Historique Personnalités Bureau actuel Bibliothèque Conférences Cotisations Bulletin 2007 Publications en vente
Bulletins Tables de recherche Autres articles
Echanges académiques
Recherchez
Copyright Aspirateurs | M. A.-Léon de Costa, rapporteur
De longtemps notre section littéraire n'avait eu à se prononcer sur une oeuvre aussi utile et aussi importante que celle de M. Mattes, sous-directeur de l'Ecole normale primaire de cette ville ; ouvrage remarquable par ses définitions claires et faciles, par un ordre méthodique rationnel et sans prétention, et surtout par cette couleur locale qui le rend de première nécessité pour la classe nombreuse et intéressante à laquelle il s'adresse.
Afin d'en rechercher l'esprit et la portée, traçons rapidement l'historique de l'établissement pour lequel il a été composé.
Déjà, depuis quelque temps, des ouvriers recevaient de MM. Béguin et Mattes des leçons gratuites de calcul, de géométrie-appliquée et d'orthographe. Ce premier service, limité à peu d'entr'eux, s'étendit bientôt à un plus grand nombre Ce fut alors, en 1841, que ces deux honorables professeurs donnèrent un nouveau témoignage de leur zèle â leurs compatriotes, en convertissant ces leçons privées en leçons publiques ; ils adressèrent, en même temps que les ouvriers, une demande à l'autorité municipale pour obtenir les frais d'éclairage : 200 fr. furent votés. La classe d'adultes fut bientôt organisée, et plus de soixante ouvriers répondirent au premier appel ; mais quarante-cinq seulement furent admis au cours, à cause de l'exiguïté du local. Les premières dépenses d'établissement furent supportées par les vingt premiers ouvriers, fondateurs de l'école, qui méritent aussi des éloges pour leur constante assiduité.
En 1842, M. Arago, notre illustre président-honoraire, visita cette classe, avec plusieurs conseillers-municipaux et la Commission de surveillance de l'Ecole normale. Notre savant compatriote, après avoir interrogé les adultes sur plusieurs parties de l'enseignement, manifesta sa satisfaction.
A la fin de 1843, cette classe acquit un grand développement, grâces à la sollicitude de la Commission de surveillance de l'Ecole normale, qui, pour étendre à notre population industrielle et agricole le bienfait de l'instruction primaire, a mis à la disposition de MM. Béguin et Mattes, toutes les salles de l'Ecole normale et le concours des élèves-maîtres : plus de trois cents hommes ont suivi à la fois ces leçons. Nous avons vu nous-même ces immenses réunions. C'est vraiment un beau spectacle de voir des hommes de tout âge, de tout métier, avides d'instiuction, aller assidûment s'asseoir sur les bancs de l'école, alors que les fatigues d'une journée laborieusement remplie, demandent le repos !
Le premier magistrat de ce département et l'autorité municipale, ont visité tour-à-tour cette école, où ils ont fait entendre des paroles de bienveillance et d'encouragement, dont les ouvriers conservent le souvenir.
En un mot, cette institution honore les dignes professeurs, nos collègues, à qui nous la devons.
Maintenant l'un d'eux, M. Mattes, ne s'est point borné à faire ses leçons aux élèves ; il a voulu les rendre toujours présentes à leur esprit, facile à se distraire par les travaux de la journée, et faire participer à son cours tous ceux qui n'ont pu le suivre. C'est dans ce but qu'il a publié le livre qui nous occupe.
Les Leçons pratiques de Grammaire, à l'usage des adultes roussillonnais, sont dépouillées de cette théorie longue, qui devient fastidieuse et souvent fausse ou incomplète, si l'élève ne se rappelle pas fidèlement tous les termes dans lesquels elle est conçue. L'auteur a bien compris les inconvénients qui résultent des méthodes purement scolaires, pour les personnes qui ont besoin d'apprendre, et qui se trouvent déjà trop avancées en âge pour épuiser une longue série d'exercices gradués. Il faut, en effet, pour ces personnes, abréger le temps des études, et adopter des moyens presque matériels, que l'oreille ou les yeux puissent saisir sans peine, et pour lesquels la mémoire soit mise rarement â contribution.
Pour mieux faire connaître l'esprit de cet ouvrage, nous croyons à propos de reproduire ici l'avis de l'auteur.
«En faisant imprimer ces Leçons de Grammaire ou plutôt d'Orthographe, nous nous sommes proposé de les fixer dans la mémoire des ouvriers, en donnant à ceux-ci le facile moyen de les retrouver telles qu'ils les ont entendues en classe.
On ne doit pas lire ces Leçons pour y retrouver toujours une théorie sévèrement classique : les ouvriers, à qui elles s'adressent, ont besoin d'apprendre promptement et par des moyens tout mécaniques, ce que, dans un âge moins avancé, ils auraient pu recueillir à l'école primaire. De simples observations, puisées dans le langage catalan, tiennent souvent lieu de règles, et servent pour l'orthographe d'un nombre immense de mots francais, etc.»
M. Mattes a été à la recherche de tout ce qui peut répondre aux principaux besoins : il a recueilli les points d'orthographe qui offrent le plus souvent des difficultés, et après avoir posé la règle, il l'accompagne de tous les exemples connus. Ce travail si consciencieux doit avoir été long. Pour faire une citation : on connaît la prononciation de ch dans les mots chanter, chemin, chocolat, etc.. il arrive, par exception, que ces deux consonnes ont le son de k, comme dans chaos. L'auteur a cité, comme exemples (p. 4.), tous les mots, du moins les plus usuels, où la prononciation du k est représentée par ch dans l'écriture.En regard du mot cité, se trouve la définition, ce qui est d'une grande utilité, en ce que l'élève connaît la signification sans recourir au dictionnaire.
Au chapitre genres et nombres, on trouve, comme exemples du genre masculin, les mots féminins dans le langage catalan local ; il en est de même pour le genre féminin ; et ces judicieuses remarques sont d'une grande importance dans ce pays, où l'on entend dire, par induction du catalan, cet huile est bon. Locutions vicieuses prises parmi celles qui sont en usage dans notre département. | Fautes | Corrigé | | Voilà un enfant que son caractère est très doux. | Voilà un enfant dont le caractère est très doux. | | Je suis été à la vigne. | J'ai été à la vigne. | | Ça raï. | C'est bien facile, etc. |
Ce petit travail est terminé par la liste des principaux mots catalans-français, dont l'explication a fait partie du cours, et qui est close elle-même par un grand nombre de mots catalans-français groupés autour d'un mot principal. Par exemple, autour du mot bugacléra y planxayra, on trouve tous les mots relatifs aux métiers de blanchisseuse et de repasseuse, comme bugada, lixiu, lessive ; perol, chaudière ; batadú, battoir, etc.
Nous arrêterons là, Messieurs, nos recherches : nos concitoyens doivent un tribut de reconnaissance et d'estime aux hommes qui consacrent leur savoir au bien-être intellectuel ou matériel des classes laborieuses. © S.A.S.L. des P-O. Cet article a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, pp.237-241. |