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Notice sur un local dit Moli d'Aram, près de Prats-de-Molló
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| Historique Personnalités Bureau actuel Bibliothèque Conférences Cotisations Bulletin 2007 Publications en vente Bulletins Tables de recherche Autres articles Echanges académiques Ecrivez-nous Recherchez Copyright Aspirateurs | Conséquences qu'on peut en tirer pour l'histoire des mines dans le Roussillon Sur la rive gauche du Tech, tout près du confluent de la Persigole avec cette rivière et non loin du mas Pla, existait, il y a quelques mois, au milieu d'une prairie, un reste d'édifice, qui portait dans le pays le nom de Moli d'aram.La tradition indiquait cette bâtisse comme un ancien emplacement d'usine à cuivre, et il était facile, à l'inspection des lieux, de concevoir une pareille destination. En effet, on voyait parmi les constructions en ruines quelque chose qui avait pu appartenir à un fourneau du genre de ceux dits à catin ou à cassin, et l'on trouvait çà et là des pierres calcinées, qui annonçaient d'anciennes opérations métallurgiques. Si l'on joint à ces données, assez précises, les récits des habitants, récits d'après lesquels on aurait jadis découvert en cet endroit des vestiges d'un vieux mail et les traces d'un aqueduc amenant les eaux de la Persigole, on ne pourra se défendre d'une certaine croyance de la destination originelle de l'édifice dont je parle. Cette confiance dans les chroniques locales, se fortifie singulièrement par la présence de divers gissements cuivreux, plus ou moins importants, aux environs de St.-Sauveur, de La Preste, etc. Cependant rien n'annonçait que l'on dût ajouter une foi exclusive à ces récits, lorsqu'il y a peu de temps, le propriétaire de la masure abandonnée eut l'idée de la réparer et de la couvrir pour abriter le foin des prairies qui l'avoisinent. Le déblaiement du sol amena la découverte de deux morceaux de métal, dont l'un, garni d'un enduit verdâtre, présentait tous les caractères de ces bavures de cuivre qui accompagnent presque toujours les coulées. L'autre, au contraire, était enduit d'une forte incrustation blanchâtre, et ne laissait voir sa couleur, d'un blanc argentin, qu'après l'enlèvement complet de la croûte qui la dissimulait aux yeux. Ce dernier métal devint incontinent, pour plusieurs habitants, qui ne jugèrent que d'après la couleur, un véritable alliage d'argent, dans lequel ce dernier devait beaucoup dominer. Il n'en fut pas tout à fait ainsi du premier inventeur, forgeron et grand chasseur d'isards : il eut l'idée d'en façonner des balles, et il reconnut, d'après leur légèreté et la facilité de la fusion, que l'alliage en question ne pouvait être le métal précieux, objet de tant de recherches. Bien que les caractères qui ont éclairé M. G. Xatard, ne soient pas précisément des types d'expérimentation, il n'en est pas moins vrai qu'ils le conduisirent à me confier un morceau du fameux alliage, pour le soumettre à une série d'essais. De retour à Perpignan, je m'empressai de satisfaire une curiosité, dont les conséquences serviront quelque peu, j'espère, à l'histoire de l'art des mines dans les Pyrénées-Orientales. Le métal, d'un blanc brillant, assez malléable, ne peut se coupeller tout seul ; il se couvre constamment d'une croûte blanche qui, une fois enlevée, fait place à une nouvelle écume, dont la formation est très rapide. Une grande addition de plomb pauvre finit par faire passer l'essai... Le bouton de retour, infiniment petit, se perd au milieu d'un amas de crasses plombeuses. Le bouton de retour pesé n'a donné que le poids de l'argent du plomb pauvre employé. Il n'y avait donc pas d'argent dans l'alliage. Les caractères qui précèdent, indépendamment de ceux fournis par un examen attentif, étaient plus que suffisants pour dévoiler une partie de la nature du métal... on ne pouvait douter qu'il ne contînt beaucoup d'étain. Une analyse fit reconnaître, en effet, que c'était de l'étain à peu près pur, puis qu'on trouva en moins 0,015, sur une unité soumise aux investigations. - Les 0,015 peuvent être considérés comme des traces de métaux étrangers, déterminés, au reste, par les procédés chimiques ; - c'était quelques atomes de plomb et de cuivre. Il me semble résulter des faits précédents, qu'il exista jadis dans la vallée du Tech, et non loin des limites de France et d'Espagne, une usine où les deux métaux (étain et cuivre) formaient les éléments de certains travaux métallurgiques. L'étain ayant pour gîte habituel et presque exclusif une variété particulière de granit, dite granit graphique, granit ancien, et cette espèce de roche ne pouvant guère exister dans la chaîne orientale des Pyrénées, dont le soulèvement est fort moderne, il me semble logique d'admettre, à priori, que ce métal ne vient pas du département. D'où peut-il donc venir ? Peut-on supposer qu'on ait voulu opérer près du mas Pla des liquations de vieilles cloches ? non, car cet art, dû au talent de M. Bréant, ne date pas encore de cinquante années. Admettra-t-on au contraire qu'on ait voulu faire, en cette localité, les cloches nécessaires aux communes des environs ? je dirai encore non, parce que le local n'est pas disposé pour un pareil usage, et qu'il eût été presque impossible de transporter au loin les cloches une fois coulées. Il paraît donc plus rationnel de chercher au Moli d'aram une autre destination que celles énoncées ci-dessus, et je vais m'efforcer de démontrer que la construction de cette usine remonte à des temps assez anciens. Il n'est personne qui ne sache que le nom du village de La Manéra, lui vient de ce qu'il existe aux environs plusieurs gîtes minéraux. Parmi ceux qui ont été exploités jadis et qui ont été explorés derechef par la compagnie des mines des Pyrénées-Orientales, il en est un surtout, celui de Puig-Colom, qui prouve évidemment que jamais poudre ne fut employée dans le percement des galeries... D'autres, au contraire, portent l'empreinte de coups de mine et remontent à une époque bien connue, dont le souvenir n'est pas encore perdu chez les vieillards du pays... Ces recherches malheureuses fuient faites par la compagnie Poncé, sous la direction du célèbre Gensanne, en l'an 1750. MM. Vène, Ricard et moi, avons découvert, durant l'été dernier, en remontant le ruisseau qui descend du Col de Bernadeill, des scories plombeuses, peu distantes d'un endroit où existe un vieil édifice ayant toutes les apparences d'un ancien fourneau. Dans le cours de mes voyages de cette année et de l'année dernière, j'ai visité les fameuses mines dites de Bernadeill, d'où on a extrait un minerai de cuivre provenant d'une bournonite (1) argentifère, engagée dans la baryte sulfatée. Les scories qu'on rencontre, non loin de l'orifice des travaux souterrains, prouvent que le minerai n'a pas été traité fort loin du gîte principal. Leur nature est telle que je crois pouvoir affirmer qu'on exploita, avant l'invention de la poudre, des mines de cuivre, qui furent fondues tout près de Prats-de-Molló et du mas Pla. Je dis que ces minerais furent fondus au mas Pla, je devrais plutôt affirmer que leur produit subit une transmutation au Moli-d'aram. Quelle pouvait être cette transmutation ? Si l'on se rappelle que longtemps les Romains fabriquèrent leurs armes et une partie de leurs ustensiles avec des alliages de cuivre et d'étain, on ne se refusera pas à l'idée d'admettre que ces dominateurs de l'Espagne et des Gaules, cherchèrent à se fournir dans l'intérieur de leurs conquêtes des principaux instruments de batailles... Est-il donc tellement étonnant qu'ils aient apporté dans notre pays, où la nature leur fournissait le cuivre, l'étain qui leur était nécessaire pour leurs travaux métallurgiques. Ces foyers, ces anciens appareils de martelage, tout n'indique-t-il pas au Moli-d'aram la présence d'un vieil atelier. Je sais bien qu'on m'objectera que d'autres, après les Romains, ont exploité dans les environs de La Preste, les filons de Pénalt, de St.-Louis et de Ste.-Marie-des-Brinots ; mais ces temps ne sont pas encore assez éloignés pour qu'on ne sache à quoi s'en tenir... Lemonnier (2) nous parle de la fameuse compagnie royale des mines de France, qui engouffra dans ces localités quelques centaines de mille francs, après avoir bâti le village dit de La Forge, destiné à loger sa colonie de mineurs hongrois. Et, alors même que Lemonnier ne donnerait pas des renseignements suffisants, les plaques de marbre de La Preste et des médailles laissées dans le pays, nous apprennent que cette exploitation ne remonte qu'à 1732, c'est-à-dire à une époque fort rapprochée, où florissaient déjà en France les mines des Vosges et celles de Bretagne. L'essai d'une de ces médailles ayant prouvé que l'étain n'y avait pas été ajouté, on en conclut naturellement que la compagnie du Roussillon ne les fabriqua pas et ne travailla pas dans l'endroit dit Moli-d'aram. D'autres que moi pourront fixer l'époque probable de la création du Moli-d'aram, aujourd'hui je me contente de conclure : 1° Que dans des temps très anciens (avant l'invention de la poudre) on a connu et exploité une partie des mines de nos montagnes, autres que le fer. 2° Qu'on fabriquait déjà à cette époque de l'étain parfaitement pur. 3° Enfin, que les ateliers de fusion qui avaient pour but la fabrication des armes ou des ustensiles, étaient peu éloignés d'appareils de martelage.
© S.A.S.L. des P-O. Cet article a été publié dans le volume IV du Bulletin de la SASL, 1839, pp.47-53
(1) Cette bournonite est mélangée de cuivre gris ou de cuivre Pyriteux. (2) Observations d'histoire naturelle faites dans les provinces méridionales du royaume, Paris, Guérin, 1744. | |