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Copyright Aspirateurs | trouvés dans les fouilles exécutées à l'entrée du village de Jonset pour l'élargissement de la route royale de Perpignan à Mont-Louis et en Espagne par M. Soucaille
En mettant sous vos yeux quelques fragments de poterie et de verroterie antiques, qui ont été recueillis, par mes soins, pendant l'exécution des travaux que je dirigeais, je me serais dispensé d'écrire cette courte notice, si je n'avais eu à signaler que ces objets, dont la présence s'est manifestée, peut-être, pour la première fois dans cette partie du Roussillon.
J'ai donc cru indispensable de vous faire connaître encore ce que les fouilles exécutées, pour l'ouverture de la route, à l'entrée du village de Jonset (1), ont dévoilé d'important et digne de fixer votre attention. Je ne m'occuperai que de l'indication de ces objets, sans prétendre en tirer des conjectures archéologiques, dont je livre le champ aux membres de cette société qui se sont plus particulièrement adonnés à l'étude de cette science.
Les premières choses que les fouilles mirent à découvert, furent d'abord des ossements humains, placés dans des bières formées d'ardoises, disposées en forme de planches, et simulant parfaitement nos cercueils ordinaires. Il n'y avait, dans l'intérieur de ces tombes, aucun objet qui mérite d'être signalé ; cependant je crois essentiel d'indiquer qu'elles étaient dirigées du nord au sud, dans le sens de leur longueur, et que les cadavres qu'elles renfermaient avaient toujours la tête au nord (2).
Cette indication ne doit pas être évidemment sans importance, pour servir à déterminer l'origine et l'antiquité de ces tombes.
Près de là (des tombes), et presque à la limite où devait s'arrêter la coupe en travers de la route, nous découvrîmes une aire de pavé en béton, composée de cailloux roulés, à peu près de même dimension, et rangés par files sensiblement inclinées, de manière à simuler, grossièrement, l'opus spicatum des anciens. Ces cailloux étaient recouverts d'un ciment mêlé de chaux, d'argile cuite, et de débris de poteries fines (3).
L'érosion des eaux d'arrosage dévoila, plus tard, une autre aire de béton, parfaitement semblable et contiguë à la première, mais située sur un plan un peu plus élevé.
En continuant les terrassements, nous atteignîmes juste le nu de plusieurs bouts de murailles, qui s'étendaient parallèlement à l'axe de la route, sur une longueur de plus de cinquante mètres à partir des aires de béton. Ces pans de mur, presque régulièrement espacés, étaient assez rapprochés, et nous pûmes nous assurer que ces bâtisses avaient été construites selon le genre de maconnerie encore usité dans ces contrées, c'est à-dire avec du moellon brut et de l'argile crue détrempée (4). 
Parmi ces traces d'habitation, je remarquai un dépôt d'argile plastique, placé sur un sol d'ardoises bien disposées horizontalement. Cette argile, rougeâtre, douce et onctueuse, dont j'ai conservé un échantillon, semble avoir subi les préparations convenables pour la fabrication des vases avec reliefs, dont j'ai recueilli plusieurs fragments aux environs de ce dépôt.
Les débris de poteries grossières abondaient parmi les décombres, et l'on pouvait juger, par leur rapprochement et par leur épaisseur, qu'ils appartenaient à des vases d'une grande capacité, dont la forme devait assez ressembler à celle de nos jarres, ou à ces vases qui servent encore, sur nos montagnes, à lessiver le linge, et que je serais presque tenté de considérer comme traditionnels.
Sans me préoccuper de l'emploi de ces vases, que l'on considère, le plus souvent, comme des urnes funéraires, et qui pourraient bien avoir servi aux mêmes usages que de nos jours, je ferai remarquer qu'il n'y avait rien auprès d'eux qui indicât qu'ils eussent servi à autre chose qu'à des usages domestiques (5).

Je regrette qu'un accident fâcheux ne m'ait pas permis de vous faire parvenir un vase d'une assez forte capacité, qui se présenta tout entier dans les fouilles, mais qui ne put en être retiré que par morceaux, que j'étais cependant parvenu il réunir au moyen d'un mastic. Ce vase, sans bas reliefs, dont la destination paraîtra sans doute assez embarrassante, était néanmoins assez remarquable par sa forme ovoïde, surmontée d'un petit bec d'environ 18 cent. de longueur. On l'aurait pris volontiers pour une de ces amphores terminées en pointe, qui servaient chez les Romains à tirer le vin des tonneaux, et que l'on enfonçait dans la terre pour les maintenir droites ; mais il ne présentait aucune trace d'anses, ni aucun orifice (voir le dessin de ce vase). L'intérieur des parois annonçait d'ailleurs, d'une manière très manifeste, qu'il n'avait rien contenu.
Les fragments de poterie rougeâtre, ornés de bas-reliefs, où sont représentés des personnages, des animaux et autres ornements délicats, ainsi que les morceaux de verre bleu , ornés de contours émaillés et de petits fleurons nacrés, appartenaient sans doute à des vases de distinction. Les morceaux de verre présentent une belle nuance à gorge de pigeon, dont les couleurs, je crois, sont propres au verre qui a resté longtemps sous terre.
Je ne dois pas oublier de signaler la découverte de quelques médailles en cuivre, représentant d'un côté une tête de Minerve, et de l'autre un cheval ailé, avec une inscription peu lisible. Ces médailles, de la grosseur d'un sou de notre monnaie, et que je crois provenir d'Emporias, ne sont pas assurément, ainsi que les débris de poterie avec reliefs, ce que les fouilles ont offert de moins intéressant, pour servir à déterminer l'origine et l'antiquité des ruines dont les travaux de la route ont dévoilé l'existence.
J'ai encore à mentionner la présence de quelques briques de forte dimension, parmi lesquelles j'en ai remarqué qui étaient ornées de festons en relief ; elles étaient pareilles à celles que l'on a trouvées à Ruscino (6), où le hasard m'a fait rencontrer, sur les affleurements du sol, quelques fragments de poterie et de verroterie, dont la matière et les ornements étaient très analogues à ceux que j'ai recueillis dans les fouilles de Jonset.
C'est d'ailleurs à l'aide des divers objets que je viens d'énumérer, que j'ai été amené à cette conjecture : que les ruines découvertes à Jonset pourraient avoir formé un établissement Romain ou Gallo-Romain, peut-être contemporain de Ruscino, et qui aurait été détruit, selon la tradition, par les hordes sarrasines, pendant que les pirates du Nord ravageaient les côtes de la Méditerranée, et saccageaient l'antique métropole du pays des Sardons (7).
Je regrette de n'avoir plus rien à signaler à votre attention ; je pense néanmoins que si les fouilles, exécutées pour l'élargissement de la route, avaient été poussées plus loin dans le champ où gisent ces ruines, nous aurions fait des découvertes bien plus importantes que celles que je viens de citer. Je m'estimerais heureux, cependant, si ces objets, recueillis par mes soins, pouvaient être de quelque utilité pour l'histoire.
© S.A.S.L. des P-O. Cet article a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, pp.309-314.
(1) Le village de Jonset est situé entre Villefranche et Oléta. (2) On a découvert à Oléta, à Anyer et au pied des Graüs des tombes pareilles à celles que je viens de signaler, et dirigées dans le même sens. (3) L'opus spiratum était employé par les anciens pour paver les bains et les bâtiments publics. Cet ouvrage était composé de petites briques de 0m 10 de longueur sur Om 06 de largeur, posées de champ et inclinées, de manière à imiter une épine de poisson. Les anciens l'appelaient opus spicatum parce que les briques étaient posées comme les grains de blé dans l'épi. (4) A Toul-St.-Afrique (Creuse), on a trouvé des maisons gauloises de trois à quatre mètres de diamètre, bâties en pierres brutes et liées par un ciment d'argile crue. Ces bâtisses offrent une parfaite analogie avec celles que je viens de signaler. (5) Les Romains conservaient leurs vins et leurs huiles dans de grands dolia (tonneaux) en terre cuite, préférablement aux tonneaux de bois. A Herculanum on a trouvé une cave, autour de laquelle plusieurs tonneaux de terre étaient rangés et maçonnés dans le mur. (6) Les Romains employaient dans les édifices publics et royaux des briques de plusieurs palmes de long sur autant de large, ornées de reliefs, avec l'empreinte des noms des Consuls du temps où ils avaient été construits (Winkelman). (7) Selon les historiens, la ville de Ruscino aurait été saccagée par les Normands vers le milieu du IXe siècle. A cette même époque (840), un gouverneur de Tudèle, en Navarre, appelé Moussa, pénétra dans la Cerdagne et y fit de grands ravages (Reynaud, Histoire des Sarrasins en France). |