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Copyright Aspirateurs | M. Grosset, rapporteur
Parmi les questions d'un haut intérêt pour l'agriculture, il n'en est aucune qui soit plus importante que l'endiguement des rivières.
Les hommes de l'art et les propriétaires riverains ont adopté, tour-à-tour, divers systèmes d'ouvrages pour arrêter les torrents impétueux, que quelques heures de pluie lancent à travers les campagnes, où ils détruisent les récoltes sur lesquelles repose le bien-être matériel des populations agricoles.
Le déboisement des montagnes, la mise en culture, aux affluents des rivières, des terrains en pente, ont aggravé la situation de la partie basse du département qui est submersible.
Lorsque des forêts retenaient les couches de terre végétale, s'emparaient des sols légers pour les recouvrir de mousses, de prairies, les eaux, infiltrées dans ces réservoirs, n'arrivaient que graduellement dans la plaine ; et si des pluies incessantes, de grandes fontes de neige venaient à amener des débordements, elles n'apportaient que des détritus de végétation, sans rouler dans leurs eaux torrentueuses les sables, les graviers, les rochers.
La propriété, soumise à tant d'épreuves, a donc cherché les moyens de se garantir du fléau des inondations, en empêchant les trouées des bords des rivières, et en ne recevant que le trop plein. Or, ce trop plein est dégagé, lorsqu'il n'y a pas trouée, des pierres, des galets, qui, par leur pesanteur spécifique, sont entraînés dans la couche d'eau inférieure des torrents, et qui restent conséquemment dans leur lit.
Divers systèmes de travaux ont été proposés pour l'endiguement des rivières ; mais leur application a été toujours restreinte, en raison des ressources des associations syndicales. Ces associations n'ont pas, en effet, un seul point à défendre ; ce sont des rives entières qu'il faut protéger et que la situation des lieux, l'action corrosive des courants, l'inertie de quelques propriétaires, ont rendu de plus en plus vulnérables.
C'est donc à l'économie, plutôt qu'à de grands travaux hydrauliques, qu'il a fallu s'attacher ; car ces derniers sont seuls réservés pour les rivières navigables, qui ont de fortes ressources budgétaires, prises sur les fonds généraux du département des travaux publics.
Tout en respectant les opinions des auteurs qui se sont occupés de la matière, M. Caffe, architecte de la ville de Perpignan, vient d'offrir au Conseil-général du département un ouvrage complet sur l'endiguement des rivières, dont votre commission s'empresse de vous faire le rapport que vous lui avez demandé.
M. Caffe a soumis les divers systèmes de travaux préconisés à une analyse et â une expérimentation, qui rendent ses observations très importantes. Il en déduit l'adoption d'un système qui est et plus prompt et plus économique.
Ce système d'endiguement, employé déjà dans un seul travail sur la Durance, a été développé et appliqué par M. Caffe dans le syndicat de Castell-Rosselló à la mer ; mais, au lien de rendre les épis insubmersibles, compte dans les travaux de M. Fiat, il a compté, au contraire, sur l'action des eaux pour combler les anses qu'il voulait immédiatement conquérir. Il a fait plus encore : des anses de 700 mètres de corde et de 60 mètres de flèche ont été comblées, sans ouvrages obliques, par l'effet d'un barrage parallèle au cours de la rivière, et qui n'était qu'à un seul rang de piquets, clayonnés en roseaux (anse de Villelongue).
Nous ne saurions trop insister, Messieurs, sur l'importance des travaux, dont M. Caffe a consigné les résultats dans un ouvrage spécial. Tout en réservant à notre estimable collègue la part que son ouvrage doit prendre au concours, que vous avez ouvert pour une médaille d'honneur à décerner en 1845, il nous sera permis, du moins, de faire connaître aux diverses associations syndicales les moyens simples, prompts et économiques proposés par M. Caffe, et qui s'appuient sur des faits pratiques, connus de plusieurs d'entre vous.
La commission, dont je suis l'organe, vous propose de voter l'impression d'une partie de ce travail, ainsi que de la carte qui lui sert de développement. Le particulier et le syndic y trouveront un enseignement pratique, qui leur permettra de vérifier et de diriger les travaux de rivière, et de connaître les conditions ordinaires des prix courants, selon la nature des matériaux employés. © S.A.S.L. des P-O. Ce rapport a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, p.28-30. |