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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
des Pyrénées-Orientales


Rapport sur le concours scientifique de 1884

 

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Par M. le Docteur Léon JAUBERT, membre résidant

En distribuant les primes aux serviteurs ruraux, la Société d'agriculture est heureuse de leur adresser ses félicitations et ses remerciements, mais elle tient aussi à donner un témoignage public de sa gratitude aux maîtres qui ont su s'attacher de pareils serviteurs.

Lorsque la Section Scientifique de notre Société a bien voulu nous confier la mission de venir faire devant vous le compte-rendu des travaux qui, à la suite du concours de cette année, ont été jugés dignes de récompense, notre premier mouvement a été de nous récuser, afin de laisser à d'autres plus compétents le soin qui nous était dévolu. Si nous avons accepté - et ici, nous prions qu'on veuille bien prendre notre modestie, tout obligée qu'elle est, en considération - si, disons-nous, nous avons accepté un honneur auquel nous n'avions pas le droit de prétendre, c'est que notre tâche nous a été facilitée par le concours éclairé de la Commission qui avait été désignée pour examiner les divers ouvrages sur lesquels nous venons aujourd'hui exprimer un jugement.

Au nombre des travaux originaux récompensés figure un mémoire sur une question purement médicale. Il s'agit d'une Etude sur les émissions sanguines dans le traitement des maladies inflammatoires due à M. le Dr Bastié de Graulhet (Tarn).

Il est, certes, peu de méthodes thérapeutiques qui aient joué, dans l'histoire de la médecine, un rôle plus important que les émissions sanguines sous toutes leurs formes, et rien qu'à ce titre, l'intérêt, qui s'est de tout temps attaché à leur étude, n'est pas encore près d'être épuisé.

L'auteur du mémoire en question, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même dans le cours de son oeuvre, est un praticien qui a débuté dans la carrière médicale, il y a déjà plus de quarante ans. C'est dire qu'il a fait ses études à une époque où cette question des émissions sanguines était à l'ordre du jour de toutes les discussions magistrales. A cette époque, en effet, l'école retentissait encore du bruit des ardentes controverses soulevées autour de la doctrine de Broussais, ce novateur hardi autant que passionné, esprit systématique à outrance, qui professait que toute la maladie résidait dans l'inflammation et l'irritation et devait toujours être combattue par la saignée et les sangsues.

Voilà tout autant de raisons qui permettaient d'espérer, à priori, que l'auteur, tout en nous traduisant correctement l'état de la science sur la question qu'il a traitée, pourrait encore nous faire bénéficier des enseignements personnels qu'une longue observation lui avait permis d'acquérir.

Cet espoir n'a pas été déçu. Erudition sérieuse, clarté d'exposition, élégance et précision du style, contrôle des faits par l'observation personnelle, telles sont les qualités par lesquelles se recommande un travail, sur lequel nous vous demanderons la permission de ne pas insister plus longuement, forcé que nous serions d'entrer dans des détails qui paraîtraient trop techniques.

La Commission, prenant en sérieuse considération l'ouvrage dont nous venons de vous entretenir, a accordé à son auteur, M. le Dr Maurice Bastié, une médaille de vermeil.

Nous avons hâte d'arriver à un travail très bien fait et du plus grand intérêt. Il est dû à M. le Dr Bucquoy que nous n'avons pas besoin de présenter à nos auditeurs. Tout le monde sait que M. le Dr Bucquoy est un savant distingué, très versé dans l'étude des sciences naturelles ; à défaut d'autres titres, les diverses publications qui ont déjà paru dans notre Bulletin, et notamment l'étude sur les mollusques du Roussillon qui a été récompensée au concours scientifique de l'an dernier, suffiraient à le démontrer. On n'ignore pas non plus que chez M. le Dr Bucquoy, le savant est doublé d'un artiste. C'est encore une fois, sous ce double aspect, que nous le montre aujourd'hui l'herbier artificiel, dont il a commencé l'exécution et qu'il a bien voulu nous soumettre. Qu'on se figure une immense et magnifique collection de dessins représentant les genres et les espèces de deux grandes familles botaniques, les Cypéracées et les Menthées, en regard de chaque dessin un tableau résumant les caractères de la plante, et l'on aura une idée, mais bien affaiblie, du travail de M. Bucquoy. Nous disons une idée bien affaiblie, car pour l'apprécier à sa juste valeur, il faut voir par soi-même, il faut consacrer plusieurs heures à passer en revue toutes les pages de ce volumineux atlas, à observer minutieusement chaque détail de chacun de ces magnifiques tableaux. Toutes les plantes qu'il nous montre y sont dessinées avec une perfection vraiment remarquable, et leurs caractères ressortent avec presque autant de netteté que si on les examinait sur la nature même.

Une semblable collection, si elle pouvait être économiquement reproduite et multipliée par la lithographie et la gravure, rendrait d'incontestables services non seulement aux élèves, pour qui elle constituerait un excellent guide, en les secondant dans leurs recherches, en les dirigeant dans les herborisations, mais encore à tous ceux qui sentiraient des connaissances déjà acquises s'effacer peu à peu de la mémoire, en leur montrant et en leur rappelant ce qu'ils ont vu et appris autrefois. Car, il ne faut pas se le dissimuler, lorsqu'il s'agit d'une science d'observation, et la botanique est de ce nombre, ce n'est pas à de simples descriptions, pour si complètes et si parfaites qu'elles soient, qu'il faut s'adresser ; c'est au grand livre de la nature qu'il faut en demander l'histoire fidèle et détaillée. Mais il n'est pas possible d'avoir toujours le livre ouvert sous les yeux ; c'est alors que les dessins bien faits, que les bonnes planches présentent ce réel avantage de nous montrer, à défaut de la nature elle-même, au moins une imitation, une reproduction plus ou moins fidèle de la nature. Or, il est impossible de retracer l'image de la nature plus fidèlement que ne l'a fait M. le Dr Bucquoy. Examinez son beau travail, et vous ne pourrez vous empêcher d'admirer un talent aussi réel mis au service d'une science aussi consommée. La préparation et l'exécution d'un tel ouvrage ont sûrement demandé à son auteur de persévérantes recherches et de longues heures d'un travail patient et habile. Jamais, il est vrai, efforts ne furent mieux couronnés par le succès.

La Société est heureuse de décerner à M. Bucquoy une médaille de vermeil.

Un autre travail original, que la Commission a jugé digne d'être récompensé, nous a été envoyé par M. le Dr Marty, pharmacien-militaire à l'hôpital d'Amélie-les-Bains. Il a pour titre : Contribution à l'étude des eaux minérales d'Amélie-les-Bains. Il s'agit de l'analyse et de l'essai thérapeutique d'une source ferrugineuse qui coule aux environs de cette localité déjà si riche en eaux d'une autre nature. Il n'est pas besoin d'insister pour faire ressortir l'intérêt qui s'attache à la communication de M. le Dr Marty. On connaît assez toute l'importance du rôle que jouent les eaux minérales dans le traitement d'un grand nombre de maladies, et plus particulièrement des maladies chroniques, pour que toute recherche, tendant à enrichir la thérapeutique d'un modificateur nouveau, soit favorablement accueillie. Malheureusement, de l'aveu même de M. Marty, il ne semble pas que cette eau soit appelée à rendre jamais de grands services à l'art de guérir. La trop grande proportion de sulfate de chaux qu'elle renferme notamment la rend indigeste. Pourtant, M. le Dr Marty signale divers états morbides, caractérisés par un fond d'anémie, dans lesquels elle pourrait convenir. De nouveaux essais sont nécessaires pour bi en fixer le public médical sur la composition et les propriétés thérapeutiques de cette source ferrugineuse. Estimant néanmoins que les efforts de M. le Dr Marty méritent d'être encouragés, la Société qui, à la suite du concours de 1883, lui décerna une médaille d'argent, lui accorde cette fois un rappel de médaille.

Voici maintenant diverses publications qui ont été envoyées à notre concours par M. Michel Rougier, instituteur communal au Bugue (Dordogne). C'est d'abord un petit livre de 300 pages environ intitulé : Traité élémentaire d'agriculture à l'usage des écoles primaires, des écoles normales et des jeunes gens qui se préparent au volontariat d'un an. Indiquer le titre de l'ouvrage, c'est en indiquer suffisamment le caractère général : on trouve là, condensées sous une forme claire et concise, toutes les notions relatives à la nature des différents terrains, aux engrais, aux soins à donner aux animaux domestiques, aux diverses cultures, etc., etc. La forme même adoptée par l'auteur, un questionnaire immédiatement suivi de la réponse, est faite pour faciliter l'étude. En somme, M. Rougier s'est convenablement acquitté de la tâche entreprise : son livre, très instructif, se lit, non seulement sans fatigue, mais avec intérêt d'un bout à l'autre. Voici ensuite du même auteur deux brochures intitulées, l'une : Du développement de l'instruction primaire par la bibliothèque scolaire ; l'autre : De quelques observations pratiques sur l'instruction primaire. Indépendamment du mérite avec lequel elles sont développées, ces questions se recommandent assez par la nature du sujet qu'elles traitent. Disons tout de suite que M. Rougier les a habilement présentées et les a discutées avec un réel talent. Au reste, il doit avoir été le premier à se réjouir de voir que la plupart des idées qu'il développe sont déjà en partie passées dans le domaine de l'application. La Société scientifique remercie M. Michel Rougier et lui accorde une médaille d'argent.

Tel est, à grands traits, le bilan des travaux qui ont été récompensés au concours scientifique de cette année.

Sur le nombre de ceux auxquels la Commission n'a pas cru devoir accorder de mention, quelques-uns, nous nous plaisons à le déclarer, ont été bien près du but à atteindre, d'autres ont été éliminés parce que les sujets traités avaient des rapports trop indirects avec l'objet d'un concours scientifique.

Avant de terminer, nous tenons à remercier publiquement le généreux anonyme qui a gracieusement offert aux archives de notre Société une pièce très intéressante, datée de 1666, intitulée : Edit du roi pour la construction d'un canal de communication des deux mers Océan et Méditerranée, pour le bien du commerce et autres avantages y contenus.

Et maintenant que nous sommes arrivé au bout de notre tâche, il ne nous reste plus qu'un souhait à exprimer : Puisse l'année qui va bientôt commencer voir se développer la passion généreuse de nos concours ; puisse-t-elle stimuler le zèle de tous ceux qui aiment la science et qui s'intéressent à ses progrès.


© S.A.S.L. des P-O.
Ce rapport a été publié dans le XXVIIe volume de la SASL (1), 1885, pp.35-41.