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La société Agricole, Scientifique et Littéraire
des Pyrénées-Orientales


Nécrologie 1894

 

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Notre Société a perdu, au cours de cette année, plusieurs membres auxquels nous venons adresser un dernier adieu.

M. Tastu, ministre plénipotentiaire, bien qu'éloigné du Roussillon avait voulu que le nom resté si populaire de sa mère Madame Amable Tastu, figurât sur la liste de la Société à laquelle elle avait donné plusieurs de ses poésies. Cette délicatesse de sentiments avait profondément touché tous nos collègues qui regrettent la perte d'un homme dont la vie avait été consacrée au service de la Patrie.

La mort a frappé surtout dans les rangs de la section Agricole : M. Jacques Durand possédait à St-Nazaire d'immenses propriétés ; il cultivait les céréales sur de grandes étendues et avait aussi développé les prairies et les luzernières. Son vignoble occupait une large part dans ses domaines. C'était avec succès qu'il avait exposé dans les concours régionaux, pendant une longue carrière toute consacrée à l'Agriculture.

Après avoir réussi dans l'industrie, M. Jacques Escarra s'était fixé à St-Nazaire ; il avait montré la plus grande intelligence dans l'exploitation de son vignoble, un des plus considérables du département ; ses fils continueront l'oeuvre si laborieusement créée par le père.

M. Léon Boluix s'était adonné avec ardeur à la reconstitution par les cépages américains ; notre Société lui avait décerné, en 1892, une médaille d'or (la plus haute récompense) pour la réussite parfaite de ses vignobles de Torreilles et de Cabestany.

Le 30 avril 1894, une délégation de la Société se rendait au Soler pour assister aux obsèques de M. H.-D. Hainaut ; M. Gustave Cazes, vice-président, a exprimé les sentiments de regrets de notre Société en ces termes :

MESSIEURS,

Au nom de la Société agricole des Pyrénées-Orientales je viens dire un dernier adieu à l'homme de bien dont la perte est si vivement ressentie par ceux qui s'intéressent à l'agriculture.

M. Jean Denis Hainaut s'était, dès sa jeunesse, adonné aux travaux des champs ; il se passionna bien vite pour les méthodes susceptibles d'améliorer les cultures et prouva, par la transformation de son domaine, qu'il n'était pas seulement un théoricien distingué mais aussi un praticien de valeur.

Des drainages savamment étudiés et habilement exécutés ont fait de l'Eüle, l'une des plus belles et des plus fertiles propriétés du Roussillon.

La prime d'honneur fut attribuée à M. Hainaut lors du concours régional de 1880 comme récompense des travaux qu'il avait exécutés avec la compétence et l'énergie qui étaient le fond de son caractère.

Il ne s'arrêta point dans cette voie, et le jury du concours général constatait, en 1890, que des améliorations importantes avait été faites encore sur ce vaste domaine et il décernait à notre regretté collègue un rappel de prime d'honneur.

Pendant longtemps, M. Hainaut a figuré dans les jurys de concours régionaux et dans les commissions spéciales nommées pour les questions qui avaient trait à l'agriculture, la viticulture ou l'élevage ; depuis quelques années l'état de sa santé l'avait obligé à résigner ces fonctions et l'on peut dire que le repos qui lui fut imposé et qu'il n'accepta qu'à regret, ne l'empêcha point de s'intéresser de loin à tout ce qui touchait l'agriculture.

Lorsque le conseil général des Pyrénées-Orientales voulut créer dans notre département une pépinière de plants américains, M. Hainaut tint à honneur à la voir établie dans son domaine.

Il voulut que les expériences pour la reconstitution du vignoble Roussillonnais fussent exécutées sur ses terres et il fit à l'administration des propositions avantageuses qui furent acceptées avec empressement.

Le gouvernement de la République l'avait nommé chevalier et promu, tout récemment, officier du Mérite agricole.

M. Hainaut possédait au plus haut degré la persévérance et l'esprit d'ordre, qualités indispensables pour obtenir le succès en agriculture ; il prenait plaisir à exposer toutes les méthodes qu'il pratiquait si bien ; sa bienveillance et l'affabilité de son caractère rendaient son commerce agréable.

Nous garderons le souvenir de cet homme qui ne connut jamais d'ennemis et dont la vie peut se résumer en deux mots : travail et loyauté.


Le 9 juin 1894, les obsèques de M. Alfred Sauvy ont été célébrées à Perpignan. M. Léon Ferrer, président de la Société, a prononcé le discours suivant :

Après tout ce qui vient d'être dit autour de cette tombe qui se ferme, il semble que rien ne doive être ajouté. Aussi ne chercherais-je pas à prolonger cette douloureuse cérémonie ; mais la Société Agricole ne peut se séparer d'un de ses membres les plus anciens et les plus distingués, d'un des agriculteurs les plus importants de notre département, sans saluer sa dépouille et lui dire un dernier adieu.

Alfred Sauvy comptait parmi nos principaux viticulteurs. A l'exemple de son regretté frère dont le souvenir reste vivant parmi nous, Alfred Sauvy se mit un des premiers à transformer son domaine et à entreprendre la reconstitution en s'appliquant à suivre les meilleurs procédés de culture.

Aussi, lauréat d'abord de la Société Agricole, il obtint plus tard, au concours régional de 1890, le prix de viticulture.

En même temps il était nominé officier du Mérite Agricole dont il était déjà chevalier depuis 1887 et tout récemment M. le Ministre de l'Agriculture lui conférait la croix de la Légion d'honneur.

Alfred Sauvy avait rendu des services à l'agriculture et il était appelé à en rendre de nouveaux. Sa mort prématurée, que nous sommes unanimes à déplorer, nous prive d'un collègue dont le concours pouvait nous être encore bien précieux.

Au nom de la Société Agricole j'adresse à son fils, à tous les siens, l'expression de nos plus vifs regrets et l'hommage de notre sincère sympathie.


Une perte bien vivement ressentie de tous, devait encore éprouver notre Société déjà frappée plusieurs fois au cours de l'année ; le directeur de la section littéraire, M. Albert Saisset, succombait le 14 août 1894, enlevé par une cruelle maladie qui le minait depuis longtemps. Une plume autorisée retracera l'oeuvre délicate et populaire du poète ; nous nous bornerons à reproduire, dans ce Bulletin, le discours prononcé lors des obsèques de notre collègue, par M. Léon Ferrer, président de la Société :

MESSIEURS,

La Société Agricole, Scientifique et Littéraire, dont je suis ici l'organe, s'associe tout entière au deuil qui nous réunit autour de cette tombe.

La perte que nous venons de faire est grande et nous sentons le vide qu'elle va laisser parmi nous. C'est que celui qui nous quitte si prématurément était une nature d'élite chez laquelle les qualités brillantes de l'esprit se trouvaient étroitement unies aux qualités sérieuses du coeur.

C'est que, dévoué à notre société où il tenait une place prépondérante, à la tête d'une section dont il était l'âme et qu'il vivifiait, il avait avec ses collègues des rapports si cordiaux, si agréables, que l'amitié, la sympathie de tous lui étaient acquises.

Personnellement, j'étais un ami de longue date et nos relations étaient fréquentes et intimes ; aussi, je puis dire combien était sûre son affection et tout ce qu'il y avait d'élevé, de bon, de généreux dans celui qui n'est plus.

Albert Saisset était un poète : poète français, poète catalan.

La société avait eu les prémices de ses compositions françaises et sa belle poésie «Perpignan» avait été couronnée par elle avant qu'il ne devînt l'un de ses membres.

Puis, sa fibre patriotique, son culte pour l'histoire de notre département lui inspirèrent les belles pages que nous aimions à lui faire redire : «La Bataille de Peyrestortes». - «Elne». - «Château Roussillon»...

Poète catalan, il était devenu rapidement populaire et il n'est personne dans notre Roussillon qui ne connaisse ces oeuvres charmantes d'imagination, originales et variées, peintures pourtant réelles et vivantes, toujours empreintes d'une franche et communicative gaieté.

Mais je dois m'arrêter.

L'oeuvre d'Albert Saisset est trop vaste pour que je veuille même essayer de l'esquisser ici. Elle lui survivra et ce n'est ni le lieu ni le moment d'en dire tout ce qu'elle comporte.

Restons aujourd'hui sous l'impression de notre douleur et de nos regrets et réservons cette tâche qui sera douce à remplir pour la société.

Disons à cette famille justement désolée : toutes nos sympathies sont avec vous. Celui que vous pleurez emporte l'affection et l'estime de tous.

Ce sera pour vous un précieux souvenir, une consolation.



© S.A.S.L. des P-O.
Ces notices nécrologiques ont été publiées dans le volume XXXV du Bulletin de la SASL, 1894, pp.443-448.