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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
des Pyrénées-Orientales


Recherches sur les gypses (pierres à plâtre) employés dans le département des P.O.

 

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Par M. Bouis - (Communication du 19 août 1835)

Il y a quelques années, je publiai dans le huitième bulletin de la Société d'Agriculture, Arts et Commerce du département, un mémoire sur les applications avantageuses du plâtre à l'agriculture, indiquant, en même temps, son mode d'emploi le plus convenable. J'engageai vivement les propriétaires à imiter les agronomes des contrées où le plâtrage est considéré, celui des prairies artificielles principalement, comme un élément puissant de production et de prospérité. Ces indications, basées sur les observations pratiques des lieux où cet emploi du plâtre est devenu usuel, n'ont pu contribuer encore à propager sur notre sol cette méthode d'amendement. Il faut en excepter un bien petit nombre de propriétaires qui, n'étant pas guidés par une pratique routinière, l'emploient avec succès. Le plâtrage est aussi adopté sur un point de nos montagnes, où l'activité et l'industrie sont généralement bien plus avancées que dans la plaine : c'est au Capsir. Ses habitants doivent avoir imité cet usage de nos voisins de l'Aude, où l'emploi du plâtre en agriculture a pris une assez grande extension. C'est donc avec regret, qu'on voit cette obstination de la presque généralité de nos propriétaires, à ne pas même faire l'essai sur de petits espaces d'une substance dont l'application, bien dirigée, doit nécessairement amener à de bons et utiles résultats.

Voici ce que rapporte M. Héricart de Fleury sur l'emploi du gypse dans le département de l'Isère : 1° la production brute d'un fonds exploité par les méthodes anciennes est à celle du même fonds exploité par la méthode du plâtrage sans jachère, comme un est à trois ; 2° une dépense de deux cents mille francs en plâtre rapporte autant qu'une dépense de deux millions en engrais ordinaire ; 3° depuis 1793, jusqu'en 1804, le plâtre provenant des environs de Vizille a donné une production brute qui excède de près de cinq millions la valeur des récoltes que les sols fécondés auraient produit dans un terrain ordinaire, etc.

Peu après la publication de ce premier travail, je visitai rapidement nos plâtrières, pour recueillir sur les lieux des échantillons de gypse, et reconnaître plus tard leur composition. Des occupations majeures m'ayant fait abandonner la continuation de ces recherches, je les avais entièrement perdues de vue, lorsque j'ai été amené à les reprendre, principalement pour parvenir à trouver la solution de l'infériorité de nos plâtres ouvrés, dans quelques circonstances particulières, en les comparant, par exemple, aux plâtres de Montmartre.

En effet, nos plâtres ouvrés dans les lieux secs et dans l'intérieur des habitations, sont généralement d'un bon usage. Si on les emploie à l'extérieur ou dans les lieux habituellement humides et aussi sur des points trop fortement exposés à l'action du vent marin, ils ne tardent pas à être altérés. Ils s'humectent, se couvrent d'efflorescences, se fendillent, se détachent avec facilité des parties qu'ils recouvrent. Malheur au plafond qui est pénétré par l'eau ; toute la portion qui a été mouillée reste tachée : bientôt elle se recouvre d'efflorescences salines, légères, floconneuses, et le plâtre n'a plus d'adhésion. Cette propriété hygrométrique n'est pas également prononcée sur tous nos plâtres ; elle rend quelques-uns tout à fait inapplicables à la construction de voûtes légères, en briques plates, sur les caves, écuries, magasins. Après la solidification complète de ces voûtes, les plâtres qui les lient venant à subir l'influence de l'humidité, diminuent de ténacité et perdent l'adhérence avec les autres matériaux de la voûte. Il arrive alors que, sans cause accidentelle apparente, ces constructions, qui avaient paru très solides et qui avaient résisté, immédiatement après leur solidification, à de très fortes charges, viennent à s'écrouler par leur propre poids. Ce fait a été observé d'une manière rigoureuse sur des voûtes d'essai, cimentées avec le plâtre de Fitou, qu'avait fait construire le génie militaire de Perpignan. Après qu'elles furent terminées et séchées, on les surchargea et elles résistèrent ; ce fut après leur avoir enlevé cette surcharge, et après avoir éprouvé pendant quelque temps l'action atmosphérique, qu'elles s'écroulèrent, sans qu'on puisse l'attribuer à d'autres causes qu'à l'hygrométrie des plâtres qui les cimentaient.

L'analyse chimique pourra nous amener à connaître cette cause de détérioration, et le travail que nous présentons actuellement peut être considéré comme la continuation, ou même comme la seconde partie de celui précédemment inséré dans le huitième bulletin de l'ancienne société d'agriculture.

Les gisements de gypse dans le département des Pyrénées-Orientales ont été reconnus et signalés, jusqu'à présent, seulement sur deux positions principales : 1° dans la vallée du Tech, à Céret, à Reynès, à Palalda, lieux très rapprochés les uns des autres ; 2° dans la vallée de l'Agli, à Maury et à l'Esquerde, communes distantes entr'elles d'une lieue à peu près ; il n'est point de lieu dans la vallée de la Tet où ce produit ait été signalé en masses susceptibles d'exploitation. Les plâtres de Fitou et de Sijean étant importés dans notre département, les premiers surtout, où ils sont concurremment employés avec ceux déjà signalés, on a examiné séparément, comme gypses ou pierres à plâtre employés dans les Pyrénées-Orientales, ceux de Palalda, de Reynès, de Céret, de l'Esquerde, de Maury, de Sijean et de Fitou.

GYPSE DE PALALDA

Sur le territoire de Palalda, petite commune placée à la droite de la grand'route de Céret aux bains d'Arles, et sur la rive gauche du Tech, existent deux plâtrières exploitées, confondues sous le nom de plâtrières de Palalda, mais distinguées par les noms des propriétaires ; l'une est la plâtrière Aldai, l'autre la plâtrière Mansiol.

§ Ier - Plâtrière Aldai

Entre Palalda et la grand'route d'Arles, à 300 mètres environ de chacun de ces points et sur la rive droite du Tech, on trouve un terrain de transport, rongé à pic par les eaux, élevé de six à huit mètres au-dessus du lit de cette rivière : c'est au-dessous de ce terrain et presque de niveau avec ce lit que se trouvent les couches supérieures du gypse qui constitue cette plâtrière. La nature de ce terrain superposé au gypse et les bouleversements produits par les fortes crues du Tech, qui tantôt vient déposer des amas considérables de sable contre les parties basses, d'autres fois au contraire enlève les dépôts précédemment formés, sont autant de causes qui empêchent d'apprécier la longueur de ce gisement gypseux, examiné clans la direction du cours de la rivière. Sa partie la plus élevée est formée par une couche de gypse fibreux de 0m 05 à 0m 08 d'épaisseur ; sur ce gypse existe un dépôt marneux de 0m 7 d'épaisseur, recouvert par les alluvions supérieures formées de terre sablonneuse et de cailloux roulés de diverses grosseurs, sans adhérence entr'eux ni avec la terre. On aborde ce gypse du lit de la rivière, après avoir enlevé le sable amoncelé contre le gisement.

La teinte générale du gypse Aldai, vu en masse et sur place est le gris blanchâtre, veiné de blanc ; la portion grisâtre a une cassure tantôt saccaroïde brillante, tantôt terne, terreuse, provenant des proportions diverses d'argile qu'il contient ; le quartz prismatique terminé par des pyramides y est assez commun à la surface ; ces cristaux siliceux ont de 0m 005 à 0m 015 de longueur, leur couleur est assez variée, le blanc est cependant la teinte la plus commune. On y rencontre quelquefois des cubes de fer sulfuré de 0m 002 au plus de côté.

Le gypse blanc, en veine dans le gypse coloré est du gypse fibreux sans corps étranger apparent. Ces ramifications vont dans toutes les directions ; elles ont quelquefois jusqu'à 0m 027 d'épaisseur. La portion de ce gisement, immédiatement placée au dessous du dépôt marneux qui le recouvre, a une teinte un peu jaunâtre sur une épaisseur d'environ deux mètres. Cette teinte est accidentelle, et provient de la filtration des eaux supérieures qui ont entraîné de la marne ochreuse. Ce gypse jaunâtre émet à cause de cela, par l'insufflation une odeur argileuse bien plus prononcée que celui qui lui est inférieur. Cette colorisation en jaune, provenant des filtrations supérieures, est assez commune dans beaucoup de gisements ; quelquefois la portion ochreuse ainsi mêlée au gypse, est assez considérable pour lui communiquer une teinte rougeâtre après la cuisson. Habituellement le plâtre, vendu sous le nom de plâtre rouge, provient des parties excentriques des plâtrières et sa couleur est due au fer péroxidé.

La disposition des lieux, le mode d'exploitation, n'ont pas permis d'examiner cette plâtrière, au-delà d'une profondeur de quatre et cinq mètres. Il est probable que plus profondément, la disposition irrégulière de ces éléments disparaît, et est remplacée par des dépôts parallèles et réguliers, avec peu ou point de sulfate fibreux, qui ne se montre assez habituellement, avec quelque abondance, que dans les parties superficielles de ces gisements.

L'analyse chimique du gypse Aldai, comme celle des autres gypses examinés, a fourni des résultats variables, selon le choix, la variété, le point d'extraction des échantillons soumis aux expériences. Ces différences de résultats obtenus avec des minéraux de même nom, tirés d'un même gisement, démontrent combien sont vagues et souvent erronnées les indications de composition, sous le rapport de l'exploitation industrielle, d'un échantillon de minerai dont la masse totale n'est pas homogène. Afin de remédier autant que nous avons pu, dans cette circonstance, à ces fausses indications, nous avons d'abord cherché â connaître exactement la nature des divers composants de nos gypses, point important pour expliquer leur mode d'emploi, indiquant ensuite la composition des principales variétés.

Une proportion donnée de gypse en poudre a été chauffée jusqu'à 120 et 150°, pour chasser l'eau combinée, et apprécier sa proportion. Après l'action suffisamment prolongée de la chaleur, on a fait agir l'acide hydrochlorique étendu, qui a dissous les sulfates et carbonates terreux : le liquide évaporé, traité par l'alcool, a servi à déterminer séparément les diverses proportions de ces composés. Le résidu, insoluble dans l'acide, fournissait la quantité d'argile, qui a été examinée ensuite en particulier, lorsqu'elle a paru mériter une analyse spéciale. Enfin, le mode d'expérimentation a été modifié lorsque nous avons dû déterminer directement certains composants, tels que des composés solubles de soude et de magnésie. L'ammoniaque a été reconnue dans la plupart des gypses, en ajoutant â leur poudre humectée de la potasse caustique, et recouvrant le vase contenant ce mélange avec du papier de tournesol rougi. L'indication que nous avions donnée de la présence de l'ammoniaque clans les argiles, émétant l'odeur argileuse par l'insufflation (Ann. de Chim. et Physiq., juill. l827) a engagé à rechercher cet alcali dans les gypses.

Le gypse blanc fibreux de la plâtrière Aldai, ne fait pas effervescence avec les acides ; c'est du sulfate de chaux, avec sa proportion ordinaire d'eau de composition ; celui des parties supérieures qui émet une forte odeur argileuse par l'insufflation contient des traces sensibles d'ammoniaque, résultat favorisé sans doute, par la présence d'une proportion minime d'oxide ferrique.

Le gypse gris blanchâtre à cassure saccaroïde et brillante, qui constitue la masse principale du gisement a un poids spécifique de 2,327 ; il se laisse profondément rayer par l'ongle, émet l'odeur argileuse, sa saveur est également argileuse avec un arrière goût très faiblement amer, il ne fait presque pas d'effervescence avec les acides. Il est composé de

Sulfate de chaux62
Sulfate de magnésieindéterm.
Carbonate de chaux 0,3
Argile ferrugineuse et magnésienne 21,2
Eau16
Ammoniaque traces


Du plâtre cuit ou privé d'eau, provenant du mélange du gypse grisâtre et du gypse fibreux a fourni, sur cent parties, sulfate de chaux 85,35.

L'exploitation de cette plâtrière, que sa position au-dessous d'alluvions caillouteuses sans cohérence, rend d'un accès dangereux pendant les grands vents ou les fortes pluies, se fait d'une manière misérable ; un ou deux hommes suffisent pour l'extraction et la cuisson de la pierre à plâtre, ce travail est loin de les occuper continuellement. Ce plâtre cuit, pulvérisé et tamisé, a une teinte grisâtre ; il sert pour les constructions communes, il se durcit promptement après qu'il a été gâché et souvent se fendille pendant cette solidification.

§ II - Plâtrière Mansiol

Cette plâtrière est située à la gauche et à 400 mètres environ de la grand'route de Céret à Arles. Sa distance de celle Aldai est d'un petit quart d'heure, la route entre deux. Pour arriver de celle-ci au gypse en exploitation, on s'avance dans un ravin, jusques à une petite distance, on prend alors un sentier à gauche qui conduit à la plâtrière.

Contre l'angle formé par les faces convergentes de deux grandes roches calcaires, on aperçoit un dépôt jaunâtre marneux ochracé, se continuant du pied jusqu'au sommet de ces roches. C'est vers la partie inférieure, et au-dessous de ce dépôt que se trouve le gypse exploité, le seul au reste qui ait été mis à nu. La couche marneuse recouvrant le gypse sur ce point a six et sept mètres d'épaisseur. La faible cohérence de cette marne la rend facilement attaquable par les eaux ; aussi est-elle fortement ravinée. A sa droite et à sa gauche, là où commence à paraître le calcaire, il s'est formé deux ravins servant à l'écoulement des eaux pluviales supérieures : celui de droite est appelé escouridou, petit ravin ; celui de gauche a conservé le nom de coreg de l'estagnol, ravin du petit étang. Dans ces ravins on rencontre du grès rouge à gros grains, des brèches calcaires, et des blocs d'un calcaire jaune très poreux, avec des cavités nombreuses remplies d'ochre.

Les roches qui servent de lit au gypse et à la marne sont rougeâtres dans les positions inférieures, et généralement grises, saccaroïdes, dans les parties élevées. Sur plusieurs points, le calcaire qui les compose présente des cavités à faces plutôt planes qu'arrondies, remplies de marne jaune. Ce calcaire me paraît susceptible de fournir de la chaux hydraulique : ce sera un essai à tenter.

Le gypse Mansiol, vu en place, à la carrière, a une couleur générale grisâtre, avec des rognons disséminés, de peu de grosseur, de gypse blanc et rougeâtre, sans gypse fibreux. Ces variétés grises, blanches et rouges ont une cassure saccaroïde et brillante.

Ce gypse est en couches peu distinctes, de un et deux mètres de puissance, séparées par de très minces assises d'argile. Ses couches principales sont elles-mêmes formées par la superposition de couches peu épaisses, distinguées entr'elles par de légères nuances de colorisation. Aucun corps étranger n'altère l'homogénéité de son grain cristallin et lamellaire.

Le gypse gris qui forme la presque totalité du gisement est compact, cohérent, d'un poids spécifique de 2,416. Il émet une faible odeur argileuse à l'insufflation ; il est presqu'insipide au goût.

Sulfate de chaux72,05
Sulfate de magnésiepresq. pas app.
Argile ferriq. et magnésienne7
Carbon. de chaux et de magn.0,60
Eau20,05
Ammoniaquedes traces


Du plâtre cuit provenant du mélange des diverses variétés de gypse a fourni :

Sulfate de chaux89,4
Argile9,85
Carbonates0,75


La marne ochracée, qui recouvre ce gisement contient également du carbonate de magnésie. Le calcaire qui forme la roche sur laquelle il est adossé est fortement silicaté et magnésien.

La plâtrière Mansiol s'exploite avec assez de régularité ; on a d'abord enlevé sur un point la couverte marneuse, et on a ensuite creusé dans le gypse. Jusqu'à présent une seule carrière a été ouverte : c'est un puits carré de dix mètres de profondeur, sur six de côté. On y descend au moyen de marches taillées sur une des faces de l'excavation. Les eaux de pluie et de filtration s'écoulent au-dehors par un petit canal souterrain, que l'inclinaison du terrain a permis d'établir.

Ce gypse et celui d'Aldai sont cuits et écrasés par les mêmes procédés que celui de Céret, et vendus aux mêmes prix.

Ce gypse, dans son état naturel, présentant assez de cohérence, cette propriété se retrouve dans ses produits ouvrés. Habituellement, il sert aux constructions communes ; il se durcit rapidement et souvent se fendille ; il présente bien la blancheur convenable pour les moulures, le travail du ciseau, etc., mais ses pâtes sont trop aigres ; elles manquent de liant et de moelleux. On pourrait essayer de l'adoucir, en le mélangeant, avant la cuisson, avec de la pierre à plâtre chargée d'argile, tirée de la plâtrière Aldai ; en variant les proportions, on se procurerait des plâtres à divers degrés de force, ce qui n'a pas lieu actuellement. Il est employé, sous le nom de plâtre fort, à Arles, Saint-Laurent-de-Cerdans, Prats-de-Molló, et autres communes de la partie supérieure de la vallée du Tech.

La plâtrière Mansiol d'une part, et la plâtrière Aldai de l'autre, font évidemment partie d'un même gisement. A Mansiol, les couches parallèles entr'elles, sont également parallèles à la roche inférieure, et suivent son inclinaison ; à Aldai, les couches sont horizontales comme le sol qui, dans ce point, forme le bas de la vallée. Cette observation peut faire supposer que la formation de ce gypse doit se rapporter à une époque antérieure à l'exhaussement de cette roche, comprise dans le système général des montagnes voisines, classées, par les géologues, dans les terrains de transition. La privation de fossiles organiques, et l'absence de roches caractérisées pour couverte, sont des guides qui manquent pour établir positivement l'âge ou l'époque de sa formation. Nous allons, au reste, revenir sur ce sujet en traitant du gypse de Céret.

GYPSE DE REYNES

A peu de distance de l'église de Reynès, commune formée par quelques maisons éparses dans un petit vallon, situé à une lieue à gauche de la grand'route de Céret aux bains d'Arles, se trouve une plâtrière anciennement connue, tantôt exploitée, tantôt abandonnée, selon les faibles besoins des habitans de ce lieu. Son exposition est au nord, son élévation au-dessus du bas du petit vallon qu'elle domine est d'une vingtaine de mètres. Elle est adossée contre un roc calcaire peu élevé et est seulement recouverte par quelques mètres de marne argileuse grise.

Ce gypse présente sur place une teinte générale grise cendrée, sillonnée dans des directions très irrégulières par des veinules blanches de gypse fibreux. L'argile existe en abondance dans ce gisement ; elle y est non seulement unie au gypse et lui donne sa teinte particulière grisâtre, mais encore séparée en petits rognons, ou en couches qui ont jusqu'à 0m 3 d'épaisseur. Dans ces masses impures sulfatées argileuses, apparaissent des parties de gypse beaucoup plus pur, à cassure saccaroïde, un peu brillante, ayant communément une teinte rougeâtre. Les veinules blanches de chaux sulfatée fibreuse qui le sillonnent, ont généralement leur origine dans les parties les plus élevées, d'où elles descendent en se ramifiant sur tous les points.

Le quartz cristallisé en prismes terminés par des pyramides, ayant au plus un axe de 0m 05 y est abondant ; la couleur de ses cristaux est variable, souvent on les trouve agglomérés en grand nombre. Le peu de terrain cultivé, situé au-dessous de la plâtrière, est parsemé de ces cristaux, appelés dans le pays, pierres de St-Vincent ; de grandes vertus ont été attribuées dans le temps à ces pierres, ramassées à des époques convenables.

L'irrégularité de mélange des matériaux qui composent ce gisement, commence à diminuer à une profondeur de quatre mètres ; ils sont alors en couches parallèles, inclinées du nord au sud, comme la roche inférieure, mais toujours avec une égale abondance d'argile.

Des affleuremens de gypse blanc fibreux et de gypse argileux se reconnaissent à quelque distance de ce point en exploitation.

Ce gypse présente des proportions assez variables de sulfate de chaux, selon le choix des échantillons ; toutes les variétés, émettent par l'insufflation une odeur argileuse prononcée ; leur saveur est également argileuse, légèrement amère.

Le gypse gris terne, qui forme la masse principale de cette plâtrière a un poids spécifique de 2,26.

Sulfate de chaux48,20
Sulfate de magnésie0,05
Argile ferrug. et magnésienne37
Carbon. de chaux et de magn.0,25
Eau14,10
Ammoniaqueindétermin.


Son exploitation se fait sans soins ni régularité, il est cuit comme à Céret. Transformé en plâtre, il conserve une teinte grise bleuâtre, due à sa forte proportion d'argile, qui contribue sans doute aussi à rendre peu solides ces produits ouvrés. Il y a, on peut dire, défaut d'adhérence entre les molécules cristallines du sulfate de chaux, après qu'il a été gâché. Ces qualités vicieuses, jointes à la situation de cette plâtrière dans un lieu écarté, inaccessible aux voitures, rendent presque nul le débit de ce plâtre. Le travail d'un seul homme est plus que suffisant dans les temps ordinaires, pour extraire la pierre à plâtre, la cuire, l'écraser et la tamiser. Depuis fort peu de temps, cette plâtrière a été acquise par un nouveau propriétaire, qui se propose, dit-on, d'en régulariser l'exploitation et d'y établir un moulin pour moudre le plâtre cuit. Cette dernière détermination nécessite d'approfondir l'extraction, non seulement pour dépasser les couches supérieures beaucoup trop argileuses, mais surtout pour arriver à des parties sans cristaux siliceux, qui rendraient difficile la mouture parfaite du plâtre cuit et mettraient bientôt hors de service les meules employées à cette pulvérisation.

L'opinion qui sera adoptée sur l'époque de formation du gypse de Palalda, sera applicable à celui de Reynès.

GYPSE DE CERET

Ce gypse placé à peu de distance de Céret, est exploité depuis une époque indéterminée, d'une manière bien autrement active que les précédents. Son abondance, ses variétés, sa proximité d'une ville où la consommation est toujours assez considérable ; sa situation aux confins de la plaine du Roussillon, ayant rendu d'abord son accès plus facile aux populations riveraines du Tech, depuis Céret jusqu'à la mer, qui généralement viennent encore s'y approvisionner, sont autant de causes qui ont dû contribuer à sa plus forte exploitation.

Peu après avoir dépassé les dernières maisons de Céret, en se dirigeant vers le sud, on rencontre un calcaire ou marbre noir, veiné de blanc, véritable roche de transition ; au-dessus de ce calcaire se trouve un terrain marneux, composé à la surface des détritus des roches supérieures et généralement cultivable ; c'est au-dessous qu'existe le gypse : en remontant toujours vers la cime, on dépasse bientôt ce terrain et on arrive à un schiste fortement micacé avec des filons granitiques ; ainsi, ce gypse repose sur le calcaire de transition et il est adossé à des roches classées dans la même époque de formation. Il y a des parties de ce calcaire, situées à la gauche des plâtrières en montant, à cassure blanche, écailleuse, légèrement translucide sur les bords, signalées par des herborisations ou dendrites, provenant d'infiltrations brunes noirâtres. Cette bande de gypse se continue au loin, parallèlement au pied de la montagne. Je serais disposé à admettre que c'est ce même gisement ou une continuation de cette même formation qui reparaît à Reynès et Palalda.

Les points exploités de ce gypse de Céret, s'étendent sur une longueur d'environ trois cents mètres, et varient souvent en nombre. Il y a actuellement sept puits d'extraction. L'épaisseur du terrain marneux qui le recouvre va de quatre à six mètres.

Les parties supérieures du gisement sont, en grande partie, composées de gypse blanc fibreux, de gypse rouge, coloré par une espèce de sanguine, de gypse avec d'autres teintes, et de marnes irrégulièrement mélangées. Au-dessous, se trouve le gypse gris en couches parallèles dans les diverses inclinaisons, avec une direction principale du nord au sud, et séparées entr'elles par des assises de marne bleue, verte ou grise. Le quartz cristallisé y est fort rare, le fer sulfuré cubique s'y découvre quelquefois. Jusqu'à présent, les ouvriers qui travaillent aux plâtrières de Céret n'y ont rien rencontré qui ressemblât à des os, des coquilles, des plantes fossiles.

La marne qui accompagne le gypse est douce, onctueuse au toucher ; elle exhale, par l'insufflation, l'odeur argileuse. Elle est composée d'une petite proportion de sulfate de chaux, intimement mêlée à une argile très alumineuse, avec des proportions variables de carbonates de ohaux et de magnésie.

Le gypse gris-bleuâtre résiste un peu plus au rayement par l'ongle que des variétés tirées d'autres lieux ; son aspect, grenu et homogène, le rapproche un peu par les caractères extérieurs de certaines variétés de chaux carbonatée saccaroïde. Son odeur est argileuse, sa saveur est également argileuse, suivie d'amertume, son poids spécifique est de 2,312.

Sulfate de chaux74,2
Sulfate de magnésie0,1
Argile ferriq. et magnésienne4,55
Eau20,05
Ammoniaquetraces


Le gypse blanc-rosé qui l'accompagne est en masses plus homogènes, demi-transparentes, d'un grain fin et compact ; son poids spécifique est de 2,57, il contient 98 % de sulfate de chaux, avec eau de cristallisation.

Le plâtre cuit, tel qu'il est vendu, est le résultat du mélange, à proportions variables, de gypse gris-bleuâtre, de gypse-rosé, des autres variétés de gypses et de marnes plus ou moins carbonatées.

Cent parties de plâtre ordinaire ont donné :

Sulfate de chaux85,3
Sulfate de magnésie0,25
Argile ferriq. et magnésienne11,35
Carbon. de chaux2,15
Carbon. de magnésie0,7


La dureté de la pierre à plâtre nécessite, pour la détacher, l'emploi presque habituel du pic et de la poudre. Sa cuisson se pratique de la manière suivante : on élève, en grosse maçonnerie, deux murs parallèles, distants (terme moyen) de deux mètres, hauteur quatre mètres, longueur cinq mètres. Ces deux murs sont réunis, par une de leurs extrémités seulement, au moyen d'un troisième mur traversal, ayant même hauteur, et ou couvre le tout avec une toiture ordinaire. Cette bâtisse sert de four pour la cuisson de la pierre à plâtre. Avec les plus gros blocs, soutenus par des espèces de piliers en pierre et les murs latéraux, on forme, à 0m 5O environ au-dessus de la surface du sol, un plancher, ou mieux une espèce de grille, sur laquelle on dispose les blocs de pierre à plâtre moins volumineux, et on élève cette masse jusqu'à peu de distance de la toiture, en placant les débris aux parties supérieures. Lorsque le tout est bien disposé, on allume du menu bois ou des fagots produisant une flamme longue au-dessous de cette voûte, et on continue d'alimenter le feu jusqu'à la cessation du dégagement de vapeurs blanches au-dessus de la pierre, indice ordinaire de sa transformation en plâtre. Cette cuisson dure de douze à quatorze heures. Les gaz et vapeurs, produits pendant cette opération, se dégagent par une ouverture pratiquée à la partie supérieure de l'un des angles de la maconnerie. Lorsqu'on craint que la toiture ne s'enflamme, on jette de l'eau par-dessus.

Le gypse cuit, privé alors de son eau naturelle, est porté dans de petits hangars, où il est écrasé à la main, au moyen d'une petite masse en bois, placée à l'extrémité d'un manche courbe. Ce travail pénible est suivi du tamisage, dans des cribles. Le plâtre se vend ensuite, pris sur les lieux, au prix moyen de 25 cent. la mesure du pays, pesant 20 kilos. Il y a habituellement un four par point d'exploitation. Selon la grandeur de ces fours, la quantité de plâtre cuit varie, par fournée, de 800 à 1,200 mesures, ou bien de 16,000 à 24,000 kilos. On peut évaluer la fabrication mensuelle du plâtre à 160,000 kilos. Si les demandes devenaient plus fortes, cette production peut s'augmenter indéfiniment vu l'abondance des carrières.

Ce plâtre est généralement usité à Céret, au Boulou, leurs environs, et dans la partie du département située entre le Tech et les Albères. Il se durcit fortement et rapidement après qu'il est gâché ; quelquefois il se fendille en se desséchant, surtout s'il n'est point lestement employé. Cette propriété est commune au plâtre gris-bleuâtre, comme au plâtre blanc. On l'estime pour les constructions ordinaires. Son bas prix et sa dureté lorsqu'il est ouvré, en font employer de grandes quantités, à faire ce qu'on appelle des planchers noyés, formés seulement de soliveaux placés très près les uns des autres et recouverts d'une forte couche de plâtre, uni à la surface. On l'emploie, â Port-Vendres, pour couvrir les fonds des tonneaux de vin destinés à l'embarcation ; ce qui doit faire supposer qu'il n'est pas rapidement altéré par l'air marin. Cependant, lorsqu'il est ouvré dans des lieux trop humides, il se recouvre lentement de légères efflorescences, qui se présentent sur le plâtre commun et sur le plâtre fin ; alors il a beaucoup perdu de sa cohérence et se détache facilement. Il est à désirer qu'on fasse avec ce plâtre des voûtes d'essai, pour s'assurer de son emploi dans cette application.

La couleur, l'homogénéité, la finesse du grain du gypse rosé, rendent cette variété susceptible d'être avantageusement utilisée à faire des vases, ornements, supports de pendules, etc., fabriqués avec le gypse blanc, communément appelé albâtre, si le volume des blocs est assez considérable. Une pareille industrie pourrait devenir productive entre les mains d'un bon ciseleur ou tourneur du pays.

Ce que nous venons d'exposer sur la forme des fours, démontre que la cuisson de la pierre à plâtre est obtenue à peu de frais, et par conséquent, toute modification qui augmenterait ces frais sans augmenter proportionnellement l'abondance ou la qualité des produits, ne serait pas adoptée et ne peut être proposée. Une température de 120 à 130° C., est suffisante pour cuire la pierre à plâtre ; par le mode suivi, on met en action une température bien plus élevée, et malgré cela il est rare que les blocs, même inférieurs, se frittent pendant leur calcination, comme la théorie pourrait le faire supposer. Le combustible employé à cette opération donne une flamme longue, légère, qui pénètre jusqu'aux parties supérieures du fourneau, et se répartit sur une trop grande surface pour déterminer une agglomération partielle de la pierre à plâtre : aussi ne croyons-nous pas nécessaire, ni surtout économique, de remplacer les fours actuels et le combustible employé, qui a fort peu de valeur, par toute autre disposition ou par l'emploi d'autres combustibles, qui entraîneraient à de plus grands frais sans augmenter la qualité ni les bénéfices. Une partie qui réclamait des perfectionnements, c'était la pulvérisation et le tamisage du plâtre cuit ; nous pouvons enfin annoncer que le sieur Michelet-Cantenis, propriétaire d'une plâtrière, fait disposer un moulin à eau pour opérer ce broyage : nul doute qu'à son imitation, les autres propriétaires des plâtrières de Céret n'adoptent ce perfectionnement.

La mouture du plâtre de Céret sera facile, attendu que cette pierre, extraite un peu au-dessous des couches supérieures, ne renferme pas de cristaux de quartz qui, différemment, s'opposeraient ou rendraient très difficile son broyage parfait. Les moulins à plâtre, semblables aux moulins à farine, donnent directement une poudre qui ne nécessite pas de tamisage ; on conçoit que si la pierre contient des cristaux siliceux, alors ceux-ci, à cause de leur grande dureté, empêchent que le broyage soit complet, et usent même rapidement les meules, si elles sont trop rapprochées.

Les plâtres de Céret, de Reynès, de Palalda ont entr'eux de si grandes analogies de position, d'exposition, d'aspect, qu'on doit les considérer comme contemporains, s'ils n'appartiennent, comme cela est possible, à un même gisement. Tous les trois, recouverts par quelques mètres de terre marneuse, sont privés de fossiles organiques ; du moins, jusqu'à ce jour, on n'y en a point indiqués. Ils présentent de trop grandes différences avec ceux des terrains tertiaires, pour les classer parmi ceux-ci.

De grands naturalistes, dont l'opinion fait loi dans la science, les regardent comme devant être réunis à ceux de Fitou, de Durban, de Cazouls (1). Il y a cependant entre les gypses de la vallée du Tech, immédiatement appliqués sur les terrains de transition et ceux des Corbières, compris dans une formation secondaire jurassique bien caractérisée, de si grandes différences de position, d'entourage, de caractères physiques et chimiques, que cette manière de voir me paraît susceptible de contestation. Ne devraient-ils pas être plutôt compris dans une formation antérieure rapportée aux derniers étages des terrains de transition ou aux premiers étages des terrains secondaires ? Je laisse aux géologues à discuter et à vérifier l'exactitude de ces rapprochements.

GYPSE DE MAURI

En remontant l'espace de trois quarts d'heure, et dans la direction du Canigou, la vallée appelée Cuma del Rey, embranchement de la grande vallée de Mauri et Caudiès, on parvient sur le revers nord-ouest de la colline, au côté opposé de laquelle est l'issue de la vallée de l'Agli et la ville de Latour. Si l'on s'arrête à mi-côte de cette colline, et à environ cinq cents toises du point culminant de cette vallée, on trouve les plâtrières de Mauri.

Le sol de cette vallée et de ses deux revers, est formé d'un sable grossier, très peu adhérent ; la roche calcaire n'apparaît que sur les sommets, et sort à peine de ces couches profondes de sable. C'est dans ces dépôts si attaquables par les eaux que se rencontre un banc très puissant de gypse, exploité, jusqu'ici, presqu'à la surface, où il présente beaucoup d'irrégularité dans l'union et la disposition des matériaux qui le composent. On y aperçoit des parties blanches, grisâtres et jaunâtres, tantôt parfaitement séparées, tantôt grossièrement mélangées. Les parties blanches sont les moins abondantes, c'est du gypse fibreux. Le gypse grisâtre constitue la grande masse du gisement. Enfin, le gypse jaunâtre est formé de débris fibreux et autres variétés peu adhérentes entr'elles, mêlés à de la marne, qui les colore.

Le quartz cristallisé y est rare.

Le gypse gris a peu de cohérence et de ténacité ; son poids spécifique est de 2,335 ; son odeur et sa saveur sont argileuses, cette dernière est sans arrière goût amer prononcé.

Sulfate de chaux64,75
Sulfate de magnésieindétermin.
Carbonate de chaux1,20
Carbonate de magnésie0,40
Argile ferrique16,24
Eau17,26
Ammoniaquetraces


Le gypse jaunâtre est très effervescent avec les acides : il doit ce caractère à la marne qui le colore. Selon les échantillons, la proportion de carbonates terreux a varié de 2 à 10 %.

Ces variations rendent presque impossible d'établir la composition exacte du plâtre cuit et passé. On peut évaluer, moyennement, la proportion des carbonates à 4 %.

Une légère couche de marne sert de couverte à ce banc de gypse. A mesure qu'on soulève cette couche terreuse, les eaux pluviales l'entraînent vers le ravin ; aussi les ouvriers ne se donnent pas la peine de creuser des puits d'extraction ; ils se contentent de tailler dans la partie la plus superficielle du gisement, qu'ils suivent sans méthode, sans soin, et souvent les pieds dans l'eau, lorsqu'il serait facile d'ouvrir des rigoles d'écoulement sur des pentes aussi rapides. Ces plâtrières ont un aspect triste et misérable ; elles sont cependant sur les confins de quatre communes qui, dit-on, s'en disputent les produits, et dont les habitants viennent indistinctement exploiter les couches extérieures, celles que les agens atmosphériques ont déjà détériorées. Le plâtre qu'elles fournissent est assez estimé ; il me semble que son caractère hygrométrique doit être moins prononcé que celui d'autres plâtres employés dans ce département, et, sous ce rapport, il serait utile qu'on en fît l'essai pour cimenter une voûte à briques plates, afin de s'assurer s'il est d'un bon emploi dans cette circonstance.

GYPSE DE L'ESQUERDE

Le village de l'Esquerde est situé aux deux tiers de la hauteur totale de la montagne dont le revers opposé forme la rive orientale de la vallée de St.-Paul. A 200 mètres à peu près au-dessous de ce village, se trouve un espace assez considérable, formé par une marne jaune ferrugineuse ; c'est dans cette marne qu'existe le banc de gypse ou plâtrières de l'Esquerde. Pour parvenir à ce gypse on descend dans une grande et vaste cavité découverte, d'un abord facile, dont le sol est encombré de débris, de dépôts de terre enlevée des diverses parties en exploitation. En regardant la tranche de cette cavité, vers le côté de l'Esgnerde, on voit ce gypse surmonté par plusieurs mètres de marne argileuse jaunâtre, recouverte de cailloux roulés noirâtres ou d'un rouge foncé ; en arrière apparaît la crête calcaire contre laquelle s'adosse le village.

Ces plâtrières fournissent du gypse blanc, en petites laines agglutinées (gypse compact de Broghniart), du gypse verdâtre ou bleuâtre et farineux ; ici on remarque une cristallisation en masse, dans laquelle apparaissent des couches puissantes et intermédiaires d'argile diversement colorée ; ailleurs l'argile pénètre dans les couches de gypse, les traverse en divers sens, s'y incorpore d'une manière plus ou moins homogène, et leur communique la couleur grise ou bleuâtre. Rarement on découvre du gypse rougeâtre avec de petites paillettes disséminées de mica ; enfin, ce gypse, tantôt pur, tantôt si mélangé, présente encore, principalement dans les masses argileuses, des ramifications nombreuses de gypse blanc fibreux, auprès duquel se trouvent quelquefois de petits cristaux siliceux ; on y rencontre aussi du fer sulfuré cubique, ayant, au plus, une demi ligne de côté.

Le gypse blanc compact est tendre, il se laisserait facilement travailler au ciseau et au tour ; son poids spécifique est 2,24. Il a le caractère de l'albâtre blanc et est susceptible des mêmes applications. Ce gypse argileux a une densité de 2,323, d'une odeur et d'une saveur argileuse ; il est plus ou moins effervescent avec les acides, selon le choix des échantillons. A la surface et près de la surface on trouve des variétés contenant jusqu'à 6 % de carbonates terreux, proportion qui va habituellement en diminuant, à mesure qu'on prend le gypse plus profondément. La variété de proportions de ces éléments, nous fait regarder, comme se rapprochant le plus de la moyenne, la composition suivante :

Sulfate de chaux65
Sulfate de magnésieindétermin.
Carbonate de chaux1,50
Carbonate de magnésie0,5
Argile avec oxide de fer16
Eau17
Ammoniaquetraces


Les fours de cuisson sont établis contre les tas de terres et de débris existants dans la cavité d'exploitation. Ils sont formés de blocs de gypse cru ou cuit, réunis sans ciment et sans soin : ils peuvent avoir 2 mètres de profondeur, 1 mètre de large, 1m 80 de hauteur.

Le plâtre de l'Esquerde est estimé pour les constructions. Il serait facile d'y préparer des plâtres de divers degrés de force. Le plâtre blanc, choisi, peut servir au coulage et au modelage. On le consomme principalement à St.-Paul et ses environs.

Les gypses de Mauri et de l'Esquerde se rapprochent, sous le rapport de leur formation, de ceux des Corbières.

GYPSE DE SIJEAN

Ce gypse se trouve sur la droite de la grand'route de Sijean à Narbonne. Il repose sur la face sud-sud-est d'une petite colline de calcaire tertiaire. Il est en couches parallèles, formant ensemble une épaisseur de quatre à cinq mètres, recouvertes par trois et quatre mètres de couches marneuses également parallèles entr'e11es et avec le gypse, le tout est recouvert par une mince épaisseur de terre végétale. On peut évaluer à trente mètres la longueur du gisement.

L'exploitation se faisant en coupant perpendiculairement ces différents dépôts, on distingue facilement leur régularité : les couches gypseuses ont à une certaine distance un aspect terne et jaunâtre ; il y en a de bleuâtres, celles-ci sont plus abondantes dans les parties inférieures du gisement, elles se nuancent par de légères différences de colorisation. La cassure de ce gypse est plus ou moins brillante, à cause de la multitude de petits cristaux de sulfate de chaux laminaire, empâtés dans les matières étrangères qui les accompagnent : ces cristaux apparaissent seulement en points brillants dans la partie inférieure des couches principales, ils augmentent en dimension et en pureté dans les assises supérieures de chacune de ces couches. Nous appelons couches principales, celles formées d'un grand nombre d'assises bien distinctes, présentant de bas en haut la chaux sulfatée de moins en moins mélangée ; elles sont sépar

ées entr'elles par de minces assises marneuses. Leur épaisseur dépasse rarement 0m 08.

On trouve une seule couche de 0m 20 à 0m 25 de puissance, à 1m 80 au-dessous des marnes supérieures, formées par l'agglomération de débris de cristaux laminaires, faiblement unis par une gangue marneuse dans les proportions de 4 à 5 %. Ces cristaux ont une teinte jaunâtre, qu'ils doivent à une proportion minime de matière bitumineuse.

Celles des couches de cette plâtrière qui ne présentent point à la cassure plus ou moins de parties brillantes, provenant de la présence de petits cristaux laminaires de chaux sulfatée, sont alors plus dures, plus compactes ; cette différence d'aspect et de texture indique un changement de composition. La masse est alors essentiellement carbonatée, et ne peut servir comme pierre à plâtre : c'est ce que les ouvriers appellent de la pierre.

Un caractère commun à toutes les couches de ce gisement, c'est d'émettre par le choc ou le frottement une odeur bitumineuse. Les bleuâtres et celles fortement carbonatées le présentent d'une manière très prononcée.

La marne qui recouvre le gypse est sans débris roulés, sa contexture est unie et homogène ; sa couleur n'est point uniforme, elle varie du bleuâtre au grisâtre et au blanc jaunâtre ; cette dernière teinte signale une plus grande abondance de carbonates terreux. Elle est composée de proportions variables d'argile presque pas ferrugineuse, de carbonate de chaux et de carbonate de magnésie ; délayée dans un peu d'eau et traitée par un acide, elle émet l'odeur bitumineuse.

Cette matière bitumineuse qui se retrouve dans tout le gisement est partie soluble dans l'eau, partie soluble dans l'alcool et complètement destructible par la calcination à l'air libre. Le gypse bleuâtre, le plus coloré, tiré des parties basses de la plâtrière, est composé de :

Sulfate de chaux48,40
Sulfate de magnésie0,20
Carbonate de chaux3,60
Carbonate de magnésie0,18
Argile32,80
Eau14,63
Ammoniaqueindétermin.


La bonne pierre à plâtre de couleur jaunâtre, a un poids spécifique de 2,13.

Sulfate de chaux60,25
Sulfate de magnésie0,04
Carbonate de chaux8,15
Carbonate de magnésie1,30
Argile13,85
Eau16,30
Bitume et ammoniaqueprop. indétermin.


Le plâtre cuit écrasé, sans être tamisé, se vend moyennement, sur les lieux, 75 centimes les cent kilos. Sa couleur est grise et il ne sert que pour les constructions communes, il émet encore une odeur un peu fétide, lorsqu'on le gâche.

Ce gisement de Sijean fait évidemment partie des terrains tertiaires, qui l'accompagnent. On n'y a point encore signalé de fossiles organiques.

GYPSE DE FITOU

Un peu au-delà de la limite de séparation du département des Pyrénées-Orientales de celui de l'Aude, se découvre ce gisement de Fitou, exploité depuis un temps immémorial. Il est à une lieue des grandes et magnifiques sources salines de Salces qui débouchent de l'extrémité orientale des Corbières, tout à côté de la grand'route de Perpignan â Narbonne. Ces sources au nombre de deux, s'appellent l'une fon estramé et donne 297,109 mètres cubes d'eau par vingt-quatre heures, la seconde ou fondame fournit 180,619 mètres cubes de liquide.

Sur la face nord-nord-est d'un petit vallon peu éloigné de Fitou, se trouve ce gypse, situé sous une roche calcaire dont la hauteur varie de 10 à 30 mètres. Ce gypse se reconnaît à ce point, sur une longueur de plus de quatre cents mètres ; il est probable qu'il se continue bien au loin et qu'il se lie avec ceux également connus dans cette partie orientale des Corbières.

Entre ce gypse et le calcaire qui lui est supérieur existe une couche puissante de marne plus ou moins argileuse, colorée principalement en jaune ou en rouge. Ce calcaire, vu en masse, a une teinte rougeâtre, parfois elle est grisâtre ; celle-ci apparaît surtout dans les parties supérieures de la montagne. Sa cassure est ordinairement terne, il est alors fortement argileux et ferrugineux.

Un assez grand nombre de cavités d'exploitation ont été ouvertes sur ce gisement de Fitou, quatre seulement étaient en activité, il y a peu d'années. Ces cavités sont grandes, profondes, et on ne cesse d'y approfondir les travaux que lorsqu'on est totalement arrêté par les eaux de filtration qui s'y réunissent, alors on reprend l'extraction sur les parties plus élevées. Une de ces cavités a été creusée jusqu'à une profondeur de quarante mètres, on y descend par un chemin ou mieux un escalier très hardi, sans rampe, dont les marches toujours humides et argileuses, le rendent d'un difficile accès. La pioche, le pic, la poudre sont alternativement employés pour détacher la pierre à plâtre.

Ce gypse ne présente pas des masses homogènes étendues ; celui d'un beau blanc et d'un bel aspect grenu est peu abondant ; la teinte habituelle du gypse pur est celle d'un cristal blanc imprégné d'eau, par exemple celle du sulfate de soude humide. Dans cet état, ses formes cristallines sont difficilement déterminables, il est composé de l'agglomération de petites lames aplaties ou fibreuses et a beaucoup de ressemblance avec la chaux carbonatée lamellaire primitive. Le gypse fibreux est assez commun dans les parties supérieures.

L'argile est très abondante dans ce gisement ; elle y existe souillant quelquefois des masses considérables de gypse, avec lequel elle paraît rarement unie d'une manière homogène ; elle y est en couches, ayant jusqu'à 0m 50 et 0m 60 d'épaisseur, tantôt inclinées, tantôt verticales, superposées, enveloppant de toutes parts le gypse. Cette profusion d'argile et sa séparation partielle du gypse plus ou moins pur, facilitent la préparation des plâtres de divers degrés de blancheur et de force. Les cristaux de quartz y sont aussi répandus en quantité. L'argile, le gypse pur, le gypse mélangé en contiennent également. Les plus volumineuses se trouvent plus abondamment dans le gypse compact ; il y en a dont l'axe a 0m 06 ; leur teinte est variable. La disposition générale des matériaux de ce gisement, le volume et l'abondance du quartz cristallisé dans ses profondeurs, sont des caractères qui doivent contribuer à séparer ces gypses de Fitou de ceux de la vallée du Tech. Cette formation gypseuse, remarquable par son étendue, sa puissance, sa situation dans le calcaire secondaire, sa proximité de grandes sources salines, nous faisaient espérer d'y rencontrer quelques-uns des corps signalés comme accompagnant presque toujours les gypses secondaires.

L'analyse indiquera que le sel gemme (chlorure de sodium) n'y existe qu'en proportion excessivement faible. S'il y a des dépôts salifères dans cette partie des Corbières, ils doivent probablement être inférieurs au gypse. De l'eau prise dans le fond des plâtrières a été reconnue contenir du sulfate de chaux, du chlorure de calcium et de magnésium en forte proportion, du sulfate de sonde, du chlorure de sodium sans grand excès, des carbonates de chaux et de magnésie en très faibles proportions.

Les ouvriers occupés à extraire la pierre à plâtre, trouvent rarement de petits morceaux d'une substance jaunâtre, qui semble être du soufre, d'après leurs renseignements. On n'y a point découvert de fossiles organiques. Les ouvriers les plus anciens assurent n'avoir jamais rien rencontré qui ressemblât à des poissons, des coquilles, des plantes, des os.

Le gypse blanc ne présente d'autre corps étranger â sa composition moléculaire que des cristaux siliceux : sa contexture est lamellaire ; il est moins dur que les gypses de Céret et de Palalda ; son poids spécifique est 2,301 ; il dégage, par l'insufflation, une odeur argileuse prononcée, et contient 2 à 3 % d'argile.

Le gypse gris, qui est la variété la plus abondante, a un poids spécifique de 2,363.

Sulfate de chaux60,45
Sulfate de magnésie0,20
Carbonate de chaux et de magnésie0,42
Argile ferrifère23,20
Eau15,55
Sulfate de soude et chlorure de sodiumprop. indéterm.
Ammoniaqueidem


Quelle que soit la variété de gypse examinée, toutes ont présenté ces mêmes éléments, en proportions variables ; toutes contiennent donc des élémens hygrométriques.

L'exploitation des plâtrières de Fitou est très active ; on peut estimer qu'elle occupe journellement quatre cents personnes, employées à l'extraction, la cuisson, la pulvérisation du gypse, et au transport du plâtre obtenu dans un grand nombre de communes de ce département, et particulièrement à Perpignan, où il est exclusivement employé. Il y a quelquefois jusqu'à quatorze fours en activité, leur forme est tout à fait différente de ceux des plâtrières de la vallée du Tech. Ils sont cylindriques intérieurement ; leur diamètre est de 1m 40 à 1m 60 ; leur hauteur va quelquefois jusqu'à deux mètres ; à la base se trouve l'ouverture pour introduire le combustible. Après la cuisson, le plâtre est écrasé à la main, comme à Céret, et il se vend habituellement sans être tamisé. Son prix moyen, rendu à Perpignan, est de 1 franc 25 centimes les cent kilos. Le volume et l'abondance des cristaux siliceux qui accompagnent ce gypse, rendront difficile sa pulvérisation par les moyens mécaniques.

Les plâtrières de Fitou fournissent à elles seules plus de plâtre à la consommation que la totalité des autres plâtrières du département ; celles de Céret étant ensuite les plus activement exploitées, on a cherché à apprécier les différences que présentent dans leur emploi les plâtres de ces deux localités principales, et dans quelles circonstances les uns peuvent être préférés aux autres.

Les causes qui concourent à étendre l'usage des plâtres de Fitou tiennent, les unes à l'industrie des habitants de cette commune, les autres dépendent des propriétés mêmes du plâtre. Ainsi, un grand nombre de voituriers de Fitou achètent le plâtre aux plâtrières, d'où ils le transportent partout où ils croient trouver à le vendre ou à l'échanger avec quelque avantage. Dans toutes nos autres plâtrières, on garde le plâtre jusqu'à ce que le consommateur vienne s'approvisionner sur place, ce qui nécessite des frais de déplacement plus ou moins considérables, et tend à diminuer sa consommation.

Aux plâtrières de Fitou, il y a toujours un choix de plâtres de diverses qualités ou blancheurs, de manière à fournir en tout temps des plâtres communs à divers degrés de force et des plâtres blancs pour plafonds, moulures, etc., ce qui n'a pas lieu habituellement aux autres plâtrières, et ces choix supérieurs contribuent à augmenter le débit des autres qualités.

Les propriétés des plâtres de Fitou qui influent sur leur emploi, sont de faire, avec l'eau, des pâtes douces, moelleuses, hautes, qui ne durcissent pas trop rapidement, et sont, à cause de cela, d'un travail facile, même pour les ouvriers les moins expérimentés. C'est à ces propriétés qu'il faut attribuer la préférence accordée par beaucoup de maçons et modeleurs aux plâtres de Fitou sur ceux de Céret qui, au contraire, donnent des pâtes âpres, peu liantes, durcissant rapidement, et souvent se fendillant en se desséchant (les plâtres de Mauri et de l'Esquerde se rapprochent de ceux de Fitou, comme ceux de Palalda sont analogues à ceux de Céret). On prétend, je crois avec juste raison, que les maçons de Perpignan sont généralement les plus habiles du département pour les travaux en plâtre fin ; cela peut dépendre d'une beaucoup plus grande consommation de ce produit, et aussi de l'usage continu de pâtes moelleuses, liantes, qui leur facilitent les moyens d'acquérir cette plus grande habileté.

La composition chimique ne semble pas exercer une grande influence sur cette propriété des plâtres de durcir plus ou moins rapidement après le gâchage ; ainsi, tous les plâtres de Fiton, fins et communs, durcissent plus lentement que ceux de Céret, contenant même moins de sulfate de chaux. A cette propriété vient se joindre la dureté de ses produits, qui est plus forte avec les plâtres rapidement durcis, comparativent à la dureté de ceux qui se prennent plus lentement. Ces deux propriétés de durcissement plus ou moins prompt et ensuite de dureté dans les produits ouvrés, paraissent dépendre des caractères de compacité et de dureté des pierres à plâtre dans l'état naturel ; en effet, la pierre de Céret est plus dure que celle de Fitou.

Un moyen d'observer encore la différence d'action de l'eau sur ces plâtres, consiste à verser dans une grande quantité de ce liquide, contenu dans un vase, du plâtre de Céret, et à faire cet essai comparativement avec du plâtre de Fitou. Le premier se prend dans le liquide en une masse dure, cohérente, que l'on brise avec un peu de difficulté ; le second donne une pâte qui se désagrège au contraire avec facilité, et, â cause de cela, on peut dire que le plâtre de Céret est plus hydraulique que celui de Fitou.

Les observations qui précèdent nous font admettre que le plâtre de Fitou, supérieur au plâtre de Céret pour les travaux fins, comme plafonds, moulures, objets coulés, etc., du moins sous le rapport de la facilité du travail, lui est inférieur pour les constructions communes, qui exigent essentiellement de ]a dureté et de la solidité. L'opinion des ouvriers qui préfèrent le premier au second, dans toutes les circonstances, nous paraît dépendre, en grande partie, de son plus facile emploi.

Tous les plâtres employés dans ce département sont hygrométriques, c'est-à-dire qu'après avoir été mis en oeuvre et avoir acquis leur maximum de dureté, ils s'altèrent plus ou moins rapidement par l'action de l'air humide ou de l'eau ; les plâtres communs, comme les plâtres fins, sont dans ce cas. Ceux de Fitou présentent ce caractère vicieux avec le plus d'intensité ; ainsi on voit encore que ceux de Céret doivent leur être préférés, à bon droit, dans plusieurs circonstances.

Des efflorescences farineuses (2), recueillies sur un plafond en plâtre blanc de Fitou, mouillé par des infiltrations supérieures, étaient composées de :

Sulfate de chaux58
Sulfate de magnésie16
Sulfate de soude1
Eau22
Résidu terreux insoluble3


La composition de nos plâtres, comparée à celle des plâtres de Montmartre, regardés comme les meilleurs que l'on connaisse, et qu'on peut employer avec avantage dans des circonstances où les premiers seraient plus ou moins rapidement altérés, va servir à apprécier les causes hygrométriques dépendantes de cette composition qui déterminent cette altération.

Ayant inutilement cherché dans plusieurs ouvrages la composition précise du plâtre de Montmartre, j'ai dû m'occuper de son analyse. La pierre soumise à cette opération est formée par l'agglomération d'une multitude de petits cristaux laminaires ; elle est blanche ; elle répand une faible odeur argileuse par l'insufflation ; sa saveur n'est presque pas argileuse, sans arrière goût amer ; son poids spécifique est 2,2 ; sa poudre fait une légère effervescence avec les acides.

Sulfate de chaux77,65
Carbonate de chaux1,20
Argile sans oxide de fer et de magnésie1,35
Eau19,50


Après avoir fait cette analyse, j'eus connaissance des résultats analytiques obtenus par un chimiste de Paris sur plusieurs variétés de pierre â plâtre de cette ville ; ignorant le nom de ce chimiste je ne puis l'indiquer : ces résultats me furent communiqués par M. Jaubert de Passa. Voici deux de ces analyses :

Plâtre de Belleville et de Montmartre, résultat de huit analyses : P. S. 2,30.

Acide sulfurique45
Chaux32
Eau22
Carbonate de chauxquelques traces


Gypse compact de Montmartre

Acide sulfurique48
Chaux34
Eau18


Ces diverses analyses démontrent que le plâtre de Montmartre ne contient ni magnésie, ni oxide de fer, ni sels déliquescents. C'est à l'absence de ces divers agents qu'il faudra attribuer en grande partie la différence de propriétés de ce plâtre, comparé à ceux employés dans ce pays, qui tons renferment de la magnésie à divers états de combinaison, de l'oxide ferrique, presque toujours accompagné d'ammoniaque dans les mélanges terreux, et enfin du chlorure de sodium reconnaissable dans celui de Fitou.

Lorsqu'on connaît la grande différence de propriétés hygrométriques que présentent les chaux vives grasses et les chaux contenant de 7 à 10 % d'argile, il est facile de concevoir combien doivent être également modifiées les propriétés des plâtres ayant entr'eux des différences notables de composition.

D'après ce qui vient d'être exposé, on peut conclure que l'altération plus ou moins rapide qu'éprouvent par l'influence de l'humidité les plâtres ouvrés dans ce département, vient de ce que dans leur composition se trouve de l'oxide de fer, de la magnésie, des sels solubles, qui ramènent ces plâtres aux conditions favorables des matériaux terreux, dont les éléments peuvent facilement réagir entr'eux. C'est cette réaction qui, produisant de nouvelles combinaisons dans les composants primitifs de ces plâtres mis en oeuvre, diminue et souvent détruit la cohésion de leurs parties intégrantes, et rend alors leur emploi défectueux dans quelques-unes de leurs applications. Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de remédier à ce vice de composition : peut-être pourrait-on y parvenir en partie, en employant du lait de chaux pour le gâchage, en remplacement de l'eau : c'est un essai à faire. La note précédemment insérée sur les efflorescences de la prison des dames, à Salces, démontre que le vent marin est aussi une des causes facilitant la détérioration de nos plâtres ouvrés, qui y sont trop directement exposés.


© S.A.S.L. des P-O.
Cet article a été publié dans le IIe volume de la SASL, 1836, pp.82-121.


(1) Mémoires pour servir à une description géologique de la France, par MM. Dufrenoi et Elle de Beaumont.

(2) Les efflorescences salines qui se forment sur les plafonds, les murs crépis ou non crépis, varient sous l'influence de plusieurs causes locales. L'exposition, les vents dominants, la nature des eaux qui imprègnent ces lieux, celle des matériaux des constructions, etc., contribuent à modifier leur composition. Ainsi, des efflorescences recueillies sur le mortier des murs intérieurs de la salle voûtée des anciens bains de Vernet, sont composées de sulfate de soude, de sulfate de magnésie et d'une petite proportion de carbonate de soude : ici, les eaux fournissent la soude, et la magnésie provient de la chaux du mortier, qui est plus ou moins dolomitique. Des efflorescences semblables, se produisent aux bains d'Arles et de Molitg.
Le fort de Salces, à trois lieues nord-est de Perpignan, et à 1,200 mètres environ de l'étang de ce nom, renferme de grands approvisionnemens de poudre de guerre. Quelque soin que l'on apporte à la conservation de celle-ci, elle s'humecte insensiblement, se dénature, quelquefois se prend en masse dans les barils ; elle a alors perdu de sa force, et à l'analyse elle fournit des chlorures. Cette détérioration a donné lieu à des recherches, ordonnées par le comité d'artillerie, pour en apprécier la cause. M. Pradal, capitaine en second de la compagnie sédentaire à Perpignan, officier distingué de cette arme, chargé de lever les plans et de réunir les documents demandés par le directeur-général, ayant eu l'obligeance de me communiquer son travail topographique, j'y ai puisé quelques renseignements que je vais utiliser ; je lui dois également les efflorescences dont j'ai reconnu la nature.
Un des magasins du fort, appelé prison des dames, de son ancienne destination sous Louis XIV, a seulement trois ouvertures, qui reçoivent l'air venant directement de l'étang et de la mer. Les murs de ce magasin, crépis en plâtre et mortier, sont chargés d'efflorescences sur toute la partie en face de ces ouvertures ; sur celle qui est immédiatement exposée au vent marin, et là où l'air humide ne frappe pas il n'y a pas d'efflorescences. Celles-ci sont en longs filaments blancs, soyeux et brillants ; elles se renouvellent promptement, après qu'on les a enlevées ; je les ai trouvées composées de :

Sulfate de soude32
Carbonate de soude10
Eau57
Résidu insoluble de sulfate, carbonate de chaux et sable1

Des efflorescences formées en vingt jours sur la place même où celles analysées avaient été enlevées ont été reconnues composées de sulfate de soude, sans carbonate de soude.
Le fort de Salces, dont la cour intérieure n'est qu'à 1m 30 au-dessus du niveau de l'étang ou à 1m 60 au-dessus du niveau de la mer, se trouve, à cause de cette position peu élevée, dans un lieu imprégné d'eaux chargées de chlorures, presque abrité des vents du nord, et tout à fait exposé aux vents humides marins. Ce sont ces diverses causes qui contribuent à la formation rapide de ces efflorescences, déterminent leur nature, et accélèrent la détérioration des poudres enfermées dans ses magasins.
Dans la prison des dames, placée au premier étage, les points effleuris sont ceux que l'air de la mer amène au point convenable d'humidité pour faciliter la réaction entre le chlorure de sodium, naturel à la localité, et le sulfate de chaux des crépis ; il se forme du sulfate de soude, se développant à la surface, et du chlorure de calcium, absorbé par la bâtisse et le pavé, d'où il gagne jusqu'à l'intérieur des barils de poudre. Lorsque cette réaction se continue assez longtemps, le chlorure de sodium est également décomposé par le carbonate de chaux du mortier ou des pierres du mur ; il y a production de carbonate de soude, qui vient se réunir au sulfate de soude déjà produit ; ce qui explique comment, sur la même place, les premières efflorescences sont sans carbonate de soude, et comment elles en contiennent plus tard. Si le mur opposé à celui où se trouvent les ouvertures était moins épais (il a dix-huit pieds) il est probable qu'en y pratiquant des fenêtres et clôturant celles qui existent, on améliorerait beaucoup ce magasin pour y conserver des poudres, mais cette grande épaisseur empêche d'y faire ce changement.
Les parties voûtées et toujours humides des casemates de ce fort, qui sont à brique nue, présentent également des efflorescences ; celles-ci, prises à la voûte de la casemate située sous la prison des dames, sont moins filamenteuses que les précédentes, et je les ai reconnues composées de carbonate de soude sans sulfate de soude. La réaction doit s'opérer ici entre le chlorure de sodium de l'eau qui imprègne le sol et la chaux du mortier des joints ou des pierres même de la bâtisse. Chaptal (Chimie appliq. aux vents, tom.2, pag. 142 ) avait déjà reconnu le carbonate de soude très abondant dans les souterrains du fort de Salces.
Ne connaissant pas assez exactement la localité je n'émettrai pas d'opinion sur les moyens à mettre en pratique pour approprier ces magasins à la longue conservation de la poudre ; nous pensons néanmoins que cela s'obtiendra tout naturellement, si l'on réalise le projet de desséchement de l'étang, ce qui faciliterait l'écoulement de toutes les eaux salines, qui imprègnent le sol à une grande distance et jusque dans l'intérieur du fort.
L'observation de la formation d'efflorescences, seulement sur la portion du mur de la prison des dames, couvert en plâtre et mortier, exposé au vent marin, fait voir avec évidence que celui-ci est au nombre des causes qui exaltent la faculté hygrométrique de nos constructions extérieures ou intérieures en plâtre trop exposées à son influence.