature. Forcé, cette année, par suite de la crise commerciale, de filer à Latour, nous pourrons apprécier, avec une certaine précision, le mérite des cocons de la campagne de 1848, en faisant d'ailleurs la part de l'inexpérience des fileuses, de l'imperfection de l'outillage, et de la mise en mouvement des métiers, montés presqu'à l'improviste. Le résultat ne serait-il pas à la hauteur de celui des Cévennes, la soie n'atteindrait-elle pas le même degré de perfection, qu'il ne faudrait pas se décourager pour cela. Il importe plus que jamais de profiter des conditions avantageuses que le Roussillon offre à l'industrie sétifère. La situation de certains cantons les met, à cet égard, au-dessus des communes les plus privilégiées du midi de la France, et même de quelques-unes des vallées des Apennins. Le département des Pyrénées-Orientales, dans un grand nombre de localités, est en effet tellement favorisé de la nature, qu'il a peu de chose à demander à l'art ; il n'a qu'à le vouloir pour devenir, par l'extension de la culture du mûrier et par l'observation des préceptes que nous allons indiquer, un des premiers départements séricicoles de France. La zone du mûrier n'est pas, comme celle de l'olivier, limitée à une assez petite distance de la mer. Le climat le plus favorable à sa végétation s'étend non seulement jusqu'à la zone du chêne blanc, mais encore jusqu'à celle où se plaît le châtaignier. Les terrains schisteux ou granitiques, ceux principalement où croissent les bruyères et les fougères sont ordinairement ceux qui donnent la feuille la plus propre à la production de la soie. Jetez de la graine de mûrier sur ces terrains ; et, dès que l'âge des arbustes que vous obtiendrez vous permettra d'y faire une éducation, vous serez sûr d'avance de pouvoir livrer de beaux produits aux fabriques de Nîmes et de Lyon. Sans doute l'art, enfant de l'observation, peut ici, comme en tout autre cas, venir en aide à la nature, et les résultats ne sont pas subordonnés d'une manière absolue au sol et au climat. Dans plusieurs contrées, on a réussi, au moyen de certaines modifications, à se procurer de riches cocons. Sous des températures bien différentes, les Français, établis à Berlin depuis la révocation de l'édit de Nantes, et M. Camille Beauvais à Paris, ont également bien réussi, de sorte qu'on peut dire qu'il se produit de la soie dans une grande partie de l'Europe ; mais, nous le répétons, le département des Pyrénées-Orientales est dans les meilleures conditions de succès. Nous sommes d'autant plus fondé à soutenir cette opinion que nous y avons remarqué l'absence d'un grand nombre de maladies, qui atteignent ailleurs les vers à soie, notamment de la muscardine, ce choléra de l'espèce bombycienne, que nous avons eu le bonheur de ne jamais constater dans le canton de Latour. Les affections morbides, qu'on remarque généralement en Roussillon, sont celles qui dérivent des feuilles trop aqueuses ou fermentées, des litières trop considérables, des vers tenus trop serrés, des transitions de température trop brusques, causes qui donnent quelques sujets malades, connus sous le nom de tripes, de gras et de porcs. Nos éducateurs, pour maintenir leur rang de supériorité, ne doivent employer que les oeufs qu'ils ont recueillis eux-mêmes ; ceux de provenance étrangère les exposent à perdre le fruit de leurs travaux, par l'introduction de quelque maladie inconnue parmi nous. Ils peuvent tout attendre de leur industrie, s'ils observent fidèlement les précautions suivantes, qui ne craignent pas le grand jour de la discussion ; car elles ont été confirmées par l'expérience. Nous les avons appliquées avec précision dans une pratique déjà ancienne et nous n'avons eu qu'à nous en applaudir. Les mêmes préceptes sont préconisés comme d'infaillibles moyens de réussite dans les départements du Gard, de l'Hérault et de l'Ardèche, comme dans les Etats-Sardes, à Novi, et dans les environs de Milan. Les éducateurs devront en conséquence :
Nous devons insister, en terminant, sur le soin qu'on doit apporter à la reproduction de la graine. Il faut d'abord être attentif au choix des cocons et ensuite rejeter impitoyablement tout papillon, si peu défectueux qu'il soit ; ne pas laisser épuiser les mâles en leur laissant monter plusieurs femelles ; le choix même de l'étoffe sur laquelle les oeufs doivent être déposés n'est pas une chose indifférente pour bien réussir. L'espèce des cocons jaunes du pays est bonne : chez quelques éducateurs elle a perdu son type primitif ; et elle est mélangée, ce que nous attribuons à la négligence qu'on a mise dans le choix des cocons de reproduction. Un minutieux triage les ramènera promptement à leur état normal. Nous aurons soin de faire connaître plus tard, s'il y a lieu, la suite de nos essais. Nous n'avons pas voulu tarder plus longtemps à apporter notre tribut à la Société, dont la sollicitude pour l'industrie sétifère s'est constamment manifestée. Notre ambition serait de faire suite, par ce modeste travail, à l'important rapport publié par la Société, en 1843, rapport dont un grand nombre d'exemplaires, distribués par les soins de M. le ministre la guerre, ont contribué à l'extension et à l'amélioration de l'art séricicole dans notre colonie d'Afrique. M. le marquis de Ginestous, membre résident © S.A.S.L. des P-O. Cet article a été publié dans le volume VIII du Bulletin de la SASL, 1851, pp.204-213. | |