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des Pyrénées-Orientales


Construction et emploi d'un système complet d'instruments de labourage, de semailles et de battage

 

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M. S. Llanta

Du Labourage en général

Labourer une terre, c'est la trancher, la retourner, la diviser, en un mot, l'ameublir à des profondeurs qui varient selon sa nature, et selon ce qu'on se propose de lui faire produire.

Pour atteindre ce but, on a recours à des instruments à bras ; mais comme ce genre de labourage est long et dispendieux, on y supplée par des instruments traînés par des animaux.

On a beaucoup écrit et on discute encore sur la meilleure construction des instruments aratoires, et sur leurs diverses parties ; cependant, on n'est pas encore parvenu à produire un système qui satisfasse, dans tous les cas possibles et sous ces divers rapports, à toutes les conditions désirables. Placé, pendant plusieurs années d'exploitation, dans la nécessité d'employer divers instruments anciens et modernes de divers pays, j'ai cherché vainement à atteindre le but que doit se proposer tout agriculteur. J'ai pensé qu'en inventant certains instruments, qu'en perfectionnant ou en modifiant ceux que nous connaissons, on pourrait arriver à produire un système complet pour le labourage, les semailles et le battage. A force de persévérance, de temps et d'argent ; grâces à l'esprit novateur de M. de Gaffard, qui a bien voulu mettre à ma disposition ses instruments aratoires perfectionnés, et aidé par les savantes leçons de géométrie et de mécanique appliquée aux arts de M. Charles Dupin, j'ai vu mes efforts couronnés d'un heureux succès. Avec ces instruments, on laboure, on sème, on bat avec plus de perfection et plus d'économie qu'avec tous ceux que nous connaissons ; et c'est à l'aide de cinq instruments seulement que sont exécutées toutes les opérations de labourage, sarclages et binages de toutes espèces de plantes, soit à plat, soit en billons.

Ces cinq instruments sont : l'araire-buttoir, planche Ire, fig. 1 et 2 ; la charrue-simple, fig. 7 et 8 ; la herse, fig. 16 et 17, planche 2me ; le rouleau, fig. 20 et 21 ; et l'extirpateur combiné, fig. 22 et 23.

§ Ier - De l'Araire-Buttoir

L'araire-buttoir est un perfectionnement de l'araire ancien, dit Dental. Cet utile instrument, auquel on ne peut pas suppléer, du moins dans nos contrées, quoi qu'en dise M. Dombasle dans ses Annales agricoles de Roville, t. 5, est décrit et figuré dans le Nouveau Cours complet d'Agriculture, t.5.

Pour prouver l'utilité de cet instrument, et pour réfuter l'opinion de M. Dombasle, supposons des terrains difficiles à labourer, tels, par exemple, qu'un terrain argileux, sec et pierreux, qu'on voit assez communément dans nos localités. «Avec l'araire à soc étroit et pointu, on trace, dit M. Dombasle, une rigole, et il faut faire un étrange abus des mots pour la décorer du nom de labour» ; mais il ne remarque pas que la surface ayant été déchirée par cette façon, si on en donne une seconde en travers avec le même instrument, on fouillera dans la terre à 0,12 ou 0,15 c de profondeur pour peu que la nature du sous-sol le permette ; il arrachera dans le terrain supposé une quantité de pierres qu'il ramènera à la surface, et on augmentera, à peu de frais, par les labours successifs, de plus en plus profonds, la couche de terre végétale ; au reste, quel que soit le terrain, privé d'humidité depuis longtemps, s'il convient de le labourer, on n'y introduira pas certes les instruments perfectionnés à soc large, parce que cela n'est pas possible ; on sera forcé de se servir, au moins, de l'araire pour la première façon, et ce ne sera qu'après un labour ou deux qu'on pourra les employer. Ces façons d'araire augmentent, dit-on, le prix de revient des labours, j'en conviens ; mais on oublie que nous avons cité deux cas, malheureusement trop communs, pour démontrer l'utilité de l'araire, car, dans ces terrains, on ne peut labourer autrement. Qu'on nous dise avec quel instrument nous pourrions labourer nos vignes, plantées généralement sur des terres fortes et pierreuses, si nous renoncions à l'araire ! On évite encore par les premiers labours à l'araire de faire de grosses mottes ou de gros gazons, toujours très coûteux et très difficiles à diviser.

L'araire, tel qu'il est, n'est pas cependant exempt de défauts ; la terre s'amasse sur les tandilles ; le chaume et les broussailles s'agglomèrent dans la gorge et le font sortir souvent du sillon : ce qui occasionne des imperfections dans les labours et une perte de temps souvent considérable. Le prix d'achat et d'entretien n'est modique qu'en apparence ; il faut souvent renouveler les pièces qui le composent. Ces considérations nous ont porté à modifier l'araire pour obvier aux défauts signalés plus haut. Conserver le moyen facile et prompt d'enchâsser et de ferrer le soc à l'avant-corps de l'araire, construire le soc et l'affûter toujours facilement et économiquement, remplacer, enfin, par le fer les parties qui s'usent par le frottement, tel est le problème que nous avons résolu. Nous sommes non seulement parvenus à en corriger les défauts, mais encore à construire, par un tracé mathématique, fait d'après des données pratiques, un araire, qui est en même temps un des meilleurs buttoirs et une des meilleures charrues à deux versoirs que l'on construit encore par tâtonnements.

Le seul but qu'on peut rationnellement se proposer d'atteindre, avec l'araire, le buttoir et la charrue à deux versoirs, c'est de creuser un sillon de forme triangulaire, de diviser et de déplacer la terre en mince temps, et de pouvoir à volonté la rejeter plus on moins loin sur les côtés. Eh bien ! la théorie et la pratique ramèneront à trouver ces trois instruments dans un seul, lorsqu'on peut enlever, fermer ou ouvrir à volonté les ailes des versoirs.

Soit donc le sillon BAC, planche 1, fig. 14, vu en coupe, que la force d'un attelage peut faire, et dont il peut en même temps ranger la terre divisée sur les côtés au-dessus de la ligne de terre DE. Sur ce sillon de 0m 75 c de largeur, de B en C, et de 0m 375 de hauteur, de A en F sont prises les deux dimensions sur lesquelles sera construit l'araire-buttoir qui doit présenter la même coupe, vue par derrière.

La longueur du corps doit avoir 0m 63c de A en B, même planche, fig. 5 et 6. On trace le plan horizontal, en divisant la longueur AB au point C, on divisera la largeur ED en deux parties égales, qu'on subdivisera aux points GG'; on mènera sur ces points les deux génératrices AG, AG' ; on divisera la projection des deux directrices EG, DG' en autant de parties égales qu'on désirera avoir de sections ; on déterminera ces sections ou petits plans gauches, en menant par chacun des points de division des directrices, des lignes qui passent par les points d'interception FF', qui est le point de projection de la seconde directrice déterminée sur la génératrice par les sections CE, CD qui terminent le plan, et on aura la projection horizontale du plan de l'araire-buttoir. Reste encore à déterminer la gorge, après avoir élevé le plan vertical, fig. 5, sur l'horizontal, et avoir divisé les directrices FE' et EG en autant de parties égales que sur le plan horizontal ; on élèvera alors du point de rencontre des sections horizontales H, H', H", H"', des perpendiculaires à la ligne AB. A chacune des sections verticales on tracera une courbe, qu'on fera passer par les points de rencontre I, I', I", I"', des perpendiculaires élevées sur les sections verticales ; cette courbe sera la gorge qui se trouvera engendrée par la génératrice AG'. La démonstration de ce tracé est, je crois, suffisante pour faire les modèles en bois de l'avant corps et des versoirs de l'araire. Quant au tracé des autres parties de cet instrument, la légende et les figures que nous donnons sont suffisantes : ces sortes de tracés sont, au reste, assez généralement connus.

 

§ II - De la Charrue simple


Comme on l'a fort bien dit, cet instrument est destiné à trancher, à renverser un prisme de terre de forme quadrangulaire ; on le renverse plus ou moins, selon la largeur et la profondeur qu'on donne au sillon. On accuserait à tort une charrue de défauts de construction, si le versoir ne renversait pas la terre convenablement, et si on n'avait pas égard à la largeur et à la profondeur qu'il faut donner au sillon, par rapport à la construction du versoir. C'est en grande partie de là que vient cette diversité d'opinions sur la construction de la charrue.

Les agronomes de tous les pays ont compris l'avantage immense d'avoir des charrues bien construites, et toute leur attention s'est tournée vers les améliorations dont cet instrument est susceptible. Ce besoin a tellement été senti, que la Société d'Agriculture de Paris et les sommités agronomiques ont proposé un programme de questions sur les meilleures conditions d'une bonne charrue. Nous croyons utile de les reproduire dans cet exposé.

Ces conditions sont :

«1° Que le laboureur n'ait pas besoin d'aide, c'est-à-dire qu'il conduise en même temps le soc et l'attelage.

2° Que la charrue soit simple et composée des seules pièces nécessaires.

3° Que l'attelage qui tire soit du plus petit nombre de bêtes possible.

4° Que le soc soit plat et tranchant, toute autre figure éprouvant des résistances vicieuses.

5° Que l'oreille soit disposée de manière qu'elle nettoie le fond de la raie, et range la terre sur le côté.

6° Que le labour soit d'une profondeur convenable et le plus étroit qu'il se peut.

7° Que la charrue obéisse avec précision dans tous ses mouvements à celui qui la conduit.

8° Qu'elle ne fasse que ce qui est nécessaire, car ce qui ne l'est pas est nuisible.

9° Qu'elle n'exige pas une grande adresse de la part du laboureur, et ne lui occasionne pas un travail trop pénible ; qu'elle puisse être réglée sans peine promptement sur place, de manière à labourer plus ou moins profondément et à détacher des tranches de la largeur qu'on juge le plus convenable. Il faut que ces dispositions soient indépendantes de l'action du laboureur, soit parce qu'on ne peut pas toujours se fier à lui, soit parce que les bêtes de trait ont plus de peine lorsque le laboureur est en butte à la tendance naturelle de la charrue, et qu'elle ne soit pas très coûteuse. Ici on entend moins parler du prix d'achat que des frais d'entretien : lors même qu'une charrue coûterait trois fois plus qu'une autre, si elle dure quatre fois plus, elle est encore meilleur marché».

Les Pictet, les Arbulnot, les Jefferson, les Dombasle, les Guillaume, se sont tour à tour occupés du perfectionnement de cet utile instrument. M. Dombasle est celui qui, jusqu'à présent, a le mieux rempli en théorie une partie des conditions indispensables. Arrivé à la pratique, il a construit une charrue-simple sans avant-train, parce qu'il est reconnu que cette pièce a de grands inconvénients, d'où résulte une perte de force, l'embarras, le coût et l'entretien. Cette pièce n'est bonne, à mon avis, qu'à supporter l'extrémité de l'age de la charrue ; nous arrivons à ce résultat en appliquant l'extrémité du timon, par où s'exerce la puissance, sur l'anneau du joug.

M. Dombasle conclut, dans son mémoire à la Société d'Agriculture de Paris, que le tirage se fait avec la charrue-simple au minimum de force. Les expériences que j'ai faites me font partager son opinion, soit qu'on emploie le lien flexible ou inflexible. Si la charrue-simple de M. Dombasle, tirée par un lien flexible, eût été construite sur un plan,de manière que le centre des résistances du soc, du coutre et du versoir se fût trouvé placé sur le centre de l'age, cette charrue aurait pu fonctionner passablement dans des terres faciles et pour certains labours ; mais comme certaines conditions ne peuvent exister que par l'effet du hasard dans son genre de fabrication, et comme il est impossible d'employer le lien inflexible dans tous les terrains, en supposant même que le corps d'une charrue remplit les conditions voulues, M. Dombasle a été obligé de revenir à l'usage de l'avant-train. Dès lors les charrues-simples de cet habile agronome, les meilleures que je connaisse, ne remplissent pas la majorité des bonnes conditions imposées dans le programme ci-dessus : ces considérations et l'impossibilité de renoncer, dans presque tout le Midi, à l'usage du joug et du lien inflexible, à cause des immenses avantages qu'ils présentent, m'ont entraîné à chercher un perfectionnement qui remplît en grande partie les bonnes conditions voulues par le programme, si toutefois elle ne les remplit pas complètement.

DU VERSOIR

Construire un versoir sur des données déterminées, qu'on puisse augmenter on diminuer à volonté, n'était pas chose facile, parce qu'il n'existe d'autre description de cette pièce que la description géométrique de la partie d'une charrue qu'un nomme versoir ou oreille, insérée dans les mémoires de la Société d'Agriculture de Paris, année 1821, p.525.

Je ne pouvais partager l'opinion des auteurs de ce mémoire, parce qu'ils déterminent par tâtonements les courbes de la surface gauche du versoir. Arbulnot dit aussi que la configuration de cette surface n'est pas le résultat de la théorie ; je crois le contraire. La pratique doit seule nous donner les meilleures proportions pour construire un versoir, qui soulève, pousse et renverse un prisme de terre avec le moins d'effort possible.

On a mis en principe, dit M. Hachette, qu'un versoir doit convenir à toute espèce de terrains et de profondeurs : cette proposition me paraît erronée. Qu'un versoir convienne à toute espèce de terrains, je reconnais cette vérité ; mais qu'il puisse également renverser la terre à toute profondeur, c'est une chose qu'on ne doit pas admettre. Si le prisme était un parallélipipède carré, le versoir pourrait à peine le renverser sur un de ses côtés, et, dans ce cas, le labour serait droit ; si au contraire le prisme était un parallélipipède rectangle, le versoir ne parviendrait à le déplacer qu'en dépensant le double ou le triple de force, et encore le tout ou partie de ce parallélipipède retomberait dans le sillon et le recomblerait. En supposant donc qu'on pût faire fonctionner la charrue, le prisme, qui serait plus on moins renversé, est un parallélipipède rectangle, qu'on renverse sur un petit côté. Il est donc, dis-je, facile de se convaincre que plus on laboure profondément, moins on renverse de terre si l'on n'augmente pas proportionnellement la largeur du versoir ; d'où l'on doit conclure que le même versoir ne peut pas convenir pour labourer à toutes les profondeurs.

Soit donc aussi le sillon DABC, fig.12, que la force d'un attelage peut faire et que nous prenons pour établir les dimensions à donner au versoir et à la charrue : ce sillon à 0,27 c de largeur et 0,20 de profondeur. Soit donc aussi, fig.11, 0,27 c de largeur du versoir àsa base EF, et 0,51 c de F en N, 0,63 c de longueur de K en F, et 0,30 de hauteur LO, fig.10. Les dimensions une fois établies, on fera la projection horizontale en prolongeant le côté EF, fig.11, jusques en L ; on mènera la ligne EK, qu'on divisera en deux parties égales, au point R. De ce point on élèvera une perpendiculaire sur KE jusqu'à la rencontre de EL, au point L ; de ce point, comme centre et d'un rayon égal à EL, on décrira l'arc de cercle EK ou génératrice, qui doit servir à engendrer la surface du versoir ; menez NM, que vous divisez en deux parties égales, et du point T élevez une perpendiculaire TP, égale en longueur à la ligne RL. Au point P, comme centre, décrivez l'arc NM ; la rencontre des arcs KE et MN donne le centre de l'arc LUVXP, que vous divisez en quatre parties égales pour avoir les centres des trois arcs U'u', V'v', X'x', des points E u'v'x'N ; élevez des perpendiculaires au-dessus de la ligne de terre AS, fig. 12, divisez S.i en quatre parties égales, menez de ces points de division des parallèles à la ligne de terre, au point où ces parallèles couperont les perpendiculaires que vous venez d'élever, et vous obtiendrez la courbe BI, fig.10. Pour obtenir la courbe JA, divisez JG en quatre portions égales à SI, fig. 12, c'est-à-dire, la hauteur du versoir en quatre parties égales ; menez les parallèles bb', cc', dd', élevez les perpendiculaires KJ, Ud", v'c", x'b", MA ; leur rencontre avec les parallèles détermineront la courbe J d" c" b" A.

Quant aux autres pièces qui composent cette charrue, les figures et la légende que nous en donnons, suffiront à tout agriculteur expérimenté, soit pour les faire confectionner, soit pour qu'il puisse juger qu'elles sont faites et ajustées, pour être changées avec facilité et économie. On remarquera encore que l'assemblage, fig. 9, est disposé de manière à perpétuer cet instrument.

Cette charrue, ainsi construite, entre avec facilité dans tous les terrains (1) ; elle tranche, soulève et retourne avec continuité la terre, et fait un sillon net et uni sans exiger l'adresse et l'application continuelle de celui qui la conduit ; une seconde suffit pour lui donner l'entrure nécessaire et régler au besoin ses autres parties.

Les agriculteurs qui ne se sont pas rendu compte des avantages de notre système d'attelage d'instruments à timon à joug avec le harnachement des colliers, objecteront encore que l'age long est vicieux ; mais depuis que nous l'avons modifié (2), soit celui des boeufs, soit celui des chevaux, nous nous sommes convaincu que notre système modifié était le meilleur et le moins connu de tous ceux que nous connaissons (voyez les fig. 13, 18 et 19).

Il n'y a de différence entre le harnachement des boeufs et celui des chevaux que celle qui résulte de la forme de leur cou pour les colliers, et la courbure qu'il faut donner de plus au joug des chevaux, parce qu'ils ont l'encolure plus haute que les boeufs. Deux labours de cette charrue ainsi tirée, deux hersages, un ou deux roulages, selon que la terre est humide ou sèche, et un extirpage (ce qui fait de six à sept façons reçues par la terre), l'ameublissent, la nivellent mieux, plus profondément, et sont moins coûteux que par les moyens employés jusqu'à ce jour, pour le blé spécialement et pour toutes les autres récoltes en proportion. Pour qu'on puisse mieux apprécier l'économie qui résulte du nouveau système de labourage et de semailles avec l'ancien, nous donnons deux tableaux comparatifs ; ces deux tableaux ont été dressés d'après des moyennes prises sur les deux systèmes, pour connaître le prix de revient d'un hectare de terre semé en blé. Il est inutile de faire observer que toutes choses étant égales, moins la perfection du labourage et de la semaille, il en résulte toujours un produit plus beau et plus abondant.

Nouvelle méthode
FaçonsJournéesMontant
1° Charrue-simple3 ½17f 50
2° Herse3 ¾3 75
3° Charrue-simple315 00
4° Roulage3 ¾3 75
5° Rouleau en bois3 ½2 50
6° Extirpateur15 00
    Hersage1 ¾3 55
7° Semoir1 ½2 50
Semenc. emp. 1h40155 00
8° Rouleau1 ½2 50
TOTAUX1190 00
Ancienne méthode
FaçonsJournéesMontant
1° Araire à versoir420f 00
2° Idem3 ½15 00
3° Idem3 ½15 50
4° Idem3 ½16 25
5° dite de semaille315 00
6° Herse3 ½2 50
Semenc.emp. 2h28 55 00
7° Un trainage3 ¼1 25
Journée du semeur11 90
TOTAUX19 ¼147 75

Il est donc matériellement prouvé que l'économie bien entendue est de 37 fr. 75 c. pour le travail de labourage, et de 20 fr. pour la semence ; ce qui fait un total de 57 fr. 75 c. par hectare de terre ensemencé.

§ III - De la Herse

La forme des dents de la Herse-Bardonnet (3), fig. 17, est celle que j'ai adoptée pour en armer la herse dont je me sers, fig 16 et 17. J'ai fait ce choix parmi la grande diversité de formes de dents et de bâtis qu'on a plus ou moins prônées. La Herse-Valcourt, dont j'ai fait et vu faire souvent usage, est la meilleure, mais elle laissait beaucoup à désirer ; après l'avoir essayée concurremment avec la mienne à dents à la Bardonnet, je me suis convaincu que celle que je lui ai substituée était meilleure pour prendre entrure, trancher les gazons et les moues, bourrer la terre avec le dos des dents : ces moyens sont, pour tout agronome, des conditions de rigueur que doit remplir une herse. Je me suis convaincu que le travail du scarificateur pouvait être remplacé par un hersage fait avec une herse convenablement disposée ; j'ai encore obtenu ce résultat en enlevant la moitié des dents, moins une, et en chargeant, au besoin, la herse de gazons, de mottes ou de pierres. Les dents sont disposées sur trois rangs et en quinconce, espacées à 0,21c ; il y en a huit au premier rang et sept aux deux autres ; elles tracent une suite de lignes distantes de 0,07 c et de 0,14 c après en avoir enlevé la moitié moins une. Pour que chaque dent trace sa ligne en particulier et à distance, il faut faire, comme l'a dit M. Dombasle pour la Herse-Valcourt, allonger ou raccourcir une des branches de la chaîne de tirage ; on obvie par ce moyen au défaut de tirage des bêtes ou à tout autre, s'il y en a. Les trois rangs de dents entrent plus ou moins également dans la terre selon la longueur qu'on donne au lien de tirage. Nous n'entrerons pas dans d'autres détails sur la construction et l'emploi de la herse, parce que cet instrument est assez généralement connu et employé : la légende et les figures que nous en donnons l'expliquent suffisamment.

§ IV - De l'Extirpateur-combiné

L'extirpateur-combiné et l'araire-buttoir remplacent avec avantage, non seulement les divers extirpateurs et buttoirs, mais encore tous les autres instruments d'agriculture, connus sous le nom de cultivateurs, figurés et décrits dans le Nouveau Cours complet d'Agriculture.

Nous employons l'extirpateur dans la grande culture pour faire le troisième ou le quatrième labour, dans tous les terrains où nous pouvons nous dispenser d'employer aussi l'araire-buttoir. Par les motifs exposés dans ce mémoire, un labour d'extirpateur ne peut être remplacé par aucun autre, parce qu'il laisse la terre plus meuble et plus fraîche ; ce n'est pas le seul avantage qu'on retire de cet instrument pour la grande culture : il ne retourne pas la terre atmosphérisée, qui hâte la germination et la première végétation des graines et des plantes, et il laboure un hectare de terre par jour, sans que l'attelage fatigue plus que pour les labours de charrue-simple. Nous ferons cependant observer que, si la terre labourée reste parsemée de plaines à racines traçantes, il faut herser sitôt après le labour pour prévenir la reprise de ces plantes.

L'extirpateur-combiné se transforme en houe à cheval, en changeant les deux socs de derrière par les socs de houe à tranchant courbe et d'un seul côté, fig. 28 et 29, pl.2me ; on espace ces socs au moyen des trous A, a, a', a'', fig. 23, même planche. Ainsi transformé, nous l'employons simultanément avec l'araire-buttoir pour recouvrir les graines et plantes, billonner, biner, sarcler, butter avec précision les récoltes en lignes, espacées à 0,50 c au moins, opérations qui ne pouvaient se faire qu'imparfaitement, et qu'on avait préconisées.

Soit, par exemple, une pièce de terre qu'on veut planter en pommes de terre : on trace sur un de ses côtés un sillon bien droit, après l'avoir rendue unie par des labours préalables. On la rayonne ; on place les tubercules dans les rayons, à la distance qu'on croit la plus avantageuse, et on peut s'assurer que cette condition est bien remplie lorsqu'on n'a pas besoin de les recouvrir de suite : pour donner continuellement du travail aux planteuses, on recouvre ensuite avec l'araire-buttoir. La fig. 15, pl. 2me, A A' A'', montre en coupe des rayons avec le tubercule à nu et recouvert, et dont le sommet du billon est rabattu, comme dit M. Dombasle. Cette dernière opération se fait en même temps qu'on billonne avec le rabot des raies, et afin de prévenir le décollétement des plantes après leur sortie de terre, C, même figure.

La première façon de sarclage et binage se fait au moyen de l'extirpateur, transformé en houe à cheval, comme nous avons dit, mais traîné par deux bêtes. Après cette opération, le sillon EFG change et prend la forme Hij, H'i'j'; la seconde opération se fait avec l'araire-buttoir, qui lui redonne sa première forme et de plus élève le sommet du billon (D, même figure). Deux façons de chacun de ces deux instruments et un léger sarclage entre les plantes sont plus que suffisants pour nettoyer une récolte et la terre, et ameublir l'espace compris entre les lignes. On objectera, peut-être, que les expériences que certains agronomes ont faites au sujet du battage des plantes, ont été contre cette opération, et je serais de leur avis, si l'on buttait comme ils l'indiquent. Mais en admettant le pour et le contre des expériences faites par M. Dombasle et par M. Villeroy (4), je me permettrai de faire observer que ma manière de butter ne constitue pas un buttage proprement dit, qui consiste à ajouter de la terre au collet des plantes. Par mon procédé je ne dérange en rien leurs racines ; la terre étant déjà billonnée, je mets leur collet en communication avec l'air et les recouvre d'un peu de terre. Ce système de billonner est très avantageux sur les terres humides et indispensable dans celles à l'arrosage.

§ V - Des Rouleaux

La charrue, la herse, n'émiettent pas parfois assez la terre, et on doit alors avoir recours aux rouleaux.

Après avoir essayé des rouleaux à pointes de fer, des rouleaux à disques de fonte, tranchants, unis et dentés, nous nous sommes convaincu que les meilleurs sont ceux dont nous faisons usage. Nous employons deux rouleaux, dont l'un est en bois, de 1m 80c de longueur, sur 0,35c de diamètre ; l'autre est de pierre et il est cannelé ; il a un mètre de long, sur 0,50c de diamètre. Nous n'employons ce dernier que lorsque celui en bois n'est pas assez énergique pour briser les mottes ; il est, de tous les rouleaux, le moins coûteux d'achat et d'entretien (V. fig.20 et 21, pl.2e).

II- Instruments de Semailles

Il ne suffit pas de bien labourer une terre pour en obtenir le plus grand produit possible ; il faut encore remplir trois autres conditions plus importantes : appliquer convenablement les engrais, faire un assolement rationnel et bien semer. Les deux premières de ces questions ont été traitées par des agronomes d'un grand mérite et notre sujet ne nous permet pas de nous en occuper. On a beaucoup écrit sur la manière de semer ; mais arrivé à la pratique on n'a pas obtenu des résultats satisfaisants. La cause peut-elle être attribuée à l'imperfection des machines à semer ou bien à l'imperfection du mode employé à s'en servir ? c'est, je crois, à l'une et à l'autre de ces causes qu'il faut l'attribuer, et à la répugnance qu'on a pour s'en servir. Le Semoir-Hugues et le Rayonneur que nous avons construit, nous ont cependant donné le moyen de faire les cultures en lignes avec précision, économie et facilité ; voici comment : lorsqu'on a donné le dernier labour à une pièce de terre qu'on veut semer ou planter en lignes avec le semoir ou à la main, on trace, sur un des côtés désigné par l'ordre des labours, un sillon bien droit avec la charrue ou avec tout autre instrument, après qu'on a réglé d'avance, à la distance voulue, les deux socs extrêmes du rayonneur, fig.22 et 23, pl. 3e, et les attèles du joug à rayonner, fig.30 et 31, pl. 2me, on fait marcher une des deux bêtes de l'attelage dans le sillon tracé ; un des deux socs extrêmes du rayonneur est aussi placé dans le sillon.

Les autres deux socs tracent deux autres rayons qui divisent la terre en deux bandes égales : ces bandes sont plus ou moins larges, selon qu'on veut espacer les lignes entr'elles ; on peut faire suivre le semoir derrière le rayonneur sans craindre d'être interrompu dans cette opération, puisque le rayonneur fait deux fois plus de travail que le semoir. Si c'est au semoir qu'on sème, l'attelage qui le traîne porte un joug d'une longueur égale, du milieu au milieu de chaque bête à la largeur de la bande ou de la voie des roues du semoir ; de cette manière, les bêtes, trouvant une voie déjà tracée, la suivent avec facilité, et avec un peu d'attention on est sûr de l'exactitude de l'opération. Quant aux grains qui ne peuvent encore être semés au semoir, comme les fèveroles et autres, nous les semons à la main, en les mettant dans les rayons qu'a tracés le rayonneur, et nous les recouvrons avec l'araire-buttoir, en procédant comme pour les pommes de terre. Malgré tous les avantages que nous avons retirés du Semoir-Hugues au moyen du rayonneur, ce semoir laisse beaucoup à désirer, d'abord, parce qu'on ne peut pas graduer à volonté la tombée des grains, ensuite, parce qu'on ne peut pas non plus y semer les fèveroles ; il demande aussi trop de tirage, et il n'espace pas assez les grains dans les lignes. Nous avons, maintes fois, exprimé à M. Hugues notre opinion au sujet des perfectionnements à apporter à son semoir, le meilleur que nous connaissions. M. Hugues n'ayant pas introduit dans sa fabrication les changements désirables, nous avons pris l'initiative et nous avons construit le semoir que présente la fig. 37, pl.3me, en ajoutant même, par le peu de tirage qu'il exige, deux petites charrues qui tracent leur voie devant les roues.

III- Instruments de Battage et de vannage

L'aire, sur laquelle doivent fonctionner les rouleaux, doit présenter une surface convexe, tant pour l'écoulement des eaux que pour le jeu des rouleaux. Pour durcir autant que possible la surface de l'aire, on la ratisse de bonne heure ; on répand également, sur toute sa surface, les herbes, les pailles et les terres provenant du ratissage. Cette dernière opération doit se faire par un temps humide ; aussitôt que la pluie a cessé, nous la faisons piétiner par le troupeau de bêtes à laine ou par le gros bétail ; lorsque la terre est l'essuyée nous roulons l'aire avec le rouleau à battre, jusqu'à ce qu'il ne reste plus de traces de piétinement. S'il pleut encore une ou plusieurs fois avant le battage, une autre passe de rouleau est indispensable.

On fixe, sur le milieu de la partie de l'aire où se fait le jeu des rouleaux (5), une pierre, dans laquelle est scellé un axe en fer de 0,04c carrés environ. Cet axe est disposé pour recevoir un tambour, fig.34, pl. 3me, sur lequel s'enroule et se déroule, à volonté, la corde qui sert de guide et qui retient les bêtes traînant les rouleaux.

Parmi les divers systèmes de battage des grains, celui au rouleau en pierre est pour nous, habitants du Midi, celui qui nous a procuré le plus d'économie. A près avoir fait des expériences comparatives au moyen des instruments connus et de l'excellente machine que MM. Mothes, frères, de Bordeaux, viennent de perfectionner avec une rare habileté, nous nous sommes convaincu qu'il y a économie de temps et d'argent à se servir des rouleaux en pierre.

Les dimensions et la forme d'un rouleau ne doivent pas être arbitraires : les dimensions déterminent le poids, qui ne doit jamais être au-dessus de 1.200 kil. pour la force d'un attelage. Pour construire un rouleau, il faut, selon moi, en déterminer la forme sur l'aire même où il doit fonctionner : cette forme est celle d'un tronc de cône. D'après des dimensions prises sur un autre rouleau du poids ci-dessus indiqué, on rapportera ces dimensions sur le milieu de deux rayons menés du centre à la circonférence de la partie de l'aire déterminée, pour le jeu des rouleaux, et on trouvera le tronc du cône ou rouleau, qui convient le mieux pour le diamètre de l'aire.

On a donné aux cadres des rouleaux diverses formes. A force de tâtonnements, j'ai trouvé un moyen simple pour construire les caches, qui réunissent à eux seuls tous les avantages que je désirais, fig. 35 et 36, pl. 3me.

On peut plus ou moins bien organiser et accélérer le travail du battage, selon le nombre de rouleaux qu'on emploie, et selon la méthode avec laquelle on étend la gerbe. Beaucoup d'agriculteurs s'amusent encore à étendre la gerbe sur l'aire, en mettant tous les épis par-dessus, comme on fait pour le battage au fléau. Une observation qui a été suivie d'expériences nous a prouvé qu'on n'avait pas besoin de perdre son temps à ranger ainsi les gerbes déliées, parce que les épis provenant des gerbes qui se délient à la gerbière, lorsqu'on les porte sur la partie de l'aire où on les égrène, sont plutôt égrenés que les autres. D'après cette observation, je n'ai plus hésité à faire étendre les gerbes à coups de fourches, en recommandant toujours de bien entremêler et de faire la couche d'une égale épaisseur. Plus on mettra de rouleaux sur la même aire, plus on expédiera proportionnellement de besogne, parce qu'on peut mieux organiser le travail du personnel sans le fatiguer davantage.

DU VANNAGE

Le vannage en plein vent serait le plus expéditif, si on pouvait se promettre d'en avoir à volonté. Ce grave inconvénient, qui nous expose souvent à perdre une partie des grains battus, nous a fait sentir la nécessité d'avoir à l'aire un hangar pour abriter les produits du battage, et dans l'arrière saison, pour préserver, non seulement les grains avec les balles, mais encore toutes les pailles porte-graines. On se ménagerait ainsi le moyen de vanner au tarare (6), et on ne serait pas exposé à faire naufrage au port, comme cela arrive souvent. Combien de propriétaires n'ont-ils pas perdu, l'année dernière, de graine de luzerne, faute d'avoir construit des hangars ?

Si le système que j'ai inventé, perfectionné, modifié ou adopté, comme on voudra, est goûté par les agriculteurs, à cause des avantages supérieurs que nous en retirons, plus tant, je m'occuperai d'établir à Toulouse un centre de fabrication, qui garantira la bonne confection, la durée et le meilleur marché possible de ces instruments (7) ; et, comme je l'ai déjà dit, il faut que les pièces qui s'usent puissent se changer avec promptitude et facilité par les valets de charrue mêmes. Cette dernière condition est, et doit être, le principe de vie de tout système, quel qu'il soit.

Je désire que les observations que j'ai émises puissent être utiles à la classe nombreuse des agriculteurs : ce sera là la plus douce récompense de mes investigations.

 


© S.A.S.L. des P-O.
Cet article a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, pp.6-27

 

(1) On peut se dispenser d'employer l'araire-buttoir par les motifs cités dans cet article, page 7.
(2) Après une foule d'essais comparatifs avec d'autres systèmes et de sérieuses études de tout genre, on ne consulterait pas sans intérêt l'Encyclopédie de l'Ingénieur ou Dictionnaire des Ponts et Chaussées, à l'article Cheval.
(3) Décrite et figurée dans le Nouveau Cours complet d'Agriculture.
(4) Voir le Cours complet d'Agriculture, à ce mot, ou les Annales agricoles de Roville.
(5) Cette partie de l'aire doit être déterminée par deux rigoles circulaires qui ont un centre commun.
(6) Le tarare de MM. Mothes, frères de Bordeaux, est une machine propre à vanner toutes espèces de grains.
(7) M. S. Llanta a obtenu aux expositions des produits de l'Industrie Française (1839 et 1844) deux médailles d'encouragement (Note de la Commission).