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Copyright Aspirateurs | La Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales a eu la douleur de perdre treize de ses membres depuis la publication du dernier bulletin.
Quatre étaient propriétaires et avaient montré dans l'exploitation du sol de réelles qualités :
- M. Alengry Zéphirin, entré à la Société en 1888, décédé à Perpignan le 30 mai 1908.
- M. Cambel François, entré à la Société en 1903, décédé à Saint-Jean-Lasseille le 15 novembre 1908.
- M. Parès Michel, officier de la Légion d'honneur, entré à la Société en 1888, décédé à Claira le 18 juin 1909.
- M. Chichet Jules, chevalier du Mérite agricole, entré à la Société en 1886, décédé à Cases-de-Pène le 4 juillet 1909.
Deux avaient brigué les suffrages de leurs électeurs et avaient conservé longtemps leurs fonctions électives :
- M. Ramonet François, ancien conseiller général et maire d'Elne, entré à la Société en 1888, décédé à Elne le so mai 1908.
- M. Bourrat Jean, conseiller général et député, entré à la Société en 1888, décédé à Perpignan le 5 août 1909.
Ils donnèrent tous les deux, au sein de l'Assemblée départementale, la preuve de leurs sympathies pour notre Société.
M. Campana Jean, venu à Perpignan à l'époque du phylloxera, participa à la reconstitution des vignobles roussillonnais par les traitements anticryptogamiques. Entré à la Société en 1901, il est décédé à Perpignan le 24 février 1909.
Le général Fabre-Saisset Elie, décédé à Nice le 26 décembre 1908, avait grandement honoré notre pays. La Société le comptait parmi ses membres depuis 1895.
M. l'abbé Jules Pépratx, aumônier du Collège, était le fils de M. Eugène Pépratx et avait conservé sur nos listes le nom vénéré de son regretté père. Docteur en théologie, très fin littérateur, c'était aussi un orateur de talent et un professeur estimé. Entré à la Société en 1899, il est décédé, en voyage, à Marseille le 3 mai 1908. A ses obsèques, qui eurent lieu à Perpignan, la Société fut largement représentée.
M. Thévenin Maurice, contructeur de machines agricoles à Lyon, nous donna son adhésion en 1904 et était resté depuis en relations avec nous ; il est mort dans le courant de l'année dernière.
Deux modestes, deux figures aimées de Perpignan, ont également disparu :
- M. Armand Izarn, avocat, que l'on trouvait toujours aux postes d'obscur dévouement, faisait partie de la Société depuis 1814 ; il est mort à Paris, le 26 décembre 1908.
- M. Cutzach François s'était élevé par son seul travail aux fonctions très honorables de sous-ingénieur et c'est son dévouement inlassable aux intérêts qui lui étaient confiés qui l'avait forcé à prendre une retraite prématurée. Entré dans la Société en 1888, il est mort le 19 août 1909.
M. Joseph Costa, propriétaire, qui était membre depuis 1885, est mort le 27 décembre 1908. A ses obsèques, M. Joseph Fons, directeur de la section des lettres, a prononcé son éloge que nous reproduisons :
MESDAMES, MESSIEURS, Au nom de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, dont, depuis 1885. M. Costa était membre à la section des lettres, j'apporte à la famille éplorée notre part de regrets.
Appréciateur éclairé de la rhétorique française, poète d'une envergure supérieure dont le vigoureux talent fut consacré par un premier prix dans un concours national, admirateur de la langue et de la science catalanes, Costa était écouté avec bonheur aux réunions mensuelles où il dispensait ses connaissances, tamisées dans un filtre personnel d'originalité et de bons sens.
Pressenti pour la direction de la section des lettres, Costa n'accepta point cet honneur dont il était cependant si digne.
Cette circonstance me rappelle la strophe finale du sonnet qu'il composa comme un Somno aeternae sacrum à la mort de l'éminent Crouchandeu, philologue et botaniste, son ami :
Et pourtant, je le dis sans crainte qu'on proteste. Il ne fut point parfait, il avait un défaut : Mais un défaut très rare ; il était trop modeste ! |
Ce défaut-là, Costa le possédait aussi...
A cette disparition de l'érudit modeste, la Société Agricole, Scientifique et Littéraire éprouve une profonde affliction et dépose sur sa tombe la gerbe d'un adieu cordial et ému.
Le présent bulletin était déjà avancé lorsque est survenue la mort de trois autres de nos meilleurs collègues.
- C'est d'abord, M. Charles Ducup de Saint-Paul, lieutenant-colonel d'artillerie en retraite, officier de la Légion d'honneur, officier supérieur très apprécié par ses ouvrages techniques encore en usage dans l'armée et par ses nombreux travaux sur la théorie mathématique de la musique.
Propriétaire d'un domaine très important, il avait introduit dans la culture de ses vignobles et dans la tenue de ses caves et de ses écuries tous les perfectionnements modernes. Il appartenait à la Société depuis quelques mois à peine, mais ses fils nous restent, qui suppléeront à la perte que nous avons faite ; il est mort le 12 septembre 1909.
- Un autre membre plus ancien, M. Henri Goutelle, transitaire à Cerbère, membre depuis 1894, est mort le 2 octobre 1909. Nos regrets sont d'autant plus vifs qu'il s'est éteint subitement dans les bras de ses employés, laissant orphelines deux jeunes filles qui étaient, depuis son veuvage. tout le bonheur de sa vie.
- La dernière perte que nous avons à déplorer est celle de M. Emile Boix, pharmacien. Notre estimé collègue appartenait à la Société Agricole, Scientifique et Littéraire depuis 1856. Avec le vénérable M. Vincent Malègue, de Pézilla-de-la-Rivière, dont la verte vieillesse nous réjouit encore, il était notre doyen. Fils et petit-fils de pharmacien, après d'excellentes études au Collège il se dirigea vers la Faculté de Montpellier où il obtint ses premiers grades. Il affronta bientôt une plus haute sphère et remporta, à la Faculté de Paris, de brillants succès.
Revenu au sein de sa famille et dans l'officine paternelle, son dévouement et ses aptitudes spéciales furent mis à contribution : il fut choisi comme expert près les Tribunaux ; il entra au Conseil départemental d'hygiène et devint inspecteur des pharmacies. fonctions qu'il a gardé pendant plus d'un demi-siècle. C'est dire quelle place il occupait dans la considération du corps pharmaceutique, et le témoignage lui en a été rendu à ses obsèques.
Il avait, on peut le dire, le culte de son art parce qu'il y trouvait le moyen de soulager de nombreuses misères. C'est pourquoi il était heureux de voir se perpétuer autour de lui, par son fils et par son gendre, la carrière médicale.
L'homme privé, M. le docteur Sabarthe : nous l'a fait entrevoir : «C'était un modeste qui ne connaissait point les honneurs, un homme de science qui cachait soigneusement son savoir, un homme de coeur dont la charité discrète se dissimulait aux yeux de tous, mème aux yeux des siens. D'une inaltérable douceur de caractère et d'un commerce charmant, M. Boix a passé dans notre siècle tourmenté sans autre désir que celui de faire le bien. Et lorsqu'a sonné l'heure inéluctable, il s'est doucement éteint au milieu des siens, puisant dans le sublime réconfort de sa foi le courage d'une sérénité surhumaine».
La Société était largement représentée à ses funérailles. Ses membres se confondaient dans les nombreux groupements qui étaient venus, à des titres divers, rendre les derniers devoirs au vénéré défunt. Une place spéciale lui revenait aussi dans notre bulletin pour conserver le souvenir des cinquante-quatre ans de services, appréciés de tous, qu'il nous a rendus.
© S.A.S.L. des P-O. Ces notices nécrologiques ont été publiées dans le volume L du Bulletin de la SASL, 1909, pp.421-426. |