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Copyright Aspirateurs | Guiraud de Saint-Marsal

La ville de Perpignan possède un édifice très remarquable par le style de son architecture gothique, connu sous le nom de Loge de Mer. Il occupe une partie du côté sud de la place de ce nom, qui lui vient sans doute de ce qu'il fut jadis la Bourse, le point de réunion des commerçants. Dans le bas, quatre portes ou croisées à large dimension ; dans le haut, dix ouvertures accouplées, ornées de sculptures élégantes, forment un ensemble qui, malgré l'irrégularité des panneaux, plaît à l'oeil. Le sommet est couronné d'un balustre à dessins d'un goût exquis. Cet édifice est un objet d'affection pour les Perpignanais, qui le vénèrent comme un précieux héritage transmis par leurs ancêtres.
Le tribunal civil, qui n'est séparé de la Loge de Mer que par les bâtiments de la Mairie, est aussi très remarquable. Des croisées à trois divisions formées par des colonnettes d'une charmante structure, des portes rondes à immenses voussoirs, un très petit nombre de jours sur une grande surface unie, un toit sans corniche saillant d'un mètre, enfin une simple moulure de 0m. 50 pour soubassement, doivent le faire ranger parmi les constructions pittoresques du moyen-âge. On doit vivement regretter l'altération de la partie inférieure, par la substitution de croisées rectangulaires modernes à barreaux droits, aux formes circulaires et aux grillages contournés de la construction primitive.
Entre ces deux édifices en belle pierre de taille que le temps n'a point dégradée, l'oeil est péniblement affecté de l'aspect délabré des bâtiments de la Mairie percés irrégulièrement, crépis de teintes différentes, et dont cependant l'entrée, à deux grands arceaux grillés, porte le type d'une origine assez reculée. On sent depuis longtemps la nécessité de relier la Loge de Mer et le tribunal par une construction d'un style qui s'en rapproche, et fasse disparaître la discordance blessante, produite par cet amas de bâtisses incohérentes, qui détruisent tout l'effet des belles façades qu'elles séparent.
Des projets adressés en 1842 offraient une disposition de bâtiment d'une architecture moderne s'élevant à 60.000 fr. L'intérieur renfermait les locaux nécessaires à l'administration communale. Le ministère en blâma la distribution et 1e dessin, prescrivit la refonte des projets, et déclara qu'on n'en adopterait aucun portant atteinte aux deux antiques édifices avec lesquels la nouvelle construction devrait être en harmonie.
D'après cet exposé, ce qui paraît le plus naturel, le plus convenable, c'est de prolonger la façade de la Loge jusqu'au tribunal, suivant le même dessin. On en doublerait ainsi l'étendue et l'effet serait vraiment grandiose. La planche représente la façade telle qu'elle existait avant sa restauration en 1842. On ouvrit alors les portes, on enleva la masure qui masquait l'entrée, ainsi qu'un balcon régnant sur la plus grande partie de la façade.
Si le conseil municipal obtient l'assentiment du conseil des bâtiments, pour l'exécution du projet tel que nous l'indiquons, peu de localités, en France, présenteront un aussi long développement d'édifices gothiques d'un travail délicat et original. Guiraud de Saint-Marsal
© S.A.S.L. des P-O. Cet article a été publié dans le volume VII du Bulletin de la SASL, pp. 326-328, Perpignan 1848
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