Il est à penser qu'il y a plus de 2000 ans se serait établi un comptoir romain dans un site prédestiné de notre côte rocheuse, qu'il aurait consacré à Vénus, déesse de la Beauté et de l'Amour... d'où «Portus Veneris», devenu le «Port-Vendre».
Or c'est précisément là que, vers 1770, Louis XVI, véritable restaurateur de notre Marine commerciale, confia au Maréchal de Mailly l'installation d'un port puissant et fortifié qui, sans pour autant négliger Collioure, siège d'une Amirauté depuis 1691, pût assurer enfin un trafic régulier avec l'Europe entière, de l'Espagne à la Suède, d'Ecosse à l'Italie, de la côte catalane à l'Orient et aux ports barbaresques, voire jusqu'aux Indes lointaines et jusqu'aux Amériques.
Pour faire de Port-Vendres un véritable port profond et à l'abri des vents, il fallait faire sauter certains blocs de rochers encombrant le chenal pour dégager la rade et permettre aux bâtiments de commerce d'approcher jusqu'aux quais.
C'est ce qui fut entrepris sous la direction éclairée du Maréchal de Mailly : on fit sauter des rocs, on combla un vallon descendant vers la mer, on rassembla de même dans un autre vallon tous les rochers qu'on avait fait sauter à la mine, on éleva enfin des murailles solides, bref, d'un site encore sauvage, on fit un port moderne et une ville magnifique, et ce en 15 années (1770-1785).
Mais il fallait peupler cette ville et ce port recréé. C'est alors que Louis XVI fit appel aux marins étrangers, leur octroyant tous les avantages des marins français s'ils venaient s'établir «au Port-Vendre» et y fonder demeure et foyer.
De 1785 à 1789, plus de 50 marins originaires de la côte génoise se fixèrent à Port-Vendres, où notamment l'un d'eux, Schiaffino, devait donner le jour à l'une des plus puissantes familles de la côte catalane et languedocienne.
C'est ainsi à Louis XVI que, jusque-là petit port de refuge, Port-Vendres doit d'être devenu le plus jeune de nos grands ports de France !
Aussi, pour consacrer cette oeuvre créatrice de vie, pour marquer d'un symbole la naissance de Port-Vendres, et à la demande même des habitants d'alors, «Louis XVI permit à la Province de faire ériger à sa gloire le premier monument élevé en France en son honneur», l'Obélisque de Port-Vendres. Cet Obélisque fut dressé sous les ordres et le contrôle direct du Maréchal de France comte de Mailly, et à la suite de plans et d'esquisses divers que dominent avant tout ceux de «De Wailly, Architecte du Roy».
Grâce à Madame Pressouyre, il est devenu aisé de ne plus confondre les dates indiquées sur l'ensemble de ces projets avec celles de la réalisation effective des travaux.
Ainsi donc l'Obélisque de Port-Vendres, commencé en septembre 1780, fut achevé finalement bien au-delà de 1782, par le perpignanais Louis-Hiver Pons, Architecte du Roi, qui, en 1789, devait recevoir le cordon de l'Ordre royal de Saint-Michel.
Elevé tout en marbre, l'Obélisque dominait de cent pieds la mer, et les vaisseaux étrangers qui entraient au Port-Vendres avaient devant eux ce symbole de marbre avec, en arrière-fond, «le dôme que surmontait l'étendard de la France».
Comment se comportait en fin de compte l'Obélisque ? Comment le décrire ? Quel était le véritable sens de ses symboles ? Quel était son message ?
La place sur laquelle il s'élève encore de nos jours s'appela donc, bien sûr la Place Louis XVI.
A cette place en exèdre située à plus de 6 m au-dessus du niveau de la mer, on montait par un escalier en avant-corps à deux rampes, soutenues par deux lions appuyés sur le globe de la Terre. Au pied des deux rangs, deux tenaient deux cornes d'abondance maritime. A droite et à gauche, deux fontaines donnaient de l'eau en permanence.
Tout cet ensemble (sauf l'escalier, le mur de montée et la niche des fontaines) fut hélas enlevé à la Révolution et n'existe plus aujourd'hui (1959).
La place était entourée d'une banquette, et terminée à ses 4 angles par les guérites en pierre de taille, saillantes en dehors, à la Vauban, et couronnées, chacune, d'une fleur de lys de bronze doré : il ne reste non plus rien, de tout cela sinon la guérite N.E., dénudée.
C'est au centre de cette place, hier encore occupée par l'Armée, que se dresse heureusement encore aujourd'hui l'Obélisque, terminé comme jadis par un globe de bronze surmonté d'une fleur de lys couvrant de ses pétales élégamment recourbés en signe de protection les 4 parties du Monde. Ces emblèmes, enlevés en 1793, furent toutefois conservés avec soin par les révolutionnaires eux-mêmes et devaient être enfin restaurés après 1855.
La colonne de marbre rose de l'Obélisque était alors soutenue par 4 tortues de bronze. La base en était ornée d'inscriptions elles aussi sur bronze, en français et en latin, disant les avantages que le port présentait à toutes les nations et la reconnaissance que ces nations devaient au monarque français. Ces inscriptions étaient sur draperies en cuivre rouge sur un châssis en fer. Les terres étaient de cuivre jaune doré. En voici le détail :
Du règne de Louis XVI ce Port sera à jamais un monument de bienfaisance un refuge à toutes les nations un azile à la marine militaire envers un monarque qui ne règne que par ses bienfaits An MDCCLXXX Sous ces inscriptions, une poupe et une proue de bronze se faisaient vis-à-vis sur deux faces.
De cet ensemble de fort belle allure, il ne restait plus rien après 1793, sinon les quatre tortues de bronze fondu placées aux angles du collet entre la colonne et le dé soutenant les draperies, qui venaient précisément d'être restituées (en déc. 1950) après les dessins anciens, 10 ans avant notre première étude.
Enfin, l'Obélisque reposait sur un socle carré dont chaque face portait alors un bas-relief de bronze aux attributs ciselés. Or, en 1959, lors de notre première étude, ces bas-reliefs, conservés en original ou moulage depuis la Révolution, venaient heureusement d'être restitués, et ce sont eux, précisément, qui, nous le verrons plus loin, provoquèrent notre première étude !
On pouvait y lire désormais les 4 symboles qu'ils traduisent, représentant «les 4 premières parties du règne de Louis XVI».
Nous adoptons ici la description de ces 4 bas-reliefs présentés dans l'étude pertinente de Gaston Vidal publiée en 1969 par La Tramontane, et dont nous devons l'aimable envoi à Mesdemoiselles Quintilla que nous avons le plaisir de remercier ici.
Toutefois compte tenu du fait que cet Obélisque fut édifié avant tout en l'honneur de Louis XVI pour rappeler au Monde ses réalisations les plus méritoires, nous avons choisi d'en présenter logiquement les symboles dans l'ordre chronologique des faits mêmes qu'ils évoquent :

© Agnès Vinas1- 1776 : Restauration du Commerce maritime, sous l'influence de Turgot, hélas bien passagère. Le génie de la France et celui de la Liberté planant au-dessus des mers font connaître à toutes les nations la liberté du commerce due à la protection de la France. Ont disparu les proues des navires, rostres N. et S. de ce bas-relief.
2- 1779 : Affranchissement des Serfs en France par l'édit du 8 août 1779. On voit Louis XVI sortant de son Palais royal et annonçant aux Serfs qu'ils sont désormais libres.
3- 1783 : La Marine militaire relevée. Neptune et Amphitrite versent leurs urnes : c'est alors que Cherbourg devient Port militaire, comme va l'être Port-Vendres.

© Agnès Vinas4- 1783 : L'Amérique indépendante. Comme suite au bas-relief précédent, et à la victoire remportée à Yorktown en 1781 par l'Amiral de Grasse sur l'Anglais Cornwallis, un vaisseau français porte en 1783 le traité de paix assurant leur indépendance aux peuples d'Amérique assemblés sur la rive. Précisons sur ce point que nous connaissons 5 journaux relatant l'expédition de Grasse depuis son départ de Brest directement vers les Açores puis les Antilles jusqu'à Yorktown en 1781, car c'est bien de Brest que, directement sans passer par Gibraltar, la flotte de l'Amiral de Grasse alla libérer l'Amérique.
Ne fût-ce déjà que par ces 4 symboles, l'Obélisque de Port-Vendres mérite d'être connu non seulement de tous les Français auxquels il livre une authentique leçon d'Histoire, mais encore du Monde entier, auquel il rappelle que l'idéal de Liberté n'a cessé d'animer notre pays de France.
L'Obélisque ainsi élevé sur un parvis en marbre auquel on monte encore par trois marches aussi de marbre, était entouré de grilles à lances dorées à l'époque.
Le pavage était fait de mosaïques de marbre bleu et blanc d'Italie qu'après la Révolution un garde du Génie de Port-Vendres retira pour les mettre en magasin, et qui devaient être restituées en 1818.
Chacun de ces 4 angles du parvis est encore terminé par un piédestal en marbre blanc d'Italie «portant les attributs des principaux souverains des 4 parties du monde qui partageaient alors la bienfaisance du Roi de France» : Europe, Afrique, Asie, Amérique.
Tel était l'Obélisque de Port-Vendres au temps où, dans sa riche élégance, il faisait l'admiration - et l'envie - de tous les marins du monde, et aussi, disons-le, un peu la jalousie de l'Anglais.
Quant à la place elle-même, elle était alors précédée d'un grand fer à cheval formé par 28 colonnes fermées par des grilles de fer, et, dans son intérieur, par un double cintre de bornes réunies, elles aussi, par des chaînes de fer.
Du milieu du fer à cheval et en face de la Place Louis XVI, on parvenait dans une autre plus grande place fermée à droite et à gauche par deux grands bâtiments ayant deux pavillons et un avant-corps orné d'un frontispice : l'un de ces bâtiments était destiné au rôle de grand hôtel pour recevoir les étrangers. Il n'en reste plus guère que l'armature de pierre et le fronton Louis XVI, rongé par les embruns salés. L'autre devait servir de magasins. Dans le fond enfin, la police occupait un corps de garde en retrait.
Au-dessus de cette place, à 6 mètres plus haut, on avait établi deux arrivées au port par les deux côtés de la place. Ces deux arrivées étaient précédées d'un autre grand fer à cheval taillé dans le roc, pour les voitures entrantes et sortantes, et les deux entrées étaient formées par des pilastres portant des trophées. Quant aux portes de fer, elles étaient surmontées des armes du Roi. Ces dernières furent enlevées à la Révolution et de tout cet ensemble grandiose, il ne demeure plus que quelques vestiges de ferronnerie Louis XVI.
Entre ces deux entrées enfin, deux grands corps de garde ornés de balustrades et de trophées étaient surmontés d'un dôme, qui demeure encore aujourd'hui. Au-dessus de ce dôme, une plate-forme à balustrade de fer portait en son milieu un immense étendard aux armes de la France.
Telle fut la belle jeunesse de Port-Vendres et de son Obélisque, symbole unique au monde, à la gloire de Louis XVI.
Or voici, maintenant, le scénario du drame vécu par ce symbole.
Depuis ce temps à peine lointain, des tourmentes ont passé : la Révolution d'abord, qui dépouilla l'Obélisque de ses bronzes, mais par bonheur tous ne sont point allés à la fonte. La plupart en effet eurent un sort plus heureux grâce à de bonnes volontés éclairées qui se refusèrent à détruire ces symboles de la grandeur française comme Pays de la Paix.
Puis, la Révolution passée, le souvenir demeura de l'ancienne beauté de l'Obélisque, même devenu privé de tous ses ornements.
Dès 1818, la municipalité de Port-Vendres conduite par quelques amis de la cité, entreprit de restaurer l'Obélisque : on établit un devis estimatif pour «ce premier et seul monument élevé à la gloire de Louis XVI».
On projeta donc de restaurer ou de réinstaller les 4 tortues détruites, le dé soutenant les draperies de cuivre rouge, la poupe et la proue détruites, la grille et le pavé, les piédestals portant les 4 trophées, les 4 lions, etc. le tout pour un devis de 6000 francs de l'époque.
C'est d'ailleurs aux détails fournis par ce devis que l'on doit de connaître aujourd'hui l'explication réelle des 4 symboles portés jadis par l'Obélisque !
Dans le même temps aussi, comme pour confirmer sa renaissance, Port-Vendres envisageait de restaurer son port, faire curer les bassins, radouber les pontons.
Sur la restauration déjà de l'Obélisque une correspondance est échangée entre la ville et la Préfecture entre la Préfecture et le Ministère de l'Intérieur. Sur le plan départemental, c'est alors l'Ingénieur en chef des Ponts et chaussées qui, au titre des Bâtiments civils, étudia le dossier : or on s'aperçoit soudain que les bas-reliefs enlevés à la Révolution n'ont pas été détruits, mais bien entreposés chez M. Royer des Granges Commissaire aux poudres et salpêtres, à Toulouse ! M. Royer des Granges les avait sauvés dans l'exercice de ses fonctions. L'Ingénieur en chef des Ponts et chaussées propose alors de lui racheter les bronzes dès octobre 1818.
Nouvelle correspondance entre l'administration et le détenteur qui déclare en effet posséder les bas-reliefs de bronze à l'exception toutefois de deux plaques qu'il conviendra de remplacer : faute de crédits, on propose de les remplacer par du marbre. Finalement, M. Royer des Granges remet au Préfet «10 plaques de bronze et 1 morceau de cuivre jaune», le tout pesant 522 kilos. Les Archives des Pyrénées-Orientales conservaient encore en 1959 la décharge de ce dépôt.
Les travaux de restauration sont alors envisagés, et dès janvier 1821, une subvention de 2000 F est accordée par le Ministère de l'Intérieur, mais aucun des ornements de bronze n'est encore posé !
Les bas-reliefs manquants sont refaits d'après dessins et copies à Lyon ! Le sieur Cairol a d'abord dessiné les modèles en terre, qui fut alors cuite, envoyée... à Lyon, et surmourlée... mais on attend...
En 1822, le Ministère de l'Intérieur renouvela sa subvention. Puis il accorde encore 3000 F en 1823...
Or, à cette date, on convient de réparer l'Obélisque lui-même et, avant de procéder à la pose des bas-reliefs et autres ornements, il est décidé de vérifier la solidité de l'édifice : on fait alors appel aux bons soins de marbriers et de sculpteurs !
Une correspondance massive fait état d'une enquête menée auprès des Préfets de la région. Celui de Carcassonne renseigne sur les mérites du sieur Caffort, marbrier, du sculpteur Rastouill, de Carcassonne, «qui ont exécuté les ouvrages en marbre de la colonne monumentale de cette ville».
Le Préfet de la Haute-Garonne doute, quant à lui, que le sieur Boumé, sculpteur de marbre à Toulouse, accepte de quitter son atelier pour venir travailler à Port-Vendres... etc.
Bref, de 1818 à 1827, on a beaucoup écrit, discuté, étudié des devis, reçu des subventions, mais seul le monument a été restauré dans sa masse de marbre. Quant aux ornements de bronze, il ne semble pas qu'on ait réalisé autre chose que de couler, à Lyon, les bas-reliefs manquants... et les choses demeurent jusqu'au milieu du siècle...
C'est alors qu'en 1841, intervient tout soudain une Société naissante à laquelle le passé de notre pays doit tant de ses plus belles évocations : la Société des Sciences, Belles-Lettres, Arts Industriels et Agricoles des Pyrénées-Orientales, ancêtre vénérable de notre actuelle Société Agricole, Scientifique et Littéraire. Née du grand mouvement provoqué par Arcisse de Caumont et les premiers archivistes de l'Ecole des Chartes, notre belle Société s'émeut de «l'état de dégradation et de l'aspect hideux» dans lequel, lentement, s'effrite l'Obélisque de Port-Vendres...
Mais hélas, pour les besoins de la politique du moment, le Bibliothécaire Henry esquive l'évocation de Louis XVI et met plutôt l'accent sur le Maréchal de Mailly. Or précisément, 1841, c'est la pleine période de la renaissance maritime en Méditerranée et Henry en profite pour découvrir soudain «l'importance du rôle maritime du Roussillon» et les travaux «qui sont en pleine exécution sous les auspices du gouvernement et sous l'égide d'une loi nationale».
Mais dans une longue lettre écrite au Préfet de l'époque par le Président Bonafos, ce dernier a devancé Henry en réclamant instamment que soient restauré l'Obélisque et remis «en place les bas-reliefs de bronze» ; il y rappelle, enfin, que ces bas-reliefs évoquent l'Indépendance de l'Amérique, la restauration de la Marine française, la liberté du Commerce pour tous les peuples et l'abolition de l'esclavage que Louis XVI décréta avant même que la Convention ne l'ait étendue.
Bref, le Président Bonafos s'appuie sur la jeune et dynamique Société scientifique pour obtenir des Pouvoirs publics que l'on reprenne le projet de restauration de l'Obélisque de Port-Vendres stoppé par les événements de 1830.
Hélas, de son côté, le Maire de Perpignan n'entend pas laisser partir de sa ville les bas-reliefs de Port-Vendres qui s'y trouvent déposés, et, bientôt profitant de ce que la Préfecture détient alors provisoirement certains de ces bas-reliefs le Maire de Perpignan écrira au Préfet de les déposer au musée de sa ville : «J'en ai, dit-il, déjà 2 à l'école d'enseignement mutuel, que je joindrai aux vôtres, et peut-être que l'assemblage donnera des sujets complets qui orneront le bas du musée et formeront un soubassement intéressant aux tableaux».
Ainsi le Maire de Perpignan revendique pour son Musée municipal les bas-reliefs de bronze appartenant manifestement à Port-Vendres, alors qu'il est projeté de les replacer sur le monument même pour lequel ils ont été conçus et réalisés.
Certes le Préfet accordera droit à la demande du Maire de Perpignan, mais non sans préciser que ces «objets» (c'est ainsi qu'il les nomme) devront être rendus à la ville de Port-Vendres si le projet de restauration de l'Obélisque reçoit une suite favorable...
Ce qui devait arriver arriva : le Conseil municipal de Port-Vendres s'alarma de ce qu'il appela une «spoliation» et il finit tout de même, combien tard il est vrai, en 1855, par prendre une délibération en faveur du retour à Port-Vendres des bas-reliefs de l'Obélisque... «Ce monument ainsi privé de ses bas-reliefs perd son caractère historique : la ville de Perpignan n'a aucun droit à posséder et détenir des objets d'art dont la destination est spéciale, et il est de toute évidence qu'ils appartiennent au monument pour lequel ils avaient été créés». Le Conseil municipal unanime demande donc le retour immédiat à Port-Vendres de ces bas-reliefs qui permettront de restaurer l'Obélisque...
... Et puis le temps passa...
Tout au plus, sous le Second Empire, verra-t-on remettre en place le globe terminal et la fleur de lys de bronze de notre pauvre Obélisque.
... Puis les gens s'endormirent, bercés par le tran tran de ce qu'on appelle aujourd'hui «le quotidien».
Or, par une curieuse coïncidence, ce monument qui, le premier au monde, présentait le symbole de la libération américaine sous Louis XVI devait attendre, pour sa propre sauvegarde, l'année fatidique de 1917 : à l'Obélisque de Port-Vendres évoquant Yorktown allait porter écho la stèle du Maréchal Pershing à Chaumont en Haute-Marne... L'Histoire et le Destin présentent de ces surprises qui donnent à réfléchir et parfois du plaisir !
Il fallut en effet que la foudre céleste frappât précisément cette même année-là l'Obélisque de Port-Vendres pour qu'enfin on songeât à sauver le chef-d'oeuvre.
A l'heure même où Pershing établissait en France son Quartier général à Chaumont-Chamarandes, le service du Génie se trouva contraint de démolir ce qui restait encore du si fier Obélisque, presque de le raser au niveau même du sol, pour rasseoir par la suite, la colonne de marbre... et c'est alors qu'on eut, ô miracle, la surprise de trouver, dans sa base deux disques et une plaque de cuivre déposés en 1780 lors de la construction du fameux Obélisque !
Le 1er disque, en cuivre, de 17 cm sur 5 mm d'épaisseur portait en médaillon la tête, de profil, et le buste du Comte de Mailly en haut relief. Le fond autour du portrait représente en gravure un ciel chargé de nuages et sillonné d'éclairs, curieux présage, qui sait ?
Contournant le médaillon, en voici l'inscription :
«M. le comte de Mailly, chevalier des Ordres du Roy, Grand Croix de l'Ordre de Malte, Lieutenant Général des Armées et du Roussillon, Commandant dans la Province et désigné Maréchal de France par S. M.»
Au-dessus du portrait, de part et d'autre d'un cartouche avec armes, deux autres inscriptions :
- à gauche : «Par Lui le Roussillon cultiva les Sciences ; la Noblesse a reçu celles de ses devoirs, le Commerçant s'est uni à l'Espagne par des travaux dignes de Mars».
- à droite : «Le pauvre et l'Indigent ont trouvé des Azilles, et nulle Famille ne peut dire je ne tiens rien de ses bienfaits».
Enfin, entre ces deux inscriptions quelque peu ridicules, un cartouche présente les armoiries avec cette devise «Hogne qui voura».
Sous le cartouche, la Croix de Malte...
Le second disque en cuivre de mêmes dimensions porte le plan de Port-Vendres au moment de l'érection de l'Obélisque avec diverses indications touchant la désignation des lieux, l'orientation et l'échelle du plan qui porte cette troisième inscription du style des précédentes :
«De ta Protection on voit partout les marques Chacun de tes Bienfaits est digne d'un Autel. Si le fil de tes jours est coupé par les Parques Ton nom sera toujours en ce lieu immortel. MDCCLXXX.»
«La première pierre de cet Obélisque a été posée au-dessous de ce monument à vingt pieds de profondeur le 28 7bre 1780 par Blanche Charlote Marie Félicité de Narbone Pelet épouse d'Augustin Joseph de Mailly» Telle fut la découverte faite en septembre 1922 par l'Architecte en chef des Monuments historiques Patrice Bonnet...
Puis revint le silence !
Jusqu'au jour où, au printemps de 1931, il y a de cela 60 ans, Louis Thomas publiait dans Comoedia un article sur un de nos plus grands peintres aquarellistes, Fons-Godail, alors Conservateur du Musée des Beaux-Arts de Perpignan.
Aussitôt cet article réveilla la curiosité du Maire de Port-Vendres, qui chargea l'auteur de retrouver les attributs égarés de son Obélisque. Et c'est alors à notre arrière-prédécesseur l'Archiviste Marcel Robin et à M. Joffre, Architecte des Monuments historiques que l'on dut les tout premiers efforts tendant, cette fois presque définitivement à la restauration de ce bel Obélisque de Port-Vendres élevé à la gloire de Louis XVI et qui portait message devant le monde entier de l'affranchissement des serfs dès 1779, de la liberté du Commerce maritime et de l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique que, par la prise de Yorktown en 1781, l'escadre française de l'Amiral de Grasse avait délivrés de la domination anglaise.
Au terme de ce long scénario, qu'il nous soit aujourd'hui permis d'adresser nos voeux les plus fervents de bienheureux succès à toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, oeuvrent avec passion pour la grandeur enfin retrouvée de leur ville de Port-Vendres et de son Obélisque.
Quant à la plaque de cuivre rectangulaire de 16 cm 4 sur 12 cm 3 et 1/2 mm d'épaisseur, elle portait l'inscription que voici :
Bien davantage encore, au-delà des millénaires, souhaitons qu'un jour prochain nos jeunes archéologues découvrent par bonheur le Temple disparu de la belle Vénus, Déesse de la Beauté, Déesse de l'Amour.
© Jean-Gabriel GIGOT © S.A.S.L. des P-O. Cet article a été publié in Centième volume d'études sur le Roussillon, pp.245-260, Ce volume de la SASL, 1992.
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