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Recherches sur une variété de pin Laricio : le pin Laricio de Salzmann

 

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I. - Comparaison entre les différentes variétés de pins laricios

La grande famille des pins comprend, en France, plusieurs espèces toutes très intéressantes. Dans le travail, fondamental en ce qui concerne la flore forestière, de M. Mathieu, ancien professeur à l'école nationale de Nancy, revu et réédité tout récemment par M. Fliche, son successeur à la chaire de botanique, nous trouvons l'énumération de huit espèces distinctes, dont six à 2 feuilles et deux à 5 feuilles. Les six premières sont les pins sylvestre, de montagne, laricio, d'alep, maritime et pinier ; les deux autres, les pins cembro et weymouth.

Parmi ces espèces, quelques-unes présentent des variétés, mais ce n'est guère que dans les pins laricios que ces variétés prennent de l'importance. De plus, les principales variétés qu'on trouve chez ces derniers ont des caractères nettement déterminés et tellement fixes, à l'encontre de ce qui se passe chez les autres pins, notamment chez le pin sylvestre, qu'on pourrait à la rigueur les différencier pour les élever elles-mêmes au rang d'espèce.

Néanmoins la communauté de certains caractères fondamentaux, sur lesquels nous reviendrons plus loin, s'oppose à cette différenciation, mais en revanche la diversité d'autres caractères a permis de compter, en France, jusqu'à cinq variétés distinctes du pin laricio. Ces variétés sont, d'après Mathieu :
  1. Pin laricio de Corse. - Pinus Corsicana Loud. Pinus laricio Poir. ; P. poiretiana Endl.
  2. Pin laricio de Calabre. - Pinus laricio stricta Carr.
  3. Pin laricio d'Autriche. - Pinus austriaca Host. P. nigricans Link.
  4. Pin de Salzmann. - Pinus laricio cebennensis Gr. et God. ; P. monspeliensis Salzm. ined. ; P. Salzmanni Dunal. ; P. Pyrenaïca Gay, Lecoq et Lamotte cat. plat. central.
  5. Pin laricio des Pyrénées. - Pinus pyrenaïca Lapeyr.
Disons tout de suite que ces deux dernières variétés doivent être réunies en une seule, ainsi que l'a démontré M. de Vilmorin, et que ce n'est que par suite d'une erreur que Lapeyrouse a cru pouvoir affirmer l'existence d'une espèce nouvelle en Espagne, sur la frontière française, aux environs de Vénasque, entre les rivières de l'Esserra et de la Cinca. Nous reviendrons d'ailleurs plus loin sur cette intéressante question.

Il en résulte donc qu'il n'existe actuellement dans la Frange continentale que quatre variétés de laricio : le laricio de Corse, le laricio d'Autriche, le laricio de Calabre et le laricio de Salzmann, et parmi ces quatre variétés une seule, la moins connue, y est spontanée. Les autres y ont été introduites. Bien plus, le laricio de Salzmann n'a été découvert qu'à une époque relativement récente. Le premier, Salzmann, dans un mémoire inédit, signale les pins formant le massif de Saint-Guilhem-le-Désert comme variété nouvelle et lui donne le nom de Pinus Monspeliensis ; Dunal ensuite, en 1851, dans un mémoire à l'Académie des sciences de Montpellier, relate la découverte de Salzmann, fait la description de ce pin et lui attribue le nom de son inventeur. Précédemment, Lapeyrouse avait bien signalé, et seulement sur le rapport d'un correspondant, l'existence d'une variété de laricio aux environs de Vénasque, mais sa description laissait supposer qu'il s'agissait d'un arbre tout différent. Ce n'est que plus tard que la présence d'une variété de laricio est signalée dans le Gard, aux environs de Bessèges et de Bordezac et que dans leur flore, en 1856, Grenier et Godron rattachent cette variété à la variété de Salzmann. Enfin, il y a 8 à 9 ans environ, nous avons découvert dans les Pyrénées-Orientales, sur les moraines du Conflent, dans la région environnant Prades, des massifs importants de cette variété.

L'éloignement des massifs principaux, les conditions diverses de sol, de climat, de végétation ont même produit chez ces différents massifs des aspects si différents, qu'on a pu croire à la présence de variétés distinctes, mais des recherches nombreuses permettent d'affirmer aujourd'hui que les quatre massifs du Gard, de l'Hérault, des Pyrénées-Orientales et d'Espagne (environs de Vénasque) sont constitués par une seule et même variété de laricio, à laquelle il est juste de laisser le nom de laricio de Salzmann, en l'honneur de celui qui l'a signalée le premier comme variété distincte.

Nous allons comparer maintenant la variété du pin de Salzmann avec celles de Corse et d'Autriche en négligeant le pin laricio de Calabre qui joue un rôle presque nul dans les massifs forestiers de France.

Le laricio de Corse est un grand arbre, d'une puissante longévité, à accroissements minces et réguliers. Il constitue en Corse d'importants massifs avec des sujets atteignant quelquefois 45 mètres de hauteur et 5m 50 de circonférence, à longs fûts cylindriques, remarquablement droits, et à cime étalée. Le couvert de l'arbre est moyen et devient léger à mesure qu'il vieillit.

Son enracinement, d'abord pivotant, se transforme peu à peu pour devenir traçant, mais il est toujours faible et peu en rapport avec les dimensions de l'arbre.

L'écorce, très épaisse et très gerçurée, est formée d'écailles rouge-violacées séparées entre elles par de minces lames péridermiques d'un beau gris argenté.

Le laricio de Corse a des aiguilles grêles et un peu recroquevillées, souvent même frisées, donnant un aspect tout à fait caractéristique aux jeunes pousses. En vieillissant, ses feuilles se raffermissent et prennent la raideur générale des aiguilles de pin. C'est d'ailleurs surtout sur les jeunes sujets qu'on remarque ce fait. La coloration des aiguilles est d'un vert un peu jaunâtre.

Le laricio de Corse a enfin des préférences marquées au point de vue du sol. C'est dans les sols granitiques et frais qu'il prospère le mieux, c'est là qu'il atteint la plus grande longévité et son plus fort accroissement. Il vit à des altitudes très élevées.

Le laricio d'Autriche, plus connu sous le nom de pin noir d'Autriche, atteint des dimensions moins considérables que le laricio de Corse. A vrai dire il n'existe pas encore en France de peuplements suffisamment âgés pour qu'on puisse, dès maintenant, fixer son élévation et son diamètre maxima. Ceux-ci sont cependant évalués à 35 mètres pour la hauteur et 4 mètres pour la circonférence. Sa tige est droite et sa cime très touffue, conservant longtemps la forme ovoïde pyramidale. Le couvert de l'arbre est épais et fournit un détritus abondant.

Son enracinement, d'abord pivotant, devient rapidement traçant avec un système de racines latérales beaucoup plus puissant que celui du laricio de Corse.

Son écorce, très épaisse et très gerçurée, est d'un brun noirâtre foncé jusqu'à l'extrémité des branches.

Les feuilles sont vigoureuses, rigides et épaisses et d'un vert franc plutôt foncé. C'est à cette couleur sombre du feuillage jointe à l'aspect noirâtre de l'écorce que le pin laricio d'Autriche doit son nom de pin noir. Le pin noir d'Autriche a également des préférences marquées de sol et bien qu'il puisse végéter sur tous, c'est sur les sols calcaires qu'il a la plus grande vigueur. Il supporte très bien la sécheresse. Il vit à des altitudes moyennes et il serait imprudent de l'introduire à plus de 1500 mètres d'altitude dans les régions méridionales.

Le laricio de Salzmann est de dimensions plus modestes. C'est très rarement que nous avons trouvé des sujets atteignant 20 mètres de hauteur et 1m 50 de circonférence. Sa forme est infiniment variable suivant les conditions de sol. Tantôt, dans les fonds frais et fertiles, c'est un arbre élancé à tige rigoureusernent droite, surmonté d'une cime touffue et pyramidale, atteignant alors facilement de 15 à 20 mètres ; tantôt au contraire, dans les sols secs et sans profondeur, c'est un arbre chétif, tordu, paraissant tourmenté par tous les vents et dont la hauteur dépasse rarement 7 à 8 mètres ; souvent même dans les plus mauvais terrains il s'élève difficilement et conserve la forme buissonnante. Son couvert varie également suivant les terrains, néanmoins il est toujours assez dense et comparable à celui du pin noir.

Son enracinement devient presque immédiatement traçant et ce système des racines latérales est d'une puissance considérable. Tel arbre de 7 à 8 mètres de hauteur envoie à 15 ou 20 mètres de lui des racines latérales chercher la nourriture qui lui fait défaut. Ces racines sont même caractéristiques à cet égard et dans les terrains tout à fait pauvres elles sillonnent le sol, presque entièrement déchaussées, au point de former une sorte de feutrage. Dans les failles des moraines elles rampent le long des parois verticales des érosions et paraissent de gigantesques lianes suspendues dans le vide et allant s'attacher beaucoup plus bas.

L'écorce toujours très épaisse et très gerçurée, comme dans tous les autres laricios, est d'un brun-gris franc qui s'éclaircit dans la vieillesse, les écailles prenant même alors un aspect blanchâtre. Alors d'ailleurs elles se soulèvent par couches minces, comme cela se produit pour l'écorce des platanes dont elles ont également la coloration. L'épaisseur de l'écorce est au bois dans la proportion constante de 1 à 6, c'est aussi à peu près la proportion existant dans le pin noir d'Autriche.

Les feuilles sont en touffe à l'extrémité de branches nues. Elles sont d'un vert jaune clair chez les jeunes arbres mais elles foncent à mesure que le sujet avance en âge et qu'il est plus vigoureux. D'ailleurs, d'une façon générale, plus un sujet est vigoureux, plus le vert de ses feuilles est foncé. C'est ainsi que sur les arbres en buisson les feuilles sont presque jaunes et que dans les massifs vigoureux et élancés le vert des feuilles se rapproche de celui du pin noir.

Nous ne dirons pas que le pin laricio de Salzmann a des préférences marquées pour les sols les plus pauvres, mais c'est sur ceux-là qu'on le trouve. On l'a éliminé de tous les sols riches pour le remplacer par d'autres espèces forestières ou par des cultures agricoles et on l'a rélégué dans les parties ingrates où seul il peut végéter. C'est ainsi que dans l'Hérault il n'existe que sur les calcaires dolomitiques de Saint-Guilhem, dans le Gard, sur les parties les plus pauvres du grès houiller, et dans les Pyrénées-Orientales sur des moraines à tuf compact. On voit donc qu'il est d'une accommodation absolue pour tous les mauvais sols, aussi bien calcaires que granitiques ou siliceux. Mais, dès qu'il se trouve dans des terrains un peu meilleurs, sa végétation se transforme complètement, et au lieu d'un arbre rabougri, tortueux, à feuilles courtes et jaunâtres à cime étalée, il n'est pas rare de voir un arbre élancé, à cime pyramidale, touffue, avec des aiguilles longues et franchement vertes. C'est cette diversité d'aspect qui a provoqué la plupart des confusions des botanistes qui l'ont rencontré en différents points. Mais partout il a conservé certains signes caractéristiques tels que celui des rameaux à longues écailles, d'un beau jaune vernissé et dépourvus de feuilles sur leur partie inférieure.

Nous venons de signaler les aspects extérieurs des trois principales variétés de laricio. Il nous paraît inutile d'insister sur leurs profondes différences. Il est absolument impossible de les confondre et l'oeil exercé du botaniste ou du forestier, pour peu que son attention soit appelée, les distinguera avec la plus grande facilité.

II. - Description détaillée du pin laricio de Salzmann

Nous allons maintenant passer à une étude plus approfondie de la variété qui nous occupe.

La feuille du pin laricio de Salzmann est très variable suivant les sujets, ainsi que nous l'avons exposé plus haut. Dans les sujets rabougris sa longueur ne dépasse guère 12 à 13 centimètres, tandis que dans les sujets bien venants elle atteint fréquemment 18 et même quelquefois 20 centimètres.

Ce sont des feuilles glabres, géminées, c'est-à-dire engainées deux à deux dans un réceptacle commun. Les parties internes des feuilles, celles qui se font face, sont légèrement canaliculées et striées, elles présentent un aspect vert franc plutôt mat. La partie externe est convexe, très peu striée et luisante. La largeur de la feuille varie de lmm à 1mm 5 et son épaisseur de 2 à 3 dixièmes de millimètre. Plus la feuille est courte plus elle paraît raide, et plus elle est longue plus elle est flexible, mais quelle que soit sa longueur elle n'est jamais tombante ou même frisée comme dans le laricio de Corse, elle reste toujours droite. Les feuilles sont terminées par une extrémité piquante, mais qu'on sent assez peu, grâce à leur flexibilité. Leur coloration varie du vert jaunâtre clair au vert foncé, suivant l'état de végétation du sujet.

Les feuilles dressées se réunissent en touffes régulières à l'extrémité des rameaux. Elles tombent généralement à la troisième année, très rarement à la quatrième. C'est un peu à cette chute, rapide pour un pin, que les rameaux doivent cet aspect dénudé caractéristique de la variété. La gaine d'aiguilles prend naissance sous une écaille également très caractéristique. Cette écaille, en forme de spatule, terminée par une extrémité arrondie qui se recourbe à l'extérieur, peut avoir comme longueur de 7 à 10 mm et comme largeur maximum 5 mm. Elle est d'un jaune vernissé très brillant et caractéristique. Enfin, sous un certain nombre de ces écailles, dans la partie inférieure de la tige, les jeunes feuilles avortent, laissant toujours, d'un verticille à l'autre, une partie vide de feuilles d'une longueur à peu près égale à la moitié de celle qui en est couverte. C'est là la principale cause de l'aspect dénudé des rameaux.

Malgré cela, comme dans les parties garnies de feuilles, celles-ci sont très denses et que leur longueur est grande, le couvert de l'arbre est assez complet, si bien que pour peu que le massif soit serré, ce qui est assez fréquent sur les bons sols, il y a une abondante couverture morte, formée des détritus de feuilles tombées sur le sol, et la végétation en sous-bois est peu importante.

La floraison s'effectue très tardivement et la germination encore plus. Le pollen ne s'échappe guère qu'en juillet. Les chatons mâles, oblongs cylindriques, obtus, disposés en épis serrés, d'une couleur jaunâtre sont dépassés par les feuilles. Les chatons femelles ont de suite la forme ovoïde, ils sont rougeâtres et sans bractées saillantes. Une fois fécondés ils donnent naissance à des cônes qui mettent 20 mois à mûrir complètement ; c'est-à-dire qu'un chaton femelle fécondé en juillet 1898 ne fournira des graines qu'en mars 1900. Le cône persiste plus d'un an après la chute des graines.

Le pin laricio de Salzmann est étonnamment fructifère, il donne des produits dès la quinzième année environ. Les cônes sont le plus souvent deux par deux, quelquefois trois par trois ou même quatre par quatre, rarement solitaires. Ils sont presque sessiles et placés à l'aisselle des verticilles, formant eux-mêmes, quand ils sont trois, un verticille où chaque cône alterne avec un rameau. Ils sont étalés horizontalement et affectent tous, sans exception, une forme légèrement cintrée, la partie convexe tournée vers le ciel. D'abord rouge la première année, le cône ne tarde pas à passer au vert clair, puis au vert jaunâtre pendant la seconde, et quand il est devenu tout entier d'un jaune roux clair bien luisant, il est mûr et prêt à cueillir si on veut en récolter la graine. Il conserve ce ton jaune roux jusqu'après l'ouverture des écailles pour passer ensuite et successivement du brun au gris noirâtre avant la chute définitive.

La forme du cône est caractéristique et constante. C'est un cône oblong, affectant un peu la forme de corne de boeuf, grâce à la déviation signalée plus haut. Sa longueur moyenne est de 6 à 7 centimètres, elle ne dépasse jamais 8 et ne descend jamais au-dessous de 5.

La partie la plus large a de 30 à 35 millimètres de diamètre. Le cône est formé d'écailles imbriquées et très comprimées. Le nombre de ces écailles est sensiblement constant, quelle que soit d'ailleurs la grosseur du cône. Il varie de 100 à 110. Les écailles ont à leur base, près de leur point d'insertion, deux cavités servant de logement à deux graines dont les ailes viennent se prolonger presque jusqu'au bord extérieur du cône. En tenant compte qu'une partie des écailles de la base et du sommet sont trop resserrées pour avoir des graines et que ces écailles représentent environ la moitié de la totalité, on peut évaluer à une centaine environ le nombre de graines donné par un cône.

D'autre part, un hectolitre de cônes renferme environ 2200 cônes et les récoltes que nous avons faites régulièrement depuis cinq ans nous ont donné un rendement constant de 1400 à 1500 grammes environ par hectolitre. Si donc nous tenons compte du fait signalé plus haut que les pins laricios de Salzmann sont très fructifères et que le rendement des cônes est grand, on voit que le prix de revient du kilogramme de graines n'est pas très élevé.

L'écaille ligneuse, à partir du logement des graines, est sensiblement rectangulaire, elle se termine par un écusson légèrement épaissi et bombé. Cet écusson est convexe, il est relevé d'une carène transversale allant d'une extrémité à l'autre dans le sens horizontal et dans la plus grande largeur de l'écusson. Cette carène est divisée en deux par un ombilic central nettement marqué. De cet ombilic partent des stries plus ou moins nettes allant vers le bord. D'une façon générale la partie de l'écusson située du côté supérieur de la carène, c'est-à-dire vers le sommet du cône, est bombée ou convexe, tandis que la partie regardant la base du cône est rentrée ou concave. Le centre de l'ombilic est quelquefois mucroné. Cela arrive surtout quand il s'agit de sujets venus dans les sols fertiles. Les écailles atteignent leurs plus grandes dimensions vers le milieu du cône. Dans cette partie et sur un cône moyen elles ont généralement 2 centimètres de longueur totale et 12 à 14 millimètres de largeur dans la partie rectangulaire, avec un écusson dont la carène est à peu près de la largeur de l'écaille, tandis que la perpendiculaire à cette carène n'a que de 7 à 8 millimètres au maximum.

Les écailles de la base vont en diminuant à mesure qu'elles s'approchent du point d'attache du cône pour finir par être complètement avortées à ce point-là. Au sommet, au contraire, il n'y a guère que les 3 ou 4 dernières écailles qui soient sans graines. Les graines logées dans les cavités ménagées à la base des écailles sont ovales, elliptiques, comprimées, d'une couleur brunâtre plus ou moins claire, mais mate. Elles ont à peu près 6 millimètres de longueur, 4 de largeur et 2 d'épaisseur et sont accompagnées d'une aile 3 à 4 fois plus longue qu'elles.

Cette aile très mince, couleur tabac, essentielle pour la dissémination, a de 20 à 25 millimètres de longueur y compris la graine. Dans sa longueur elle présente un côté presque droit, tandis que l'autre est assez régulièrement arrondi. L'extrémité opposée à la graine est plutôt aiguë. Le côté droit correspond au côté intérieur si on considère les deux graines fixées dans l'écaille. La largeur de l'aile est sensiblement plus petite que la moitié de la longueur totale et ne correspond guère qu'au tiers. Enfin l'épaisseur de l'aile va en diminuant en allant du côté droit vers le côté arrondi.

L'enveloppe des graines est peu épaisse, on la brise facilement avec l'ongle ; l'amande, entourée d'une pellicule blonde et très riche en huile, est de 6 à 7 fois cotylédonée.

L'extraction des graines se fait au moyen de la chaleur, soit naturelle, soit artificielle. Considérée en masse, la graine présente un aspect gris-brun assez clair tirant même sur le roux-jaune. Il y a un assez grand nombre de graines blanchâtres. L'opération du désailage est nuisible sous le rapport de la conservation de la graine, mais elle est indiquée avant le semis (1). Il rentre environ de 60.000 à 80.000 graines fraîches dans un kilogramme et 30.000 à 40.000 dans un litre ; le poids du litre de graine désailée est en effet de 500 grammes. Nous ignorons encore la durée maximum de conservation mais nous pouvons affirmer que des graines de trois ans nous ont donné des résultats aussi bons que des graines d'un an.

La germination dure de 15 jours à 1 mois suivant les conditions d'humidité et de chaleur. Un climat humide et chaud l'active singulièrement. Le petit plant naît sous la forme de 6 ou 7 feuilles cotylédonaires d'un vert glauque caractéristique. Le jeune plant atteint de 6 à 12 centimètres dès la première année et n'a encore que des feuilles solitaires. Si le sol est bon, la racine se développe dans de beaucoup plus grandes proportions. C'est un pivot avec de nombreuses radicelles ; dès le début de la deuxième année apparaissent les feuilles géminées avec au centre une tige verticale qui donnera naissance, l'année suivante, c'est-à-dire la troisième, au premier verticille. Le pivot de la racine ne s'allonge pas, seules les radicelles croissent et se fortifient. A partir de ce moment, le jeune pin se développe avec une grande rapidité. Dans de bonnes conditions, les pousses annuelles de 0,40, 0,50 et même 0,60 de longueur ne sont pas rares.

Le pin laricio de Salzmann est un arbre d'un tempérament essentiellement robuste. Il est d'une frugalité extrême puisqu'on le voit s'accommoder des plus mauvaises conditions et vivre sur les sols les plus maigres. Il accepte aussi bien le plein soleil sans abri que l'ombre de ses parents, si épaisse qu'elle soit, mais tandis que sans abri il s'élève avec une forme ornementale, très remarquable par sa régularité pyramidale, sous l'abri des massifs il pousse grêle et élancé en laissant l'élagage naturel le débarrasser rapidement de ses verticilles inférieurs.

Sa croissance est intimement liée, de même que son port et par suite sa taille, au sol sur lequel il vit. Si c'est l'arbre qui paraît s'accommoder des plus mauvais sols, c'est aussi un de ceux qui savent le mieux profiter des bonnes conditions dans lesquelles on le place. C'est ainsi que nous pouvons indiquer dans le vallon de Belloc, sur un bon sol calcaire et frais, un reboisement en pin noir d'Autriche au milieu duquel se trouvent plusieurs pins de Salzmann. Et dans ce massif, âgé de 15 ans environ, les pins de Salzmann sont plus grands, plus forts et paraissent bien plus vigoureux que les pins noirs qui cependant sont aussi en bon état de végétation.

Malheureusement, dans toutes les stations où ce pin se trouve à l'état spontané, les conditions de sol sont des plus mauvaises.

Il est donc très difficile de dire ce qu'il donnerait dans de meilleures conditions. Néanmoins, quand dans les mauvais sols où il se trouve il rencontre des points où le sol est un peu meilleur, aussitôt l'arbre s'élance, grandit et grossit.

Le bois du pin laricio de Salzmann se rapproche beaucoup de celui du laricio de Corse. Il a un aubier un peu coloré et très abondant. Le bois parfait rougeâtre, très chargé en résine, n'apparaît que très tard, et plus l'arbre vieillit, plus la proportion d'aubier augmente. Malheureusement le champ des recherches était pour nous des plus limités. Très rarement nous avons pu trouver des arbres d'une centaine d'années et toujours sur des terrains médiocres ; ceux qui nous paraissaient les plus vieux et que nous faisions abattre, n'avaient guère que de 80 à 90 ans. A cet âge et dans les terrains morainiques si pauvres de la vallée de la Tet, les arbres ont 12 à 15 mètres de hauteur totale et 0,90 à 1,10 de circonférence, soit 0,30 à 0,35 de diamètre. En enlevant 7 à 8 centimètres pour l'écorce il reste 0,28 centimètres de bois ou 0,14 d'épaisseur pour une centaine de couches. On voit combien les couches d'accroissement sont minces. Nous avons même visité un canton d'âge uniforme, 60 ans environ, ou tous les sujets ont 12 mètres de hauteur et Om 20 centimètres seulement de diamètre moyen. Ce perchis, il est vrai, est d'une très grande densité.

Les couches d'accroissement sont, d'ailleurs, assez irrégulières. Précisément en raison de la mauvaise qualité du sol, l'influence climatérique doit être très marquée sur les pins et les mauvaises années doivent se traduire par des couches d'accroissement extrêmement minces. Le bois parfait est d'une grande densité, mais comme il ne joue qu'un rôle des plus secondaires puisque dans les bois de 40 ans nous ne trouvons que 4 couches de bois parfait et dans ceux de 90 ans 14 couches, il en résulte que la densité de 0, 70 que nous avons trouvée comme moyenne ne s'applique guère qu'à l'aubier. Les canaux résinifères sont nombreux, mais la résine va en diminuant du centre au bord. Le bois parfait rappelle même par son aspect le bois gras. Malgré sa richesse en résine nous devons citer comme très remarquable ce fait que les massifs de pin de Salzmann paraissent plus réfractaires aux incendies que ceux d'autres pins. Nous chercherons plus loin l'explication de cette anomalie.

L'écorce est très épaisse et dure fort longtemps. Ce n'est guère que l'écorce de la vingtième année qui s'exfolie. Elle se compose d'écailles peu larges mais assez longues où le liber est transformé en un liège sec pulvérulent, brun rougeâtre et séparé de la couche suivante par une mince lame péridermique blanche farineuse.

L'utilisation des pins de Salzmann est des plus médiocres, à vrai dire elle est presque nulle. La forêt de Saint-Guilhem-le-Désert est inexploitée en ce qui concerne les résineux. Dans les massifs de Bessèges on vend à très bon marché les coupes qui sont débitées en piquets de mines et planches pour les exploitations voisines. Dans la région de Prades on n'abat les arbres que pour le chauffage et quelquefois pour faire des perches et des piquets et échalas de vignes. En somme le produit est insignifiant.

Est-ce à dire pour cela qu'il faut pousser à la disparition de cette essence, qu'elle est inutile et ne peut rendre des services ? Non, au contraire même affirmons-nous. Cette essence, loin d'être inutile, rend et rendra dans l'avenir des services précieux. D'abord elle occupe des terrains où seule elle peut vivre, et l'expérience a montré, comme nous allons le voir, que c'était un tort de vouloir la remplacer par d'autres paraissant plus rémunératrices telles que le pin sylvestre, le pin noir ou le pin maritime. Ensuite dans les terrains secs et compacts elle est une ressource précieuse que le reboiseur ne doit pas négliger. Dans ces terrains les autres essences peuvent s'installer et vivre pendant quelques années, même avec les apparences de la vigueur ; mais plus ou moins rapidement, suivant la profondeur du sol, elles dépérissent et finissent par disparaître. C'est ce qui est arrivé notamment dans les moraines des environs d'Escaro et de Serdinya, où tous les pins maritimes, d'Alep, d'Autriche, etc., introduits artificiellement, meurent peu à peu tandis que les pins laricios de Salzmann spontanés se propagent par semis naturel et s'étendent progressivement. Dans ces moraines la couche superficielle n'est que de quelques centimètres et le sous-sol est constitué par un tuf argileux compact où les racines de la plupart des végétaux sont incapables de pénétrer. Mais celles du laricio de Salzmann, grâce au pouvoir traçant que nous avons signalé plus haut, s'étendent au loin et suffisent à l'alimentation du sujet. D'autre part, le fait que nous avons cité des reboisements de Belloc, où les plus beaux sujets sont des pins de Salzmann, et la connaissance que nous avions du bon état de ceux introduits il y a déjà longtemps dans les reboisements des environs de Lodève, nous ont décidé à entreprendre en grand la restauration en cette essence des moraines déboisées de la région située entre la Tet et le village d'Escaro.

Les ennemis du pin de Salzmann sont généralement ceux de tous les autres pins. Il est cependant beaucoup moins sensible à l'attaque des chenilles de la processionnaire que la plupart de ses congénères.

Il nous reste maintenant à parler de l'aire d'habitation du pin laricio de Salzmann et à faire la description du massif le plus important et le plus caractéristique, celui des Pyrénées-Orientales.

III. - Aire et stations du pin laricio de Salzmann

Ainsi que nous l'avons exposé au débat de ce travail, il existe actuellement quatre stations principales de pin laricio de Salzmann. Nous négligeons volontairement l'indication de son existence en Grèce (Boissier, Flor. orient., p. 697) qui n'est pas encore démontrée.

Ces quatre stations sont celle du Gard, la plus élevée en latitude, puis celle de Saint-Guilhem-le-Désert, celle des Pyrénées-Orientales, et enfin la station espagnole des environs de Vénasque, qui vient déborder en France près de Castejon.

Bien que cette dernière station, sensiblement plus élevée en altitude que les précédentes, soit surtout plus profondément enfoncée dans un massif montagneux, il n'en résulte pas moins que l'aire d'habitation du pin de Salzmann est essentiellement méditerranéenne. Ainsi que nous le verrons, son altitude ne dépasse pas 1000 mètres et il descend 200. Espèce de basse montagne, presque de plaine, elle a dû forcément disparaître la première sous l'action du défrichement, et c'est ce qui explique sa rareté et sa présence exclusivement dans les plus mauvais sols. Il est infiniment probable qu'une bande ininterrompue de peuplements devait assurer la jonction des trois principaux massifs français, mais que dans les bons terrains les cultures agricoles sont venues rapidement remplacer les pins en les laissant sur les sols qui sont absolument inutilisables. Sur ces sols eux-mêmes il a fallu toute la rusticité de l'espèce pour résister.

Station de l'Hérault

C'est la première station connue ou pour mieux dire étudiée. Signalée d'abord par Salzmann, puis décrite par Dunal en 1831, l'espèce a longtemps conservé le nom de la localité et est encore souvent appelée pin de Saint-Guilhem. C'est, en effet, dans la commune de Saint-Guilhem-le-Désert que se trouve la partie principale du massif. Ce massif a une contenance de 700 hectares environ ; il occupe le plateau formé par les collines de la rive droite de l'Hérault, à l'endroit où ce petit fleuve, vers le milieu de son cours, forme une courbe prononcée en demi-cercle vers l'Ouest. Il vit sur des calcaires dolomitiques se réduisant facilement en sable de l'oolithe inférieur, et sur calcaire oxfordien. Il est entre les altitudes de 500 et 700 mètres qu'il n'atteint même pas. Il déborde de la commune de Saint-Guilhem sur les communes voisines de Pégayrolles de Buèges, de Saint-Jean de Fos et de Montpeyroux. Il a actuellement une tendance à s'étendre dans les terrains abandonnés par la culture, qui ne fait que les lui rendre.

C'est de tous les massifs connus le moins bien venant. Les plus beaux sujets n'atteignent pas 12 mètres de hauteur et 1 mètre de tour, ils sont relativement rares et d'une façon générale le massif est plutôt rabougri. C'est à ce mauvais état de végétation qu'est due la description qui fait du pin de Salzmann un «arbre peu élevé, à tige irrégulière, à cime diffuse et étalée, à branches horizontales». La description prête à erreur puisque dans les bons sols la tige est absolument droite, la cime franchement pyramidale et que les branches sont loin d'être toutes horizontales.

Le sous-bois est constitué par le pistachier lentisque, le cytise à feuille sessile, le buplevre, la bruyère, le chèvrefeuille, etc.

La forêt proprement dite de Saint-Guilhem, d'une contenance de 600 hectares, appartenait à la commune ; elle a été récemment acquise par l'Etat qui a voulu la conserver et en empêcher le défrichement que réclamait le propriétaire. On a ainsi la garantie de la conservation du massif.

A part ce massif, MM. Loret et Barrandon signalent la présence du pin laricio de Salzmann entre Carlincas et Bédarieux, et de quelques pieds dans les bois de Montarnaud (Fl. de Montpellier, p. 609.)

Enfin il existe une cinquantaine d'hectares de jeunes peuplements de cette essence dans les reboisements de Lodève, région de Soubès. Ces rebaisements effectués sur les indications de M. Thiriat, ancien conservateur des forêts à Nîmes, sont en bon état de végétation.

Station du Gard

C'est dans la flore de Grenier et Godron qu'on rattache pour la première fois les pins du massif de Bessèges à la variété de Saint-Guilhem, ou pin laricio de Salzmann, qui est ainsi à nouveau décrite en 1856.

Pouzols, dans sa Flore du Gard, tome II, page 331, paraît n'admettre qu'avec peine cette assimilation. Cela n'est d'ailleurs pas étonnant ; les peuplements du Gard, en bien meilleur état de végétation que celui de Saint-Guilhem, présentent un tout autre aspect.

Il existe deux massifs principaux.

Le plus anciennement connu et le plus important d'ailleurs est celui de Bessèges. Il est situé sur les deux rives de la rivière de Gagnières, sur le territoire des communes de Bessèges, Castillon de Gagnières, Bordezac et Malbosc. Il en existe même quelques arbres épars dans le département de l'Ardèche, sur le territoire des communes de Saint-Paul-le-Jeune et Banne. D'une façon générale il n'est qu'en bouquets au milieu des châtaigniers qui l'envahissent. Cependant sur les communes de Castillon, de Bessèges et de Bordezac il forme des massifs plus importants constituant des forêts communales soumises au régime for istier.

On a eu anciennement l'idée dans ces forêts d'effectuer des coupes à blanc étoc pour remplacer le pin indigène par le pin maritime. Mais malgré cette opération, le pin laricio de Salzmann s'est régénéré de lui-même et quand il n'a pas pu évincer le pin maritime, qui est d'une croissance plus rapide, il a su néanmoins s'installer et vivre à côté de lui.

Il se trouve à des altitudes variant de 200 à 350 mètres, à toutes les expositions et sur tous les sols ; il est cependant beaucoup plus beau dans les parties fraîches où il atteint facilement 15 mètres de hauteur, bien que l'âge des plus vieux peuplements soit à peine de 90 ans. Le sol est constitué par des poudingues siliceux houillers, grès houiller ou grès du trias. Les morts-bois principaux sont la bruyère, le genêt à balai et l'arbousier. La surface occupée par le pin laricio de Salzmann dans le massif de Bessèges peut être évaluée à 400 hectares (2).

M. Fabre, inspecteur des forêts à Nîmes, a signalé en 1897 la présence du pin de Salzmann au col d'Uglas, entre les communes de Saint-Paul-la-Coste et Mialet, à une altitude moyenne de 500 à 600 mètres. Les pins n'y forment d'ailleurs pas un massif compact, ils sont disséminés au milieu d'autres arbres. Mais ils végètent bien et se régénèrent facilement. La surface occupée est d'une centaine d'hectares environ.

Il est fort possible, probable même, que les deux massifs de Bessèges et de Mialet devaient se rejoindre autrefois mais que des défrichements ont dû être opérés pour arriver à la substitution du châtaignier au pin. La présence à Mialet d'arbres disséminés est une preuve de plus de la grande vitalité de cette essence, puisqu'elle a dû lutter contre des défrichements et l'introduction d'espèces vivaces.

Station des Pyrénées-Orientales

Cette station, la plus importante actuellement connue, sera l'objet, plus loin, d'une description détaillée.

Station espagnole

C'est Lapeyrouse qui a signalé, en 1813 (Histoire des plantes des Pyrénées, p. 588), la présence, en Aragon, d'un pin laricio, où il occuperait une surface d'environ 6 lieues carrées ? Il importe de remarquer que Lapeyrouse n'a vu que de petits échantillons de ces arbres, branchettes et cônes, qui lui ont été remis par M. Boileau, de Luchon. Il décrit d'ailleurs le cône d'une façon très exacte :

«Les cônes, dit-il, du pin laricio, se distinguent facilement, leurs écailles sont obtuses et portent en relief les rudiments d'une pyramide quadrangulaire plus large que longue : ils sont d'abord verts, passent au fauve et sont entièrement gris quand ils sont prêts à s'ouvrir». Mais si Lapeyrouse décrit le cône il omet de décrire l'arbre lui-même. C'est qu'il avait vu l'un et non l'autre.

En 1818 il fait un supplément à son histoire des plantes des Pyrénées et quand il arrive à l'article pin (page 144 du Supplément), il débute en disant que pendant plusieurs années il a étudié les pins, qu'il en possède à son jardin de belles et nombreuses plantations de 30 ans environ en pleine vigueur et qu'il va rapporter ce qu'elles lui ont offert.

Puis, en arrivant au pin laricio, il s'inscrit en faux contre lui-même, renie ce qu'il a écrit en 1813 dans son premier travail et dit qu'il faut l'effacer et le remplacer par un nouvel article consacré non au pin laricio, mais à une espèce nouvelle qu'il appelle pinus Pyrenaïca.

M. de Vilmorin, dans un article publié en 1893 dans le Bulletin de la Société botanique de France, signale ce fait et l'explique en disant que Lapeyrouse s'est trompé dans son jardin et a pris pour les produits des graines fournies par Boileau ceux de graines de pinus parolinianus. Nous pensons que l'explication est beaucoup plus simple et que c'est bien le rejeton des pins aragonais que Lapeyrouse a décrit.

Lisons, en effet, sa description, nous y trouvons tous les caractères du pin laricio de Salzmann : «Ecorce épaisse et raboteuse, d'un gris-brun, à gerçures profondes, branches horizontales, éparses et nues. Jeunes pousses recouvertes d'écailles arrondies, imbriquées, faunes. Feuilles deux, déliées, acéreuses, d'environ deux décimètres de longueur, ramassées en forme de pinceau, au bout des jeunes pousses seulement. Cônes disposés horizontalement, 2 à 2, 3 à 3, 4 à 4, parfaitement coniques, assez gros, lisses, aigus, leur pointe un peu recourbée. Ecailles aplaties, irrégulières, portant 4, 5 et 6 angles, striées du centre à la circonférence, le diamètre par le travers étant le plus large. Ombilic rhomboïdal, grand, gris, n'a point de saillie. Semence petite avec aile ample, dépassant fortement la noix à son insertion du côté extérieur».

Mais c'est là la description absolue du pin laricio de Salzmann ! Une seule chose pouvait laisser place au doute. C'est la phrase du début : «Le pin des Pyrénées est un très grand arbre, propre, lorsqu'il est vieux, à la mâture et aux constructions. Son port est majestueux. Il file droit», et plus loin Lapeyrouse parle «d'un feuillage vert-sombre». Evidemment cela ne semblait pas s'appliquer au pin laricio de Salzmann de Saint-Guilhem, arbre généralement rabougri et tordu ; et M. de Vilmorin, qui avait constaté l'identité des massifs de l'Aragon et du massif de Saint-Guilhem, ne pouvait admettre une description pareille. Nous avons commis une semblable erreur quand, en 1893, sur la foi des descriptions écrites, nous estimions pouvoir différencier le pin du Conflent du pin laricio de Salzmann et du pin des Pyrénées.

D'après ces descriptions, le pin laricio de Salzmann était un arbre rabougri et tordu, le pin des Pyrénées de Lapeyrouse un arbre de première grandeur, tandis que celui du Conflent est un arbre de moyenne grandeur filant droit. Nous faisions de ce dernier une troisième variété. En réalité, il s'agissait dans les trois cas du même arbre. Lapeyrouse, ne l'oublions pas, décrivait dans son supplément des arbres d'une trentaine d'années, venus en bonne terre, dans son parc. Or, nous avons expliqué déjà longuement que dans les bons terrains le pin laricio de Salzmann pousse rapidement, avec une tige droite et élancée, une cime pyramidale et un ton de feuillage d'autant plus sombre que l'arbre est plus vigoureux, ce qui était le cas des sujets de Lapeyrouse. Ce n'est que par déduction que Lapeyrouse, voyant un arbre de 30 ans aussi bien venant, a supposé qu'il fournirait un arbre majestueux. N'oublions pas, d'ailleurs, que dans sa première description de 1813, description qu'il faisait d'après les rapports de tierce personne, il parlait également d'un arbre majestueux.

Ce point nous paraît donc complètement éclairci. Le massif de l'Aragon est bien constitué en pin laricio de Salzmann. M. de Vilmorin a constaté l'identité des sujets avec ceux de Saint-Guilhem. Lapeyrouse, qui ne connaissait d'ailleurs pas le pin de Salzmann, a vu dans son parc des produits des graines des arbres d'Aragon qui lui ont paru assez différents du pin laricio Poiret, pour mériter de former une espèce nouvelle qu'il a dénommé pinus pyrenaïca. En réalité le pinus pyrenaïca de Lapeyrouse et le pin laricio de Salzmann sont le même arbre, arbre qui prend un port très différent suivant les conditions où il se trouve.

Pour en revenir à la station espagnole, elle est située, d'après M. de Vilmorin et en confirmation des données de Lapeyrouse, entre les rivières de l'Essera et de la Cinca, à une altitude de 1000 mètres environ. Le massif déborde un peu en France, aux environs de Castejon. La surface indiquée par Lapeyrouse parait être exagérée. M. de Vilmorin a constaté dans le voisinage des pins de l'Essera la présence de nombreuses espèces méditerranéennes qu'on retrouve toujours avec le pin laricio de Salzmann.

IV. - Description des massifs de pin laricio de Salzmann situés dans les Pyrénées-Orientales

C'est dans le Conflent, aux environs de Prades, Pyrénées-Orientales, que se trouve la plus importante station de pin laricio de Salzmann, et cette station a été la dernière signalée. La surface totale des massifs n'est cependant pas inférieure à 1400 hectares.

Companyo, dans son Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales, page 615, tome II, parle bien de la présence du pin laricio dans le département, mais, d'une part, il croit avoir affaire au type de l'espèce et, d'autre part, il le signale comme introduit depuis peu. Enfin il commet des erreurs telles sur les localités, qu'il semble constant qu'il n'avait pas en vue les massifs dont nous allons faire la description.

C'est en 1890, peu après notre arrivée dans le département, que nous avons reconnu l'existence de ces massifs. A l'origine, trompé par les descriptions erronées des diverses flores, dues d'ailleurs à l'incertitude causée par les affirmations de Lapeyrouse, nous avions cru pouvoir indiquer l'existence d'une nouvelle variété de laricio, intermédiaire entre le pin laricio de Salzmann et le pin des Pyrénées de Lapeyrouse. Mais ensuite, grâce à des recherches plus approfondies, à des comparaisons et conformément à l'opinion de M. Flahault, nous avons reconnu la parfaite identité du pin laricio du Conflent et du pin laricio de Salzmann.

La station de pin laricio de Salzmann du Conflent comprend deux groupes de massifs distincts. Le premier groupe que nous appellerons groupe d'Aytua, est le plus à l'ouest. C'est également le plus élevé en altitude. Le second, éloigné de 10 kilomètres environ à vol d'oiseau vers l'est et que nous dénommerons groupe des Masos, est à une altitude moitié moindre. Tous les deux sont constitués par des massifs suffisamment rapprochés pour qu'on puisse, à juste titre, les réunir ensemble. Ils sont séparés par une région identique et qui a certainement été couverte par des forêts de pin, ainsi que le témoignent d'ailleurs des arbres isolés subsistant çà et là. Enfin tout cet ensemble de terrains est formé par les boues glaciaires, grandes moraines descendues des massifs du Canigou, de Costabone et de la haute vallée de Mautet, profondément échancrées elles-mêmes par des ravins secondaires.

La végétation de cette région est essentiellement méditerranéenne. A côté des pins, on trouve en abondance dans le groupe le moins élevé : Lavandula stoechas, thymus vulgaris, genista scorpius, bupleurum fruticosum, hélianthemum umbellatum, cistus monspeliensis, etc..., et dans le groupe le plus élevé, celui d'Aytua : calluna vulgaris, genista scorpius, cistus laurifolius, Lavandula stoechas, etc.

Les vides ont été occupés par des vignobles florissants qu'on reconstitue en partie, ou par des plantations d'olivier, mais celles-ci seulement dans le groupe de l'est ou des Masos.

Le groupe Ouest ou d'Aytua est tout entier situé sur des moraines à sol peu profond, à sous-sol généralement très compact et profondément raviné. Le pin vit sur les rives de divers torrents. Un premier massif se trouve d'abord au milieu des précipices formés par les grandes érosions existant sur la rive gauche de la Baillemarsane. Le pin, dans cette région, très voisine du village d'Escaro, a complètement disparu des parties accessibles et ses seuls représentants se trouvent sur les flancs des berges ou au sommet des demoiselles inaccessibles des torrents de l'Ourtal et du Bac de las Planes. Cette région, comprise dans un périmètre obligatoire de reboisement, a été repeuplée entièrement en pin maritime et en pin noir d'Autriche il y a une quinzaine d'années. Mais ces essences, après avoir végété pendant une dizaine d'années, sont mortes peu à peu et actuellement ont presque entièrement disparu. Depuis trois ans nous reboisons en pin laricio de Salzmann indigène. Dans cette partie élevée et exposée à l'Est, le sous-bois est constitué presque exclusivement par le ciste à feuille de laurier.

Sur la rive droite de la Baillemarsane viennent aboutir différents ravins qui traversent une région couverte d'un peuplement assez complet de pin laricio de Salzmann. Ces ravins ont une direction Est-Ouest et par conséquent leurs berges ont les expositions Nord et Sud. Sur les expositions Sud le peuplement de pin laricio de Salzmann est chétif, les sujets sont tourmentés, avec des feuilles courtes et jaunâtres, le couvert est clair. Il a tout à fait l'aspect des mauvais massifs de Saint-Guilhem.

Sur les versants Nord, au contraire, le peuplement est dense, bien venant, les aiguilles d'un vert franc sont longues et flexibles. Le massif se continue dans cet état jusqu'au col de Fines, un peu en amont du village d'Aytua.

En ce point la moraine cède la place à des terres argilo-schisteuses, marneuses par places. Sur le versant ouest de ce sol on remarque la présence de quelques vieux arbres d'une centaine d'années, vestiges d'un ancien massif. Ces arbres assez beaux ont de 15 à 20 mètres de hauteur. En face d'Aytua, sur la pointe qui s'avance entre la rivière d'Aytua et la Baillemarsane, en dessous du chemin d'Aytua à Escaro, on retrouve encore des pins laricios de Salzmann. Mais dans cette région les propriétaires ont, il y a une trentaine d'années, abattu tous les pins et planté des châtaigniers. Ces plantations effectuées en des sols aussi maigres n'ont donné que des produits insignifiants, les pins laricios de Salzmann se sont ressemés naturellement et ils prennent peu à peu la place des châtaigniers.

Il est certain qu'autrefois toute la vallée moyenne de la Baillemarsane était occupée par les pins. Ceux-ci débordaient même dans la vallée du Saint-Coulgat vers l'Ouest.

Celle-ci est constituée par des terrains schisteux, sauf sur une partie où la moraine d'Escaro déborde. Cette portion de moraine est à l'heure actuelle complètement déboisée, mais en faisant effectuer des travaux de plantation, nous avons retrouvé plusieurs places à charbon avec de nombreux débris très facilement déterminables, bien conservés, et que nous avons reconnus pour être du charbon de bois de pin. La disparition de ce massif est donc toute récente.

La partie de la vallée de la Baillemarsane occupée par les pins représente une surface de 150 hectares environ. L'altitude varie de 650 à 1000 mètres. Immédiatement à l'Est de la vallée de la Baillemarsane se trouve celle de la Bailloubère. Cette vallée a été entièrement peuplée de pin laricio de Salzmann. On y trouve à peu près partout des échantillons isolés et il y a encore les deux tiers du bassin, soit tout le bassin moyen et presque tout le bassin supérieur couverts de massifs pleins. Tout à fait à l'origine de la Bailloubère une assez grande surface a été défrichée pour faire place à la culture des céréales. Le sol occupé par les pins est tout entier morainique. Mais il est un peu plus profond que celui de la vallée de la Baillemarsane. D'autre part, l'exposition générale de la vallée de la Bailloubère est plein Nord.

Les peuplements y sont donc généralement bien venants et ne présentent pas l'aspect rabougri. Leur surface peut être évaluée à 250 hectares. L'altitude de ce massif varie de 650 à 900 mètres.

En allant toujours vers l'Est on passe de la vallée de la Bailloubère dans la vallée de la Roja, ou rivière de Fuilla. Nous négligerons le bassin supérieur de ce cours d'eau qui se trouve à des altitudes trop élevées dans la région alpine et sub-alpine. Ce n'est guère qu'à partir de Sahorre que nous trouverons sur les deux versants du bassin des peuplements de pin laricio de Salzmann. Les plus importants sont ceux de la rive gauche. Cette rive s'étend beaucoup plus loin, la colline s'élevant plus haut.

Les pins apparaissent d'abord dans le ravin de Resteillins, principal affluent de la rivière de Roja, limite séparative des communes de Sahorre et Fuilla, limite également entre les terrains schisteux et la moraine, celle-ci étant sur la rive gauche exposée au Sud ; sur la rive droite exposée au Nord il n'y a que des pins disséminés, mais tous sont jeunes et de belle venue, au milieu de bouquets de châtaigniers. Comme à Aytua on a dû introduire cette essence après une coupe rase de pins ; mais on n'a pu empêcher le semis spontané d'un certain nombre de sujets.

La rive gauche au contraire, est peuplée entièrement en pin. Cette rive, toute morainique, présente des peuplements d'aspects très divers, tantôt bien venants, tantôt chétifs et tourmentés. Ce mélange de peuplements d'aspects divers se continue sans interruption jusqu'au-delà de Fuilla, occupant toute la partie supérieure et moyenne des bassins des divers ravins affluents de gauche de la rivière de Roja (3) et avec une limite inférieure nettement définie, un canal creusé depuis longtemps et en dessous duquel les propriétaires ont très justement défriché pour faire de la culture agricole. La partie boisée est à une altitude variant de 600 à 900 mètres.

Sur la rive droite de la rivière de Roja se trouve d'abord, au-dessus de Sahorre, un petit massif insignifiant, reste évident d'un peuplement important qui a dû être défriché mais où les sujets existants sont en bon état ; ce massif est à 850 métres environ d'altitude et se trouve en terrain schisteux.

Plus loin en descendant suivant la rive droite, on trouve un massif d'un seul tenant, compact, avec des sujets assez vieux et d'un assez bon état de végétation. Ce massif occupe tout le versant de la colline, de la crête aux terrains cultivés qui bordent la rivière, à partir du point où le chemin de Sahorre à Vernet coupe la crête (785 mètres d'altitude) jusqu'au col de la Clotte (630 mètres) Au premier de ces points on peut, au moment où nous écrivons (février 1899), constater la préférence de la processionnaire du pin pour le pin noir.

Une plantation de pin noir d'Autriche, voisine du massif que nous venons de décrire et située sur le versant mieux exposé de Vernet, est complètement dépouillée de ses feuilles, tandis que le massif de pin laricio de Salzmann est encore intact. Ceci dit pour montrer seulement que dans un peuplement d'essences de pins mélangées ce seront les pins laricios de Salzmann qui seront les derniers attaqués.

L'ensemble des peuplements de pin laricio de Salzmann dans la vallée de Fuilla est de 350 hectares environ, soit 750 pour tout le groupe d'Aytua.

De la vallée de Fuilla on passe, en allant à l'Est, successivement dans les vallées de Vernet, du Mardé et de Taurinya. Ces trois vallées ont tout leur bassin inférieur dans la moraine. Mais cette moraine a été complètement déboisée. Cependant, comme nous le disions plus haut, la présence de quelques rares sujets isolés de pin laricio de Salzinann prouve bien que cette essence occupait autrefois le sol.

A la suite de la vallée de Taurinya se trouvent les vallées du Llescou, de la Rivière des Masos et de la Coume d'Espira. C'est disséminés dans ces trois vallées que se trouvent les massifs de pin laricio de Salzmann formant le groupe des Masos.

Dans le bassin du Llescou on trouve un massif assez dense sur la rive droite, entre les hameaux de Sacristie et de Villerach. Ce massif a des arbres de moyenne venue, l'altitude varie de 400 à 565 mètres. Le sol est toujours morainique. Mais faisant face à Villerach existe un second massif de faible étendue sur des schistes argileux. Les arbres y sont très bien venants. Nous en avons mesuré plusieurs de 18 à 20 mètres de hauteur.

C'est dans le bassin de la rivière des Masos que se trouve le plus beau peuplement que nous connaissions en pin laricio de Salzmann. Il occupe la rive gauche du ravin du Roure et déborde un peu sur la rive droite. Il est peu étendu, il est vrai, mais en revanche la régularité des arbres, leur ampleur, leur belle venue frappent l'observateur. Le mot de Lapeyrouse, arbre majestueux, devient ici applicable. Le massif n'a cependant que 80 à 90 ans. Le couvert est épais et la couverture morte abondante. Il ne pousse presque aucun mort-bois. C'est la vraie forêt de haute futaie. Nous sommes d'ailleurs sur la limite de la moraine, les terrains schisteux viennent se cofondre avec elle. En amont on a dû détruire autrefois la forêt de pin et la remplacer par le châtaignier ou les cultures. Mais celles-ci ont dû céder la place au chêne-rouvre qui envahit tout. Néanmoins on rencontre encore fréquemment des échantillons isolés de pin laricio de Salzmann.

En aval de ce massif, dans la direction des Masos, tout a été défriché pour faire place à la culture de la vigne et comme celle-ci a été détruite par le phylloxéra et rarement replantée, il y a de grands espaces incultes. Là se fait sentir l'influence du déboisement. De grands ravins se sont formés, les terres sans point d'appui sont entraînées à chaque orage.

Le bouleversement a été sur certains points si grand qu'on peut encore voir les ruines d'une église en trois parties distinctes. La partie centrale, séparée des deux autres par des crevasses de plus d'un mètre de largeur, est à peu près verticale, mais les pans de murs des deux côtés s'inclinent l'un à droite, l'autre à gauche, et ne restent debout que grâce à l'épaisseur de la maçonnerie qui dépasse un mètre. Il importerait de reboiser ces terrains et de réinstaller la végétation forestière aussitôt que possible.

On retrouve les massifs de pin laricio de Salzmann sur la crête séparative des vallées de la rivière des Masos et de la coume d'Espira, ainsi que sur les deux versants de ce dernier cours d'eau. Les peuplements couvrent les berges de tous les affluents secondaires de ces deux torrents, toujours sur des terrains morainiques. Malheureusement ces massifs sont tous dans un état déplorable, non à cause du mauvais état du sol, mais par suite des abus dont ils sont victimes. Ils appartiennent à des particuliers et on y fait des exploitations abusives, on élague d'une façon exagérée, on soumet le sol à un pâturage intensif et, chose plus grave, des incendies parcourent régulièrement les peuplements. Mais nous avons toujours constaté avec le plus grand étonnement que le feu ne semblait causer que des dégâts insignifiants : la couverture morte, le sous-bois,les brindilles sèches sont complètement brûlées, mais quant à l'arbre lui-même, son écorce seule noircit jusqu'à 2 mètres de hauteur et il paraît ne pas souffrir, à condition bien entendu qu'il ne s'agisse pas de jeunes massifs. Cependant les incendies sont fréquents, ils ont parcouru plusieurs centaines d'hectares.

Nous avons cherché une explication à cette sorte d'invulnérabilité, mais nous ne pouvons encore qu'émettre des hypothèses. L'écorce du pin de Salzmann, très épaisse, serait-elle peu combustible et par suite une protection efficace pour l'arbre ? Il est certain, d'autre part, que la partie la plus résineuse de l'arbre est le bois parfait et que l'aubier l'est beaucoup moins. Enfin comme il y a toujours un peu de bien dans le mal, il faut reconnaître que l'élagage pratiqué enlève d'autant plus d'aliments au feu qu'il est lui-même plus abusif.

Cependant, malgré tout, chaque incendie cause un dommage réel en supprimant les jeunes semis et la régénération du massif se trouve absolument compromise.

Actuellement le groupe de peuplements en pin laricio de Salzmann dit des Masos, couvre encore de 600 à 700 hect. de terrain et l'altitude de celui-ci varie de 300 à 600 mètres.

Il est regrettable que par suite des abus que nous venons de signaler et qui sont inévitables eu égard à la nature du propriétaire des peuplements, ceux-ci soient appelés à disparaître dans un délai plus ou moins court.

En résumé, l'ensemble des peuplements de pin laricio de Salzmann dans les Pyrénées-Orientales couvre de 1400 à 1500 hectares. Cette espèce occupe presque exclusivement des terrains morainiques et ce n'est qu'accidentellement qu'il apparaît sur des fonds plus fertiles (4). Dès qu'il peut le faire il prend immédiatement un aspect plus vigoureux. L'espèce est essentiellement méditerranéenne, remarquablement rustique et peu exigeante à tous les points de vue. Son aire d'habitation est relativement très basse pour un conifère français puisqu'elle ne dépasse pas 1000 mètres. Par son accommodement à tous les terrains, sa résistance aux maladies et aux insectes, elle est susceptible de rendre de précieux services dans les travaux de reboisements. On voit donc qu'indépendamment du grand intérêt botanique qu'il représente, le pin laricio de Salzmann reste une espèce utile et à conserver.

Article de Julien Calas


(1) Cependant les semis en pépinière donnent des résultats sensiblement égaux dans les deux cas.
(2) M. Fabre, à l'obligeance duquel nous devons ces renseignements, présume que dans l'avenir, un avenir lointain d'ailleurs puisqu'il parle d'un siècle, alors que le bassin houiller de Bessèges sera épuisé et par suite le pays moins peuplé, le pin laricio de Salzmann s'étendra.
(3) Un de ces ravins porte précisément sur le cadastre le nom de ravin de la Pinouse, preuve de l'importance ancienne des massifs boisés de cette région.
(4) Nous répétons encore une fois que c'est par suite du défrichement que le pin laricio de Salzmann a disparu des sols fertiles et qu'on doit bien se garder de conclure qu'il ne se plaît pas dans ces sols, au contraire.
© S.A.S.L. des P-O.
Cet article a été publié dans le volume XL du Bulletin de la SASL, 1899, pp.173-208