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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
des Pyrénées-Orientales


Séance publique du 21 juillet 1844 - Distribution des médailles

 

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Compte-rendu

La Société, dans le but d'encourager l'agriculture, l'industrie et les lettres, décida, en 1842, que les médailles d'or, d'argent et de bronze seraient décernées annuellement, en séance publique, aux auteurs qui traiteraient le mieux les questions qui leur seraient posées sur ces diverses matières (voir le programme des prix, inséré dans la Ire partie du sixième volume, publiée en 1843, page 43).

Sur les sept questions mises au concours en 1843, trois ont été résolues d'une manière satisfaisante : ce sont celles concernant l'ébénisterie, l'art céramique et la confection des dentelles catalanes (n° 7 du programme). Le prix de poésie a été réservé ; mais une production a néanmoins mérité une mention honorable. C'est dans la séance publique du 21 juillet 1844, que les prix ont été décernés aux concurrents qui avaient rempli les conditions exigées par le programme. Une médaille d'argent a été également offerte à M. Vimort-Maux, membre-résidant, comme une juste récompense des éminents services qu'il ne cesse de rendre aux arts industriels.

La Société ne saurait assez témoigner sa gratitude à M. le Préfet et à M. le Maire, pour le zèle et l'empressement que ces deux magistrats ont mis à la seconder dans une oeuvre qu'elle croit utile an développement des arts agricoles et industriels du Roussillon.

Discours de M. Companyo, président

Messieurs,

Une Société qui se recommande par dix ans d'existence n'a pas besoin de faire connaître quelle est la nature de ses travaux : la création du Musée, la fondation du Cabinet d'histoire naturelle, les diverses méthodes de culture soumises à une analyse rigoureuse, les Bulletins annuels qu'elle publie, sont des titres dont elle s'enorgueillit, et qui doivent la faire persévérer dans la direction progressive qu'elle s'est tracée.

Limitée dans ses ressources, ne recevant qu'une subvention de 300 fr. du Conseil-général du département, la Société, dont j'ai l'honneur d'être le président, ne recule devant aucun sacrifice pour encourager les études sérieuses, les travaux utiles. C'est ainsi que des prix d'encouragement, fondés en 1843, s'adressent à toutes les intelligences, comme à toutes les industries. La Société a gradué toutefois la distribution de ses encouragements, en fixant, selon l'importance des sujets à traiter, le concours aux années 1844, 1845, etc. Dans ce nombre, se trouvent plusieurs questions d'agriculture, qui exigent, avant de pouvoir être signalées, une série d'expériences comparatives, dont les résultats ne puissent pas être controversés.

Mais si une grande circonspection est nécessaire pour les innovations en agriculture, n'est-il pas des mesures énergiques qui doivent être employées pour se délivrer des divers insectes dévastateurs qui attaquent tous les ans les produits territoriaux ? et cependant, Messieurs, le cultivateur, le propriétaire intelligent, négligent les notions les plus élémentaires des sciences naturelles ! Ainsi, l'altice, qui était, naguère, limitée à une zone de quelques cantons, se développe avec une effrayante rapidité : d'Alénya et de Canet, elle s'étend jusqu'aux limites des communes de Thuir, de Collioure et de Céret ; et quels sont les moyens employés pour détruire l'altice ? des propriétaires arrosent les ceps avec l'eau salée de la mer ; d'autres font cueillir la jeune feuille, infectée par les couvées, et la laissent déposée dans la vigne même ; d'autres, encore, se confient dans une taille tardive, espérant amener l'émigration de cet insecte. Tous ces moyens ne peuvent détruire un coléoptère, qui , comme l'altice, est doué par la nature d'une force de reproduction, d'une agilité qui lui permet de parcourir avec rapidité les faibles distances qui séparent des propriétés similaires, et où elle trouve les moyens de vivre et de se reproduire.

Il n'y a, Messieurs, que des moyens de destruction énergiques, employés simultanément, qui puissent nous délivrer de l'altice et de la pyrale. L'action des autorités locales peut contribuer à ce résultat : la loi du 26 ventôse an IV détermine l'époque où l'échenillage doit avoir lieu ; l'art. 471 du Code pénal punit même d'une amende de un à cinq francs les propriétaires, fermiers ou locataires qui s'y refusent. Les maires et les adjoints sont autorisés à faire procéder à l'échenillage par des ouvriers qu'ils choisissent. L'exécution des dépenses est même délivrée par le Juge de Paix, sur les quittances des ouvriers, contre lesdits propriétaires, sans que le paiement puisse dispenser de l'amende.

C'est donc à l'application rigoureuse de la loi sur l'échenillage que nous en appelons pour délivrer la vigne des redoutables ennemis qui la dévorent. La Société est heureuse de saisir cette circonstance pour signaler à M. le Préfet, à MM. les membres du Conseil général et du Conseil d'arrondissement, combien il est urgent que des arrêtés municipaux règlent, tous les ans, les conditions de l'échenillage. Cette opération est d'autant plus facile aujourd'hui que, grâce à l'importation d'une machine, due à M. Lafabrègue, on pourra attaquer l'altice dès qu'elle se présentera sur le cep de la vigne ; niais ce que nous ne cesserons de recommander, c'est la destruction des couvées, parce qu'elles perpétuent le mal par la reproduction.

Lorsque nous avons ouvert le concours pour la distribution des médailles d'encouragement, nous avons eu à lutter contre quelques préjugés : mais la Société a eu confiance dans elle-même. Plusieurs industriels sont venus nous offrir le fruit de leurs travaux et de leurs importations ; mais ce qui arrêtera encore longtemps nos débouchés, ce sont les moyens de transport, toujours plus onéreux pour les produits industriels et territoriaux de notre localité, que ceux des départements voisins, sillonnés de canaux, de rivières navigables et de réseaux de chemins de fer, qui aboutissent aux grands centres de consommation.

Le Commerce et l'Agriculture sont vivement intéressés â l'établissement d'un système complet de communications, qui réunisse l'économie à la célérité ; et nos voeux se réunissent à ceux que les mandataires des pays ont déjà exprimés. Qui peut calculer, en effet, l'amélioration matérielle qui en résultera pour toutes les classes, et surtout pour celles qui s'occupent de la petite culture : le jardinage, les fruits, etc., pourront, dans quelques jours, être transportés aux extrémités septentrionales de la France !

Le cadre circonscrit que nous nous sommes tracé, ne nous permet pas, Messieurs, de vous présenter ici les divers travaux de la Société ; nous dirons, cependant, que ses investigations se sont étendues jusqu'à diverses branches d'économie politique qui touchent aux intérêts agricoles du département. Encourager l'ébénisterie locale, n'est-ce pas donner une valeur nouvelle aux bois qui recouvrent les coteaux abrupts de nos montagnes ? offrir une médaille aux produits céramiques perfectionnés, n'est-ce pas établir pour nos ouvriers des moyens nouveaux de bien-être ? N'y a-t-il pas, dans l'établissement de ces nouvelles industries, un capital qui est acquis au département, et qui est d'autant plus précieux qu'il répand l'aisance dans les familles des travailleurs ?

Nous aurions voulu vous signaler, Messieurs, quelques améliorations dans l'agriculture du département ; mais ces résultats, quelle que soit l'authenticité des documents recueillis, ont besoin d'être, de nouveau, constatés par l'expérience ; nous nous abstiendrons donc de vous en faire part, car l'esprit d'innovation est surtout funeste en agriculture. C'est ce qui a motivé l'ajournement aux années 1845, 1846 et 1847, de divers prix proposés. Nous pouvons cependant, Messieurs, vous dire que la Société a encouragé, dans les limites de ses faibles ressources, toutes les améliorations qui ont eu lieu, soit pour introduire, dans la culture, des plantes nouvelles, telles que le safran, la patate, etc. ; soit pour perfectionner nos outils aratoires, tels que les charrues, instruments de battage, etc.

Nous n'abuserons pas de vos instants, Messieurs ; et qu'il nous soit permis, en terminant, d'exprimer à M. le Préfet toutes nos sympathies pour la protection dont il entoure la Société agricole ; qu'il veuille bien offrir à MM. les membres du Conseil-général le tribut de notre reconnaissance : ils ont secondé nos faibles efforts dans tout ce qui est utile à la prospérité de notre département.

Et vous, M. le Maire, vous le représentant de la cité, qui avez voulu vous associer à nos modestes travaux, exprimez au Conseil-municipal combien nous sommes heureux d'avoir vu le Musée, le Cabinet d'histoire naturelle prendre un notable développement sous son honorable patronage.

 


© S.A.S.L. des P-O.
Ce discours a été publié dans le volume VI(2) du Bulletin de la SASL, 1845, pp.257-262.