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Raymond Lassaire
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| Historique Personnalités Bureau actuel Bibliothèque Conférences Cotisations Bulletin 2007 Publications en vente Bulletins Tables de recherche Autres articles Echanges académiques Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Discours prononcé aux obsèques de M. Lassaire, le 11 décembre 1884, par M. Le Lieutenant-colonel Dumas, membre de la Société. Messieurs, Un devoir de famille a seul empêché notre bien sympathique Président d'assister à cette pieuse cérémonie. Notre Vice-Président a été aussi obligé de s'absenter. Je suis donc chargé, comme un des plus anciens de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire et comme un des plus intimes amis de notre affectionné collègue, de prendre la parole sur sa tombe, pour lui payer le tribut de regrets qu'il a si bien mérité par son zèle et son dévouement à notre Société. Raymond Lassaire n'était pas encore bien vieux ; il n'avait pas 68 ans, mais une longue et cruelle maladie, sans affaiblir son intelligence et son caractère, avait brisé depuis longtemps ses forces. Il ne pouvait plus marcher et cependant il luttait contre le mal et ne désespérait pas de sa vigoureuse constitution. L'espoir ne l'avait abandonné que depuis quelques jours. Ne voyant plus d'autre solution que la mort, il l'attendait avec calme et l'appelait de tous ses voeux. Que de fois il m'avait dit : «j'espère que tout cela va bientôt finir». Il s'est éteint rendant grâce à Dieu de lui avoir au moins épargné la souffrance physique. Je ne connais pas les débuts dans la vie de notre bien regretté collègue, ni le détail de ses services dans les Ponts-et-Chaussées pour pouvoir en parler, je laisse ce devoir à un de ses amis plus autorisé. Je sais seulement que Raymond Lassaire appartenait à une honorable famille d'Agen ; qu'il perdit fort jeune son père et qu'il fut élevé par la plus tendre des mères à laquelle il avait voué le souvenir le plus délicatement filial. Le vieillard ne parlait de cette bonne mère qu'avec des larmes dans les yeux. C'est à ce foyer maternel qu'il avait puisé ces mouvements d'exquise sensibilité et ce parfum de poésie qui donnaient tant de prix à son intimité. Homme du meilleur monde, d'une urbanité et d'un tact parfaits, il avait un mot d'encouragement pour toutes les bonnes volontés ; que de bons conseils il a donnés à tous ceux qui s'occupaient de poésie dans son entourage. Poète distingué lui-même il n'appartenait pas à ce genre irritabile vatum qui ne trouve bien que leur oeuvre. Membre de la Commission d'examen dans tous nos modestes concours de poésie, il s'est toujours montré le juge le plus éclairé. Je l'ai appelé poète distingué, et qui refuserait ce titre à l'auteur de Ma Gerbe ? Que de belles pages, que de beaux vers dans cet important recueil ! quelle est jolie cette courte préface ! - Quoi de plus gracieux que Les Berceaux et Tombes, quoi de plus touchant que Les Enfants et Mères ! Son Ode à M. de Lesseps, à propos du percement de l'isthme de Suez, est un petit chef-d'oeuvre. Ecoutez ces strophes que Musset n'aurait pas refusé de signer :
Mais ce n'est pas ici le lieu d'analyser cet important poème. Je laisse ce devoir à de plus compétents que moi. Lasaire avait brillamment débuté dans des articles de mode et de poésie à Agen. Ses relations littéraires lui avaient valu de notables protections et de simple Conducteur des Ponts-et-Chaussées, il se vit un jour élevé au poste d'Ingénieur du Chemin de fer de Prades. Ce fut pour lui la belle époque, mais elle ne fut pas de longue durée. La mise en séquestre de ce chemin de fer le ramena à la position de Conducteur et c'est comme tel qu'il a obtenu sa retraite - retraite bien modeste. Heureusement pour lui que l'estime de ses chefs ne l'avait pas abandonné et qu'il avait obtenu un poste de confiance comme Secrétaire de l'Ingénieur en chef. Cette faveur qui honore à la fois et celui qui l'avait accordée et celui qui l'avait reçue, avait mis ses dernières années à l'abri du besoin ; mais il arriva un moment où il ne put plus marcher ; alors que faire avec 1500 fr. de retraite ? il fallut se contenter d'une chambre payante d'hôpital. L'ancien Ingénieur, l'élève et l'ami de Jasmin, se résigna à aller mourir à l'hospice ; comme le dit si bien le poète Gascon : «es aqui que lous poetas ban mouri». Nous qui l'avons vu de près dans ses derniers moments, alors que l'homme se débarrasse de ce masque d'emprunt que lui avaient donné jusque là la bonne fortune et la bonne santé, nous rendons témoignage de son courage et de tous les bons sentiments dont il a fait preuve. Adieu, pauvre et cher collègue, repose en paix, car tu n'as laissé que des amis sur cette terre et ton nom sera toujours respectueusement prononcé. © S.A.S.L. des P-O. Cette notice nécrologique a été publiée dans le XXVIe volume de la SASL, 1884, pp.362-365. | ||