En examinant attentivement les ruines de l'île Ste-Lucie, on reconnaît facilement les restes d'une ancienne église à une seule nef. La forme de l'abside, concha des Latins, apsis ou absis des Grecs, est encore parfaitement conservée. Mais les restes de mur que les décombres laissent à peine voir, ne permettent point de désigner l'époque de sa construction, ni de juger jusqu'à quel point on a pu se servir des débris du temple romain qui a dû exister sur le même emplacement ; car, parmi les décombres, on a trouvé des briques et des tuiles romaines, des fragments de marbre d'Italie, ainsi que le médaillon dont nous avons parlé. Néanmoins, nous avons pu reconnaître que le parement des murs était en pierre de taille et l'intérieur en blocage. Le mortier est composé de chaux, de sable marin, mêlé de coquillages, ainsi que de sable des carrières voisines, mais, celui-ci, en petite quantité.
Les pierres de taille ont été prises sur les lieux mêmes : ce qu'on reconnaît facilement aux incrustations et aux agglomérations de coquilles dont elles sont remplies.
Les murs, à l'intérieur, forment, sous le rapport de la construction, deux parties bien distinctes : la partie inférieure et la partie supérieure.
La première partie s'élève à un mètre environ an-dessus des décombres : les trois assises visibles qui la composent sont inégales ; la première et la troisième ont Om 33 de hauteur, tandis que celle du milieu n'a que 0m 27. La longueur des blocs varie de 0m 30 à Om 6O ; les joints ont de deux à quatre millimètres au plus ; les assises ont été posées sur mortier.
La seconde partie s'élève à 2m 50 de hauteur. Les assises sont régulières, mais les blocs sont de petite dimension. Les pierres sont smillées en parement ; les joints ont souvent plus d'un centimètre. Cette maçonnerie, en tout semblable à celle de l'extérieur, est peu soignée.
Il y a peu de temps que le propriétaire de l'île fit exécuter des fouilles au milieu de ces ruines ; des personnes dignes de foi nous ont assuré qu'on avait découvert dans l'intérieur de l'abside vingt squelettes humains, placés verticalement les uns contre les autres.
Une planche dessinée par notre collègue, M. Caffe, architecte, représente le plan des lieux, et reproduit aussi le médaillon antique que l'on y a découvert.

Histoire naturelle
L'île Sainte-Lucie est encore très intéressante sous le rapport de l'histoire naturelle. Le botaniste, le conchyliologiste et l'entomologiste peuvent y faire d'amples moissons. M. le docteur Companyo, notre collègue, a recueilli dans cette localité bon nombre de plantes rares, de coquilles et d'insectes précieux ; vous pourrez en juger par l'énumération suivante.
BOTANIQUE Alyssum maritimum, Lam. Sagina erecta, Lin. Silene mussipula, Lin. Erodium romanum, Lin. Erodium littoreum, D.C. Astragalus massiliensis, Lam. Buplevrum glaucum, Rob. Caucalis maritima, Lam. Smirnium olusatrum, Lin. Crithmum maritimum, Lin. Scabiosa maritima, Lin. Scolymus maculatus, Lin. Santolina incana, Lam. Centaurea leucantha, Pour. Cirsium echinatum, D.C. Artemisia gallica, Will. Hyosciamus aureus, Lin. Stachis maritima, Lin. Plumbago europea, Lin. Statice aristata, Sib. Statice auriculaefolia, Vahl. Statice diffusa, Pour. Statice ferulacea, Lin. Statice monopetala, Lin. Statice oleaefolia, Wild. Statice reticulata, Lin. Plantago maritima, Lin. Rupia maritima, Lin. Passerina hirsuta, Lin. Salicornia fructicosa, Lin. Salicornia herbacea, Lin. Ononis ramosissima, Desf. Ononis arenaria, D. C. Salsola kali, Lin. Salsola soda, Lin. Salsola tragus, Lin. Euphorbia mucronata, Lap. Potamogeton crispum, Lin. Alopecurus bulbosus, Lin.
Enfin, à la fontaine de Salses (Pyrénées-Orientales), l'arundo altissima, belle espèce particulière à cette localité.
CONCHYLIOLOGIE
Helix maritima. Helix conica. Helix pyramidata. Helix elegans. Helix pisana. Helix variabilis. Ces trois dernières d'une grosseur énorme.
Quant aux insectes, leur énumération serait trop longue ; toutes les espèces du littoral de la Méditerranée y abondent. Nous signalerons cependant :
Cicindela flexuosa. Cicindela trisignata. Odacanta melanura, Fab. Dripta cylindricollis, Fab. Cymindis humeralis, Fab. Dromius corticalis, Dufour. Dromius meridionalis, Des. Lebia turcica, Fab. Brachinus immaculicornis, Dy. Scarites pyragmon, Bon. Scarites terricola, Bon. Scarites laevigatus, Fab. Carabus auratus, Fab. Carabus lotharingus, Dy. Nebria arenaria, etc.
Telles sont, Messieurs, les richesses que nous avons recueillies dans ce petit voyage. Nous aurions bien voulu compléter notre mission en explorant, comme vous nous l'aviez prescrit, les côes de notre département ; nous aurions désiré aussi visiter les travaux du canal qui entoure l'île Sainte-Lucie, dont on attribue la construction à Antonin Pie, et qui, sous la domination romaine, faisait arriver les navires jusque sous les murs de Narbonne ; mais un orage violent et des pluies incessantes nous forcèrent d'abandonner nos recherches et de rentrer à Perpignan.
© S.A.S.L. des P-O. Ce rapport a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, p.314-320. |